31 octobre 2007
Éros et moi
Jamais je n’ai cumulé autant d’heures de travail en si peu de temps. Depuis des semaines, je ne dors que d’un œil. Mais le sprint infernal tire bientôt à sa fin. Encore quelques heures, et des plages de temps libre apparaîtront à l’horizon. Et elles seront amplement méritées. Comme le boulot occupe tout l’espace, il n’y a plus de place pour rien d’autre. Plus de vie sociale, plus de libido, niet, nada. Après tous les bilans et mes retours en arrière des dernières semaines, prendre du recul n’est pas une mauvaise chose. Je fais quelques pas derrière pour me détourner du passé. L’heure est venue de me demander à quoi j’aspire.
GP m’a téléphoné. Il voulait que l’on sorte à la fin du mois. « J’ai des laissez-passer pour une soirée au Tools, le dixième anniversaire de la revue Zip. » (La revue Zip est un magazine pornographique gai de Montréal.) « Il va y avoir des acteurs pornos. Puis un défilé de lingerie érotique. L’ambiance risque d’être wild ! » — « Wild ? Une gang de mononcles ventripotents, de beaufs qui salivent devant la chair fraîche ? T’imagines la crowd qui va y avoir là ! Pas sûr que ça m’allume. Non. Vraiment pas sûr. » — « Le Grand a dit qu’il sera là, y’est super excité. » — « Je sais pas. On verra… »
J’ai toujours une peu de mal avec l’imagerie érotique gaie, avec son côté caricatural et sa vision schizophrène de la sexualité. D’un côté, l’idéal romantique qui se veut pur et sans tache. Des montagnes de sentiments exacerbés où la sexualité est complètement évacuée, maintenue en laisse par des relents de culpabilité judéo-chrétienne qui clament que le sexe est sale. De l’autre, la pulsion bestiale et insatiable qui s’affirme et qui serait, dit-on, le propre de l’homme. Des rapports mathématiques où tout est une question de chiffres et de performance. On y accumule les trophées de chasse pour bien montrer qu’on a la plus grosse. Il s’agit des deux faces d’une même médaille. Elles se répondent et s’entretiennent l’une, l’autre.
Je ne connais personne qui arrive à correspondre à l’un de ces stéréotypes. Les pendules se balancent souvent d’un extrême à l’autre au point de donner la nausée. Et les hommes restent déçus, amers et toujours plus seuls. Toute l’industrie de la pornographie roule grassement sur cette solitude, en maintenant ses clients toujours insatisfaits. Pour la majorité des mortels, il est scientifiquement impossible de correspondre aux canons de la porno : avoir des mensurations parfaites, d’être éternellement jeune, uniformément bronzé et d’éjaculer six fois en ligne. (En jouissant en anglais.) Et pourtant, certains y croient et en font une religion, quitte à tricher un peu à l’aide de tout un arsenal chimique : stéroïde, cocaïne, speed, etc.
J’ai déjà donné, pour voir. J’ai goûté à ces ébats plats et sans vie en essayant de me convaincre que c’était le summum de la sensualité. Des restes humains qui s’agitent sur le rythme mécanique du techno d’ascenseur. Le genre de baise où on pense à sa liste d’épicerie et à ce qu’on aura à faire le lendemain matin. Le genre de lendemain où on se demande comment s’éclipser vite fait et où on essaie de se convaincre que le prochain sera certainement plus intéressant.
Quitte à déplaire à plusieurs ou à avoir l’air présomptueux. Je pense que l’essentiel dans le sexe ne se passe pas en dessous de la ceinture, mais entre les deux oreilles. Et c’est seulement à cet endroit que tout devient possible, les dérapages les plus délirants, les bouffées les plus incendiaires comme les voyages au long cours.
Mais sortir des stéréotypes peut parfois être inconfortable. Être entier, ça fait peur. Quand on mêle à la sexualité les jeux de pouvoirs, la peur du rejet, et les valeurs, elle devient un terrain miné. Quand on permet au cœur de dire un mot s’il le désire. On risque de perdre la face ou de s’écrouler. On devient vulnérable. Mais c’est en prenant ce genre de risque que l’on se sent vivant.
Et en ce moment, c’est ce que je voudrais de la vie. Inventer chaque fois des moments uniques. Exiger, dans l’instant, une fidélité plus vaste et moins étriquée que la simple exclusivité sexuelle. Lorsque j’envisage ainsi les mille et une nuits à venir, je sais que je regarde dans la bonne direction. Je sens l’électricité qui affleure sous ma peau. Je ne sais pas si j’ai assez de colonne vertébrale pour y arriver, mais on verra bien. J’ai beau ne pas être, en ce moment, un modèle de sexualité débridée. Quand j’aurai pris un peu de repos, il en sera autrement. Et watch out ! Le prochain va passer au cash !
