31 décembre 2007

Voeux

Je profite du passage à la nouvelle année pour vous remercier de votre présence. Les liens virtuels tissent un filet dont j’aurais bien du mal à me passer en ce moment.

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Je vous souhaite la santé, l’amour et la tendresse, ainsi que du temps pour ce qui compte vraiment. Le courage d’être fidèle à ce que vous êtes et celui de surmonter les différences pour aller vers l’autre. L’audace de sortir des ornières et des sentiers battus et la confiance indispensable pour s’abandonner au fil des évènements et pour en goûter toutes les beautés.

Au fil de l’année qui se termine, plusieurs blogues sont apparus. Et quelques-uns se sont éteints, entre autres celui de Jonas, de Fanny Ardente et de Khyunpgo. Sur la page d’accueil de ce dernier, il y avait une très belle citation attribuée à Jack Kerouac
L’autre rive est ici même, pardonne et oublie, protège et rassure.


Bonne année !

28 décembre 2007

La valise

Partir pour une autre ville ? Et pourquoi pas ? Ça te fait un peu peur, mais tu sais que cette crainte te fait sentir la vie, intensément. Et puis la barrière de la langue, c’est un détail. Tu t’es toujours trouvé stupide de ne pas arriver à parler anglais. Ne dit-on pas que la meilleure façon d’apprendre, c’est l’immersion ? Et si tu te demandes ce qui te retient ici. La réponse est évidente, et même un peu douloureuse. Le temps est venu de partir. Tu as frappé un mur lorsque tu as reçu la lettre de refus ; cet emploi t’aurait vraiment plu. Et reprendre ton ancien boulot t’a semblé une montagne.

Tu ranges soigneusement dans ta valise un espoir. Tu le gardes pour toi, parce que tu ne voudrais pas passer pour un être dépendant. Mais tu sais qu’il est là. N’est-ce pas beau de tout quitter ainsi par amour ? Tu espères que celui que tu aimes réalisera avec le temps le sacrifice que tu fais pour lui. Puis tu balaies tout ça du revers de la main parce que ça te paraît prétentieux. Tu préfères tes arguments rationnels. Toute la journée, tu les fais défiler dans ta tête. Mais dès que la concentration cède, c’est le rêve qui reprend le contrôle de ta conscience. Toronto et son titre ronflant de ville-reine, ça te fait sourire. Une vie qui repart à zéro. Là-bas, vous serez enfin heureux.

Au cours des dernières années, ta vie s’enlisait dans la grisaille. Chaque saison pesait lourd sur tes épaules. Plusieurs fois, tu aurais voulu voir apparaître une main tendue. Et pour ça, tu aurais tout donné. Il était là et t’avait repéré dans cette micro-brasserie où l’on dégustait des blondes somptueuses. Tu te sentais chez toi dans la rumeur joyeuse de la clientèle, majoritairement étudiante, devant les pièces d’échec laissées sur la table. Il était ambitieux. Il aimait le beau et le plaisir. Pour lui, le bonheur semblait une chose simple et accessible. C’est son sourire et sa chaleur qui t’ont attiré. Tu t’es dit, pourquoi pas ? Et s’il était ma chance de connaître autre chose ?

Tu scrutes tout le temps ses moindres désirs et tu échafaudes des plans de rendez-vous qui sortiront de l’ordinaire. Tu dois avoir l’air ridicule, sur le trottoir mouillé, avec ses gerbes de fleurs sur le bras. Il avait lancé « Celui qui m’achètera des fleurs, je le marierai. » Tu avais fait celui qui n’avait rien entendu. La bruine te fouette le visage et les rafales risquent d’abîmer les tiges. Tu pestes contre le vent, ces fleurs t’ont coûté cher. Il te reste une quinzaine de coins de rue à marcher. Tu les entoures de ton bras en grimaçant et tu presses le pas. Tu as toujours détesté la pluie de décembre.

