28 avril 2009

Dernières nuits d'avril

Courriel aux yeux bleus, mardi 2 : 42 AM :

Salut,

J’ai bien aimé notre soirée de samedi. La discussion dans le resto indien et la longue marche sur les quais, c’était agréable.

Je vais donner ma démission demain matin, et ça m’angoisse. Ça m’empêche de dormir, en fait. Je ne sais pas ce qui me fait le plus peur : la réaction du patron, ma propre réaction, si je m’emporte et que je lui balance ses quatre vérités, ou l’idée que je fais peut-être une erreur monumentale...

J’ai compris, ces derniers temps, que c’était une des raisons qui me poussent à chercher aveuglément à être en couple. Avoir quelqu’un, dans ma vie (ou dans mon lit), c’est quelque chose qui me rassure et qui calme mes angoisses. Je sais, c’est une très mauvaise raison pour vouloir une relation, mais c’est instinctif, et pas du tout réfléchi.

Comment se passent tes cours de yoga ? J’espère que les débuts ne sont pas trop difficiles et que tu y trouves du plaisir. Le plaisir, c’est la clé de la persévérance.

Donne-moi de tes nouvelles.
Bisous.

Pierre-Yves

26 avril 2009

J'étais là

J'adore Zazie. Cette fille-là est tout simplement géniale...



Je me sens tellement souvent comme ça...

23 avril 2009

Arrête de sourire

C’est ce que je me suis dit toute la journée. J’avais préparé un billet où je parlais de colère : changement de programme. Ce n’est plus de circonstance. J’ai été embauché. Il ne reste plus qu’à donner ma démission où je travaille actuellement. Ma lettre est prête pour lundi matin. Toute la journée au travail, j’étais fébrile. Il a vraiment fallu que je fasse des efforts pour ne pas sourire tout le temps. Dans l’escalier, je me laissais aller de toutes mes dents. Puis, avant d’entrer dans le bureau, j’essayais de prendre un air un peu plus maussade. Mais le sourire revenait tout seul.

En caricaturant un peu, on pourrait dire que mon futur travail va consister à arpenter les bars gais, les saunas et les sexclubs de la ville pour répandre la bonne nouvelle. La bonne nouvelle étant que c’est super facile de se protéger du VIH. (Eh oui !) L’autre bonne nouvelle c’est que la sexualité, c’est pas aussi simple que ce qu’on voit dans la porno, mais ça peut être pas mal plus trippant. (Faut me croire !)

(Plus sérieusement, j’interviendrai principalement selon l’approche de l’entrevue motivationnelle. Il faut d'ailleurs que je m'y remette...)

Pour fêter ça, voici la toune que j’ai eue dans les oreilles toute la journée. (Je souriais aussi de l’intérieur.) Elle n’est pas disponible au Canada, il a fallu que je paie le téléchargement en livres sterling. (Ça fait combien, 0.79 £ ?) OK, c’est un peu quétaine. Disons que c’est de la pop sucrée, mais efficace, qui reflète parfaitement mon état d’esprit du moment. Ça ressemble à du Rick Astley, version 2009. L’accent britannique, c’est tellement plus sexy !



FrankMusik, Better Of As Two

20 avril 2009

Envie

On est à la fin du programme d’entraînement. Dernière série de dix. Le grand soupire, les yeux dans le vide : ouais, ben. J’serais dû pour une relation...
— Toi ? Ben, voyons donc !
Je change de sujet. On a nos tabous : au gym, on parle de cul. C’est pas l’inspiration qui manque. Tous ces corps en sueur, ces muscles qui se contractent.
— Envoye ! On fait une série de plus, pour la luck.

J’ai une vie bien remplie : le travail, les petits contrats, l’entraînement. Pas de place pour y ajouter quoi que ce soit. Mes grands parents m’envieraient cette vie trépidante : les sorties, la musique, le théâtre. Au bout de la semaine, je suis tellement épuisé que mes samedis sont des journées perdues, où je récupère. Il m’arrive pourtant, de temps à autre, de ne pas trouver le sommeil, malgré la fatigue.

Une ou deux histoires de cœur malheureuses puis une série d’histoires de cul. C’est le matériel parfait pour écrire un blogue : suspense, rebondissements, possibilité pour la majorité des êtres humains de s’y retrouver. Y’a pas plus actuel comme thème que le célibat et la quête de l’âme sœur. Rien à faire, je ne suis attiré que par des psychopathes, des dépendants affectifs hystériques et des déserteurs compulsifs. (Moi qui suis si sain d’esprit !) C’est pour ça que j’ai décidé de prendre un break. Il faut que je me le rappelle de temps en temps. Je balaie les idées noires, le dimanche matin, quand le soleil me réveille et que je me sens comme une vieille carcasse inutile. Je me secoue quand je réalise que je traîne comme un chat en me frottant sur tout ce qui se tient debout.

