28 février 2008
Material boy
Si je tiens sur mes pattes, c’est grâce aux grosses pilules oranges et noire. Si je suis parfaitement réveillé, c’est grâce à mon troisième café. J’ai enfin dormi quelques heures grâce à mes somnifères. En fin de journée, je suis allé faire des courses. Non, mais, faut se gâter de temps à autre ! Je travaille plus de 70 heures par semaine, faut bien que ça serve à quelque chose. Crache le cash !
Le téléphone a sonné ce soir quand je rentrais. Un évènement. Comme je travaille tout le temps, c’est normal que plus personne ne m’appelle. C’était un représentant de Bell Canada qui me téléphonait pour me remercier parce que j’étais un bon client. Il avait un curieux accent. Je parierais sur le Malawi ou le Sri Lanka. Bavarder à un représentant de Bell Canada, c’est toujours mieux que se parler tout seul. Et c’est plus distrayant que de regarder Virginie. Il voulait m’annoncer qu’il m’envoyait un nouveau modem avec un routeur machin plus rapide. Et comme j’étais un bon client mes factures mensuelles n’augmenteraient même pas !
J’ai regardé mes sacs que j’avais laissés devant la porte d’entrée. En revenant, je suis passé à la pharmacie, au Pain Doré et chez Poivre et Sel. J’ai pris le fromage le plus cher, celui avec de la cendre de bois biologique au milieu. Et un pain contenant au moins 17 grains, 100 % végétal et sans gras trans. (Le Randonneur-Santé, qu’il s’appelle). Et puis du jus d’orange Tropicana, non fait de concentré. Du vrai jus, comme les hommes préhistoriques en fabriquaient en pressant longuement des fruits. Je me suis acheté de l’exfoliant de L’Oréal Men Expert, parce que je vaux bien 17.99 $. Et puis un gel-douche Adidas. C’est écrit sur la bouteille qu’il a été « developped with athletes. ». Ça m’a tout de suite impressionné. Je me sens viril et revitalisé juste à respirer son frais parfum de gel-douche pour sportif.
Puis le téléphoniste exotique m’a précisé que je n’aurais rien d’autre à payer qu’un seul versement de 95.99 $ qui sera ajouté à ma prochaine facture. Et puis j’ai demandé : « Ce serait quoi la différence avec mon modem actuel ? » Et il m’a dit plein de trucs que je n’ai pas compris et m’a assuré que ce serait cent fois mieux. En plus, ce nouveau bidule routeur-modem est garanti à vie ! Toutes les deux phrases, il répétait que c’était une offre incroyable, réservée exclusivement aux excellents clients comme moi. Et que j’avais bien raison d’accepter. Je n’ai jamais dit oui. Il m’a remercié et m’a souhaité une bonne soirée.
Après avoir raccroché, j’ai compris que je venais de me faire avoir. Avez-vous déjà essayé de rappeler à un téléphoniste exotique par sa ligne 1-800 de république de banane. C’est Je-suis-Émilie, la réceptionniste robotique de Bell Canada, qui m’a répondu avec sa voix doucereuse d’ouvre-boîte mal baisée. Elle m’a répété sept fois, comme une formule magique : « Votre appel est important pour nous, veuillez rester en ligne afin de conserver votre priorité d’appel. » Sur le site de Bell, j’ai finalement réussi, à clavarder avec un autre représentant exotique (Turkestan ou Uruguay) qui m’a dit qu’il n’y avait rien trouvé dans le système (J’ai dû rêver tout ça. La fatigue sûrement !) et que je devais rappeler dans trois jours ouvrables pour voir s’il n’y a toujours rien dans le système. J’ai le cœur qui sursaute de temps en temps. Il paraît que c’est rien, ça non plus. C’est le stress. Le stress c’est rien. C’est rien que dans la tête, tout le monde sait ça. Ils en vendent pas du stress à 17.99 $ chez Uniprix.
21:30 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : consommation, téléphonie, Internet, Bell, arnaque
24 février 2008
Je me moi
J’ai toujours été un peu borné. Pour un rien, je m’entête, contre vents et marées. Toujours ce même pattern : en faire juste un peu plus, toujours un peu plus, dans toutes les sphères de ma vie. C’en est presque une maladie mentale. La fatigue ne m’arrête pas. L’insomnie causée par le stress ? — Il y a des somnifères. Un mauvais rhume ? — C’est de saison. Tout le monde l’attrape autour de moi. Une bronchite ? — J’en ai fait plein dans ma vie et ce n’est pas ça qui va m’arrêter.