Tu refermes la valise et tu jettes un œil à ce vieil appartement où tu as mis tant de toi. Les fleurs sont posées dans un vase au centre de la table. Il a dit qu’il était content, mais ça ne se voyait pas trop. Puis il est parti rejoindre Francesca pour aller voir Thomas Fersen et son ukulélé au Latulipe. Tu as choisi de ne pas les accompagner. Tu ne roules pas sur l’or et tout le monde te répète que la vie sera chère à Toronto. Toutes les caisses sont alignées sous la fenêtre. Tu as soigneusement tout emballé pendant qu’il était au travail. Tu ne t’attardes pas aux pièces vides de peur d’y remarquer un regret. Tu as prévu un pique-nique pour la route et tu as fait la liste de tout ce qu’il faudra acheter en arrivant. Tu as donné le fauteuil rouille que ton parrain t’avait offert. Tu t’es débarrassé de ton vieux pupitre, imprégné de souvenirs. Il faut parfois mettre de l’eau dans son vin pour être adulte. Le réveil indique 2h00 et tu ne dors toujours pas. Mille fois, tu t’es retourné entre les draps de ce grand lit vide. Tu fermes les yeux et tu imagines ton avenir. Parce que la nuit est noire et que tu y es seul.

Montréal, décembre 2007

26 décembre 2007

Nawell

Tous les 365 jours, la planète terre passe tout près d’un immense trou noir. Le monstre réveille le gouffre en nous. Et on se met tous à avoir peur de la nuit et du vide. Noël me déprime et il semble que je ne suis pas le seul. Est-ce la solitude trop répandue qui contraste crûment avec l’idéal que l’on cherche à nous vendre ? À date fixe, la folie s’empare de la population qui se lance frénétiquement dans la consommation.

Aux bulletins de nouvelles, ils ont parlé de ces sondages : 71 % des Québécois préférerait ne pas recevoir de cadeaux. Pourtant, le Québécois moyen dépensera cette année autour de 1000.00 $ pour ses achats des fêtes. Un grand magasin a choisi comme slogan : « L’important, c’est d’offrir. » Même au supermarché, il y avait de l’agressivité dans les allées. Les caddies s’entrechoquaient comme si la nourriture allait manquer. À voir l’obésité de la moitié des clients et les étagères qui croulent sous les victuailles, la famine n’est pas à nos portes. À la caisse, tout sourire, les magazines rivalisaient de bêtise crasse : 10 trucs pour paraître plus minces au réveillon ; Notre recette de bûche de Noël triple chocolat ; Soyez l’hôtesse parfaite tout en restant zen ; Comment survivre au Boxing Day et dénicher les meilleures aubaines. Les bruits du magasin sont couverts par Ginette Reno qui hurle de sa voix tonitruante : « Écoutez-ez-ez les clochettes, du joyeux-eux-eux temps des fêtes…»

La famille étant loin, j’ai profité du temps libre pour faire du ménage extrême dans mes affaires. Finalement, un peu de solitude ne m’a pas fait de tort. Plutôt du bien. C’est étrange, j’ai l’impression que mon appartement a doublé de superficie

J’ai passé le réveillon avec le grand. Une soirée de gars : DVD, bières et pizzas. Quelques navets et le dernier Harry Potter. (Meilleur que les autres. Hermione avait l'air moins stupide et Harry était presque sexy.) Il m’a convaincu de l’accompagner au Parking : « Tu vas voir. À Noël, l’ambiance est complètement différente, moins show off . Tout le monde se parle, c’est vraiment le fun. » La soirée s’appelait Noël au paradis. Rien de moins.

