29 janvier 2008

Fessebook

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J’ai trouvé cette image sur le blogue de Sof. Ça m’a fait trop rire. Oui, oui, je sais. Je suis supposé être en pause, mais je m’ennuyais trop, là. Ce qui est le plus drôle sur Fessebook, c’est de retrouver ses ex pour se foutre de leurs gueules.

L’autre jour, je trempais dans l’eau de piscine avec Brutus et le grand. On avait fait trois ou quatre longueurs. J’étais exténué et, comme d’habitude, j’avais avalé quelques tasses. On jasait, histoire de reprendre notre souffle. Brutus a appris sur Fessebook que le barbu aux yeux bleus (que j’avais baptisé El magnifico dans cette note) est en couple. Il a un chum. Et s’il offre ses sourires de grand timide à tout venant, c’est pour le plaisir de la chose, uniquement !

Moi quand je serai vieux, je n’aurai peut-être pas accompli grand-chose. Mais je pourrai faire le livre des records Guiness pour le nombre de trous de cul que j’aurai rencontrés. (Juste des cutes, par exemple !) Sérieusement, j'en ai toute une collection. « Non, mais, y sont où, les gars honnêtes ? » a demandé Brutus. « Y’en a juste trois » que j’ai répondu. « pis y sont accrochés sur l’bord de la piscine… Allez, on en fait une dernière ! »

26 janvier 2008

Débordé

En ce moment, je me cogne constamment le nez sur mes limites physiques et celles des journées qui n’ont toujours que vingt-quatre heures. J’ai souvent les yeux plus grands que la panse. Je n’avais pas assez de cumuler deux emplois et des petits contrats de rédaction à droite et à gauche. Il fallait que je m’inscrive à des cours de natation et de massage suédois. Je ne trouve ni le temps, ni l’énergie d’écrire ici.

Si vous êtes déçu de ne pas trouver de nouveau texte, il y a 300 billets qui dorment dans les archives. Je sais, c’est parfois difficile de s’y retrouver. Si la belle saison vous manque, en cliquant sur la feuille de marronnier, à gauche, vous trouverez une histoire d’après-midi de juillet. Sur celle de l’érable rouge, un texte poétique sur des étiquettes qui le sont moins. Sur la feuille jaune de bouleau, l’histoire d’une beauté fulgurante, croisée par hasard sur un trottoir. Et sur celles du hêtre, une histoire d’insomnie, bien dramatique, comme celles dans lesquelles je me complais souvent. Vous pouvez aussi me lire sur jardinage.net, si le contrôle écologique des ravageurs des plantes vous intéressent.

Il y a également plusieurs perles à découvrir en parcourant ma blogosphère, une liste que j’essaie de garder à jour et que je renouvelle régulièrement. C’est du travail, tenir un blogue ! Je prends une petite pause. Mais je continuerai de vous lire. À bientôt.

24 janvier 2008

Pour hommes seulement

Un intérieur aux murs pastels. Une barre à serviette, à moitié vide. Un homme étendu, les yeux grands ouverts. Il occupe la moitié d’un lit double. Il se retourne, l’air énervé. Une voix hors champ, ronde et chaude, demande : « Encore célibataire ? » L’homme se passe la main dans les cheveux devant le miroir. La voix off ajoute : « …avec des cheveux gris ? » Effectivement, il a les cheveux poivre et sel.

Et tout d’un coup, c’est le jour. La voix off s’emballe : « Repartez en neuf ! avec Pour hommes seulement ! » L’homme est dans une décapotable rouge, ses cheveux au vent, d’un auburn douteux. Il est accompagné d'une espèce de Carla Bruni qui rigole. C’est un pub de teinture à cheveux... Cauchemardesque.

C’est la publicité la plus stupide que je n’ai jamais vue ! Le rhume m’oblige à rester immobile devant le bulletin du Téléjournal Montréal. Même la rigolote Pascale Nadeau est enrhumée semble-t-il, puisqu’elle est remplacée par un jeune lecteur de nouvelles. Moi, j’aime bien les cheveux blancs. Ce matin, pour affronter le froid, j’ai mis mon col roulé noir, celui qui est en laine d’agneau. (Je l’ai piqué à l’ex qui ne pouvait plus rentrer dedans.) Ce chandail noir fait justement ressortir les quelques cheveux blancs que j’ai sur les tempes. J’ai toujours trouvé ça beau, un homme qui grisonne.