C’est comme un cercle vicieux, mais sans le plaisir du vice. Je me défonce pour donner le meilleur de moi-même en tout. Mais je ne suis jamais satisfait. Je gruge inexorablement sur mes heures de sommeil. Je fignole, je cherche la perfection. Je subis les contrecoups du stress. Je me bute à mes limites et ça m’enrage. Alors, je m’acharne encore plus. Je suis de moins en moins productif et je sens monter la panique.
La bronchite s’éternise et le spectre de la pneumonie cogne à ma fenêtre. Puis un matin, je me retrouve dans la salle d’attente de la clinique. J’espère juste que le médecin pourra me donner quelque chose pour que je puisse retourner rapidement au travail. Je ne sais pas ce que j’ai, mais j’imagine le pire. C’est finalement une bactérie qui se répand de plus en plus en Amérique du Nord. Elle a profité, elle aussi, de mon ouverture et de ma grande générosité. Le staphylocoque doré, communément appelé le SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline). C’est dégoûtant. Pour 10 jours, j’ajoute dans mon pilulier de grosses antibiotiques oranges et noires. On dirait des pilules d’Halloween.
Je n’ai plus de temps pour m’occuper de l’appartement. J’ai arrêté de m’entraîner. Je n’ai plus de vie sociale. Je prends tous mes repas au resto. Le soir quand je me retrouve seul dans mon capharnaüm, je me dis que ça ne peut pas continuer comme ça. J’essaie de prendre quelques minutes pour me détendre. Oublier pour un moment les échéances, les doubles contraintes, les problèmes budgétaires à régler. Je n’y arrive tout simplement pas. J’essaie de respirer, de revenir les pieds sur terre. Mais les courants sont si forts que ma conscience est constamment emportée vers les jours suivants. Et j’ai le cœur qui est secoué dans tous les sens. Il n’y a pas de secret. Au cœur d’un ouragan, il ne faut pas rester perché à la cime d’un arbre. Il faut lentement descendre pour s’abriter entre les racines. J’essaie de me concentrer sur les mouvements de ma respiration, sous le nombril. La tempête ne se calme pas, mais j’arrive à m’endormir d’un sommeil agité.
C’est peut-être l’effet salvateur des rêves, mais je me lève un matin avec un mot au bord des lèvres : « non ». Je crois que ça suffit. Il faut que tout ça arrête, ça n’a plus de sens. Je me love sur moi-même. Pour les prochaines semaines, ce sera : je me moi. La solitude ? — Elle occupe déjà tout l’espace, bien que je refuse de la voir. Et j’y ai toujours survécu. Le manque de reconnaissance ? — Il est ancré en moi. J’aurai beau courir de toutes mes forces, les médailles ne tomberont pas du ciel. J’ai frappé un mur. J’ai réalisé que j’attendais des autres qu’ils prennent soin de moi. Et pour le moment, je suis seul à bord. J’ai pris la journée pour mettre de l’ordre dans mes affaires. Je suis resté en pyjama. J’ai même fait une sieste. Elle était pleine de cauchemars, mais si je fais des cauchemars, c’est que je dors : c’est déjà ça de pris. Puis, lorsque j’ai levé les yeux en me réveillant, la tempête était partie. Tant pis pour les autres, aujourd’hui et demain encore, ce sera : je me moi. Je suis allé marcher sous le ciel bleu et j’ai laissé s’écouler les minutes en rêvassant. Les images qui me boudaient depuis quelque temps, sont revenues tourner autour de moi comme un animal enjoué.
12:00 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, stress, travail, bactéries
18 février 2008
Le seuil
Il arrive au seuil, il arrive au seuil
Riez, les enfants, préparez la fête
Il arrive au seuil et soudain il s’arrête
L’eau dans ses yeux continue d’avancer
Son cœur emporté lui cogne les côtes
Il retient son manteau que le vent fait danser
Longtemps, je me suis fermé les yeux. Je préférais rêver la vie plutôt que de m’y avancer. Je projetais des images à l’intérieur de mes paupières. J’avais peut-être peur de la réalité. Non, en fait j’étais terrorisé. Une angoisse congénitale qui me faisait vivre à l’aveugle. Les yeux comme les poings, fermés serrés.