On s’est planté dans un coin du bar. Moi, avec ma bière. Lui, avec un truc énergétique à couleur louche vendu 10 $ la minuscule bouteille. — « Tu veux y goûter ? » — « Euh non, merci. » En tant qu’habitué, il m’a fait faire le tour du propriétaire. Eux, là-bas, ils sont sur le speed ou la coke. Lui, c’est du GHB. Les gars sans t-shirt devant nous sont sur l’Ecstasy. Ça explique pourquoi ils ont l’air de s’extasier sur la musique alors qu’elle est plutôt ordinaire et que le son est vraiment pourri. Je regarde un danseur avec des ailes imprimées sur le dos de son t-shirt : « Celui-là, là-bas, vraiment cute. » — « Lui ? je l’ai déjà vu en show, c’est un danseur nu. » Moi, ma drogue c’est l’alcool. (J’suis d’là vieille école.) Mais ça ne faisait pas le poids et je trouvais la soirée passablement ennuyante. Plusieurs sections du bar étaient fermées et toute la clientèle était concentrée sur la piste de danse. J’ai bu une bière, puis une autre. Malgré mes efforts, je n’ai pas réussi à atteindre le paradis. Sous les sourires hallucinés, je reconnaissais cette ambiance de marché de viande où les gens sont perçus comme des numéros, classés en fonction de leurs mensurations. Même le grand avait l’air de s’emmerder. À part lui, le chauffeur de taxi qui m’a ramené chez moi a été la personne la plus sympathique que j’ai rencontrée dans la soirée. Je suis tombé dans mon lit avec une vague envie de vomir. Mais Noël est fini et j’ai survécu, c’est le principal.

25 décembre 2007

Le cygne et la déesse

Un lecteur m’a demandé de publier ici des textes plus anciens. Demandez et vous recevrez. J’ai écrit ce texte alors que j’avais 16 ans. À cette époque, je me passionnais pour les mythologies grecques et scandinaves. J'inaugure avec cette note une nouvelle catégorie intitulée Fictions.


Des lueurs rosées s’élevaient déjà au-dessus de l’horizon. Sur le lac, tout était calme, aucun vent. Dans la brume matinale, Polymnie allait au bain. Elle était certaine que personne ne la dérangerait avant le jour. Elle approchait de la rive lorsqu’elle entendit du bruit. Elle écarta les roseaux de ses doigts de déesse et aperçut au fond de la baie, un grand cygne d’un blanc étincelant. L’oiseau nageait paresseusement. Il avait remarqué la déesse, mais il ne s’en souciait pas. De temps à autre, il plongeait dans l’eau pour se rafraîchir.

Polymnie fit quelques pas à travers les roseaux puis appela le cygne qui n’y fit pas attention. Il se contenta de gonfler son plumage en s’éloignant. La déesse laissa tomber sa cape et plongea dans l’eau fraiche. Elle nagea lentement, se laissant caresser par les algues et tentant de s’approcher du cygne qui filait vers le large. Polymnie goûtait sur ses lèvres l’eau colorée de rose par le soleil levant. Chaque fois qu’elle croyait atteindre l’oiseau, celui-ci s’enfuyait un peu plus loin. Lorsqu’il arriva au centre du lac, il s’arrêta. Polymnie était tout près. Elle tendit la main pour le toucher. Mais le cygne se retourna brusquement et lui pinça le doigt. Une goutte de sang tomba et disparut dans l’eau noire. Il déploya ses larges ailes et s’envola au-dessus de la brume. Polymnie admira le grand oiseau qui s’éloignait vers le soleil en serrant son doigt blessé entre ses lèvres. Elle regagna la rive, tourmentée par le regret et la rancœur.

Elle attrapa sa cape, se sécha un peu et partit en courant à travers champs pour regagner l’Olympe. En chemin, elle croisa Zéphyr qui étendait la rosée du matin sur les champs des paysans. Il souffla pour elle des vents favorables jusqu’à l’Olympe où elle arriva vers midi. Elle se rendit près de son père, Zeus, roi du ciel et de la terre.
— « Père, dans deux jours, ce sera mon anniversaire. Je sais maintenant quel présent je voudrais recevoir. Je ne demande qu’une chose. C’est un cygne que j’ai croisé près du lac. »
— « Pourquoi donc un cygne, sa viande est coriace. »
— « Mais père, je le veux vivant ! » s’empressa-t-elle de préciser.

Après avoir remercié Zeus, Polymnie retourna vers le lac. Elle ne voulait pas attendre son anniversaire. Elle s’agenouilla près de l’eau entre les frondes des fougères et ferma les yeux en se concentrant. Pour un court instant, le ciel s’obscurcit. L’air autour d’elle devint opaque et gris, formant autour d’elle une immense coquille. Après quelques secondes, la coque éclata. À l’intérieur, Polymnie s’était métamorphosée en un cygne majestueux. Après avoir lissé ses plumes, elle sauta à l’eau et se mit à glisser lentement à sa surface.

