27 mars 2008
Botte à la Richard Martineau
«... Il y a ceux qui apprécient le verbiage mièvre et redondant de l’auteur de ce blogue. Il faut de tout pour faire un monde ! Ces lecteurs ignorent peut être qu’il travaille au sein de l’exécrable clique du Plateau, celle qui crache constamment sur le petit peuple besogneux du 450 qui traverse courageusement les ponts chaque matin pour venir contribuer à l’essor de la ville. Comme tous ses confrères de la génération X, Pierre-Yves C. a depuis longtemps perdu sa foi dans l’avenir et dans l’humanité. Et il n’attend qu’une seule chose, que son contrat se termine pour retourner vivre au crochet de la société. Le lire équivaut à cautionner ce mélange de bassesse et de lâcheté crasse.
A-t-on besoin de préciser qu’il passe de longues journées à se tourner les pouces sur un projet totalement subventionné par l’un des gouvernements les plus à droite que le Canada ait connu ? Dilapider l’argent des contribuables canadiens ne suffit pas à ce profiteur. Il vend son âme pour un magazine minable qui propose à de pauvres lectrices crédules des traitements au Botox (un poison plus violent que le cyanure), du jus Sunny Delight (qui rend les enfants diabétiques) et des colorants L’Oréal Excellence Crème (qui donne à la tête de ces dames des couleurs criardes et ridicules). Et puis ce petit ton larmoyant qu’il prend toujours pour raconter ici ces sempiternelles histoires de cul, ça me donne envie de militer pour l’euthanasie.
Sa malhonnêteté le pousse à mettre en lien une pétition pour le Tibet alors qu’il est tranquillement assis, son petit cul de bourgeois dans le jean América «made in China» qu’il vient d’acheter et dont il n’a même pas pris la peine de faire les bords. Ce midi, il a d’ailleurs mangé en cachette un mauvais poulet Général Tao. Supportant ainsi de façon totalement hypocrite un régime totalitaire qui bafoue chaque jour un peu plus les droits humains. Il n’hésite pourtant pas à prôner le boycott des prochains Jeux olympiques mettant ainsi en péril la trop courte carrière de nos plus grands athlètes. Le plat était dégoulinant de graisse et sucré comme sa prose, au point de lui donner la nausée tout l’après-midi. La preuve qu’il y a encore une justice, en ce bas monde ! ...»
Cette note, à la manière de Richard Martineau, est une idée charmante de Martin. Via Sof
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26 mars 2008
Sucre
J’ai fait le vide en espérant secrètement faire le plein. Et voilà, il suffit d’un sourire pour que la grand-voile se gonfle à nouveau. En vue de limiter les dégâts, j’essaie de ralentir l’emballement, de me changer les idées, de boycotter complètement tout ce qui évoque le romantisme. Autant demandé à un diabétique boulimique de ne prendre qu’une bouchée de sucre à la crème, à un alcoolo de s’arrêter à l’apéro. Alors, je m’en remets à ma bonne étoile, à mon ange gardien. Il est déjà trop tard pour prétendre tenir le gouvernail. Il n’aurait pas fallu l’aborder.
J’étais au Gymnase en compagnie du beau Karim que tous les gars gais de la place regardaient danser, la langue à terre. Lui n’en avait que pour Sabrina. Une belle brune aux longs cheveux bouclés. Il voulait même que je drague sa copine pour l’aider dans ses démarches. Karim et ses plans foireux !
« Man, elle lit la météo à la télé, tu te rends compte ! S’ils l’ont choisi, c’est sûrement parce qu’elle est vraiment belle. C’est une vraie beauté arabe. »
« Une beauté arabe ? »
« Oui, c’est ce que je lui ai dit. Elle m’a dit que son père était jordanien. Je te l’dis ! On est fait pour vivre ensemble ! »
Ce qui est bien avec Karim, c’est que je n’ai même pas besoin de boire pour m’amuser. Patricia l’a repoussé toute la soirée avec des sourires polis. Karim regarde le gars derrière moi : « Et puis ? Tu lui as parlé ? »
« Pas-t-encore. Tu penses que je devrais ? »
« C’est sûr », il me gronde : « Tu veux que j’y aille à ta place ? »
« Non non. Non, surtout pas. C’est gentil, mais… non, je vais m’en charger. » Je n’avais pas le choix. Une grande inspiration, je me retourne et je tape sur l’épaule du garçon en question. On a jasé. On a dansé. J’ai troqué ma pinte de bière pour une bouteille d’eau Naya, comme la sienne.