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29 octobre 2007
Du vent
Je vois défiler les familles, du matin au soir. Elles fréquentent peu le Jardin pendant l’été. Mais à l’approche de l’Halloween, avec les lanternes, les citrouilles et l’animation conçue spécifiquement pour les enfants, la foule est composée majoritairement de couples avec leurs marmailles. Je travaillais à l’accueil depuis le début de la journée et il était près de 21h. La fatigue commençait à se faire sentir. J’ai reconnu un visage. Je cherchais d’où me venait ce souvenir pendant qu’elle s’écriait : « Pierre-Yves ! C’est toi ? Mais t’as vraiment pas changé ! »
Un peu hébété, je replace enfin son visage. Magali. On était colocataires pendant nos études. Tous les deux, on voulait sauver le monde. On s’était inscrit en éducation spécialisée. On faisait des stages dans des centres d’accueil où les délinquants, qui avaient presque notre âge, nous faisaient la vie dure. Elle me racontait ses histoires d’amour malheureuses. Moi, j’étais encore dans le placard. Elle me couvrait en disant à tous ses amis gais que je n’étais pas des leurs. Personne n’était dupe et ça créait comme une espèce de complicité. On a gardé le contact pendant plusieurs années, puis on s’est perdu de vue.
Elle est entourée d’enfants. Je ne comprends pas trop ce qui se passe. Elle me présente son plus jeune, qui a trois ans (dans le pousse-pousse). Les deux qui suivent qui ont six et neuf ans. Et sa plus grande qui a quatorze ans. Quatorze ans ! C’est une blague ? « Ça fait pas si longtemps que l’on ne s’est pas vu ? » « Ben oui ! » qu’elle dit d’un air entendu. « Ça doit au moins faire quinze ans ! »
Je n’ai même pas regardé sa fille. Je ne veux pas y croire. Je n’arrive pas à me rentrer ça dans la tête. Une fille de quatorze ans qui est presque de ma grandeur. On avait 20 ans. Et il me semble que c’était hier. Le temps a filé et je n’ai rien vu. Elle est entrée dans les serres avec sa famille en promettant de revenir me saluer, avant de partir.
Je suis ébranlé, je raconte tout ça à Lan. Ce n’est pas elle qui pourra me comprendre ; elle est si jeune. Elle arbore son sourire mi-moqueur, mi-séducteur. — « Mais toi… » qu’elle dit de sa voix douce. « T’as dû faire plein de choses en quatorze ans ! » — « Mais non, justement, j’ai rien fait, rien. » On est interrompu par des clients. Et je reste à me répéter en regardant dans le vide. « Rien, rien, rien…» Lan me fait un clin d’œil. « Prends une pause ! Va la voir. Allez, vas-y ! »
Je retrouve Magali dans les serres pendant que ses enfants se sont attroupés devant la scène où la sorcière Esmeralda fait son boniment. Je tente tant bien que mal de résumer les quinze dernières années de ma vie. La tentative de vie de couple, le déménagement hors de la ville, le retour aux études. Elle fait de même. Quatre enfants puis son envie de devenir famille d’accueil. Elle aurait voulu un cinquième bébé, mais son chum commence à trouver qu’il y a assez d’action dans la maison. Elle me raconte tout ça en jetant un œil à sa progéniture. Dans ma tête, ma voix qui répète : « Rien… »
Elle m’a dit : « Au moins, t’as trouvé ta voie. Maintenant que t’es en rédaction, il va falloir que tu me rédiges un courriel. On va se revoir. En tout cas, t’as pas changé d’une miette. Peut-être un peu plus bâti. »
Ça me fait un velours. La belle affaire : une belle écorce vide, oui ! Quatorze ans de vide. Elle, elle rayonne. Le visage moins rond, moins enfantin, plus femme. Comme une impression de solidité. Peut-être le fait d’être mère.
Quelques heures plus tard, je rentre du travail à pied en réfléchissant. Qu’est-ce que j’ai fait pendant quatorze ans ? Je n’ai pas fait le tour du monde. Je n’ai pas de maison, pas de voiture, pas d’économie. Je n’ai rien accompli d’exceptionnel. Je n’ai pas appris l’espagnol ou le mandarin. Je n’ai rien vu de grandiose. Je n’ai même pas su rembourser mes dettes d’études. Quatorze ans et rien. J’ai pas de vie.