Hier soir, j’assistais à un exercice public. Ma sœur fait du théâtre amateur. Six ou sept saynètes où des femmes abandonnées, trompées ou veuves parlaient des hommes de leurs vies et de leur solitude. Je scrutais la salle. Selon les statistiques, 10 % de l’assistance devrait être gaie. Ma sœur m’avait dit qu’il n’y avait que 60 places. Calcul vite fait : chances nulles. Avec les quatre lesbiennes assises à ma table, les 10 %, c’était nous. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de jeter régulièrement un œil au garçon dans la rangée du haut. Il a passé la soirée à jouer dans les cheveux de sa blonde. Il était tellement beau... Elle, par contre, avec son toupet dans les yeux et ses lunettes d’intello, elle avait vraiment l’air d’une tarte.


17 avril 2009

Parfois, la vie, je tremble.

On a beau avoir rouspété pendant des mois contre l’hiver, il y a des printemps qui décoiffent et qui secouent. C’est le cas de celui-ci, dans ma vie, en tout cas. Il n’est pas encore minuit. La nuit est douce comme un câlin, même si le soleil n’est pas venu à bout du froid, au fond de l’air. Je ne sais pas si c’est le changement de médicaments, mais j’ai l’impression d’être un autre. Le projet du nouveau blogue fait son chemin dans les méandres de mon esprit. Ces dernières semaines, j’ai croisé plein de gens rencontrés par l’intermédiaire de ce blogue. Ces carnets ont définitivement été pour moi un cocon. Le cocon est confortable, mais il commence à être peu étroit. Ça fuse, ça bourdonne, ça laisse échapper des étincelles.

Mercredi soir, j’ai eu le privilège d’assister à la première de Je voudrais crever de Marc-Antoine Cyr. J’ai aussi eu le plaisir d’y rencontrer Bianka, Nicole et Coconut. C’est un spectacle débordant de lumière et de tendresse. Au départ, la pièce s’appelait Je voudrais (pas) crever, comme la chanson de Boris Vian. Suite à des démêlés avec la succession de Boris Vian, l’auteur a choisi de modifier le titre.

L’histoire est simple, Mateo (Hubert Lemire, lumineux) va mourir, entouré de quatre amis. Il se remémore ses plus beaux souvenirs, il les goûte, les contemple, comme dans un album. Il se questionne, s’amuse et s’émerveille une dernière fois de l’amour, du plaisir, de l’amitié. La disparition prochaine est plus douloureuse pour ceux qui restent et qui se trouvent confrontés à leur vide existentiel. Ces quatre amis, tous au bord de la trentaine, s’entrechoquent et s’entredéchirent en tentant d’être là, les uns pour les autres. Ils ont tous une peur immense : la vie.

fête sauvage

Photographie : David Ospina

La musique ponctue la pièce et donne à l’histoire des couleurs et de l’ampleur, sans jamais en briser le rythme. Les chansons sont magnifiquement interprétées par les comédiens. Dès les premières scènes, le quatrième mur s’est volatilisé et la complicité s’installe entre les acteurs et les spectateurs. On sort de la salle avec une envie de chanter, de se gaver de tarte aux cerises ou de prendre une bière avec des amies. On sort de là avec l’envie de crever, le plus tard possible, et d’ici là, de tout vivre à 100 miles à l’heure.

J’étais accompagné des yeux bleus. Il avait l’air pressé de partir : il voulait prendre l’air. On a marché autour du pâté de maisons. On a tenté de décortiquer l’étrange bonheur du personnage principal, sa tristesse joyeuse. Sa mélancolie est une façon d’apprécier et de célébrer la vie. Au fil de la discussion, on en est venu à se dire que la quarantaine c’était vraiment très bien. C’est seulement au moment où l’on commence à sentir l’usure du temps, au moment où l’on comprend qu’on ne durera pas toujours, que l’on goûte réellement la fabuleuse beauté de la vie.

Il m’a parlé de ses histoires de cœur qui ressemblent à celles d’un ado. J’avais un peu de mal à le suivre. Je lui ai dit que je le trouvais weird, mais en fait, je le trouve attendrissant quand il m’explique ces théories sur l’amour. Il y a d’abord l’élan du cœur. C’est un sentiment pur puisque sans attaches, sans désir de possession. Et puis apparaissent les constructions de l’esprit qui viennent tout embrouiller. Il ne veut surtout pas être esclave de ces constructions mentales. Dans sa vision de l’amour, il manque à mon avis un élément important : le libre arbitre, la volonté. C’est comme si l’être humain était secoué par des élans, des pulsions et des constructions de l’esprit. Et puis il ne fait aucun lien entre désir sexuel et amour. (Il n’a pourtant pas l’air de s’ennuyer de ce côté.)

Je lui ai parlé de mon inquiétude après l’entrevue. Je ne sais pas en fait ce qui me fait peur. Si la réponse est négative, je sais que je devrais me relever les manches et trouver une autre issue. Mais il y a tellement de routes qui s’ouvrent devant moi en ce moment. Le ciel est trop grand. Si la réponse est positive, il faudra que je quitte des collègues que j’aime. Je ne m’explique pas cet attachement féroce. C’est peut-être parce qu’on a traversé ensemble l’adversité. Je sais que même si je pars, on marchera dans la même direction.