Bien sûr, je ne sais rien de lui, à part trois ou quatre affaires cutes qui me permettent en extrapolant d’imaginer tout le reste. Je suis doué pour ça, l’extrapolation. Je n’oserais même pas raconter jusqu’où va parfois mon imagination. Il ne sait rien de moi, mais il cherche à percer le mystère, avec un mélange d’amusement et d’espoir. J’essaie pourtant de me remémorer mes derniers flops éclatants, humiliants ou sordides. (Ils ne sont pas si lointains et tous consignés ici dans les archives.) Rien à faire. J’ai mis le doigt dans le glaçage, il faudra que je goûte jusqu’à la dernière miette. Le gâteau est joli. Il a l’air de venir d’une charmante pâtisserie. Peut-être qu’en vieillissant je m’assagirai et je perdrai l’appétit. Pour l’heure, je dois encore être jeune. J'ai toujours la dent sucrée. Un sourire et un mot doux suffisent pour déclencher le fracas des feux d’artifice. Pffiuu, Pirititou, Taratam tam boum !
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25 mars 2008
Sans un mot
Les premiers mots ont franchi tes lèvres
Dans une procession silencieuse
Des mots étouffés qui éclatent dans tes prunelles
Un jardin qui mûrit et qui fane
Dans une prison de verre, scintillante.
Mais rassure-toi, j’ai tout entendu
J’ai tâté chacune des faces de ton silence
Et la Terre qui tournoie a fait glisser les foules
Comme s’avancent les continents
Nos âmes en lambeaux, battus par le vent
Se croiseront bien un jour.
La pleine lune s’étalait, tache de crème entre les branches
Dans ce printemps glacé qui étreignait les promeneurs
Tu étais à portée de main, à portée de voix
J’ai posé la main sur ta paroi de verre
Ton sourire d’abord timide s’est étiré lentement
Comme pour répondre au silence de la lune.
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23 mars 2008
Amen
Le Québec a mal à la religion. Pendant des siècles, la religion catholique a joué un rôle prépondérant dans toutes les sphères de la société québécoise. Sans elle, les Québécois auraient été assimilés et nous parlerions tous anglais. Tant d’autorité dans les mains du clergé a bien sûr mené à des abus de pouvoir (abus dans lesquels l’Église catholique a une longue tradition).
Je crois que les Québécois sont profondément religieux. Si, à une certaine époque, ils ont rejeté énergiquement la religion catholique et s’ils ont même un peu honte de leur passé religieux, ils cherchent aujourd’hui à combler à tout prix le vide laissé par l’Église. Ce besoin semble être criant. Désormais, la messe n’a plus lieu le dimanche matin à l’église, mais le dimanche soir à la télévision. Les fidèles hochent la tête au rythme des blagues de l’animateur de Tout le monde en parle. Ils se lèvent, applaudissent et s’assoient au signal de l’officiant. On se demande qui sera le nouveau messie de Star Académie. Chaque matin, dans le métro, des milliers de personnes lisent religieusement les derniers faits et gestes de Paris Hilton et Cie. Paris magasine une veste pour son chihuahua. Paris change de marque de serviette hygiénique. Paris est surprise à se jouer dans le nez. Paris, priez pour nous.
L’écologie est aussi devenue une religion. Je le sais pour travailler depuis quelques mois dans le milieu des OSBL en environnement. Un tout petit milieu, pourri de guerres intestines. La ferveur religieuse de ces « verts à tout prix » entraîne des dérives et plusieurs comportements incohérents. Les parents qui nourrissent leurs enfants de fruits et de légumes pleins de pesticides, mais qui rincent scrupuleusement les pelures de banane avant de les mettre au compost. Les gens qui font de longs détours en voiture pour aller chercher leurs sacs réutilisables avant de faire leurs courses. Tout ceux qui veulent des papillons dans leur jardin, mais qui noient la moindre chenille sous des litres de pesticides écologique. Sauvez la planète, surtout ce qu’il y a dans ma cour ! Tout le monde veut voir la vie en vert. Le voisin on s’en fout. L’étranger, on s’en contrefout.