Je voulais vous parler d'une très jolie note sur les cheveux blancs chez Intellexuelle. À lire.

22 janvier 2008

Grand froid

Il fait froid. Ce matin, la miss météo parlait de masse d’air arctique. Pourtant, le mercure n’indique que moins quatorze degrés. Le soleil est déjà couché. Je marche d’un pas raide, secoué par des vagues de frissons. J’ai les pieds gelés et le nez qui coule. Un coup de vent de plus, et je crois que mon cœur va se figer. Depuis des semaines, j’ai un rhume qui se promène entre les bronches et le cerveau. Aujourd’hui, il s’est posé sur mes cordes vocales. Ça me fait une voix voilée, toute sexy.

L’avantage des microbes, c’est qu’ils me donnent le droit de m’arrêter. Pour un temps, je mets de côté les commandes, et mes envies obsessives de perfection. Je laisse le travail au bureau. Je prends des pauses pour respirer. Pour venir ici, regarder tomber les mots. Hier soir, j’ai téléphoné à l’ex. Il faut bien se parler, au moins une fois par année. Faire l’effort de résumer en quelques phrases des mois de galère, c’est toujours un peu périlleux. Il y a encore des balles perdues, des pointes de rancœur, une rivalité qui risque de ressurgir. Toutes ces vieilles émotions se mélangent dans un magma poisseux. Mais ce soir-là, j’avais envie de raconter ma vie et mes bons coups. Je me sentais solide. Lorsque je me retourne, je vois tout le chemin parcouru pour devenir quelqu’un dont je ne soupçonnais même pas l’existence : moi-même. Les liens qui se sont tissés autour de moi. Les projets qui se bousculent. Au cours de la dernière année, j’ai avancé à pas de géant dans toutes les sphères de ma vie. Au niveau professionnel, spécialement.

Lui, me donne des nouvelles de sa famille. Ses parents qui ont découvert Internet alors qu’ils ne sont toujours pas capables de programmer l’heure du micro-onde. Son travail qui prend encore trop de place. Ses deux patrons qui se tiraillent ses heures. Je lui pose quelques questions sur son nouveau chum. Si je ne le fais pas, il n’aborde pas le sujet. C’est drôle, tout ce qu’il dit de ce garçon, il aurait pu le dire de moi. Peut-être qu’il le fait exprès. J’ai l’impression que cet amoureux s’est glissé dans son quotidien avec tant de discrétion que rien n’a bougé. Absolument rien n’a changé. Je l’imagine, se fondre dans ce monde qui n’était pas le sien. Et c’est probablement ce qui me ressemblerait le plus. Il m’intrigue. D’autant plus que je ne l’ai jamais rencontré.

L’ex me raconte que, de son côté, il n’y a rien de neuf, que sa vie est ennuyeuse, comparée à la mienne. N’empêche que j’aimerais certains soirs être dans ses souliers, les retirer et retrouver un amoureux sous les couvertures. Je serais moins sensible au froid si je savais que quelqu’un m’attend au chaud, en regardant l’heure. Je sais, c’est complètement ridicule. Des vies, ça ne se compare pas. Mais je ne peux m’empêcher d’y penser. Qu’aurais-je gagné de toutes ces tempêtes, quand je serai vieux ? Qu’est-ce qui comptera vraiment ? Que restera-t-il lorsque les années auront filé ? En ce moment, j’ai la vie qui court au galop. Ça m’essouffle, rien que d’ouvrir mon agenda. Il n’y a pas que le rhume qui m'empêche de respirer. J’ai beau avoir des draps en flanelle de coton, quatre oreillers, une couette, une couverture en laine polaire. Dans mon lit, il fait toujours trop froid.