Puis j’ai fait un pas, poussé par la vie et les évènements. Bardé de mes mots, comme dans une dérisoire armure de papier. Et j’ai ouvert tout grand les yeux. Et j’ai vu. La réalité en noir et blanc. Noir comme le vide. Blanc comme l’absence. Des millions d’esseulés qui vivent, entassés, sans jamais se croiser du regard. Qui échangent des fluides sans jamais se toucher. Du gris dans les cœurs, du gris dans le ventre, du gris dans nos mains. S’il restait la moindre trace de couleur, il faudrait hurler, s’indigner contre la cruauté, la misère, la cupidité. Le gris est plus sûr. Ça se marie à tout. Pas de faute de goût. Le jour comme la nuit, tous les rats sont gris.
Quand je suis épuisé, je m’affale devant la télévision, la boîte à bêtises. Les images se succèdent. D’abord celle d’un manifestant qui meurt dans des convulsions pendant qu’un policier obèse décharge sur lui son pistolet Taser. Ensuite la publicité d’une agence immobilière. Le jingle répète sans arrêt : « L’agent... fait le bonheur ». Des gens de tout âge s’étouffe de rire après avoir vendu leurs propriétés. L’histoire ne dit pas de qui on se moque. Puis, derrière la lectrice de nouvelles, défilent des images de guerres civiles. Une femme noire qui pousse un cri interminable en serrant le cadavre de son enfant mutilé. Puis on voit une femme blanche dans un spa, enroulé dans la ratine. Elle se fait masser. C’est une pub pour des plans de retraite. Elle soupire en souriant : « J’veux pas que ça arrête ». Les images d’une lente procession devant une université. Des étudiants s’appuient les uns sur les autres, en silence. Ils se demandent pourquoi ils ont échappé au tireur fou, celui qui a vidé son arme en visant les têtes, une à une, comme dans un jeu vidéo. Enfin apparaissent des images magnifiques d’acrobates qui virevoltent au ralenti, autour d’une échelle, dans une forêt d’arbres centenaires. « Alcoa, l’aluminium à l’échelle humaine ». Ce slogan fait-il allusion aux milliers d’hommes traités comme du bétail dans les mines de bauxite du tiers-monde ? Des vieillards de vingt ans qui retournent vers leurs cabanes de tôle après des journées interminables en marchant sur les terres dévastées et contaminées que la multinationale a volées à leurs pères.
J’éteins le téléviseur. Mais les images me hantent. Leurs couleurs me blessent même lorsque j’éteins la lumière, même si je ferme les yeux. Peut-être que c’est la fatigue, mais il me semble que je deviens gris, de plus en plus gris.

Phnom Penh, 2002, Photo : Paul Antoine Pichard, tiré de l’exposition Mines d’Ordures, du 16 octobre 2007 au 2 mars 2008 au Musée de la civilisation à Québec
22:00 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : publicité, violence, réalité, images, gris
14 février 2008
Vieillerie
J'avais 13 ans, à l'époque... Que de mauvais souvenirs ! Avoir 13 ans, dans les années '80s, c'était à faire peur ! Hé oui. Il faut bien accepter de vieillir. On espère toujours se bonifier comme un vin de garde ou un jean vintage, mais sans trop y croire.
Pour la fête à Cupidon, quelques frissons de nostalgie, tournés dans le Chinatown de Londres pour une campagne de pub qui a atteint son but... (Via Dominic Arpin) J'arrive toujours pas à danser comme ça.
(Le clip original est ici)
21:00 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : thriller, souvenir, vieillir, 1982, vidéo, 13 ans
12 février 2008
Speedo
À bout de force—stop—Mais toujours en vie—stop—J’ai refusé deux contrats, gagné quelques heures, faut savoir dire : « stop »—stop—ou bien : « Je m’appelle Pierre-Yves et je suis workolique. » (En bon français, il faudrait dire ergomane. Il parait.)—stop— Ce soir, je me suis entraîné dans le même bassin qu’Alexandre Despatie—stop—Il n'était pas là mais quand même, j'avoue que ça me dérangeait moins d’avaler plein d’eau...—stop
Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Alexandre Despatie, c’est un champion de plongeon—stop—Personne ne lui arrive à la cheville—stop—Et il est christement hot dans son speedo !—stop
21:30 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, speedo, stress, natation, alexandre
10 février 2008
Les choses II
À voir !