Je sais bien que tout ça part de bons sentiments, mais quand ça mène à l’intransigeance, à l’incohérence et au mépris, je décroche. Dans le quartier où je travaille, il y a chaque jour des vols de bacs de recyclage. On m’a même raconté que des gens se seraient battus pour un bac. Les jours de tempête de neige, le téléphone sonne toute la journée. Des citoyens se plaignent qu’on n’a pas ramassé leurs matières recyclables. Ils ne comprennent pas que ce sont des camions qui font la cueillette et que les camions ne peuvent circuler quand la rue n’est pas déneigée ? Un petit peu de bon sens, peut-être ? La solution à la surconsommation, ce n’est pas de recycler toutes les cochonneries que l’on produit, c’est de consommer moins !
Pour me déplacer, je n’utilise que le vélo ou le transport en commun. Mais je suis un terrible pécheur parce qu’il m’arrive de manger de la viande à l’occasion. Je suis un traître à la planète parce que je ne fais pas de compost sur mon balcon et que j’aime bien porter des vêtements neufs quand j’en ai les moyens. Encore pire, j’aime aussi voyager et goûter des produits d’importation. Je ferais mieux de me taire où je risque d’être lapidé. J’ai l’audace de me plaindre du système de transport en commun. C’est impardonnable. Le service est franchement mauvais, mais c’est un tabou. Le transport en commun est extraordinaire, un point c’est tout. Il faudrait s’entasser dans les autobus et les métros jusqu’à ce que mort s’ensuive pour la cause. Tout le monde est pour le transport en commun. Particulièrement tous ces individus que je vois seuls dans leur voiture, tous les matins, sur le boulevard.
Au bureau où je travaille, nous n’avons aucun dictionnaire, ni aucun livre de références. Pourquoi sacrifier inutilement des arbres, on peut tout trouver sur Internet. Je m’excuse, mais tout n’est pas sur le Web ! Et ce qu’on y trouve n’est pas toujours de la plus grande qualité. Et puis le fonctionnement des serveurs qui alimentent Internet en contenu est extrêmement énergivore. J’ai lu quelque part que d’ici quelques années, la consommation d’énergie nécessaire au fonctionnement d’Internet équivaudrait à celle de la population mondiale. L’énergie, ça ne pousse pas dans les arbres. J’ai beau tenir un blogue, j’aimerai toujours les livres. Et pour avoir expérimenté le travail avec ou sans dictionnaires. Je préfère avec. (En attendant quand mon vieux I-mac turquoise plante pour la quinzième fois dans la journée, je me répète que je suis payé à l’heure.)
Le bureau a tout de même publié des dépliants sur du papier 100 % recyclé. Avec de l’encre verte. (Notez le concept !) Pour économiser encore plus, les marges sont réduites au minimum et les caractères sont tout petits. Résultat : un dépliant illisible qui va tout droit au bac de recyclage (ou à la poubelle dans la plupart des cas, j’en suis certain.)
Quand j’étais tout petit, j’aimais beaucoup l’église du village où j’habitais. Une petite église en bois blanc. Mes parents n’y allaient jamais, ils étaient athées et même antireligieux. Mais le clergé avait encore une certaine emprise sur le système d’éducation et l’institutrice nous amenait parfois à la messe, lors des fêtes religieuses. J’étais fasciné par les rituels, la musique, l’encens, les boiseries et les dorures. La quête d’absolu des saints m’interpellait. Je rêvais de marcher dans les traces de Saint-François-d'Assise et de vivre au cœur de la nature. (Le film de Franco Zeffirelli m’avait marqué). Mais en grandissant, les agissements de l’Église catholique et de ses représentants m’ont fait décrocher, complètement. Je ne me considère pas comme catholique. Je trouve que plusieurs religions, le bouddhisme notamment, sont beaucoup plus pertinentes. Je ne sens pas le besoin d’avoir une religion à tout prix. Et bien que mon travail actuel m’amène à devenir un chantre de l’écologie, je n’ai qu’une idée en tête : défroquer.
