À propos
Il faut bien commencer quelque part. Moi, c’est une rupture amoureuse qui m’a amené à commencer l’écriture de ces carnets. Tout doucement, ils m’ont amené à une réconciliation… avec moi-même. Je partage ma vie depuis une dizaine d’années avec un virus, celui du VIH. Un virus lourd de sens et de symboles. Une menace toujours indomptée qui me force à prendre la vie de front en gardant les yeux toujours ouverts. Voici donc quelques mots lancés au vent pour dire la peur de la vie et de la mort, et le bonheur des rencontres et de la beauté du monde.
Amour :
Sentiment intense qui relie les êtres, basé à la fois sur la tendresse et l’attraction physique, sentiment qui les pousse à se dévouer les uns aux autres et à surmonter les différences…
L'amour court dans nos corps. Il est la source de toutes nos bassesses et de toutes nos grandeurs.
Vertige :
Peur intense et ivresse qu’éprouve une personne placée face au vide, qu’il soit physique ou existentiel. Affronter les vertiges mène au dépassement de ses limites…
Le vertige nous amène tout près de la mort et nous fait prendre conscience de la grandeur et de la fragilité de la vie. C'est en côtoyant le vertige que l'on bâtit le courage, que l'on apprend à vivre sa vie plutôt qu'à la traverser.
Chlorophylle :
Pigment vert, proche de l’hémoglobine, qui permet aux plantes de capter l’énergie de la lumière par la photosynthèse, processus essentiel par lequel les végétaux ont créé l’oxygène…
Il est aujourd'hui primordial de recréer des liens avec cette planète qui nous abrite et nous nourrit. La présence de la Nature répare les blessures de l’amour et les brûlures du vertige. Elle calme la peur. La chlorophylle est un baume qui nous rattache à l’éternité.

Pierre-Yves, Montréal (Québec)
Pour m'écrire :
amoursvertiges@gmail.com
Photographie : GPCP
Voici la note qui a fondé ce blog (10 avril 2006)...
Un certain jour de printemps
Voilà, je me lance…
Ça me fait un peu peur. Je me sens comme un volcan. J’ai peur des contrecoups d’un séisme.
C’était un matin de printemps, enfin. Le ciel était bleu. Tout le monde dans la rue avait l’air heureux. Les filles portaient des robes d’été. Partout des sourires. Je sortais de la clinique. J’étais en feu, à l’intérieur. J’avais en tête le pont Jacques-Cartier. Quoi de plus poétique que de mourir en se jetant dans le fleuve St-Laurent, abandonner son corps aux courants violents. Mais il y avait une cabine téléphonique. Des vitres sales qui portaient encore les poussières de l’hiver. Un numéro de téléphone. Il fallait qu’il réponde.
Y. était un ami, un ancien amoureux, un original. Il avait une façon unique de mêler humour et sensibilité. Je lui avais parlé des résultats de ce test que j’attendais avec inquiétude. J’en parlais librement, convaincu que le test serait négatif. Il m’avait dit que pour lui ça n’avait pas d’importance. Il voyait au-delà. Il a répondu. Le front appuyé sur la vitre : — Y.? …Ça va pas très bien. Les sanglots ont remplacé les mots. J’avais chaud. Il était là au bout du fil. J’ai ajouté avec une voix presque inaudible : — C’est positif… je peux passer chez toi ?
Oublié le pont Jacques-Cartier, me voilà chez lui. Ravaler les larmes, le temps du trajet en autobus. Ce gars-là m’a sauvé la vie. Pendant plusieurs jours, je me suis accroché à lui comme à une bouée. Je ne voulais pas qu’il parte. Assez égoïstement, je l’ai fait dormir sur le divan de mon salon. À ses yeux, ça ne changeait rien, j’étais toujours le même. Il est resté près de moi. Peu à peu, son calme m’a gagné. C’était un spécialiste de l’informatique. Il m’a appris à jouer sur Photoshop. Et puis, à un certain moment, je me suis rendu compte que j’avais oublié pendant quelques instants que j’étais séropositif. Ça n’allait donc pas toujours prendre toute la place dans ma vie. J’allais survivre.
Interêts
amour, vertige, chlorophylle