Le lendemain, j’ai mis ma barbe de trois jours, mon t-shirt trop petit. J’ai enfilé mes vieux New Balance et je suis allé courir à l’extérieur pour la première fois cette année. On aurait dit que le parc n’avait pas vu venir le printemps. Le beau temps se devinait davantage dans le sourire des cyclistes, des patineurs et des coureurs. C’était bon, tout cet espace autour de soi. La piste se perdait entre les étendues grises et rousses. Mon t-shirt trop petit m’a valu un signe de tête, un sourire appuyé et un clin d’œil quétaine. J’ai couru 5 km (l’an dernier, j’étais épuisé après 3) et je suis rentré sur un énorme buzz d’endorphine. J’ai ouvert le frigo en quête de quelque chose de comestible. Du coin de l’œil, j’ai aperçu le clignotement du petit rectangle orange, sur le côté du téléphone. En trois enjambées, j’avais le combiné dans la main et je composais le code. La voix de Brenda, mon répondeur, m’a dit : vous avez UN nouveau message. PREMIER message... ... ...

C’était l’appel que j’attendais depuis des jours : ils veulent me voir, pour une seconde entrevue !

Je voudrais crever de Marc-Antoine Cyr
Jusqu’au 2 mai 2009, Aux Zécuries

15 avril 2009

Le sexe des anges (deuxième partie)

La première partie de ce billet érotique se trouve ici. (+18 ans)

Il a poussé la porte et nous sommes entrés sans faire de bruit. c’était, m’avait-il dit, l’appartement d’un de ses amis, et il avait les clefs. Il n’y aurait personne. Il faisait sombre et on n’a pas allumé. Dans la cuisine fraîche, on s’est servi de grands verres d’eau. On a laissé les verres vides sur le comptoir où trônait déjà une pile d’assiettes et deux tasses. Il a mis de la musique et on s’est présenté.

Le temps perdu à bavarder avait été suffisant pour qu’une certaine gêne s’installe entre nous. La pensée, chassée par les ruées soudaines du désir, en a profité pour reprendre ses droits. Il portait un t-shirt Nike blanc et bleu marin. Ses yeux s’animaient sous un front large. Ses cheveux étaient bruns, courts et très denses. Un ange est passé dans la pièce. Il s’est étiré en s’avançant vers la baie vitrée du salon. Mon regard a grimpé comme une vigne de son triceps à son coude, puis sur la rondeur de son avant-bras. Il fallait me secouer pour faire éclater la mince couche de glace qui s’était formée pendant l’intermède. Une allumette a craqué dans mon crâne. Et la pensée a définitivement pris le bord.

Nos t-shirts ont volé vers le plafond. Et je l’ai poussé sur la causeuse au pied de la baie vitrée, un gros meuble blanc, couvert d’un tissu fleuri. Pendant qu’il se débattait pour retirer complètement son jean, je m’étais déjà emparé de son sexe avec ma bouche. Et je le sentais qui levait comme la pâte. Mes doigts glissaient vers le haut, entre ses cuisses pour aller se nicher entre ses fesses. Il a souri en fermant les yeux. Il a gémi. Cette vibration est venue à bout des derniers débris de raison qui m’entravaient encore. Je l’ai retourné et l’ai mordu près des reins, à la naissance des fesses. Ma bouche ouverte est remontée en suivant le courant de muscles qui longe la colonne en s’arrêtant de temps à autre pour mordre la chair. Arrivée près de la nuque, ma langue a couru sur sa peau. Mes deux mains ont glissé vers ses pectoraux qu’elles ont enveloppés, la pointe des mamelons se retrouvait coincée entre mes doigts. Sa respiration s’est accélérée. J’ai mordu le trapèze doucement, puis l’arrière de la nuque avec plus de rudesse. Il a crié, s’est débattu, s’est dégagé. J’ai ri pendant qu’il s’allongeait sur la causeuse.

Nos visages se retrouvent à l’envers, l’un au-dessus de l’autre. Nos langues s’appellent, s’enroulent. J’embrasse le rêche du menton, et sa gorge tendre. Je sens sa bouche qui descend sur mon cou, pendant que la mienne parcourt son torse jusqu’à son bas-ventre. Je respire son sexe au moment où le mien plonge dans la chaleur humide de sa bouche. Par la fenêtre ouverte, monte la rumeur de la ville, le cri d’une sirène qui s’éloigne. Sur une table, au bout de la causeuse, des lis reposent dans un vase rempli d’eau et répandent un parfum entêtant.