00:00 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : religion, opinion, catholique, écologie, vert, recyclage
20 mars 2008
Le retour des boîtes
Il est 19h30, je rentre du travail. Semaine épuisante, même si elle n'avait que quatre jours. En début de semaine, j'ai essayé les nouveaux somnifères que m'a prescrits le médecin. Méchant trip ! Plutôt agréable, c'était comme si j'avais fumé un joint un peu trop fort. J'étais tellement étourdi que j'ai failli tomber trois fois en me rendant à mon lit. J'en ai payé le prix. La pharmacienne m'avait mis en garde : Pas plus de deux jours en ligne. J'ai suivi ces recommandations à la lettre et j'ai arrêté après deux nuits. Deux nuits, pour moi, c'était trop. Je n'ai pas fermé l'oeil depuis. J'ai tout essayé, les étirements, une marche à l'extérieur, le training autogène, la musique, la lecture d'un livre ennuyant, la lecture d'un livre intéressant, la visualisation, les rituels, compter les moutons, la masturbation, une douche, une tisane, dans l'ordre et le désordre. (Pas de bain, mon bain est trop petit.) À cinq heures n'en pouvant plus de ne pas dormir, je me suis levé et je me suis fait un gros déjeuner. J'ai un mal de tête terrible qui me donne envie de vomir. Je rêve que d'une chose : perdre conscience.
Bref, il était 19h30 et je rentrais fatigué. Je vois que la pancarte "à Louer" chez le voisin a disparu. La troupe de gorille du collège Maisonneuve a déguerpi sans prévenir, il y a quelques jours. Il y a de la lumière. En entrant chez moi, une odeur d'eau de javel avait traversé le mur mitoyen. J'ai de nouveaux voisin. J'habite un minuscule 3 pièces et demi. Dans lequel, il n'y a qu'une seule chambre vraiment minuscule. Mes nouveaux voisins, qui occupent désormais un minuscule appartement, aussi minuscule que le mien, forment une famille de bougons composée de deux adultes et trois enfants et d'un gros chien (à en juger par la tonalité de ses aboiements). Après un toxicomane noctambule et une commune d'étudiants sur le party, je pense que j'en ai plein mon casque.
La présente est donc pour vous aviser que je suis à la recherche d'un appartement. Pas cher et tranquille. Dans le coin du stade. Je suis même ouvert à la colocation avec d'autres êtres humains, idéalement diurnes. Je suis facile à vivre et pas bruyant. (J'aime pas vraiment les Foo Fighters. C'est juste pour avoir l'air cool.) Ah oui, j'oubliais, je cherche aussi des boîtes de carton. Mon bail se termine à la fin juin : ça va venir vite...
Mon adresse courriel c'est : amoursvertiges@gmail.com
21:30 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : appartement, louer, nuit, calme, recherché, Montréal
19 mars 2008
Relais pour le Tibet
« Après des décennies de répression par la loi chinoise, la frustration du peuple tibétain a explosé dans les rues sous forme de protestations et d'émeutes. Avec les feux de la rampe braqués sur les Jeux Olympiques à venir en Chine, les tibétains réclament au monde un changement.
Le gouvernement chinois a dit que les protestataires qui ne se sont pas encore rendus "seront punis". Ses leaders sont en ce moment même en train de faire un choix crucial entre l'escalade de la brutalité ou le dialogue qui pourrait déterminer le futur du Tibet et de la Chine.
Nous pouvons influer sur ce choix historique. La Chine tient à sa réputation internationale. Il est nécessaire que le président chinois Hu Jintao entende que le succès du logo "made in China" et aussi les prochains Jeux Olympiques ne sera assuré que s'il fait le bon choix. Mais il faudra une énorme mobilisation internationale pour attirer son attention - et nous en avons besoin dans les 48 heures qui suivent-Le lauréat tibétain du Prix Nobel de la Paix et leader spirituel, le Dalai Lama, a appelé à la retenue et au dialogue: il a besoin d'un soutien international. Cliquez maintenant ci-dessous pour signer cette pétition -et faites passer le message à un maximum de personnes- notre but est d'obtenir 1 million de voix pour le Tibet... »
Signez la pétition maintenant
Pour en savoir plus :
Cyberpresse.ca
Libération.fr
18:00 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : tibet, chine, répression, protestation, droit, liberté, expression
Off the edge
Ce n’est pas comme ça que j’imaginais un concert rock au centre Bell. La première partie était presque terminée et les estrades étaient encore à demi vides. Un band méconnu se donnait à fond devant un parterre dégarni. Le rythme assourdissant nous frappait régulièrement la cage thoracique. De l’endroit où on était perchés, l’immense scène paraissait toute petite. Le reflet des spots blancs sur le plancher noir nous aveuglait par moment. Maxime fixait les musiciens en secouant la tête au rythme des salves de guitares électriques. Debout derrière lui, je l’observais. Parfois, il tournait légèrement le visage et me jetait un coup d’œil furtif. Il aurait peut-être préféré être seul. En fait, c’est sur le parterre qu’il aurait voulu être ce soir. Il ne quitte pas des yeux le bassiste. Je sais qu’il est là-bas avec eux.
