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Petit lexique québécois
Ma blog osphère

21 mars 2010

D'un crépuscule à l'autre

Voici le billet que je publiais le 11 octobre 2006. Voir tout ce chemin parcouru me rassure. Ma vie n'a pas changé du tout au tout. Des petites modifications se sont additionnées, les unes aux autres, pour laisser plus de place au calme et au confort. Je ne me lève plus à l'heure des poules pour me taper des heures de transport en commun. J'ai apprivoisé ma nouvelle réalité et je tiens l'angoisse à distance, la plupart du temps. J'ai le pied plus solide. Ces temps-ci, je pourrais même dire que je dors assez bien.

Parfois, j'ai peur d'avoir perdu cette intensité. J’ai peur qu'elle se soit enfuie à jamais avec mes drames personnels. C'est lorsque j'étais submergé par la douleur ou par l’angoisse que je parvenais le mieux à voir la beauté, et même à l'imaginer quand elle était absente.

Peut-être que ma vie n'a plus assez de piquant pour être racontée avec souffle. Je ne sais pas. Je tâtonne. En tout cas, écrire me demande plus de travail et d'effort. Je dois secouer le cocon fragile que j'ai mis tant de temps à tisser. Peut-être est-ce le signe que je dois tourner mon regard vers le destin des autres. Cela me fait terriblement peur. Peut-être dois-je simplement réapprendre à écrire.

Crépuscule

Quand le compte à rebours s’enclenche derrière mes paupières, je sais que les derniers instants de liberté s’écoulent trop rapidement. Je dois trouver le sommeil. Les chiffres lumineux tombent en cascade. J’ai besoin de dormir. Barrer la route aux questions qui attendent le flou du crépuscule pour m’assaillir et m’étourdir.

Bien sûr qu’il faudrait que je travaille moins. Combien de temps pourrais-je tenir ? Ce rythme, c’est pas humain. Est-ce que j’attends de craquer ? Pourquoi je m’accroche tellement au travail ? Puis la pensée bascule et les scénarios déferlent. Le loyer, les comptes, les dettes, les coupures de service, les remboursements de prêt et bourses, les intérêts, les lettres de menace dans la boîte aux lettres, les avis d’huissiers. Les imprévus éventuels me serrent déjà la gorge. Je cherche où couper. Comment presser encore plus le citron. Je sais bien, ce n’est pas à cette heure que je vais être éclairé par le génie. Je sursaute quand le plancher craque sous les pas du voisin. Les camions qui passent font vibrer la vitre du salon. Je jette un œil à la lueur sale du lampadaire. Il faut fermer les yeux, il faut partir vers l’intérieur...

Là où le bleu gris du fleuve se mêle aux lumières du ciel, entre le jour et la nuit. J’imagine le dos noir d’un rorqual qui vient rouler à la surface pour frôler la brume et goûter le vent. Il plonge ensuite vers l’immensité bleue. Ne reste qu’une ride qui glisse, s’affaiblit puis disparaît dans les mille fragments de la lune qui se lève.

Je l’imagine porté par les marées orageuses et les courants saturés de vie. Il traverse les espaces liquides ou l’écho des appels lyriques palpe les corps en suspension. Je sais qu’il s’élève, immobile, vers la lumière des glaces lorsque mon esprit s’abandonne et se laisse à regret sombrer dans la nuit. Parfois, quelques gouttes d’eau de mer vont alors se perdre sur ma taie d’oreiller.