19 janvier 2008

Vendredi ou les Limbes



Sentir le stress qui s’alourdit. Se répéter que la semaine est presque terminée. Tenter de se concentrer dans l’atmosphère survoltée d’un casual Friday. Oublier les rires et les blagues stupides. Sentir ses paupières qui tombent. Regretter d’avoir mangé une poutine de la Banquise avec les collègues, tous assis en rond, par terre, sur le tapis du bureau. Sourire en voyant les gens renifler la curieuse odeur de friture laissée par notre pique-nique. Penser à cette remarque d’Alex : « Faudrait pas vomir sur le tapis, ils le lavent une fois par trente ans. Quoique ce serait peut-être la meilleure façon pour qu’ils le changent enfin. » Faire un dernier effort pour abattre le plus de travail avant 17 heures. Classer des dossiers. Se répéter que dans quelques heures, poindra la liberté. Marcher à grands pas vers le boulevard Saint-Joseph. N’avoir qu’une idée en tête : décrocher, perdre volontairement les pédales, sortir du cadre. Désirer les limbes plus que toute autre chose. Chercher des yeux le flou.

Écouter les messages sur le répondeur. Pester contre tous les contrats qui pleuvent en ce moment. Devoir se résoudre à les refuser parce qu’il n’y a que vingt-quatre heures dans une journée, malgré la crainte que ces occasions ne se représentent plus. Jeter rageusement ses vêtements sur le plancher. Entrer sous la douche puis soigneusement se rhabiller en soi.

Voir lentement défiler les stations de métro. Se demander s’il est déjà passé minuit. Se reconnaître enfin dans la foule joyeuse. Regarder les sourires, les poses. S’agripper à sa bouteille et à la familiarité du barman qui apporte la bière sans rien me demander. Se laisser griser par les rythmes. Se vautrer d’obscurité. Vider les bouteilles, une après l’autre. Et s’apercevoir qu’il manque quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Ou quelque chose avec quelqu’un. Comprendre que même dans les limbes, on ne se défait pas de sa solitude.

Parler à un ange à la dérive. Répéter son prénom, Maximo. Prononcer Mahimo. Le regarder sourire lorsqu’il se moque de mon accent. S’approcher pour l’entendre me raconter qu’il vient du Nouveau-Brunswick et que là-bas, les gens n’ont pas d’accent. Lui dire qu’il est beau, Maximo. Observer ses lèvres qui s’agitent pour expliquer que ce n’est pas vrai. Que je suis le premier à l’affirmer. Lui répliquer qu’il est menteur. Fixer son regard amusé et se baigner dans la bulle de douceur qui l’entoure. Frôler la tendresse de sa peau. Aimer ses yeux, pour un instant. Le laisser s’éloigner, s’élever vers un autre ciel, à la recherche du sommeil. Errer dans la pénombre hivernale en quête de quelques miettes d’attention. Fouiller la nuit du regard dans l’espoir d’y découvrir quelques degrés de chaleur.

Calculer le pourboire avec l’esprit embrouillé. Sortir la monnaie du fond de sa poche. Payer le chauffeur de taxi ukrainien et se retrouver sur le trottoir. Marcher dans la neige avec un mauvais goût dans la bouche. S’étonner qu’il soit déjà 6 heures 45. Sentir cette furieuse envie de fuir encore, alors que la nuit est bel et bien terminée et que le corps, lui, n’en peut plus. Se cacher les yeux sous la couette pour ne plus voir le jour qui se lève.


Le titre de cette note est inspiré d'un roman de Michel Tournier : Vendredi ou les Limbes du Pacifique
La musique est empruntée chez Night Crawler (le genre de note trop belle, que l’on n’ose pas commenter ) : The Strokes, You only live once

16 janvier 2008

Roseline et le brocoli

J’avais six ans et demi, la dernière fois que j’ai suivi une leçon de natation. Je n’en garde pas un très bon souvenir. J’ai eu la drôle d’idée de m’inscrire à un cours pour adulte : initiation aux styles de nage. Toute la journée, j’ai imaginé avec appréhension la traversée en maillot de l’espace entre le vestiaire et la piscine. Mes sandales trop grandes qui glissent sur la céramique. Cette odeur de chlore qui plane. L’eau doit être glacée. C’est peut-être une bonne chose. Le froid mordant de l’eau me fera vite oublier que je suis à moitié nu, en plein mois de janvier, avec un groupe d’étrangers.

Je suis allé courir sur les tapis roulants jusqu’à l’heure du cours. Je descendais l’escalier en spirale qui relie la salle de musculation et le vestiaire des piscines. J’avais mes écouteurs sur les oreilles et les lèvres qui remuaient sur les paroles de Toxic. J’ai croisé un homme, assez grand, petite barbe noire et yeux bleus. Il portait un t-shirt noir, sans manches. Je suis resté ébahi par sa beauté et, après quatre marches, je me suis retourné pour le voir de dos. El magnifico s’est retourné au même moment et un sourire à fait plisser ses yeux. J’ai souri à mon tour, embarrassé, en me détournant brusquement et en dévalant les marches devant moi, au risque de débouler.