Le film complet : Free Range Studios
La suite sur Youtube est ici...
12:30 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : choses, objets, consommation, société, synthèse, planète
05 février 2008
Les peaux de lièvres
La première fois que j’ai entendu une de leur chanson, c’était sur un disque qu’une gentille blogueuse m’avait gravé en cadeau. Je me suis demandé d’où ça sortait. Je dois avouer que ce son anachronique me prenait à rebrousse-poil. Puis il y a eu cette entrevue sur Bande à part. (Nan, je les ai pas vus à Tout le monde en parle. De toute façon, même les génies ont l’air complètement stupide lorsqu’ils sont invités à cette émission.) Depuis quelques jours, je les écoute constamment sur repeat. Et plus j’écoute : plus j’aime. Une tricoteuse, un biologiste, sans flaflas. Ne reste que la vérité, parfois trop dure, souvent toute croche, mais toujours touchante.
Dans cette entrevue, Mathieu, le compositeur du couple, raconte les peaux de lièvres. En hiver, lorsque la température s’élève soudainement au-dessus de zéro, les flocons de neige s’agglutinent pour former un amas qui peut atteindre la grandeur d’une main. C’est ce qu’on appelle une peau de lièvre.

Tricot machine, Les peaux de lièvres
Photo : Daniel Beaumont
Ils sont actuellement en tournée :
15 février 2008 20:00
Arts Station (Duo), St-Hilaire
16 février 2008 20:00
Zaricot, Ste-Hyacinthe (Un bar vraiment cool)
28 février 2008 19:00
Cabaret Théâtre du Vieux Saint-Jean (Band), Saint-Jean-sur-Richelieu
29 février 2008 20:00
Salle du Moulinet/Cégep de Terrebonne (Duo), Terrebonne
3 avril 2008 20:00
Maison de la culture (Duo), La Tuque
4 avril 2008 20:00
Capitole, Québec
21:45 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : musique, beauté, toucher, peaux, lièvres, neige, tricot
03 février 2008
Brèves
Hier, c’était le jour de la marmotte. La bestiole américaine a vu son ombre et a pris peur. L’hiver durera donc encore six semaines au sud de la frontière. Les deux marmottes canadiennes, en Nouvelle-Écosse et en Ontario, ont été plus braves. La saison froide devrait donc être plus clémente au Canada. Ça semble absurde, mais avec les dérèglements climatiques, on ne sait jamais.
Pour le moment, je survis à mon rush. Je travaille sept jours sur sept et sept soirs sur sept. Jusqu’ici, je tiens le coup. J’ai obtenu un délai pour remettre certains textes et je pense sérieusement à laisser tomber certains contrats. Dans cette période où le travail prend toute la place, c’est la solitude que je trouve lourde à porter. (Un commentateur m’a déjà écrit ici que parler de la solitude, c’était la subir. Je crois au contraire que l’exprimer, c’est l’ébranler.)
Hier soir, j’ai dormi presque douze heures, c’était génial. J’aimerais bien reprendre l’expérience. Je suis allé en rêve sur la cinquième avenue à New York. Ce soir, c’est le Superbowl. Mes voisins les gorilles vont sortir leurs plus belles casquettes pour partir en quête d’écrans géants et d’ailes de poulet grésillantes. J’ai parié que je pourrai dormir une autre nuit complète. 10-4...
Edit 22h23 : Je faisais erreur. Il y a présentement 25 gorilles dans l'appartement d'à côté qui se mettent à lancer des cris virils à toutes les dix minutes. (Je les entends même avec mes bouchons.) Je ne sais pas s'ils crient lorsqu'il y a un but. (Il y a des buts au football américain ?) ou s'ils crient en voyant les pitounes en bikini qui vendent de la bière. Ça dure longtemps le Superbowl ?
10:00 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, quotidien, saison, travail, brève
01 février 2008
Pour Dan
Parce qu’il est drôle et touchant, et qu’il porte parfois de bien belles cravates. Ma dernière note n’est pas ici, mais là-bas, chez lui…
07:00 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, éphémère, écriture, lien