Le premier cygne était là. Caché par de hautes herbes, il observait Polymnie qui s’exerçait à cette nouvelle forme de nage. Lorsque le soleil tomba derrière la cime des arbres, il sortit de sa cachette. Polymnie l’aperçut et s’approcha de lui. Mais dès que la distance se réduisait entre eux, le premier cygne s’envolait pour se poser un peu plus loin dans la baie. Polymnie avait la patience d’une déesse et le manège se poursuivit toute la nuit, la journée du lendemain et une autre nuit.

Pendant ce temps, Zeus avait envoyé Artémis et Héraclès à la recherche du cygne. Sur le lac, Polymnie savait qu’elle aurait plus d’endurance que l’oiseau. Il se lassa le premier et au dernier envol, il partit vers les collines. Polymnie, déçue, se retrouva seule. Héraclès et Artémis arrivèrent à ce moment-là et observèrent l’oiseau qui nageait la tête basse en admirant son reflet. D’un air entendu, ils se sourirent puis se séparèrent. Artémis, déesse de la chasse, devait viser le cygne avec une flèche trempée dans un filtre de sommeil. Héraclès se tenait prêt à plonger pour aller repêcher le cygne endormi.

Polymnie rêvassait en observant le reflet de la lune danser autour d’elle. Elle se retourna brusquement lorsqu’elle entendit le claquement de l’arc. Elle rassembla tous ses pouvoirs et reprit son corps de déesse. Mais la flèche lui avait déjà percé la cuisse. Héraclès dut ramener à la nage la déesse endormie. Après avoir soigné la plaie de Polymnie, Héraclès et Artémis levèrent les yeux vers le ciel. Le cygne, qui avait tout vu, traversait la brume en riant.

Drummondville, novembre 1985

24 décembre 2007

Les enfants de Francine

Un très beau texte de Patrick Lagacé : Les enfants de Francine
Le ratoureux, il écrit vraiment bien, des fois...
(Via Chroniques blondes)

23 décembre 2007

Pour le plaisir


Philippe Catherine

Pour Noël, je vous souhaite du temps pour les câlins, les longues discussions à réinventer le monde et les petits plaisirs que l’on savoure. Je vous souhaite l'audace d'oublier la course aux cadeaux et le stress d’être parfait devant la famille élargie. Voici quelques liens pour perdre son temps, juste pour le plaisir...

Vous n'en pouvez plus de pelleter, de vous faire réveiller chaque nuit par les déneigeuses ou de chercher votre automobile qui a été remorquée ? — Voici un petit jeu adorable qui a la douceur d'une première neige. (Via I love Juju)

Winter Bells

(Ce n'est pas pour vous humilier, mais mon meilleur score est de 37 880 points !)
(Edit : 69 700 !)

Les réunions de famille vous déprime ? Vous ne pouvez plus sentir le Brut 33 du beau-frère ? La dinde de matante Fernande vous donne envie de vomir ? — Faites danser des lutins qui auront le visage de vos proches. (Merci Thomas)
Elf Yourself


La musique de Noël vous donne de l'urticaire ? Vous faites chaque nuit des cauchemars où vous êtes poursuivis par Marie-Michèle Desrosiers, les joues rouge sang ? — Créer vous-même un Noël techno. c'est absolument trippatif. (Via Ni vu, ni connu)
Carnation Xmass Jukebox