Tout ce que j’ai fait c’est tomber amoureux, me perdre pendant dix ans dans une relation sans issue, couper des ponts, retourner aux études et revenir au point de départ, encore une fois. Enfiler les petits boulots. J’ai rêvé d’un avenir, d’une grande maison au fond de la campagne, avec des enfants, des poules et un chien. J’ai échafaudé des projets d’entreprises qui ne se sont jamais concrétisés. Puis je me suis fait droper là pour un autre plus jeune. Et j’ai de nouveau tout quitté pour revenir pelleter des nuages en ville. Comme si j’avais encore quatorze ans, je n’ai fait que rêver, que remuer du vent. C’est ma spécialité.
Je rentre dans mon minuscule appartement minable. Sur mon répondeur, il y a un message du Grand qui s’inquiète de mon rhume. Un courriel du cow-boy qui me raconte ses soucis du jour. J’aurais aimé qu’on se voie, mais il n’a pas de temps, trop de travail. On se reprendra. Il y a douze bouteilles de bière qui trônent dans mon frigo vide. Je leur préfère un jus de légumes. Il y a mon grand lit désert qui m’attends et devant moi, des lendemains de piges et d’incertitude.
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26 octobre 2007
Réfléchir...
C’est à l’initiative de Ilker de The Thinking Blog que c’est mis en place cette chaîne de tags. Tagué par Meerkat, directement d’Outrelande, j’ai tenté de sortir des sentiers battus. Je vous offre à mon tour cinq liens vers des blogues qui font réfléchir. Vous en voulez encore ? Il y en a tout plein dans ma blogosphère.

- Change This (en anglais)
Ce site utilise la technologie afin de secouer les idées reçues et stimuler nos neurones - Nicolas Langelier
un journaliste indépendant, curieux de tout ce qui bouge. - Les amoureux du français de Paul Roux
Les mots ne sont jamais innocents. Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement, etc. - Les carnets de Greenpeace Canada
OGM, déforestation, agrocarburant : tout ce que chacun devrait savoir, mais que l’on se plaît trop souvent à oublier. - Scientists of America, studies and statistics on the subject you need
Le titre est trompeur : le site est bel et bien français. Pour réfléchir avec le sourire. Des scientifiques l’ont prouvé, rire est excellent pour la santé.
Imago Mundi , Brol , Naya blog , Periplanete, La pêche à la baleine, Real Climate, Catherine, Dieu des chats , José, Dilettante, Auréliano, Madame Irza, Papilles et pupilles, Diane, Garance, Salwa, Brisa (en espagnol), Brigitte...
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24 octobre 2007
La chute (suite et fin)
J’ai un vilain rhume, ce qu’on appelle ici une grippe d’homme, pour se moquer. Je fais un peu de fièvre et je me sens fragile. Chaque fois que le corps déraille ainsi, je suis traversé par des relents de panique. Je ne suis pas allé travailler ce matin. Ces moments volés au travail ont une valeur toute spéciale. Dans la note intitulée La chute (I, II et III), je racontais des évènements qui se sont déroulés, il y a une dizaine d’années. J’ai fait le récit des semaines, des heures puis des minutes qui ont précédé l’instant où ma vie allait basculer.
Je savais. Bien que l’alcool ait effacé la précision des souvenirs. Je savais que quelque chose d’irrémédiable s’était produit. Dans mon journal, sous la couverture jaune clair, j’avais écrit. « J’ai fait l’amour avec la mort. » Le reste de la page était restée blanche. Tout était dit. Pendant les semaines et les mois qui ont suivi, le temps s’est dilaté. J’avais l’impression de vivre un mauvais rêve. Je n’étais pas inquiet, j’étais complètement paniqué. Un sentiment paralysant qui m’empêchait de parler. J’étais un zombie qui vivait dans la peur que toute sa vie s’écroule si je faisais un geste de trop ou si je prononçais un seul mot.
Il y a d’abord eu cette rencontre dans un café, avec le Stéphane en question. Mes souvenirs de cette période de ma vie sont embrumés. Je me souviens de quelques phrases qu’il m’avait lancées après m’avoir annoncé qu’il était séropositif : « Je ne sais pas ce qui m’a pris. », « J’ai jamais fait ça, avant. », « Je suis allé voir mon médecin, en panique le lendemain. Elle m’a dit, qu’avec ce qu’on avait fait, les risques étaient faibles, que tu aies attrapé quelques choses. » Moi, je n’avais aucune réaction. J’étais habité par une froideur totale. Il a poursuivi : « Puis de toute façon, si jamais t’es séropositif, c’est pas certain que ça vient de moi. » Intérieurement, j’ai buté sur cette dernière phrase. J’ai pensé « Sale con ! »
Je me souviens d’avoir lu dans un livre une description de la séroconversion. Je me souviens particulièrement d’un graphique qui illustrait la progression de l’infection au VIH en l’absence de traitement. Il y avait deux courbes qui se croisaient. La première représentait la quantité de virus dans le sang. Elle montait, doucement. La seconde illustrait le nombre de CD4, cellules du système immunitaire. Elle était stable sur les trois quarts du graphique puis elle commençait à décliner graduellement, puis de plus en plus rapidement. Et au bout de la ligne était écrit le mot « mort ».