Je suis assis comme un roi, au centre de la causeuse, les bras étendus de chaque côté sur le dossier. Il est debout devant moi et il déchire l’emballage du préservatif. Je n’arrête plus de sourire et je me mords la lèvre. Il s’avance lentement vers moi. Nos regards sont soudés l’un à l’autre. Il baisse les yeux et se penche sur moi. Son odeur se mêle au parfum des lis et me fait tourner la tête. Je sens son anus qui résiste, qui se serre contre mon gland, puis qui flanche. Et je glisse en lui. Je sens les ressorts de ce vieux meuble qui me mordent les fesses et le dos, mais je les oublie rapidement en voyant son nombril qui fait des 8 devant mes yeux, ses deux cuisses lisses et massives qui entourent ma taille. Des cuisses de statues grecques. Je le jure. Mes doigts courent sur sa peau blanche comme des loups dans une bergerie. je dois avoir l’air un peu hébété, la bouche ouverte, comme un enfant devant un magicien. Lui a renversé la tête vers l’arrière et toujours sa voix grogne, gronde comme un orage qui approche.

J’ai descendu mes mains pour agripper ses reins et j’ai pris le contrôle du mouvement en donnant des coups de bassin. Je le sens autour de moi qui se contracte et s’abandonne. J’ai enlevé la main qu’il avait posée sur son sexe. Je me suis léché abondamment la paume avant d’empoigner son membre en tournant. Je me suis rempli les yeux du grain de sa peau, de ses collines et de ses vallons. Je me suis gorgé de ses cris. Puis j’ai fermé les paupières pour emprisonner les images et les savourer. Nos corps, maintenant, se cognent, s’écartent et s’accrochent. Nos mains avides s’agrippent, se perdent et s’emportent. Nos voix s’interrogent, se supplient, scandent le rythme. Le plaisir enfle et approche de la douleur. Je vois des étoiles. Il pousse un râle animal, un spasme secoue son grand corps et s’achève dans un léger frisson.

...

Une flaque laiteuse s’étire sur son ventre. Nos corps encore palpitants deviennent lourds. Nos respirations sont amples. Ses cheveux chatouillent le creux de mon épaule. L’air autour de nous brille comme un clair de lune qui rebondit sur l’eau. La Terre roule sur elle-même. Au même instant, des milliers d’enfants naissent, des gens meurent, les hommes font la guerre, les amants font l’amour, le soleil se lève et se couche, l’univers est en expansion.

Le bleu du soir colore l’appartement. Son cœur s’apaise contre ma paume. Il me dit : tu sais, je ne regrette rien. Je le regarde au fond des yeux. Moi non plus.


Ce billet a été écrit dans le cadre de la tague érotique que Nitram m’a donnée. (C’était tout un défi. J’ai vraiment eu du mal avec la concordance des temps.) Je la passe maintenant à qui en voudra bien. J’aimerais bien que Lovedreamer l’attrape (je suis certain que tu vas être inspiré.), Kab-Aod (tu effleures souvent le sujet, c’est l’occasion d’y plonger à corps perdu !) et Nicolas (oui, oui, une nouvelle érotique complète, avec un début, un milieu et une fin.).

12 avril 2009

Le sexe des anges

Pour le congé de Pâques, pour Nitram, qui m’a tagué, et pour Alex qui a lancé cette tague, voici ma première nouvelle érotique à vie. Le billet qui suit contient des scènes explicites qui pourraient choquer certains lecteurs. (+18 ans)

C’était une de ces fins d’été trop chaud où le smog envahit la ville. J’ai dévalé les escaliers et mes pas ont claqué sur le trottoir. La sueur mouillait mon dos. J’avais les cheveux sales et une barbe de trois jours. Je n’en pouvais plus de la curiosité gourmande et voyeuse de la colocataire et du bruit abrutissant de sa télévision. J’étais déprimé, exténué, en colère. Le soleil glissait doucement vers les toits. J’avais besoin de marcher, d’être seul et de voir défiler les façades. La ville m’offrait son anonymat comme un refuge. Les passants n’étaient que des figurants. L’usine Molson crachait sur les quartiers pauvres ses vapeurs de houblon.

J’avançais sans rien voir, le regard tourné vers l’intérieur. Mes yeux abandonnés vagabondaient d’un escalier de fer forgé à une corniche, d’un graffiti à la cime tordu d’un arbre. Au hasard de leur dérive, ils sont tombés sur un homme, qui marchait vers moi sur le trottoir. Un grand brun aux yeux clairs. Happés par sa beauté, ils ont détaillé sa grandeur saine et son visage d’enfant calme. Au moment où nos regards se sont croisés, je me suis rendu compte de ce que je faisais. Je me suis secoué pour regarder ailleurs. J’ai fixé les lignes du trottoir pendant que je le dépassais, en tentant de chasser un trouble naissant. Mais le plaisir du choc initial avait été trop grand. Et une envie irrépressible m’a fait me retourner pour l’admirer de dos, encore une seconde. Il s’est retourné au même moment et nos regards se sont croisés. Effervescence dans ma poitrine. Un roulement de tambour s’est déclenché dans mon crâne. Regarder n’importe où, de l’autre côté de la rue, par terre. Et avancer comme si de rien n’était... Mais les roulements de tambour s’amplifiaient et je devais me concentrer pour me souvenir comment marcher. En tournant le coin, je lui ai jeté un œil, le plus discrètement possible. Il s’était arrêté, s’était retourné et il marchait maintenant dans ma direction.

Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que je fais ? Il me suivait. Non, mais ma vie était vraiment une catastrophe. Le jour où j’étais complètement décâlissé, je tombais sur le gars de mes rêves. Impossible de l’entraîner jusque chez moi, avec la colocataire. Qu’est-ce que je fais ? Juste avant le coin d’Ontario, l’entrée d’une ruelle, un mur de brique, inondé par le soleil de fin de journée. M’arrêter. J’avais le souffle court. M’appuyer le dos au mur comme si de rien n’était. Comme si ce n’était pas ridicule de s’arrêter contre un vieux mur à l’entrée d’une ruelle pour prendre du soleil. Mais mon cerveau s’était liquéfié, la chaleur et les hormones, sans doute.

Je l’ai vu quitter le trottoir, s’avancer lentement vers moi. Il a dit « salut ». J’ai répondu « salut ». Il est entré dans ma bulle. Ma main a remonté sur son flanc, il m’a plaqué contre le mur. On s’est embrassé. Sa peau qui avait d’abord la fraîcheur de la brise s’est réchauffée. Une chaleur dont j’étais assoiffé. Mon nez a glissé sur sa gorge pour apprendre chacune de ses odeurs. Tout avait disparu : l’été, la rue, la ville.

Un crissement dans le gravier nous a fait nous immobiliser. Quelqu’un s’approchait en marchant. Ma joue sur sa joue, nos deux corps fermés sur la chaleur entre nous, nos yeux tournés vers l’intrus. De longues secondes où le temps s’est arrêté. Que le battement de son cœur contre ma poitrine et son odeur qui me montait à la tête. L’individu qui nous observait a ralenti. « Il va partir, tu penses ? » sa voix vibrait contre mon ventre. Je ne pouvais pas répondre, l’air autour de nous s’emplissait d’électricité et des étincelles jaillissaient à chacun de nos mouvements. Les pas de l’homme qui s’éloignaient se sont mués en compte à rebours. Dans un élan épique, nos corps se sont entrechoqués, secoués par le désir. Oublié l’homme enfant perdu dans la ville grise, j’étais Christophe Colomb qui découvrait le Nouveau Monde, une terre sauvage où la sensualité des volcans côtoient le parfum des orchidées. Mes mains voyageaient sous ses vêtements. Il a enlevé son t-shirt. Mes doigts ont suivi les courbes de son dos pendant que mes lèvres se lançaient à leur poursuite, goûtant la moiteur de sa pomme d’Adam, zigzaguant entre ses mamelons. Comme deux enfants complices déballant les cadeaux bien avant Noël, nous avons défait nos ceintures. J’ai fermé les yeux, il mordait mon ventre, le creux de mes hanches, ses mains brûlantes posées sur mes reins. Ma tête s’est appuyée sur la brique. Il a éloigné son visage pour me regarder, dans ce qui lui restait de vêtement. Il m’a tendu la main puis m’a tiré vers lui. En roulant contre le mur, par à coups comme dans une valse, nous nous sommes retrouvés dans une petite cour, entourée d’une clôture de bois. Une galerie, quelques géraniums en pots. Les fenêtres noires, le silence. Nos respirations amples emplissaient la cour abandonnée. J’ai senti la rampe de la galerie s’appuyer sur mon dos. Il s’est agenouillé. Ses lèvres se sont fermées sur mon sexe érigé. J’ai retenu ma respiration. Tout son corps bougeait comme la mer. Et sa tête roulait comme un baril sur les vagues. La marée irisée montait en moi jusqu’au bout de mes doigts qui fouillaient le creux de ses épaules.

Quand ses lèvres se sont élevées vers les miennes comme une question, la réponse était oui. Et je l’ai rassuré en mordant dans l’arrondi de son épaule. Dans la chair plus tendre, sous son aisselle. Mes dents que je tentais tant bien que mal de contrôler se sont agrippées à la pointe de son sein droit. Il s’est cambré en gémissant, s’offrant ainsi encore plus. J’ai léché soigneusement son ventre d’or au goût de sel. Ma langue a exploré chaque recoin accessible de son entrejambe. Son sexe parfait, rose tendre, me chauffait la tempe. J’ai mouillé mes lèvres et je l’ai enveloppé. Je les ai glissé jusqu'à son pubis, sentant son gland pousser contre ma joue, mon palais, ma gorge, ma langue voyageant de la douceur lisse du gland au velouté de la verge en passant assidûment sur l’ourlet brûlant. Nous étions entourés de balcons, de fenêtres, mais tout était immobile. Dans ce potager, tomates, aubergines et tournesol, gorgés de soleil, ne s’épanouissaient que pour nous

Il a souri pour la première fois. Puis, en me prenant la main, il m’a dit « viens ». Il m’a entraîné vers la rue. Je me suis dit qu’il se trompait. Il devait y avoir erreur sur la personne. Pourquoi moi ? En replaçant nos vêtements, nous sommes sortis de la ruelle. Le bleu et le rose se mêlaient dans un ciel psychédélique. Au dessus de nos têtes, les branches de féviers tremblaient dans l’or du soleil. Je me suis dit « J’en ai la preuve, les anges existent. »

(À suivre...)