21 décembre 2007

Les coulisses

Je me creuse les méninges pour concocter des histoires cohérentes, à partir de ma vie. Ce n’est pas toujours le matériel de départ le plus intéressant. Mon récit commençait avec une peine d’amour dévastatrice qui m’obligeait à faire face à une réalité que j’avais soigneusement mise à l’écart. C’est plutôt facile de raconter de vieux drames. Il y a immédiatement une tension, une émotion forte. Décrire le quotidien tout en le vivant, sans avoir trop de recul, est moins évident. Il n’est pas facile de créer des personnages qui ont une certaine consistance, tout en protégeant l’identité de ceux qui les ont inspirés. C’est encore plus complexe lorsque je sais que ces mêmes personnes liront peut-être ces notes. (Et comme j’ai une grande gueule, je ne peux m’empêcher de parler de mon blogue.) Je change des détails, je romance un peu, j’insiste sur les aspects les plus colorés. Tout en visant à rester fidèle à l’émotion du moment. Si j’avais à tout recommencer, je me dis parfois que ce blogue devrait être un secret. Mais en réalité, je préfère la transparence.

L'orgueil est un moteur. Il m’est arrivé de provoquer des évènements dans ma vie pour avoir quelque chose d’intéressant à raconter. J’ai souvent fait des efforts pour être à la hauteur de l’image que j’ai voulu donner de moi. Et je sors de ces épisodes grandi et transformé. Lorsque je relis de vieux billets, je réalise que je suis complètement ailleurs. C’est peut-être aussi d’avoir tant écrit qui me permet de mesurer le chemin parcouru.

J’ai repris confiance dans ma capacité à jouer avec les mots. Écrire avec régularité, en sachant chaque fois que l’on sera lu, est un exercice exigeant et formateur. J’espère avoir amélioré un peu mon style. Je voudrais simplifier mes phrases et mieux en maîtriser les effets. J’ai le don pour faire des phrases tarabiscotées. Et souvent, en cherchant à les améliorer, je les complique davantage. J’ai dû travailler les niveaux de langue pour être compris de tous les lecteurs, tout en restant fidèle à la réalité, aux expressions qui sont les miennes.

Et puis il y a eu vos mots, vos histoires. Elles m’ont nourri, inspiré, provoqué. Et toute la magie de l’écriture d’un blogue naît de cette interaction. C’est aussi ce qui oblige un carnet virtuel à ne jamais perdre de vue la vraie vie. Avec tout ce qu’elle comporte de détours, de beauté et de violence parfois. Même des commentaires comme celui de Maphto : « Qui voudrait d’un séropositif ? » me poussent à avancer. Sur le coup, je l’ai reçu comme une gifle. J’ai réagi violemment parce que longtemps, j’ai eu cette croyance en moi. Ma culpabilité, mon immense colère m’ont fait saboter des relations potentielles. Au fin fond de moi, je croyais que les choses devaient être ainsi. Je devrais expier, souffrir. La solitude était tout ce que je méritais. Son commentaire et la réponse que je tenais absolument à lui faire m’ont fait réaliser l’importance que certaines personnes ont eue dans mon parcours. Même si j’ai tendance à me complaire dans la noirceur et le drame, j’ai été aimé. Et cela est précieux. J’en ai voulu terriblement à cet ex dont je parlais au début de ce blogue. Celui qui m’a laissé pour un autre, plus jeune. Je lui en ai voulu au point de choisir d’effacer ces années de vie commune de ma mémoire. Mais je réalise aujourd’hui combien cette relation a été importante.

20 décembre 2007

Commentaire

Pardonnez mon ignorance, mais je pense qu'un homme avec le VIH était condamné au célibat ? Qui voudrait d'un gars séropositif ? Est-ce que vous le dites à votre partenaire ou est-ce que vous cachez soigneusement le fait que vous êtes infecté ?

Ecrit par : Maphto | 19 décembre 2007
(Adresse IP : 216.218.53.137, globetrotter.net, Rimouski, Qc, Ca)


Pardonnez la virulence de ma réponse, mais peut-on véritablement parler d’ignorance en 2007 ? Alors que des centaines d’organismes se fendent le cul pour éduquer la population ? Permettez-moi d’en douter !

Mais je vais tout de même tenter de vous éclairer :

1. Un être humain porteur d’un virus, quel qu’il soit, demeure un être humain, aimable et capable d’aimer.

2. Il existe un moyen de protection efficace pour éviter la transmission du VIH, lors d’une relation sexuelle. Ce moyen se nomme un préservatif. Il est fait d’une membrane de latex toute simple et on peut se le procurer dans toutes les bonnes pharmacies.