L’eau n’était pas trop froide. Le cours a débuté par une évaluation. J’attendais mon tour près d’un garçon à l’allure slave qui s’appelait Philippe. On était tous les deux complètement pourri. Philippe avait l’air affolé. Après quelques longueurs, les monitrices ont divisé le groupe en trois. Philippe s’est retrouvé dans les plus faibles. Et je me suis retrouvé, avec trois filles, dans les plus forts. C’est vraiment trop injuste ! Je suis pourri, moi aussi ! Ma monitrice s’appelle Roseline et elle est étudiante en kinésiologie. Le cours a été vraiment dur. J’étais à bout de souffle et j’avais mal partout. Lorsque je suis enfin sorti du bassin d’entraînement après une série de longueurs au crawl, il y avait sensiblement moins d’eau dans la piscine. À chaque inspiration, j’avalais une bonne tasse d’eau chlorée. J’ai dû m’arrêter quelque fois pour reprendre mon souffle, sous les encouragements de Roseline. Les mollets douloureux, j’ai clopiné jusqu’à la douche puis au sauna. J’y ai discuté avec Brutus qui sortait de la salle de musculation (en langage codé, pour ne pas que les bonshommes présents ne puissent nous comprendre). J’étais en train de me rhabiller quand j’ai vu du coin de l’œil El magnifico arriver et ouvrir un casier sur ma gauche . Je crois qu’il a de nouveau esquissé un sourire, j’ai immédiatement baissé les yeux et je me suis dépêché d’enfiler mon manteau.

J’étais coincé entre le banc et les casiers avec mon manteau sur le dos. Une des issues était bloquée par un gros monsieur. L’autre, par lui. Je n’étais tout de même pas pour le frôler. Il n’arrêtait pas de me jeter des regards par en dessous ! J’ai fait un grand détour pour me faufiler du côté du monsieur. Je me sentais ridicule et je ne pouvais m’empêcher de sourire. Et du coin de l’œil, j’ai vu qu’il souriait aussi. Je me suis précipité à l’extérieur sans arrêter de sourire en me demandant : comment aborder quelqu’un dans un escalier ? : « Vous montez souvent ici ? », « Pardon, pour aller en haut, c’est dans quelle direction ? », « On vous a dit que vous étiez vraiment joli, en contre-plongée ? » Pfff… N'importe quoi !

9 à 5 du lundi au vendredi, coucher tôt, brocoli trois fois/semaine. J’en suis rendu à regarder Virginie à la télé. Ma vie est tellement ennuyeuse, il faut bien que je m’invente des histoires !

14 janvier 2008

Quitter

Au moment où je commençais l’écriture de ces carnets, je m’engageais dans une thérapie de groupe. C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour apprendre à mettre mon orgueil de côté. J’y ai crevé bien des abcès. Et j’ai passé des nuits blanches à remuer tout ce qui s’y était réveillé. Mais depuis quelques mois je m’y sentais moins à ma place. Ça commençait chaque fois comme une réunion des alcooliques anonymes : « Bonjour, je m’appelle untel et je suis séropositif. » Parfois, le vocabulaire me faisait friser les oreilles : « Je suis VIH . » Le choix des mots n’est jamais innocent. Quand on s’identifie à ce point à un virus, ça ne présage rien de bon.

Je suis porteur du VIH, mais ce n’est qu’un détail dans ma vie. Un détail d’importance, mais un détail quand même. Actuellement, mon virus est indétectable depuis deux ans. Ces dégâts demeurent hypothétiques. Les traitements ont l’air de fonctionner rondement et je n’ai presque pas d’effets secondaires. Des blessures d’amour qui datent de l’enfance ont fait plus de ravages dans mon existence que le virus. Le mal-être a précédé l’infection. Et ces trois lettres V.I.H. m’ont donné la permission de l’exprimer avec plus d’intensité.