Quand on avait dix ans, on passait des soirées complètes sur la trampoline du collège Saint-Stanislas. Le jeu s’appelait assis-debout. On alternait un saut sur les pieds et un tombé assis en tailleur. Le gagnant était celui qui continuait à sauter le plus longtemps, sans perdre l’équilibre, malgré la toile qui était secouée en tous sens.
Dès la porte vitrée, un agent de sécurité nous a escortés avec un sourire poli. On est passé derrière un immense rideau dans un jet de machine à fumée. Deux guitaristes répétaient sur la scène. J’avais les yeux écarquillés : « Wouah, ça fait vedette ! » Maxime a grogné : « C’est ça, ouais. » Avant ce soir-là, je n’avais aucune idée de l’existence des Foo Fighters. Tout ce que je savais d’eux venait d’un article trouvé la veille sur Wikipédia. C’est pas trop mon genre de musique. L’agent a soulevé le rideau noir dans le couloir qui menait à notre section. Une rangée sans sièges, réservée aux fauteuils roulants : « Bonnes soirées Messieurs ! »
En sixième année, Maxime, c’était mon idole. Parce qu’il venait d’une autre petite ville et qu’il ne s’en laissait pas imposer. Il riait fort, et tous les gars de la classe riaient après lui. Il me faisait un peu peur, mais, sans le savoir, j’en étais amoureux. Par bonheur, le professeur nous avait placés en équipe pour un travail d’anglais. Il racontait tout le temps qu’il voulait partir dans l’armée. Je trouvais cette idée complètement stupide, mais ses lubies me fascinaient. Après l’école, on sautait sur nos vélos. On pédalait comme des malades, dans les ravins près de la rivière, derrière le collège.
La première partie est terminée et je regarde passer la foule. Les Foo Fighters seront là après l’entracte. C’est le festival de la testostérone, du muscle et du tatouage. Il fait sombre et je me rince l’œil sans me gêner. Les filles sont clairement minoritaires et elles sont presque toutes coincées dans des talons hauts et des jeans trop serrés. Dans le couloir qui entoure les estrades, il y a un immense comptoir où l’on vend de la bière, des hot-dogs infectes et des nachos en carton. Il y a des stations Playstation et des écrans géants partout. Sur le plasma, une Céline échevelée répète en boucle les mêmes cinq secondes de chanson. Le temps d’aller se chercher deux bières, je crois qu’on a entendu vingt-cinq fois : « But what do you SAY to taking chances ? What do you SAY to jumping off the edge… » Une voix d'outre-tombe fait vibrer le plancher : « After 5 long years of performing in front of a sell out crowd in Las Vegas, Celine Dion is finally coming back home to Montreal to her biggest fans. » Et ça repart dans les aigus « What do you SAY… » Maxime place son verre entre ses genoux. Il serre le velcro de ses gants et enlève les freins qui coincent ses roues : « J’suis p’us capable de l’entendre ! » Pendant une fraction de seconde, il laisse apparaître une minuscule pointe de sourire. Je ne dis rien pour ne pas rompre le charme. Et je détourne même la tête pour sourire à mon tour. Je suis vraiment content qu’il m’ait amené dans son monde. Je presse le pas. Il m’ouvre la voie à travers la foule jusqu’au rideau noir.
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17 mars 2008
Virage
« La dernière étape du deuil, c’est la vengeance. »
Je ne sais pas où Stéphane Bourguignon a pris cette phrase qu’il a mise dans la bouche de ses personnages de Tout sur moi, mais j’achète. J’en ai un peu assez d’encaisser les coups et d’en consigner ici les résonances. Depuis le début de ce blogue, je raconte mon quotidien ordinaire. Je me suis toujours donné la contrainte de l’honnêteté. Je retravaille l’histoire en jouant sur les mots, sur les rythmes. J’en fais une matière malléable à partir de laquelle je crée du neuf. Ça me donne une certaine distance, un certain pouvoir.