3. Vivre avec le VIH, c’est faire face tous les jours à la stupidité de certains. Le choix de divulguer ou non sa séropositivité est tout à fait personnel puisqu’il existe des moyens de protection efficaces qui permettent de réduire les risques à plus de 99 %.

Personnellement, je suis plus à l’aise si mon partenaire est au courant de mon statut sérologique. C’est à la fois une marque de confiance et de respect. Je n’ai pas toujours eu la force de faire cette annonce dès le début d’une relation. Mais j’ai toujours protégé mes partenaires. La réaction à cette révélation varie selon les personnes. J’ai connu des garçons qui ont préféré mettre un terme à la relation parce qu’ils avaient peur. J’en ai connu d’autres pour qui la présence du virus n’avait pas d’importance. D’autres qui ont choisi de passer outre cette réalité afin de mieux me connaître. Finalement, certains m’ont annoncé qu’ils étaient aussi séropositifs.

À Montréal, un homme gai sur trois est séropositif. Les personnes les plus contagieuses sont celles qui ignorent leur état et ne sont pas traitées. Dans la communauté gaie, le tabou est tenace. Et le VIH est un sujet que l’on n’aborde pas. Plusieurs hommes gais préfèrent ne pas passer de test parce qu’ils craignent le rejet. L’ignorance de certains est donc l’une des causes de la propagation de cette maladie. Les préjugés font beaucoup plus de mal que les virus !

Pour en savoir plus, je vous invite à consulter les sites suivants. Ce ne serait définitivement pas un luxe.


J’ai passé près de dix ans de ma vie avec un homme séronégatif que j’ai aimé et qui m’a aimé. Il était au courant de mon état de santé. Et il est toujours séronégatif. C’est la fin de cette relation qui m’a amené à entreprendre l’écriture de ce blogue.

En ce qui concerne l’homme dont je parle dans la note précédente, j’ai l’intention de lui annoncer ma séropositivité avant qu’il n’y ait entre nous de relations sexuelles. Parce qu’il me plaît et que je lui fais confiance. Parce que cette réalité prend beaucoup de place dans ma vie et que j’ai envie d’être honnête et de partager avec lui tout ce qui fait mon existence. Et parce que je crois qu’il aura l’intelligence de comprendre ce que je vis. Parce que ces trois mots « Je suis séropositif » sont préalables à trois autres, beaucoup plus romantiques : « Je t’aime.»

19 décembre 2007

La faute aux vagues

Je pars presque deux heures à l’avance. Ça vaut mieux. Depuis le matin, j’entends à la radio que la circulation est dans un état catastrophique. Et qu’il est préférable de prendre le métro. Too bad ! Il n’y a pas de stations de métro à proximité du bureau où se déroule l’entrevue. Il y a une piste cyclable, mais elle dort sous trois pieds de neige et je n’ai pas de skis, ni de raquettes.

9h35 : l’autobus devrait être là et il commence à faire froid. 10h00 : deux autobus auraient dû passer déjà et la rue est toujours déserte. Mais je respire, je garde le sourire, j’ai encore du temps devant moi. 10h30 : toujours rien. Si ça continue, je serai en retard. Un autobus s’approche sur l’autre coin de rue. Ce n’est pas la bonne ligne, mais elle est dans la bonne direction. Je m’élance en patinant sur la chaussée pour le rattraper.

La veille, le garçon du Gymnase m’a téléphoné, en fin de soirée, pour me souhaiter bonne nuit. Comme on ne pourra pas se voir avant Noël, il m’a envoyé des photos de lui devant la mer, à Percé, pour que je n’oublie pas son visage. Le sourire dans les yeux et les vagues en fond de scène. Mignon. Et j’ai l’imagination qui s’emballe. Il habite pas loin du bureau où je travaillerais. Ça serait plus facile de se voir. Il aime les voyages. Je nous imagine déjà quitter la ville. En campagne, sur une plage, dans un bed & breakfast du vieux-Québec ou à San Francisco. Les années qui passent, les anniversaires, les saisons. Et pourquoi pas deux vieillards qui prennent le soleil sur un sentier du parc Lafontaine, en promenant le chien…