11 octobre 2006

J'écris désormais sous un autre nom de plume, sur un autre blogue. Pour le trouver, vous pouver m'écrire : amoursvertiges(arobas)gmail.com

22 novembre 2009

Down de novembre

J'ai traversé la grippe. Mon corps se remet, sans trop de séquelles. Je suis toujours étonné des forces qu'il recèle. Mais le moral ne suit pas. J'ai un moral de novembre. Le soir, je repousse le moment d'aller dormir le plus tard possible. Je ne m'occupe qu'à des choses inutiles. Bien sûr, j'ai du mal à me lever le matin. Il faut que je me force pour manger. Je n'ai pas faim. Si je pouvais, j'arrêterais simplement de me nourrir. Insidieusement, le travail prend de plus en plus de place dans ma vie. Les responsabilités deviennent de plus en plus lourdes, les retards s'accumulent. Les quarts de travail le soir hypothèquent le peu de vie sociale qui reste. Je sais que je fais un bon boulot. J'ai les compétences et les qualités nécessaires. Mais J'ai beau travailler comme un diable, donner tout ce que j'ai, je ne reçois jamais de feed-back positif. Aucun. Que de la méfiance et une volonté de contrôle. Mon appartement est un champ de bataille, dévasté après une défaite. Il ne manque que les larmes, comme signe clinique, pour déclarer que je suis déprimé. Les larmes je les sens, coincées dans ma gorge. J'imagine quelqu'un qui me serre dans ses bras et elles se débattent et poussent pour remonter, sans succès. Les images qui entourent Noël m'attirent comme un mirage.

 

20 novembre 2009

Déboires #416

Ce gars-là, je l’avais remarqué au gym. Sans trop y porter attention parce qu’il semblait s’entraîner très sérieusement et que moi, les monsieurs muscle… Assez joli, le type méditerranéen, la quarantaine, bâti. Mais il n’était pas trop souriant. À un moment donné, j’ai eu à lui parler, je voulais savoir s’il avait terminé d’une machine, ça m’intimidait complètement. Il s’est tout de suite métamorphosé et m’a fait un large sourire. À partir de ce moment là, je l’ai trouvé full sympathique. Il avait, en plus, une belle voix grave et un accent français qui ajoutait au charme de l’ensemble. J’aime les accents, bon. Ça en est resté là.

Depuis, on se disait bonjour quand on se croisait. Mais je savais qu’il était « parlable ». Je commençais juste à travailler pour Zorro & Co. C’était l’une des premières fois que j’intervenais dans un sauna. J’avais un superviseur qui m’observait et qui me faisait remarquer que je n’étais pas assez proactif. Il fallait que je me pousse un peu plus pour initier le contact avec les hommes qui circulaient. J’ai pris une grande respiration. Et je me suis dit que, tant qu’à être proactif, aussi bien être proactif avec un gars cute. J’ai spotté un musclé en serviette et je lui ai demandé comment se passait sa soirée. C’est juste à ce moment-là que je l’ai reconnu : c’était le gars du gym. La petite serviette blanche qu’il portait autour de la taille lui allait vraiment, mais vraiment très bien. Il a tout de suite retrouvé son sourire irrésistible et on s’est mis à discuter de tout et de rien puis de nos emplois respectifs.

Il est agent de bord pour British Airways, je crois. Il m’a posé des questions sur mon travail à Zorro & Co. Je me suis dit que le superviseur allait me laisser en paix et que je joignais l’utile à l’agréable. J’ai parlé du travail d’éducation et de prévention que l’on fait dans les milieux gais. Nous avons parlé du VIH et du tabou qui l’entoure dans la communauté. Ses sourires, ses yeux gourmands, l’ensemble de sa personne, en fait, avaient un drôle d’effet sur moi. On a glissé, sans trop sans que je m’en rende compte, dans un rapport de séduction. Il m’avait dit qu’il m’avait toujours trouvé charmant, mais qu’il n’avait jamais osé me parler. Il m’a parlé de sa peur du virus. Il s’est mis à me raconter qu’il avait rencontré récemment plusieurs hommes séropositifs, qu’il avait tenté des relations amoureuses, que ça ne fonctionnait pas. Il m’a dit qu’il était incapable d’oublier la présence du virus, que, pour lui, cette idée tuait le désir. Il se sentait mal avec ça, ne voulait pas que les gars se sentent rejetés, mais bon, il n’était pas capable. Je l’ai écouté un bon moment là-dessus. C’est ma job. Je lui ai dit que c’est normal d’avoir peur et que la peur est souvent garante de la sécurité, que si on se protège les risques sont vraiment très faibles, mais que la peur ce n’est pas rationnel.
Et puis, il s’arrête et me demande : mais toi, t’es séropositif ? Habituellement, je ne réponds pas aux questions qui me concernent. Ce n’est pas pertinent. Je fais une pirouette et je ramène la conversation sur mon interlocuteur. Mais à ce moment-là, je ne sais pas, je ne m’y attendais pas et je n’ai rien trouvé d’intelligent et de naturel pour détourner la conversation. J’ai juste dit : oui.