10 avril 2009

Vendredi blanc

Des mots de ventre qui se bousculent, des élans retenus de sourire dans les yeux. Je m’étais vraiment bien préparé pour l’entrevue, mais j’étais tout de même un peu nerveux. Aucune question ne m’a surpris et je pense que la plupart de mes réponses visaient juste. Le bureau était clair avec des plafonds hauts et des cloisons vitrées. Des murs beige et blanc comme un papillon de nuit. C’est, je crois, un ancien presbytère. Le directeur général menait l’entretien. Je l’avais croisé quelquefois dans des colloques. Il était accompagné d’un coordonnateur (ce serait mon supérieur immédiat si j’étais engagé), un jeune universitaire dont j’avais vu la photo sur le site Web de l’organisme. Il m’observait en prenant des notes et il n’est presque pas intervenu.

Pendant l’entrevue, j’avais le sentiment que c’était dans la poche que je dominais la situation. Je sais que ce sentiment peut être trompeur. Peut-être ai-je trop parlé. (Habituellement, c’est le contraire.) Par moment, j’avais l’impression d’être mieux préparé qu’eux. Avant qu’ils ne terminent une question me revenait la réponse que j’avais écrite et retravaillée quelques fois au cours des derniers jours. J’avais même répété à voix haute, certains passages. J’ai passé tous les messages que je voulais passer. Je crois qu’ils ont pu me voir sous mon vrai jour. Une chose est sûre, l’entrevue a duré plus longtemps que prévu et m’a donné envie de travailler là. J’étais à l’aise, peut-être trop. Leurs projets sont réellement intéressants. Mais le taux de roulement du personnel dans cette boîte demeure élevé. Et puis, peut-être qu’ils n’apprécieront pas mon idée de partir en voyage au début de juin.

J’écris ce billet sur l’ordinateur du bureau. Un collègue passe l’aspirateur, on se partage l’entretien ménager des locaux. Il chante faux « Je voudrais voir la mer » en s’emmêlant dans les paroles. Ambiance de vendredi, même si on n’est que jeudi. Je souris. Je vais me sentir un peu coupable si je laisse mes collègues dans ce bourbier. Mais ce sont tous des adultes raisonnables et capables de se débrouiller. Et puis personne n’est irremplaçable. J’ai la tête vide et je n’arrive plus à rien produire, alors j’aligne des lettres en Arial sur une page numérique. Écrire quand rien ne vient, jusqu’à ce que le sens perce entre les mots. Heureusement demain, c’est férié.

Le Vendredi saint tombe vraiment bien. Je ne l’avais pas vu venir. Un temps de pause pour la réflexion. Le besoin de faire des bilans se fait sentir, d’autant plus que celui des dernières semaines s’annonce positif. Elles étaient critiques au niveau des effets secondaires de la médication. Elles s’achèvent sans bruit. Mis à part un peu de fatigue et quelques étourdissements les premiers jours, mon corps n’a pas l’air de se rebiffer. Je m’éloigne en catimini de la zone de turbulence. Il me reste à recevoir les analyses sanguines qui me diront si mon foie tient le coup.

Il faut avoir perdu le sommeil, l’avoir espéré, supplié, maudit, pour comprendre à quel point il est essentiel. Je peux de nouveau dormir comme Jean-Marc, l’infirmier, me l’avait prédit. Depuis, j’ai l’impression que le temps a ralenti. Puis, il s’est mis à reculer, pendant que je recouvrais, les semaines, les mois et les années d’insomnie. Je me sens comme un lever de soleil, comme une batterie qui était à plat, oubliée quelque part au fond d’un tiroir, et que l’on remet sur le chargeur. Je sens l’énergie qui remonte en moi par capillarité, comme la sève d’un arbre dans un redoux du printemps. J’ai l’impression de rajeunir. La sensation est inattendue et plutôt agréable. Je deviens boulimique de sommeil, de sieste, de grasse matinée. Je voudrais prendre une année sabbatique entre les draps, sur l’oreiller.


Edit
Il est 3 h17 du matin. Avant de me mettre au lit, j’avais fermé l’alarme du réveil en me disant que j’essaierai de dormir tard. Même si j’ai retrouvé le sommeil, j’ai toujours tendance à me réveiller quelques minutes avant le réveil. C’est un cauchemar qui m’a tiré du sommeil. Je ne me souviens pas de tout. Une femme avait tout entendu de l’entrevue. Je ne sais pas qui elle était, mais elle me connaissait depuis longtemps, une tante éloignée que j’aurais perdue de vue. Elle me demandait, avec passablement d’agressivité, ce que j’avais tant réalisé d’extraordinaire. Je me suis réveillé avec la certitude que j’avais floppé l’entrevue.