J’ai une quinzaine de coins de rue à marcher et j’ai les pieds gelés. Le rez-de-chaussée de l’immeuble est occupé par un café. Je m’y arrête, pour remplacer mes vieux souliers de marche mouillés par des souliers propres. Je compose le numéro du poste sur le téléphone de l’entrée. C’est une femme avec un accent espagnol qui me répond : — « Je vais vous rejoindre. » Quelques minutes plus tard, une femme dans la quarantaine aux cheveux acajou entre dans le café. — « Vous n’avez pas eu mon message ? L’entrevue est annulée. Je vous ai pris un autre rendez-vous demain à quinze heures. C’est possible pour vous ? »

Peut-être que je souffre d’une forme de maniaco-dépression ultra rapide. En tout cas, mes fantasmes se dégonflent déjà. Retour brutal sur le plancher des vaches. Dans le fond, j’ai beau rêver, il n’y a rien de concret ni de réel entre lui et moi. On ne s’est parlé que quelques minutes au téléphone. Bien sûr, il est drôle, brillant, curieux, gentil. C’est sûrement un séducteur d’expérience. Je ne dois pas être le premier à qui il fait son numéro. Je ne le connais pas et je mange déjà dans sa main, quel con je suis. Et quand il apprendra peu à peu qui je suis, qui me dit qu’il ne déchantera pas ? J’entends déjà les mots : « je t’aime, bien. » ou « Tu sais, on pourrait rester des amis. » La madone se mettrait à hurler « I've heard it all before, I've seen it all before and I can't take it anymore » pourquoi cette histoire tournerait-elle mieux que les autres. Les histoires d’amour finissent mal, en général. Surtout les miennes.

J’étends mon manteau et mon pantalon au-dessus du bain pour qu’il sèche. J’allume l’ordinateur et je fais la tournée des sites d’emploi habituels. Et puis l’hiver ne fait que commencer. On est tous prisonniers d’un décembre qui va bien durer six mois.

« Adieu veau, vache, cochon, couvée… » Demain matin, je repasserai à nouveau ma chemise et mon pantalon. Et je repartirai peut-être sur un nouveau High. Je suis en amour avec l’amour. Et jusqu’à ce jour, la réalité ne fait pas le poids.

Emprunts :
La laitière et le pot au lait, Jean de la Fontaine
Les histoires d’A, Les Rita Mitsouko
Sorry, Madonna
Dans les yeux d’Émilie, Joe Dassin


Le titre de cette note est tiré d’un poème d’Isabelle Hurteau, une collègue talentueuse d’un cours de création littéraire au CÉGEP «…C’est la faute aux vagues, l’image est floue…»

17 décembre 2007

Tempête et fiesta

Samedi soir, je me paye la traite : un souper avec ma petite sœur chez Tri-express. Carpaccio de filet mignon, vivaneau mariné cuit au four, et makis inspirés. Tout était tellement succulent que ça me paraissait presque indécent. Le décor lumineux et sympathique, la musique de M, et le sourire espiègle de Tri, derrière son comptoir, rendent l’atmosphère légère. Même le thé parfumé de grains de riz grillés est surprenant et délicieux.

Par la suite, nous nous rendons au Gymnase pour la soirée C’est Extra. Thomas, mon ancien coloc, est venu nous rejoindre. Ces soirées de musique rétro francophone existent depuis presque dix ans. L’avantage c’est que le côté snobinard et branchouille est complètement tombé, au fil des années. L’ambiance est bon-enfant, l’atmosphère suinte le plaisir. Je connais les paroles de toutes les chansons par cœur. Et après une pinte de rousse et quelques Black Russian, je m’élance sur la piste de danse. On annonce une seconde tempête de neige. Et l’hiver n’est même pas officiellement commencé. C’est peut-être ce qui explique cette électricité qui court dans l’air.