Lorsque je relis de vieux billets, je me sens parfois petit poucet. Je vois le chemin parcouru et ça me rassure. Je vais quelque part. Mais souvent l’effet est inverse et me laisse consterné. Le temps file à une vitesse folle et je tourne en rond pour revenir sans cesse au même point. Comme les personnages de Blair Witch Project. La forêt enchantée passe sans cesse de la grisaille au cauchemar. Je me fatigue moi-même avec mes comptes-rendus poético-mochetons. J’en étais rendu à envisager de fermer ce carnet ou à arrêter d’y écrire. Il doit prendre une autre direction. Décision qui me paraît périlleuse, mais nécessaire.
Je vais glisser vers la fiction, si j’en suis capable. Ça n’exclut pas l’honnêteté. J’ai lu quelque part que c’était le meilleur moyen de s’approcher de la vérité. « I prefer, where truth is important, to write fiction. » a écrit Virginia Woolf. Je vais tenter de m’inventer une vie au lieu d’être à la remorque des évènements. J’ai au moins le pouvoir sur mon existence virtuelle. Je ne projette pas de faire dans la guimauve et la dentelle, ce serait inintéressant. Les difficultés, c’est bien utile pour créer une tension dramatique et accrocher le lecteur.
Je n’ai pas l’imagination pour tout inventer à partir de zéro, mais j’ai envie de prendre une petite vengeance sur ma vie. Qui m’aime me suive ! Et puis, sait-on jamais ? Je ne suis pas un adepte de la théorie de l’attraction (Le secret et Cie), mais ce sera une expérience. Peut-être que ce que j’écris se réalisera. Souvent, j’ai provoqué des évènements dans ma vie pour pouvoir les raconter ici par la suite. Je les écrirai désormais pour les provoquer. Ce sera classé dans la catégorie Fiction : un lecteur averti en vaut deux. Et pour ceux qui aimerait prendre de mes nouvelles, il existe une formule toute simple qui se dit comme suit : « Comment ça va ? » Cette formule polyvalente s’utilise aussi bien par courriel, MSN ou par téléphone, et même dans un mode archaïque et démodé : en face à face, autour d’une bière ou d’un café. Il faudra maintenant ce mot de passe pour entrer dans ma vie. Je ferme les volets parce que j’ai vraiment envie d’un peu d’ombre.
Musique : Come here, Marble Sound
L’excellente série Tout sur moi :
Le mardi à 21h45 sur TV5 Monde
Ce soir à 21h30 à Radio-Canada
Le groupe de fans de Tout sur moi sur Fessebouc (qui a fait réviser la décision de Radio-Can de mettre à mort la série, ce qui n’est pas rien !)
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16 mars 2008
La tempête
Il n’est pire tempête que celle qui dort. Dans le désert affectif que je traverse en ce moment, rien ne peut arrêter l’harmattan lorsqu’il se lève. Ce vent sec qui brûle la gorge et qui secoue des tourbillons de sable. Moi qui croyais qu’il suffisait d’aimer pour que les champs verdissent à nouveau. Je pense bien que j’ai fait fausse route. Il n’y a rien devant moi. Je n’ai rien dans les poches. Rien dans les mains. Et tout ce que je sème, c’est du vent.
Ce n’est pas pour rien que je me noie dans le travail, que je ne vais nulle part sans ma lourde carapace de mots et de papier, que je ne peux plus me passer du scintillement de l’écran. Je sais bien. Quand je suis arrivé au bout de rouleau, je me suis dit qu’il était temps de faire la fête. J’entendais déjà le grondement sourd de la tempête qui couvait. Je l’ai ignoré. Je me suis mis sur mon 36 et j’ai dévalé les escaliers.
J’ai mis le travail de côté et ça a créé un grand vide dans lequel l’alcool s’est engouffré. Au fond d'un bar, j’ai ouvert les yeux et j’ai croisé certains personnages qui ont souvent peuplé ces carnets. Je les ai vu avec plus de lucidité. Toutes mes histoires ne sont que des fabulations. Les sentiments, une sécrétion malsaine de mon cerveau. Celui que j’appelle le cow-boy n’est qu’un homme amer qui m’utilise quand il ne trouve rien d’autre de plus intéressant à ramener dans son lit. Ils sont quelques-uns comme ça dans ma vie. I drink to that. Jusqu’à marcher d’un pas inégal sur le bord enneigé de la Sainte-Catherine. J’ai du mal à suivre le trottoir. J’ai mal à la tête et envie de vomir. Je lève les yeux au ciel. Je ne sais plus si c’est celui du soir ou du matin. Peu importe, il est toujours gris et il ne répond jamais. Il y a des épaves qui traînent le long des façades, les restes du banquet de la veille. Un homme me regarde avec convoitise. Il a dû remarquer mon pas chancelant :
— « You like it bareback ? »
— « Christ-moi patience. I don’t speak english. Pis FUCK you !»