Chaque individu réagit à sa façon à la présence du virus. Ma réaction était fidèle à ce que j’avais lu dans toute la documentation. Environ une semaine et demie après la nuit du 11 novembre 1996, J’ai été envahi par une vague de fièvre foudroyante. J’étais incapable de sortir de mon lit. J’avais la tête qui tournait et les muscles douloureux. Puis, après quelques jours, plus rien. Les symptômes ont disparus. Mais impossible de savoir si le virus était présent.
Tout cela n’allait pas durer, il y avait une échéance. La présence d’anticorps spécifiques au VIH devient détectable après trois mois d’attente. Avant ce délai, il est impossible de savoir si un individu est séropositif. (Encore aujourd’hui les tests de dépistage du VIH indiquent l’état sérologique d’une personne trois mois auparavant.) J’aurais voulu arrêter le temps, même si l’attente était intenable. J’avais rendez-vous un matin d’avril à la clinique l’Actuel. C’est le récit de cette journée qui a constitué la première note de ce blogue.
Voilà, la boucle est bouclée.
«... C’était un matin de printemps, enfin. Le ciel était bleu. Tout le monde dans la rue avait l’air heureux. Les filles portaient des robes d’été. Partout des sourires.
Je sortais de la clinique. J’étais en feu, à l’intérieur. J’avais en tête le pont Jacques-Cartier. Quoi de plus poétique que de mourir en se jetant dans le fleuve St-Laurent, abandonner son corps aux courants violents. Mais il y avait une cabine téléphonique. Des vitres sales qui portaient encore les poussières de l’hiver... (Lire la suite)»
Note :
Il existe aujourd’hui des traitements prophylactiques qui sont utilisés lorsqu’une personne a été mise en contact avec le VIH. Administrés dans les 72 heures, ils peuvent empêcher l’infection. Ces traitements n’existaient pas à l’époque. Ou s’ils existaient, ils n’étaient pas courants. Cette note est très technique, j’ai tenté d’être le plus exact possible, mais je ne suis pas médecin. Les liens de ce texte renvoie à l'excellent glossaire d'Act-Up Paris. (Knowledge is a weapon. Ignorance is your enemy)
12:00 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Sida, Vih, gay et lesbienne, séroconversion, prophylaxie, virus
21 octobre 2007
Que j'aime
Et oui, encore du Youtube ! Ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à passer leur chemin. Ce soir, je suis intransigeant. Au cours de mes pérégrinations sur la Toile, j’ai fait des découvertes étonnantes et des rencontres précieuses. Dans cette univers d’échos, qui vibrent souvent à l’unisson, il y a parfois des voix et des histoires qui se démarquent. Journal de Lou est un de ces blogues d’exception et je ne m’en lasse pas.
Quand ça va pas il y a Lou qui chante. Et puis, je sais pas, ça ne peut plus ne pas aller. Avec le temps, je suis devenu un fan fini. Voici Lou. Je crois que les chœurs sont faits par sa maman.
09:16 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : musique, chanson, enfance, famille, Journal, Lou, blogue
20 octobre 2007
Sourire
Je viens de me taper plus de 24 heures de travail en deux jours. Je suis brûlé. Elle, elle s’appelle Pascale Picard. C’est mon dernier coup de foudre. Je l’écoute en boucle quand je remonte le boulevard qui relie mon boulot à mon lit. Elle chante exactement les mots que je voudrais écrire. Voici une adaptation complètement libre de sa chanson Smilin’. (De l’album : Me, Myself and Us, Universal, 2007.)
Cette fois-ci, je n’y arriverai pas.
J’aperçois la foule qui grossit, tout autour de moi.
Et j’essaie de comprendre pourquoi je me sens si isolé.
J’ai des amis, mais j’ai si peu de temps pour eux.
J’ai ma maison, grande comme un mouchoir de poche.
J’ai mon copain, mais lui aussi est fatigué de m’entendre.
Je vois chaque jour qui se lève comme une montagne à franchir.
Chaque mot que j’écris me demande toutes mes forces.
Parfois, j’en ai vraiment assez de me raconter.
Mais c’est encore la seule chose à laquelle je peux m’accrocher.
Je sens, chaque fois, que je ne vais pas y arriver.
Mais je sais pourtant que rien de mieux ne pourrait m’arriver.
Alors, je me dis :
« Hey, garde ton sourire.
Ils ne veulent pas t’entendre te plaindre.
Tu sais que tu as de la chance ;
ta vie ne pourrait pas être plus excitante ! »
Alors, je continuerai de faire des mauvaises blagues.