Un petit nuage de malaise a passé pendant quelques secondes. Puis j’ai rajouté : mais tu sais, je respecte ton opinion et puis je comprends très bien que l’on puisse avoir peur. La peur comme le désir sont des choses qu’on ne contrôle pas. À chacun de faire ses choix pour se sentir confortable. Ce n’est pas toujours facile à annoncer, mais le gars séropositif qui te l’annonce doit aussi comprendre ta réaction et ne pas le prendre personnel. À son tour, il a aussi pédalé pour dissiper le malaise et il a ajouté : ça change rien au fait que je te trouve absolument charmant. Mais l’élan du début était un peu brisé et je me suis dit que mon superviseur était sur le point de me dire d’être proactif sur le dos de quelqu’un d’autre. J’avais suffisamment de matériel pour écrire mon rapport. Je lui ai dit que nous serions là jusqu’à 21h, s’il avait des questions, et je lui ai souhaité une bonne soirée. Il est disparu dans la noirceur du sauna. Environ 20 minutes, plus tard, je remplissais des formulaires. Il est repassé près de moi, son manteau d’hiver sur le dos, et il m’a lancé avec un magnifique sourire : ciao Kevin, on se reparle. J’ai souri, moi aussi.

J’ai écrit dans la fiche de monitoring que je devais être plus alerte pour éviter de tomber dans un rapport de séduction. Je ne suis pas retourné au gym depuis et je ne l’ai pas revu.

15 novembre 2009

Désir

Depuis au moins 20 minutes, le livre est ouvert sur mes genoux. J'ai les yeux dans le vide. Des restes de fièvre courent dans mon corps en créant de drôles de sensations. La musique dans l'autre pièce captive mon esprit et mon âme est laissée à elle-même. Mon corps baigne dans une torpeur chaude quand il n'est pas secoué par une quinte de toux. Je m'étire comme un chat, dans la flanelle des draps. Je savoure la chaleur du lit et je la partage avec un autre, en imagination. Le livre est toujours là, immobile, devant moi.

Les antibiotiques n'ont pas fait effet. Le médecin était dans l'erreur. Il faut dire que je n'ai pas respecté son ordonnance de repos. Je reste à bout de souffle et j'ai les bronches engorgées, depuis bientôt une semaine. Je suis déçu. Déçu de chaque sphère de ma vie. Déçu d'être là où j'en suis, par rapport aux autres, à ce que je veux faire de ma vie. Trop de désirs. Je serais écrasé par des excès de désir et ce serait pour cela que ma vie prend l'eau. Trop d'espoir dans l'humanité, trop d'espoir d'avenir. J'ai toujours cru que les désirs étaient un moteur. Je les ai nourris, soignés. Je me suis projeté dans l'avenir et j'y ai trouvé des refuges. J'ai accumulé les désirs en masses touffues au-dessus de ma tête, pendant des années.

Mais au cours des derniers mois, je me suis heurté plus d'une fois à la réalité. Aveuglé de confiance et de désirs, je ne vois pas les murs et je les frappe de plein fouet. Je suis ébranlé, mais je reste debout, à bout de souffle, hagard, vidé. J'ai des trous dans le cœur de la taille de mes désirs réformés. Je suis une proie facile pour les exploiteurs sans scrupules comme pour les virus qui rôdent.