00:00 Publié dans Carnets de révolte | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Journal intime, gay et lesbienne, vent, nuit, désert
15 mars 2008
Black Out
Martin l’avait écrit sur son défunt blogue (C’est une épidémie, l’effondrement de la blogosphère : Isa, Martin, Yaël, Indilou, et j’en passe.) : à force d’être abstinent, on finit par oublier complètement la signification du mot « baiser ». On n’y pense même plus. Libido à zéro, niet, nada. Morte et inanimée. À trop vouloir jouer l’ange, je suis devenu asexué. Le plus beau gars du monde aurait pu me lancer un regard grivois. Il aurait pu lire dans mes yeux vitreux : Erreur 404. Même un pompier mal rasé, musclé et plein de suie qui sonnerait à ma porte pour m’offrir un chaton perdu m’aurait laissé de glace. La seule chose qui me serait passée par la tête, c’est la litière à changer, le poil à ramasser et les miaulements à quatre heures du matin. « Avec le temps, va, tout s’en va… »
La publication de ces études sur la transmission du VIH n’y a rien changé. Des chercheurs suisses ont établi qu’une personne séropositive sous traitement, dont la charge est indétectable depuis six mois, ne peut transmettre le vilain virus. (C’est mon cas depuis le 2 juin 2006 !) Ça aurait dû me mettre de la mine dans le crayon : rien. Pas le moindre petit fantasme qui essaierait de s’imposer quand j’ai la tête ailleurs. Lorsque j’ai lu la nouvelle, ça m’a même plutôt choqué. Démontrez-le tant que vous voulez dans la neutralité suisse de vos laboratoires. Mais n’allez pas le crier par monts et par vaux. Ça risque de démolir des décennies de campagne de prévention et de promotion du préservatif. Avez-vous déjà essayé de négocier le port du condom avec un gars qui a bu un verre de trop ? Moi oui. Et ça n’a rien d’évident.
Le train-train quotidien m’avait avalé depuis un moment déjà. Les casse-têtes du travail prenaient toute la place. Et puis un matin, un garçon apparaît, coincé dans la foule, dans l’autobus. Un grand brun. Il s’agrippe à un poteau pour ne pas être projeté quand l’autobus dérape et zigzague brusquement entre des bancs de neige monstrueux. Il porte des bottes de cuir noir, un pantalon noir avec de fines rayures grises, un manteau de laine noir qui laisse entrevoir un col roulé noir. Il tient le poteau d’une main gantée de noir. J’imagine que ses chaussettes doivent être noires. Et je passe tout le trajet à le fixer bêtement. Ma conscience répète inlassablement : « Trop jeune, trop beau, trop jeune, trop beau, trop… » Je la laisse déblatérer en détaillant les reflets du soleil matinal sur sa nuque, le lobe rose clair de son oreille, le creux de son menton, ses lèvres. Sa main qui tient un livre ouvert, un roman de Paulo Coelho.
Le lendemain, je manque mon autobus sur Laurier. Je me rabats sur la ligne de la rue Masson. Je l’aperçois de nouveau, toujours suspendu à un poteau, toujours concentré sur le même livre. Un homme qui lit, je trouve ça sexy. Tout en noir : il a l’air chic. Il fait « Monsieur ». Je soupire en penchant la tête dans sa direction. Et soudainement, ça revient. Le battement de cœur qui s’amplifie, d’abord imperceptiblement, et le feu de paille qui s’allume. Il a fallu que je me secoue pour reprendre mes esprits. J’ai eu l’impulsion de me jeter sur lui, de le plaquer contre la fenêtre et de lui arracher tout ce qu’il avait de noir sur le dos. Avec mes dents s’il le faut. Fin de l’histoire. J’ai détourné les yeux et j’ai retrouvé mes stupides manières angéliques. Mais quelque part, au fond de ma tête, j’ai gardé un peu de braise, toute de noir vêtue. Un signe que je suis toujours en vie.
17:15 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, libido, indétectable