Même si j’étais ravagé par la maladie et déclaré sidéen, il y aurait toujours d’autres aspects de ma vie beaucoup plus importants : ce que j’aime, ce que je construis, ce que je rêve, ce qui me fait vibrer. Je ne suis pas un virus, je suis un homme. Et il y a des choses bien pires que le VIH : perdre un enfant, apprendre que l’on a un cancer généralisé, le suicide d’un ami, d’un amour. Des problèmes plus vastes et complexes sont tapis dans l’ombre : découvrir un sens à son existence, à la solitude, à l’absurdité du monde, trouver sa place dans cette société.

C’est toujours bon de mettre le doigt sur la peine, la peur ou la colère liée au diagnostic, des sentiments que l’on refuse souvent de voir. Mais une fois que c’est fait, il faut se retrousser les manches et s’attaquer à la vie.

J'ai décidé de laisser tomber le groupe de soutien. C’est curieux, mais je me sens coupable, comme si c’était mal. Comme si partir, pour moi, équivalait à rejeter. Comme si je devais être reconnaissant et qu’être reconnaissant ce serait forcément de s’accrocher. J’ai toujours eu tendance à me mettre à l’écart des groupes, quels qu’ils soient. Je me demande aussi si je ne serais pas, une fois de plus, en train de fuir la réalité et de retomber dans le déni. Peut-être que sans vouloir me l’avouer, j’agis par lâcheté.

J’ai du mal à quitter. Chaque fois, c’est la fin du monde. Quitter quelqu’un, changer de travail ou sentir des amis qui s’éloignent. Le moindre vide appréhendé, et mon monde s’écroule. Je déteste la nouveauté, je m’en méfie. Je méprise les girouettes. J’ai été brainwasher par les contes de fées : « Ils vécurent heureux pour l’ÉTERNITÉ, pas une seconde de moins ! » J’ai tellement peur des départs que je préfère tout détruire, autant briser les ponts volontairement et disparaître dans la tourmente.

Pourtant, la vie est une succession de pertes et de départs. Des nœuds qui se nouent et se dénouent. Tout ce qui vit est en mouvement. Je voudrais savoir dire « merci » et envoyer la main sereinement aux trains qui s’éloignent. Il faut que les Boeing s’envolent pour libérer les pistes afin que d’autres quittent le ciel pour se poser.

J’ai empoigné le téléphone en soupirant. D’une voix égale, j’ai annoncé mon départ sur un répondeur : « …Merci et bonne session. Je reviendrai peut-être. Qui sait ? » Peut-être que l’on peut quitter sans être un monstre ou un salaud, ou un sans cœur. Peut-être qu’il faut savoir quitter pour être enfin vivant.

11 janvier 2008

La vie de plateau II

Je ne sais pas si c’est la grisaille de janvier, mais j’ai la plume un peu sèche. Depuis quelques années, je rêvais de ce contrat. Après une semaine de travail, je fonce vers la terre comme cette pluie glacée qui est tombée toute la journée. Fatigué, épuisé, lessivé. Dieu merci, c’est vendredi.

Au cours des derniers jours, j’ai sillonné l’arrondissement dans tous les sens pour débusquer les futurs îlots de chaleur estivale et évaluer les possibilités d’y planter des arbres. J’ai couru les ruelles. Certaines sont magnifiques, d’autres, complètement dévastées. Je redécouvre les grandeurs et les misères de ce quartier magnétique, le Plateau-Mont-Royal. Et son snobisme un peu ridicule, mais attachant. Je découvre également les dessous pas toujours verts du milieu des organismes en environnement. Les ressources sont rares et chacun tire sur son coin de couverture. Louvoiement politique et guéguerres de clochers créent une atmosphère de travail assez particulière.

Ce que je pourrai réaliser pendant ce contrat me paraît insignifiant par rapport à tout ce qu’il y aurait à faire. Mes projets de verdissement seront presque imperceptibles dans cette mer de briques, d’asphalte et de béton. Et, avant de pouvoir planter mes mains dans la terre, au début de l’été, il me faudra combattre des hordes de fonctionnaires apathiques ou véreux. Ouvrir mon chemin dans une jungle de formulaires. Survivre à l’asphyxie, lorsque je serai submergé par des tonnes de paperasses, autorisations, dérogations, subventions.