C'est ce qu'il me raconte au téléphone. Le livre est tombé sur la couette, près de mes genoux. On devait aller prendre un café. Je ne suis pas assez en forme. Je serais désagréable, que je lui ai dit. On s'est rabattu sur le téléphone. J'aime entendre une voix dans mon oreille qui me raconte quelque chose. Juste une voix qui raconte. Je ne m'en lasse jamais. J'ai mal à l'oreille, je ne sais plus comment tenir le combiné, mais je suis bien. J'aime mieux écouter que parler. Et pour parlementer, l'oreiller est un terrain neutre, une zone d'intimité et de liberté. À la fois le lieu du retour à l'enfance et celui où l'on devient adulte. Un espace où tous nous sommes égaux devant la mort et les défaillances du corps. On a donc parlé des désirs trop vifs qui nous tirent vers l'avant et qui nous rendent complètement aveugles à ce qui est, à portée de main, au moment présent. Aux désirs qui nous coupent des autres, si on est incapable de les accepter avec leur lâcheté, leur paresse, leur violence et leur soif de pouvoir. Tout cela, brodé sur des bribes de mon histoire et de la sienne. Deux histoires qui se répondent. Le temps a passé, doucement. Je suis fatigué, immensément fatigué. Je voudrais lâcher prise si j'en étais capable. Je sais que la vie réserve souvent des surprises, qu'il y a parfois des fleurs sur le sentier. Je voudrais avoir la force de baisser les yeux pour les apercevoir. Pour l'instant, je suis empêtré dans mes désirs. Imparfait, je dois accepter que le monde, que la vie, que je suis moi-même imparfait et qu'il en sera toujours ainsi. Je pose mon livre sur la chaise. Une gorgée de sirop. J'éteins la lampe et je me cache la tête sous les couvertures.

10 novembre 2009

L'histoire d'une fièvre

Mon histoire, c’est l’histoire d’une fièvre. J’aime les sensations qui traversent le corps quand sa température augmente. 99,8 °F, 100,2 °F, 100,8 °F. Le vertige soudain. La tête qui tourne et le décor qui se met à valser, à petits pas, comme un vieillard. Expérimenter les drogues, ç’a toujours été contre mes principes. Je suis bien trop timoré. Alors, la fièvre me donne un aperçu de ce que j’aurais pu manquer. L’esprit plane et j’ai le droit d’être décousu, de sauter du coq à l'âne et de l’âne au coquelicot. J’ai le droit de rire tout seul et de ne plus rien prendre au sérieux. Je suis libre, pour un instant. Et je chante sous la douche.

Le médecin m’a dit que ce n’était pas la grippe dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, mais une bronchite ordinaire. J’ai des antibiotiques pour 5 jours. Ça me rassure de savoir, après ces longues journées d’inquiétude, accroché à mon thermomètre. Les jours suivants, je me suis senti comme si j’avais cent ans. Et il faut que je souligne que ça ne donnait pas envie de vieillir vieux. Les os lourds, la peau qui fait mal à chaque mouvement d’air, le souffle qui fuit. Mais les mécanismes de la vie ébranlaient déjà cet état de vieillesse prématurée. Je me sens maintenant comme si je revenais d’entre les morts. En novembre, c’est de saison. Des envies printanières (ou d’outre-tombe) s’éveillent dans mon ventre. C’est comme ce vent chaud au moment où tout le monde a fait son deuil de l’été. Depuis des mois, la pluie froide nous tient par le cœur et les foules ont abdiqué devant l’hiver.

Ce vent doucereux se moque des passants en soulevant les vêtements. Je traîne des traces de fièvre. C’est la flamme qui enflamme sans brûler. Juste assez pour que je m’émerveille. Je souris de voir le vent faire tourbillonner les feuilles sèches, devant mes pas sur le trottoir. Je laisse mes yeux courir à travers les branches de ces grands arbres tristes jusqu’aux étoiles d’un autre temps. Et dans ces moments-là que je me dis qu’écrire ne suffit pas. Je ne parviendrai jamais à mettre en mot le millième de ce qui s’offre à mes sens. C’est pour cela que je ne voudrais pas être seul. C’est pour cela que je voudrais être deux. Parce que vivre ça sans le partager n’a pas de sens. Je limite ma théorie foireuse à deux, tout simplement parce que c’est la limite de ma sociabilité. Au-delà, ça se complexifie et je me hérisse dès que ça se complique.