Parce que toi, tu me crois fort.
C’est sûrement un peu pour ça que tu m’aimes.
Et moi, j’ai tellement besoin de toi. J’ai tellement besoin que tu m’admires.
De toutes mes forces, je me bats pour passer au travers.
Si tu savais combien j’essaie…
(…)
Mais pour aujourd’hui, s'il te plaît, ne compte pas sur moi.
J’ai du mal à poser un pied devant l’autre.
Ne me demande pas pourquoi, si tu ne veux pas que je te mente.
Mais ne t’en fais pas pour moi. C’est seulement un peu de fatigue.
Il ne faut pas t’inquiéter, car bientôt, je te le promets, je serai de retour.
Sourire, c’est ce que je veux parce que j’en ai assez de pleurnicher
J’ai vraiment de la chance.
Je fais exactement ce que j’ai toujours rêvé de faire !
Alors, je raconterai encore des mauvaises blagues.
Tu sais, il faut absolument que je sois fort.
C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour passer au travers.
Et aujourd’hui, c’est ce dont j’ai besoin. Sourire.
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18 octobre 2007
Concret
Ces jours-ci, le travail prend toute la place dans ma vie. J'ai le cerveau qui "spinne" du matin au soir. Il faut que je profite des contrats pendant qu'ils pleuvent...
Ce soir, j'ai découvert sur la Toile mon premier texte publié. Il s'agit d'une chronique sur le contrôle biologique des insectes et des maladies s'attaquant aux plantes ornementales. Elle paraîtra chaque semaine sur le site numéro un du jardinage au Québec. En cliquant sur mon nom, une fenêtre s'ouvre avec une mini-biographie. La photo qui l'accompagne sera celle qui coiffera tous mes articles dans la version papier du magazine. (C'est la directrice artistique qui l'a choisie. Moi, je trouve que j'ai une drôle de tête là-dessus.) J'ai bien hâte de voir ce que ça donnera sur papier glacé...

Je fais actuellement de la recherche pour un reportage sur les murs végétaux. C'est une commande et de prime abord, le sujet ne m'intéressait pas vraiment. Les murs végétaux sont difficiles à réaliser sous le climat québécois. Mais j'ai découvert un univers fascinant ou s'entremêle l'architecture, l'art et la botanique.
Jean Paul Ganem est un artiste français qui a réalisé les murs végétaux qui ornent la terrasse de la fonderie Darling, une galerie d'art de l'Ouest de Montréal. Il a également créé un jardin au-dessus de l'ancien site d'enfouissement de la carrière Miron, au centre de Montréal. Le jardin des capteurs est bâti autour des capteurs de biogaz qui canalisent les émanations de méthane qui proviennent des déchets enfouis. Il réhabilite ce site qui était devenu un cauchemar pour les résidents des environs. La carrière se transforme peu à peu en un endroit de beauté et d'éducation.
Le vidéo qui se trouve sur la page de Jean-Paul Ganem est un court extrait du film « Le jardin des Capteurs » d'Éric Tessier, produit par la Corporation Saint-Laurent. Musique de Simon Wayland

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15 octobre 2007
Racines
J’écris parce que je suis en manque douloureux d’histoire. Je voudrais me poser quelque part et rester immobile pour contempler le fil du temps. Je suis fils de déracinés. Ma mère s’est toujours laissée porter par le vent. Elle s’est envolée comme une plume à la fin de mon enfance. Les courants l’ont portée un peu partout dans le monde, de New York au Viet Nam, en passant par l’Afrique de l’Ouest. Récemment, elle s’est posée à Chicago, près des Grands Lacs. Peut-être y trouvera-t-elle le calme. Après leur séparation, mon père a refait sa vie dans une ville battue par le vent, sur le bord d’une autoroute.
À l’adolescence, j’étais totalement libre. J’ai choisi la ville pour le foisonnement de la culture, l’ouverture sur le monde et la possibilité d’y être ouvertement ce que je suis : homosexuel. Bien que j’aime les grands espaces et le ciel qui se déploie sur 360 degrés, le dédale des grandes villes me fascine toujours. Les signes y sont démultipliés. Tous les travers et les grandeurs de l’humanité y sont exacerbés. On parcourt les rues comme on lit un texte, dense, coloré et généreux. Montréal est mon premier amour.
Une seule fois dans ma vie j’ai cru voir poindre des racines. J’imaginais qu’une vie à deux était plus propice à l’enracinement. Ce n’était pas l’idée du siècle de mettre sur les épaules d’un autre mes envies de m’établir. J’ai laissé dans cette histoire une partie de mon âme. Et je n’y ai gagné que le poids des années à porter. Après le naufrage du couple que nous formions, je me suis retrouvé dans le vide. J’ai nagé pour remonter à la surface, pour me sortir de l’eau. Et j’ai repris la route des nomades.