Je tire mon épingle du jeu en me répétant intérieurement que ce n’est qu’un travail. Je joue les innocents lorsque c’est à mon avantage. Je tourne les coins ronds pour obtenir ce que je veux. Je serre des mains. Je ris des blagues creuses dans les 5 à 7 et j’applaudis les élus en souriant béatement. Un jour, dans quelques mois seulement, ce sera l’été. Et il y aura des enfants, au fond d’une ruelle, qui joueront à la marelle entre les massifs de sauges ou de marguerites. Dans quinze ou vingt ans, des amoureux viendront peut-être, en catimini, graver leurs initiales sur le tronc d’un févier que j’aurai planté.

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Ruelle quelque part entre Laurier et Masson

08 janvier 2008

Life is a bitch

2008 a commencé en lion ! J’ai passé la veille du jour de l’an à draguer un hétérosexuel, puis à draguer des filles pour son compte. Il fallait bien que je m’occupe, j’étais tout seul. Pendant toute la période des fêtes, un couillon m’a fait poireauter en me jouant du violon, gros comme le bras. N’importe quel imbécile aurait vu clair dans son jeu. Mais je ne suis pas n’importe quel imbécile, bien entendu. Après m’avoir passé dessus, il est vite redevenu lui-même et est disparu dans la circulation.

Dans la nuit de dimanche à lundi, je n’ai pas dormi beaucoup. Mon voisin de palier est un ado. Il marche les jambes écartées pour ne pas que la taille de ses jeans tombe plus bas que ces genoux. Il a toujours sa tuque sur la tête, ou une casquette de travers. Il passe sa vie avec trois ou quatre de ces amis et ils communiquent à l’aide de borborygmes gutturaux. Ils compensent leur absence de vocabulaire par le volume de leurs voix. Ce soir-là, deux ou trois préadolescentes s’étaient jointes à eux. Pour les impressionner, ils faisaient encore plus de bruits qu’à l’accoutumée. J’ai l’impression de vivre tout près d’une bande de gorilles en rut. (NB : Mais je ne voudrais pas insulter les gorilles, qui sont des êtres doux et sensibles.) Au milieu de la nuit, des bouchons dans les oreilles et la tête sous les oreillers, je me suis mis à tousser. Une toux qui venait du ventre, comme un aboiement, apparue instantanément. Ce n’est vraiment pas le temps pour une bronchite ! Je ne peux pas être malade, je commence un contrat.

Le lendemain, il pleuvait des cordes. Première journée de travail, on m’a montré ce qui serait mon bureau. Un coqueron en travers d’une porte qui donne sur les escaliers de secours. Tous les fumeurs du bureau utilisent cette porte pour aller pomper leurs mégots dans la ruelle. J’ai un splendide Macintosh vintage, qui date des tout débuts de l’électronique. L’écran minuscule est tout de même en couleur. La souris doit avoir un mécanisme en bois, je dois travailler comme un forcené pour que le curseur se déplace. Le garçon auquel je succède était plein de bonne volonté, mais c’était un incompétent. Et je vais devoir me retaper tout le travail qu’il a fait au cours de la dernière année. Tout est à refaire. L’édifice où je travaille est occupé par les locaux d’un organisme de promotion du cyclisme. J’imaginais tous les hommes aux cuisses de fer que j’allais croiser dans l’escalier. Sauf qu’il n’y a que des femmes. Depuis le temps que je rêve de stabilité. J’étais tout con, tout content d’avoir décroché ce contrat de sept mois. À la fin de la journée, en marchant sous la bruine, dorée par les lampadaires, j’ai calculé qu’il me restait six mois, trois semaines, sans compter les quatre jours de cette semaine.

En arrivant chez moi, crevé, je trouve enfin un chèque que j’attendais dans la boîte aux lettres. Un tout petit montant avec un mot d’excuse pour le retard et la promesse que les autres factures seront traitées en urgence. Je sors dans le brouillard pour aller le déposer tout de suite. À la télé, Ma’am Météo, Jocelyn Blouin, rigolait : « Du tourisme à peu de frais, avec la brume qu’il y a sur Montréal, on se croirait à Londres ! » Je glisse l’enveloppe dans la fente du guichet et je tape mon code pour faire un retrait. Refusé : mes fonds sont gelés. Les caisses populaires Desjardins : les services bancaires les plus pourris qui soient.