J’ai été cloué au lit le temps de la fièvre. Et j’ai reparlé au Grand. On ne s’est pas vu depuis mon retour de Barcelone. Comme toujours, on n’avait pas grand-chose à se dire, mais j’étais content, je ne sais pas pourquoi. J’avais pensé que ça n’arriverait plus. Au fond, on n’avait jamais eu beaucoup de choses en commun. Je pensais que la coupure serait définitive. Et puis, cet été, j’ai fait le vide autour de moi, sans trop comprendre pourquoi. Tous mes châteaux en Espagne sont effondrés. J’ai aussi parlé au téléphone, avec Louis. Louis dit que les gens sont des crocodiles, que chaque individu est prêt à bouffer son voisin dès qu’il réalise que c’est dans son intérêt. Il dit qu’il n’y a plus d’altruisme. De nos jours, c’est chacun pour soi. C’est son côté pessimiste. Je me demande s’il n’a pas raison. Moi, je l’écoute et je pense que je devrais apprendre à développer mon crocodile intérieur. J’ai assez fait l’agneau, ça explique pourquoi je me retrouve aujourd’hui à griller sur la broche.

La fièvre fractionne mon attention, m’oblige à ralentir le pas, à m’arrêter souvent pour rêver sans dormir. Elle abat avec fracas mon orgueil démesuré. Et je me retrouve tout petit, comme un enfant perdu dans le jardin d’Éden. Je demande de l’attention sans honte. Par moment aussi, je me fâche contre les cons, la connerie, contre les doubles contraintes qu’on m’impose au travail. Contre ma stupide docilité qui passe l’éponge pour en épargner d’autres, plus faibles encore. Je dois apprendre à mordre. Y arriverai-je ? Le travail me bouffe la vie parce que j’y suis accroc comme à l’héroïne. J’ai besoin qu’on ait besoin de moi, sinon je ne suis rien. C’est un défaut, mais ce n’est pas le pire. Le pire, c’est les cons qui en profitent et qui en abusent. Ces cons-là doivent avoir leurs places réservées dans mon karma, car ils reviennent régulièrement dans ma vie. Au travail, j’ai toujours au-dessus de ma tête une bande d’enfoirés, obsédés par leurs petites guerres de pouvoir et complètement déconnectés de la réalité, mais qui me pompent le jus comme si j’étais un puit de pétrole. Objectif : épuisement des ressources naturelles avant de partir à la conquête de nouveaux territoires. Au travail, dans l’équipe, il y a eu au cours des dernières semaines, une tentative de suicide, un départ en burn-out. Ça tombe comme des mouches. Et les cendres se déposent sur ma tête et mes épaules. Ça m’empêche de respirer. Pas une minute pour pleurer. Des crocodiles, je vous dis. Et moi je dois apprendre à mordre.

 

Note décousue écrite sous l’effet de la fièvre, il y a dans le texte plein d’emprunts à des chansons fiévreuses. Peut-être saurez-vous les retrouver ?

30 octobre 2009

Le père

Ce court-métrage qu’un ami a publié sur Facebook m’a marqué plus que je ne l’aurais cru.

 

(Le film peut aussi être visionné ici : What is that? (Τι ε?ναι αυτ?;). Il est sous-titré en anglais. Si vous avez du mal à comprendre, dites-le moi dans les commentaires, je ferai une traduction maison.)

Hier soir, j’ai animé pour la première fois un atelier sur l’érotisme. Cet atelier s’adressait aux hommes gais et bisexuels qui veulent réduire leurs risques en matière de sexualité. J’étais très emballé par l’atelier et aussi un peu nerveux.