Intuitivement, j’ai choisi un secteur de la ville qui me ressemblait. Et je tente tant bien que mal de m’y sentir chez moi. Le quartier Rosemont est habité depuis toujours par des francophones de souche, des ouvriers, des travailleurs acharnés et quelques rêveurs plus grands que nature. Il a longtemps abrité quelques joyaux. Le Jardin botanique, qui est né au début du siècle, perd peu à peu de sa splendeur. Et les installations olympiques construites pour les jeux de 1976 ont été désertées par les sportifs. La ville n’est pas un milieu particulièrement propice à l’enracinement. Elle se transforme constamment à un rythme étourdissant. Les gens ne font qu’y passer. Ma vie d’aujourd'hui ne pèse pas bien lourd. C’est une maison de paille que la première bourrasque pourrait emporter. C’est l’inquiétude qui m’habite cet automne dans mon minuscule appartement, impossible à chauffer convenablement. Je fais des économies de bout de chandelle pour joindre les deux bouts. Je n’ai aucune certitude quant à l’avenir. Je suis parvenu en travaillant comme un fou à me renflouer et à payer toutes mes dettes. Mais ma situation reste précaire et dans quelques mois, tout sera à recommencer.
Cette nuit, j’ai rêvé que je vidais mon compte de banque et que je disparaissais. Je partais sur un nowhere, sans destination. Avec un peu de crainte, mais une espèce d’urgence de retrouver qui je suis. Je portais un sac sur l’épaule. Et, dans ma poche, je serrais entre mes doigts un billet ouvert. Mais le train que j’avais pris s’enfonçait dans un brouillard glacé. Les lacs, les champs et les montagnes avaient des teintes froides. Le paysage se déclinait dans des nuances de gris bleu. Je regardais la pluie qui courait sur la vitre avec cette vieille envie de rentrer chez moi, sans savoir où aller.
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12 octobre 2007
Typologie des cons
Pour Joon, dont la note Et si c’était à refaire... a inspiré celle-ci.
Si c’était à refaire, c’est certain, je choisirais d’être con. J’ai bien tout essayé. Mais, rien à faire, je n’y arrive jamais tout à fait. Je déambule sur la Catherine, la tête rentrée dans les épaules en les détaillant du coin de l’oeil. Je les envie. J’espère un jour percer leur mystère et leur voler un peu de leur insouciance. Dans le café où je me suis assis, j’observe le ballet des regards. Ils sont beaux. Ils sourient et ont toujours l’air au-dessus de tout.
1. Le poulet aux hormones
Si j’avais eu la discipline, je serais devenu un poulet aux hormones. (J’ai lu l’expression chez Matoo.) Les poulets aux hormones ne sont jamais seuls. Ils ont l’instinct grégaire. Leurs groupes forment des masses informes de corps musclés hypertrophiés, la peau bronzée et soigneusement épilée. Dans les bars et les raves, ils s’agitent mécaniquement, torse nu, sur des rythmes répétitifs. Bien qu’ils arrivent à danser plus de quinze heures en ligne, ils n’avoueront jamais prendre des speeds, de l’ecstasy ou de la coke. Non, le poulet aux hormones tient mordicus à son allure saine. On le verra siroter son jus de légumes, son guru ou son shake à la spiruline. il passe tous ses temps libres au gym et ne se sépare jamais de sa bouteille d’eau Évian. Sain, je vous dis ! Il cache ses pupilles dilatées sous des lunettes de soleil signées et préfère s’exprimer en anglais même s’il est francophone. (Peut-être l’influence des films pornographiques ?) Ils dérivent de partys en raves comme si le rythme du techno ne devait jamais s’arrêter.
2. L’universitaire sensible
Si j’étais né dans une famille riche, je me serais vautré dans le cercle des universitaires sensibles. Celui-là m’a vraiment tenté, je l’avoue. Si j’étais un universitaire sensible, je me serais inventé un petit accent français et je ne sortirai jamais sans mon portable dans son étui en cuir véritable. Je retrouverais les copains. Je raconterais avec émotions mes séjours d’études à Milan ou à Londres. Je passerais des heures dans des cafés à disserter sur l’art visuel contemporain ou sur ma dernière relecture de Proust. Je mépriserais le petit peuple qui regarde la télévision et qui mange des hot-dogs. J’aurais passé des années en psychanalyse à relater mes relations difficiles avec Maman. Je ne serai pas facile d’accès. Jamais le premier soir, ni le deuxième, dois-je le préciser. Les universitaires sensibles savent bien que c’est leur inaccessibilité qui les rend attirants. J’attendrai le Prince charmant dont la fortune m’arracherait aux bassesses de ce monde.