À l’autre bout du bar, un garçon brun, avec un t-shirt Dolce & Gabanna, secoue la tête au rythme de la musique. À mon avis, c’est le plus bel homme de l’endroit. Plus tard, j’apprendrai qu’il s’appelle Karim. C’est toujours risqué de draguer un gars dans un bar straight. Mais ça ajoute du challenge. Mieux vaut observer avant d’agir. Le bellâtre ne passe pas inaperçu. Une grande blonde aux cheveux longs l’a remarqué, elle aussi. Elle s’est mise à lui tourner autour dès qu’il a posé un pied sur la piste de danse. Mais le beau Karim ne semble pas la voir. Une brunette pétillante n’a pas plus de succès. Ma sœur est convaincue qu’il regarde davantage les garçons que les filles. Mais il a l’air un peu coincé dans sa bulle et fermé à tous contact.

Sur la piste de danse, tout le monde a le sourire accroché au visage. Même ma sœur est au milieu de la foule, les deux bras en l’air. Avec son chandail rayé et ses lunettes, la D.J. semble sortie d’un album d’Où est Charlie. Elle a tellement l’air de s’éclater qu’on ne se lasse pas de la regarder se trémousser derrière ses tables tournantes. Ses goûts musicaux hétéroclites vont de Plastic Bertrand à Joe Dassin, en passant par la Compagnie Créole. (J’ai mis un échantillon de la soirée dans la liste Airs du moment.) Un homme plutôt carré m’envoie quelques regards appuyés. Il a le visage triangulaire, de beaux sourcils, des pommettes saillantes et des favoris. Le plafond est bas et j’ai failli accrocher un spot en sautant les bras en l’air, en chantant le refrain de Désenchantée de Mylène Farmer.

À un certain moment, la fatigue me rattrape et je sors du cercle des danseurs pour souffler un peu. Je me retourne, l'homme qui m'a fait de l'oeil sur la piste de danse est juste à côté de mon épaule. Il me lance : « Quand je t’ai vu entrer, tantôt, ça m’a fait un coup au cœur. » Ça ne pèche pas par originalité, mais ça fait le travail. J’ai le sourire qui s’élargit. Il me demande si Thomas est mon chum. « Non, non », que je m’empresse de lui répondre. La conversation est entamée, les présentations sont faites. Il me raconte qu’il est né dans le Bas-du-Fleuve. C’est la seconde fois qu’il vient prendre un verre ici. D’un commun accord, on retourne danser.

Il est infatigable. Je pense que je vais avoir fait mon cardio pour la semaine. Le last-call approche et on est toujours sur la piste de danse. Accoudé au bar, on griffonne nos numéros de téléphone au dos d’un flyer. Il s’agit d’une publicité pour le party du 31 décembre : 25.00 $, champagne inclus. Ça me plairait bien de défoncer l’année en riant sur des vieux tubes.

Je sors, la chemise trempée de sueurs. Thomas vient me rejoindre après être allé saluer le beau Karim. La neige est rêche et le vent, glacé. On sautille sur place, les bras en l’air, pour attirer l’attention d’un taxi. Avant que la voiture ne s’enlise complètement dans la neige, au coin d’Ontario, je descends chez Thomas pour y passer la nuit.

Le lendemain matin, on joue aux cartes en regardant tomber la neige. Thomas a préparé du chocolat chaud. Sa voisine rockeuse vient de pelleter les balcons et elle est entrée pour se réchauffer. Elle est tout habillée en noir. Elle a des agrafes dans le nez et le sourcil. Je me demande comment elle fait pour tenir une pelle. Ses faux ongles sont presque plus longs que ses doigts. Je l'ai toujours trouvé sympathique. La neige tombe sans arrêt et le vent secoue la poudrerie. L’air est blanc et le ciel reste sombre. Les grondements mauvais du tonnerre succèdent à l’éclat des éclairs. Les flocons ou les grêlons crépitent sur la fenêtre. Demain lundi, toute la ville sera paralysée. Dans les prochains jours, si on arrive à déterrer la voiture de Thomas, on ira faire une virée au Ikea avant que la foule des petits couples du 450 n’envahisse l’endroit avec leur marmaille. Il me faut une nouvelle housse de couette.

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