Habituellement, dans des entrevues d’embauche, j’ai tendance à ne pas suffisamment mettre en valeur mes réalisations, à me déprécier. Cette fois-ci, je suis tombé dans l’excès inverse. J’étais trop à l’aise. J’ai manqué d’humilité alors que j’ai plein de choses à apprendre dans ce domaine. J’ai minimisé mes faiblesses. J’ai parlé de façon un peu cavalière de mon patron actuel. Je pense que j’ai fait une bonne impression en début d’entrevue, mais que j’ai perdu des points par la suite. D’une certaine façon, je me suis assis sur mes lauriers. Mais on s’entend : mes lauriers, ce n’est que du vent. Rien de concret. De l’imaginaire, uniquement. Des piges minables pour un magazine moribond. Une job d’intervenant où je fais n’importe quoi. Un blogue prétentieux suivi par une poignée de lecteurs. Au milieu de la nuit, le pronostic me semble particulièrement mauvais. Je retourne dormir...




07 avril 2009

L'autre voisin

C’est le soir. Il est tard et je suis fatigué. Je me retrouve dans la cuisine, la plus grande pièce de mon appartement, avec un immense plancher de linoléum (imitation comique de marqueterie). Une autre longue journée s’achève. Alors pour finir la vaisselle, j’ai besoin d’un petit « boost » de musique. J’ouvre mon super nouveau Ipod red product, c’est le cadeau que je me suis payé pour mes quarante ans à venir. (20 petits dollars sur les 200 que j’ai déboursés iront aider les enfants atteints de sida en Afrique.) En pieds de bas, c’est cool, ça glisse. Et puis avec les écouteurs, ça ne dérange pas les voisins. Je sais pas si Madonna est une bonne ménagère. Mais je suis certain d’une chose : sa musique a été conçue pour récurer des chaudrons collés. « Please don’t say you’re sorry

Les fenêtres de ma cuisine donnent sur la ruelle. De l’autre côté, un édifice à logements de trois étages. Les appartements ont l’air sombre et petit. Sur le balcon du troisième, un homme fait les cent pas. Il fume. Sa silhouette se découpe en contre-jour sur la fenêtre éclairée. Ça fait looser, fumer sur le balcon. Sa blonde doit avoir un sale caractère. Ou bien ils ont un bébé. Au moins ça, ça serait cute. Il marche d’un bout à l’autre du balcon. Je suis au deuxième. Il doit avoir une vue plongeante sur ma cuisine. Je me calme un peu le pompon et je me concentre sur la vaisselle en tapant quand même du pied. Puis je ferme les stores et je me remets à danser. « This is who i am, you can like it or not. » Quand les journées sont interminables, mes séances de danse-défoulement prennent de l’ampleur. Je grimpe sur les comptoirs ou sur la table. Ça va du tai-chi à la salsa en passant par le continental. Je me suis déjà fait quelques bleus. Je ne pense jamais à fermer mes stores. Puis j’aperçois la longue silhouette de l’autre voisin qui pompe ses mégots. Il pleut à siau. Il pourrait pas rentrer chez lui ? J’appuie sur pause. Je m’avance vers le store en sacrant et en soufflant par le nez.

Fuck que je me suis dit, c’est chez nous ici. J’ai rouvert le store. Tu veux en voir un show, mon homme : tu vas en voir un ! J’ai pitonné sur mon super nouveau Ipod red product, puis je me suis exécuté. D’abord un peu de headbanging sur The Strokes, pour sortir le méchant. Puis les pouces sous la ceinture de mon jean taille basse, j’ai fait une danse en ligne country sur la musique de Garth Brooks. J’ai enchaîné en improvisant une danse du ventre (une collègue marocaine a beaucoup ri en me l’apprenant) sur du Alfa Rococo. Et ça a fini en danse de stripteaseur sur le cadre de porte de ma salle de bain. Je sais pas s’il était toujours là. Moi, j’étais en sueur, je devais sauter dans la douche et aller dormir.

Je vais bientôt avoir 40 ans. Plus question de fermer mes stores...

Ah oui. Alfa Rococo, c’est vraiment bien. Et c’est ici. :-)

04 avril 2009

Les livres et moi

« La tague littéraire : c'est plus intello qu'une tague ordinaire et ça se glisse bien dans une conversation de sous-sol. » Crispi et Jo ont lancé l’épidémie. Le beau Nitram me l’a refilé…

1. Coins cornés ou marque-page ?
Les deux, parfois en même temps. J’ai une collection de signet, mais ce n’est pas une religion.

2. Un livre en cadeau ?
C’est le cadeau idéal. En cas d’erreur, ça se refile bien à quelqu’un d’autres. En plus c’est facile à emballer.

3. Lis-tu dans ton bain ?
Quelques livres gondolés prouvent que j’ai tenté l’expérience. Des livres de pop-psycho américaine qui affirmaient la nécessité de se dorloter, de s’aimer soi-même et de dire « oui » à sa lumière intérieure. Je les ai mis au recyclage, depuis.