3. Le loup
J’aurais bien voulu être un loup. Mais je ne suis pas à la hauteur. La plus grande qualité du loup est son assurance. Il traque le plus beau garçon de l’endroit, celui que tout le monde désire et il trouve le moyen de ne jamais se planter. Parce que la plus grande terreur du loup est de vieillir un jour. Il met de l’argent de côté depuis l’âge de douze ans pour se payer son premier facelift. Il dépense une fortune en produit de beauté pour homme. Sa quête n’aura jamais de fin puisqu’il y aura toujours de la chair plus fraîche à convoiter. La solitude du loup doit être très lourde à porter. Mais il n’aura jamais la faiblesse de s’en plaindre. En fait, je ne suis pas sûr si le loup existe vraiment. C’est peut-être un fantasme de la communauté gai.
4. Le père de famille.
À première vue, celui-là est le pire de tous. On le croirait torturé et névrosé. C’est celui qui a une double vie et qui n’arrive pas à trancher. Le jour, il arpente les allées du Ikea derrière une poussette, aux côtés de son épouse. On le voit patauger dans la piscine de balle d’un Macdonald, avec sa progéniture. Le soir, il va prendre l’air dans les haltes routières ou dans d’autres lieux de drague sordides. Comme il se considère comme un vrai homme, il méprise les homosexuels. Tant que son monde ne s’écroule pas, il est convaincu qu’il a réussi à obtenir le meilleur de la vie. On croirait la race éteinte, mais je sais par expérience que les pères de famille sont encore nombreux. Quand je travaille au jardin et que je vois les petits s’émerveiller devant une citrouille d’Halloween ou un épouvantail, puis se retourner les bras ouverts en criant « Papa, papa », je les envie tout de même un peu.
5. L’ours mal léché.
Lorsque j’en ai marre de me faire la barbe et que j’ai envie de m’empiffrer de frites, de fromages ou de chocolat, je rêve d’être un ours mal léché. Il a choisi d’assumer son obésité et tous ses défauts physiques en mettant le paquet. Il met en valeur ses bourrelets, porte fièrement la barbe, se lave le moins souvent possible. Pour lui, le summum de la virilité c’est une odeur de couilles mal lavées. Il roule en pick-up, boit de la mauvaise bière et ne dédaigne pas le fétichisme : cuir, latex, etc. C’est un dur, vous l’avez compris. Mais il a la délicatesse de porter toute sorte de signes sur lui (selon un code hyper complexe) pour indiquer à tous, ses préférences sexuelles. (Un ours en peluche à la ceinture précisera qu’il aime aussi les câlins !) La société des ours a un rôle bien défini pour chacun. Je les aime bien les ours parce qu’ils me font rigoler. (Vidéoclip : Bear Force One)
(Hum... Je ne vais pas me faire d'amis avec cette note !)
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11 octobre 2007
La chute III
Ce billet est la suite des notes suivantes :
La chute publiée le 3 octobre 2007
La chute II publiée le 9 octobre 2007.
C'était le 11 novembre 1996. Le ciel était nuageux quand je me suis réveillé. Mais il était plus clair que mes idées. Les murs se sont mis à se pencher vers moi, lorsque j’ai voulu sortir du lit. Chaque fibre de mon corps était encore imbibée par l’alcool de la veille. J’ai renoncé à bouger et j’ai végété tout l’après-midi. J’ai fixé le plafond et la lumière de fin de journée qui barbouillait le store. Au cours des quatre derniers jours, je n’avais presque rien avalé. Je n’avais dessaoulé que quelques heures. Lorsque le soleil a disparu, je me suis levé, courbaturé, et j’ai sorti ma planche et mon fer à repasser. Il fallait que je repasse une chemise. Celle-ci ferait l’affaire. C’était un lundi. Lundi, c’était le soir du Passeport, rue Saint-Denis. En fin de soirée, je devais y retrouver Joe et son chum Sébastien.
Le bar était tout noir et les habitués semblaient se vêtir de la même couleur par mimétisme. Il y avait dans notre cercle, la rousse Martina, comédienne qui n’avait jamais pu percer, Joe et son éternel sourire de Latin, Sébastien et un de ses amis. Martina me l’avait présenté, mais il ne me plaisait vraiment pas. Pour reprendre l’expression de Martina, il était très « troisième acte » : affecté et prétentieux. Je ne lui ai pas parlé beaucoup. Je crois que j’ai dansé sur du Niagara. Sébastien nous a fait découvrir toutes sortes d’alcool et de nouveaux drinks. Le dernier verre dont je me souviens était une liqueur à base d’herbes, le Jägermeister. Puis le noir du bar a occupé toute la place et mes souvenirs de la soirée se sont évanouis.