La nuit passée, j’ai rêvé d’un père qui m’appelait au bureau. Il voulait avoir mon aide pour retrouver son fils et reprendre contact avec lui. Je lui demandais pourquoi. « Parce que je sens qu’il a besoin de moi. » m’a-t-il répondu, comme si c’était une évidence. Son fils était un adulte, majeur et vacciné. J’ai trouvé sa demande un peu bizarre, un homme adulte n’a pas besoin de son père.

Puis, quelques jours plus tard, je suis tombé sur son fils, un bel homme brillant. Un personnage rebelle, peut-être un peu blessé et qui affirmait n’avoir besoin de personne. Quand il parlait de son quotidien, il y avait dans son récit comme un sentiment de dérive. Il était particulièrement insatisfait de sa vie amoureuse et de sa vie sexuelle. Il n’arrivait pas vraiment à faire confiance et à se laisser aller. Et on le lui reprochait souvent. En l’écoutant, je me suis dit que le père avait peut-être raison et qu’il était urgent de les remettre en contact. (Dans un rêve, les raisonnements prennent parfois de curieux raccourcis.)

Je me suis éveillé, avec ce sentiment d’urgence. Il était près de 5 heures du matin. Je me réveille souvent comme ça, à des heures inhabituelles dans les périodes de stress. Je sais que la lumière du matin dissipe parfois les souvenirs d’un rêve. Alors j’ai allumé une lampe pour mettre tout ça sur papier. (J’ai une espèce de malaise, de pudeur à poursuivre...) J’avais le sentiment que je devais renouer avec mon père, malgré les blessures, la distance et le ressentiment. Parce qu’il vieillit et qu’il n’est pas éternel. Depuis des années, je garde les contacts que j’ai avec lui au minimum. C’est comme une corvée dont je me débarrasse pour ne pas me sentir coupable de l’abandonner complètement. Mais peut-être est-ce pour moi que je devrais le faire. Peut-être en ai-je besoin. Je n’avais jamais vu la question sous cet angle...

28 octobre 2009

Personne

- Tenir un blogue c'est narcissique, égocentrique. Tu te prends vraiment pour un autre !

Je suis celui à qui on peut se confier, celui sur qui on peut compter. Il paraît que c'est rare, quelqu'un qui sait écouter, de nos jours. Tout le monde autour de moi va mal. Ils font des burn-out, ils installent des crochets aux plafonds de leurs chambres pour se pendre. Ils boivent, ils gueulent, ils crachent sur les autres. Ils sont malheureux en amour. Ils n'ont pas d'amis. Leurs patrons ne reconnaissent pas leurs talents. Leurs voisins sont méchants. Ils sont malades. Leur évier est bouché. Ils en ont plein le cul. Et moi je suis comme une valise que l'on remplit, sans arrêt. Et ils ne se gênent pas pour se moquer : toi le beau Kevin, qui n'a jamais de problèmes, qui aime tout le monde, t'es tellement gentil que t'en es insignifiant.

- En tout cas, au moins j'suis sûr d'avoir un bon karma !

Moi aussi, parfois, ça ne va pas. (Ceux qui me lisent depuis un bout le savent.) Mais dans ces moments-là, je me retourne et il n'y a plus personne. Tout d'un coup. Personne.

Personne pour les câlins, pour les sourires moqueurs ou attendris. Personne pour me dire : allez, ça va aller, en m'obligeant à lever les yeux. Personne pour se taire et écouter mes mots maladroits. Personne pour passer des heures à boire du thé au jasmin à mes côtés. Parce que quand je les dis mes mots sont maladroits. Personne pour se taire en me tenant la main. Parce que je n'ai pas l'habitude de parler. Personne. Alors, j'écris un blogue. Je sais, c'est bancal, mais c'est toujours mieux que rien. Parce que parfois, la valise est pleine et qu'il n'y a personne.