4. As-tu déjà pensé à écrire un livre ?

Oui, mais je ne sais pas si j’y arriverai un jour. Trop perfectionniste.

5. Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ?

J’aime les plaisirs qui durent. Les œuvres longues permettent d’étoffer les personnages et de développer leurs nuances. J’ai pleuré en terminant la trilogie À la croisée des mondes de Philip Pullman. Je ne voulais pas que ça finisse.

6. As-tu un livre-culte ?
Ado, c’était Bilbo le hobbit de Tolkien, pour la puissance d’évocation des descriptions. Ça été mon premier voyage entre les serres d’un aigle au-dessus des montagnes. Et mon premier repas de lapin cuit sur un feu de bois avec une gang de nains.
Puis, il y a eu La vagabonde de Colette, qui m’a donné envie d’écrire et d’aimer.
Et enfin, Une année à la campagne de Sue Hubbell, qui décrit, en quelque sorte, la vie dont je rêve pour mes vieux jours.

7. Aimes-tu relire ?
Oui, avec un peu de culpabilité : il y a tant de livres à lire. Si le livre est bien écrit, il me charmera encore. C’est un genre de test ultime.

8. Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livre qu’on a aimés ?

C’est comme rencontrer les lecteurs d’un blogue, très intimidants, mais il faut passer par-dessus la gêne.

9. Aimes-tu parler de tes lectures ?
C’est difficile. Il n’y a rien comme la rencontre des mots et d’un lecteur. Je vois ça comme de la promo.

10. Comment choisis-tu tes livres ?
Je suis à l’affût des critiques, des commentaires, des entrevues d’auteurs, sur le Web, à la radio, dans les journaux. Ensuite ça se passe sur les rayons, c’est l’objet livre qui m’interpelle : couleur, texture, format, texte de la couverture arrière. Et puis, je suis chauvin, les auteurs québécois ont toujours priorité.

11. Une lecture inavouable ?
Les nouveaux mecs de Ralph Konig, relues plusieurs fois.

12. Des endroits préférés pour lire ?

En hiver : entre une couette et un oreiller. En été : sous un arbre. Au printemps ou à l’automne, dans un train qui glisse sur une plaine. En juin prochain, les orteils dans le sable d’une plage de Barcelone.

13. Un livre idéal pour toi serait ?

Une histoire solide et complexe. Un texte qui m’accroche par tous les sens, qui va dans toutes les directions, du trivial au sublime, qui me surprend, me déroute et m’amène ailleurs. L’impression que l’auteur m’a offert une partie de lui.

14. Lire par-dessus l’épaule ?
Chaque matin, je snobe les camelots qui distribuent les journaux gratuits. (Les journaux gratuits, c’est pas écolo. Et puis des journalistes, ça se paye.) Une fois dans le train, je ne peux m’empêcher de zieuter les potins sur les blondes fadasses d’Hollywood.

15. Télé, jeux vidéo ou livres ?

Le livre termine ma journée, c’est un rituel intime, rassurant, qui me met en lien avec des générations de lecteurs et d’écrivains. Sur une île déserte, perdu en forêt, ou pendant une panne d’électricité, rien ne bat un livre. Le Web a supplanté la télévision et les jeux vidéo ne m’intéressent pas.

16. Lire et manger ?
J’ai des livres tachés qui en font foi : Je suis gaffeur. En mangeant, je me contente de journaux, de magazines ou bien de livres de cuisine qui portent déjà la marque de l’huile d’olive, de la moutarde de Dijon ou du beurre d'arachide.

17. Lecture en musique, en silence, peu importe ?

Avec les bruits de la ville, de la campagne ou de la mer en fond sonore. S’il y a de la musique, elle doit être assez neutre et dénuée de mots.

18. Lire un livre électronique ?
Il faudrait vraiment que je sois mal pris. J’ai besoin de l’objet de papier, avec sa texture, son volume et son poids, qui lui donne une personnalité. J’ai besoin du contact tactile. J’aime la liberté de sauter un passage, de choisir une page au hasard, d’un seul geste.

19. Le livre vous tombe des mains, aller jusqu’au bout ou pas ?
Ça dépend des livres et des périodes de ma vie. J’ai abandonné L’assommoir de Zola et Soifs de Marie-Claire Blais. Ils dorment dans ma bibliothèque. Lignes de faille de Nancy Huston m’a donné du fil à retordre. Après trois essais, je suis venu à bout à m’accrocher aux personnages. Et ça en valait vraiment la peine !

20. Qu’arrive-t-il à la page 100 ?

On ne le sait jamais, c’est ce qui fait le plaisir d’un bon livre. Mais si je n’ai pas été harponné à la page 100, le pronostic n’est pas bon.

21. Un livre que tu donnerais à ton pire ennemi ?
Le secret, ça pourrait changer sa vie ! ;-) (J’en ai un exemplaire à donner.)

Je donne la tag à Eva sur son divan, à Patrick, Marc et à Kitty, ainsi qu'à tous ceux qui en ont envie !

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