Je me réchauffe un plat de restant dans le micro-onde. Avec les quelques dollars qui me restaient, je me suis acheté trois tablettes de chocolat que j’ai englouties en deux secondes. On appelle ça, manger ses émotions. En mastiquant, je sens une douleur dans la joue. Je vais dans la salle de bain et devant un miroir, je découvre une espèce de gros abcès. Il ne manquerait plus que ça, le couillon des fêtes m’aurait-il refilé quelque chose ? Peut être la syphilis grimpante ou la gonorrhée aviaire, je sais pas, moi, c’est quoi les symptômes de ces maladies-là ! Je me suis écrasé devant la télévision. Au diable le repassage que j’avais prévu de faire. Demain, j’ai un 5 à 7 avec les bailleurs de fonds qui financent mon projet. Ils me verront au naturel. Je n’ai plus d’énergie. Je me suis bidonné sur les péripéties de la série Tout sur moi, pendant quelques minutes, j’ai cru à ces personnages qui auraient une vie encore pire que la mienne. J’ai éclaté de rire tellement fort que la troupe de gorilles d’à côté s’est tue pendant un instant.

J’ai avalé des somnifères et du sirops contre la toux même si sur la bouteille c’était écrit d’éviter de faire des mélanges. Dans ma salle de bain, on entendait comme une cascade derrière l’armoire. La neige fond et je crois qu’il y a des infiltrations d’eau dans les murs. J’ai décidé de ne pas aller au lit tout de suite. Je suis assis devant le clavier en toussotant. Mon moniteur me fait penser à un écran de cinéma Imax, si brillant ! Ma souris réagit à la vitesse de la lumière. J’aime Windows XP et c’est fou comme mon 3 1/2 me paraît vaste et confortable, tout d’un coup. Se défouler, parfois, c’est ce qu’il y a de mieux.

06 janvier 2008

Simplicité involontaire

Lundi, je commence un nouvel emploi. Sept mois de stabilité : la durée du contrat. Je vais de nouveau avoir mon propre bureau, de nouveaux collègues et de nouvelles responsabilités. Ce qui m’angoisse un peu. (Un reportage audio de Macadam Tribu sur le projet.) Pour mes pauses estivales, je troquerai la terrasse du Jardin botanique pour les pelouses du parc Lafontaine. Ce qui n’est vraiment pas si mal ! D’ici à ce que la première paye rentre, il me faudra subsister…

Un des plaisirs d’être pigiste, c’est de ne jamais savoir quand le prochain chèque arrivera dans la boîte aux lettres. Plusieurs articles que j’ai remis avant Noël n’ont pas été payés. Et le département de la comptabilité est en vacances, jusqu’à la semaine prochaine. Chaque fois, je me dis que j’aurais dû prévoir le coup. Malheureusement, je suis plus cigale que fourmi. Il me reste quatre billets d’autobus, le transport pour lundi et mardi, environ 10.00$ dans mon portefeuille, du pain, du riz et des lentilles, 2 lb d’oignons, 4 œufs et 6 carottes. Bref, de quoi tenir pour quelques jours dans la simplicité la plus totale.

L’an dernier, j’ai reçu en cadeau le best-seller Le secret. Selon les prétentions de l’auteur, Rhonda Byrne, je devrais aujourd’hui être multimillionnaire (comme elle), rouler en BM décapotable et dormir tous les soirs dans les bras de Jude Law. Malheureusement, les conseils du livre n’ont pas fonctionné avec moi. Les mauvaises langues diront que c’est à cause de mon scepticisme. J’ai pensé vendre le bouquin, ça me ferait un ou deux dollars de plus.

Je suis trop orgueilleux pour quêter, et trop dédaigneux pour faire le trottoir. Alors, je remets la pub dans le haut de cette page. À ce jour, il me manque 177 minuscules clicks pour enfin recevoir un premier chèque d’Adsense. Bon, je sais que les sujets préférés des annonces Googueule ne sont pas nécessairement très ragoûtants. Ces temps-ci, mes annonces ont une obsession pour le yoga tantrique et le sauvetage de couple. On ne sait jamais, ça peut toujours être utile. L’annonce la plus drôle, c’est celle de matante Jeanne : Chanson country en français gratuite. Malheureusement, je n’ai pas le droit de cliquer sur ma propre page.

C’est en haut à droite. Ça prend une demi-seconde et ça n’engage à rien. Click !

Et si vous vous retrouvez dans la même situation :

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