Je me souviens du froid lorsque l’on est sorti sur Saint-Denis. Je me souviens aussi qu’on avait du mal à suivre le trottoir. Heureusement, on était quatre et on pouvait s’appuyer les uns sur les autres. Martina était partie un peu plus tôt. Il y avait Joe qui n’arrêtait pas de rire, Sébastien, moi et l’autre gars. Il a fallu se reprendre à trois fois pour escalader l’escalier qui menait à l’appartement de Sébastien. Il habitait à quelques mètres du Passeport. À l’intérieur, un second escalier grimpait vers le troisième. Heureusement, la salle de bain était tout près de l’entrée. Aussitôt arrivé en haut, j’ai été pris d’une furieuse envie de vomir.
Je m’accrochais à la céramique du bol de toilette. Sébastien et Joe sont disparus dans l’une des chambres. L’autre s’est assis à côté de moi dans la salle de bain. Il a pris une débarbouillette blanche, l’a mouillé d’eau froide et me l’a posée sur ma nuque. J’avais du mal à articuler, mais je tenais à le remercier : « Han, t’es… t’es fin, t’es fin. » Les spasmes de mon estomac ne me permettaient pas d’élaborer. J’ai posé ma tête sur le siège de toilette. J’avais enfin l’estomac vide. Il m’a aidé à me relever et m’a transporté vers le fond de l’appartement. Dans un coin de la cuisine, il y avait un futon ouvert couvert d’un simple drap blanc. Je me suis affalé sur le matelas.
Il a entrepris avec difficulté de me déshabiller. Des courants d’alcool me parcouraient le cerveau et je ricanais de ses efforts. Je me suis retrouvé en sous-vêtements. J’essayais de parler, mais c’était décousu. Je fermais les yeux parce que la pièce tanguait d’une façon vraiment désagréable. J’avais le corps complètement amorphe, lourd comme un sac de sable. Mais mes boxers Calvin Klein laissait paraître une érection à tout casser.
J’avais un peu de mal à respirer. Il s’était déshabillé et se penchait déjà au-dessus de moi, à califourchon sur ma taille. Puis j’ai senti la chaleur de son corps. J’ai fait un effort pour rassembler ce qui me restait de concentration et pour articuler : — « Qu’est-ce… qu’est… Que. Qu’est-ce que tu fais là, là. Toi. Attends, je… Qu’est-ce que… faut que tu me mettes un condom, là… qu’est-ce… »
— « Laisse faire, là. Juste deux minutes. J’vais m’enlever tout de suite… Juste un peu. »
— « Qu’est-ce que… non, je… »
J’ai cessé de parler pour respirer un peu. Je tentais de mettre de l’ordre dans mes idées chaotiques. Je me souviens de mon monologue intérieur, pendant qu’il bougeait au-dessus de moi :
« Toute, toute façon, y’est sûrement safe… Voyons, c’est un ami de Sébastien. Sébas, il est vraiment cool. Puis… s’il savait qu’il y avait le moindre risque, il ne ferait jamais ça… Moi, moi, je ne ferais jamais ça à personne. C’est sûr… c’est pas dangereux. Deux minutes, qu’y a dit, de toute façon, juste deux minutes… »
Réfléchir me demandait de gros efforts, j’avais mal partout. J’aurais voulu disparaître, qu’il n’y ait plus jamais de matins. Je me haïssais d’être là comme un pantin inanimé. J’étais fatigué. Le monologue se poursuivait :
« Je sais, moi, qu’il n’y a pas aucun danger pour lui… Je sais. C’est sûrement correct. Non ? Tout est correct. P’is si y’avait pas été là, je serai encore sur le plancher de la salle de bain… J’aurais passé la nuit là… »
Les vagues de nausée alternaient avec des courts-circuits de colère et des passages d’indifférence totale
« Puis… Dans le fond, là. Je m’en câlisse. J’aurais dû boire un peu plus, juste un peu plus. j’aurais dû… J’m’en câlisse. »
Il ne s’est pas arrêté après deux minutes. Le noir est revenu et a pris toute la place.
…
Quand j’ai ouvert les yeux, c’était le matin. Je ne savais pas où je me trouvais. Deux filles ramassaient des trucs avant d’aller travailler sans s’occuper de moi. J’étais flambant nu et j’avais froid. J’ai tiré le drap pour me couvrir. Cela a suffi pour me donner un haut-le-cœur. Je suis resté immobile jusqu’à ce qu’elles partent. Sur une table, près du futon, il y avait un post-it avec un numéro de téléphone et trois mots : « Appelle-moi, Stéphane. »
(À suivre…)
00:00 Publié dans Carnets de révolte | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, vih, risque, alcool, cru, condom



