31 août 2007
Un dernier, pour la route ?
J'aime les cahots, les crevasses et les dérapages. Je m'amuse à me perdre lorsque je veux découvrir par moi-même un nouvel endroit. Pour combler le vide de la panne en cours, une pub que j'ai adorée. Vue pour la première fois chez Maître Éolas.
Choisissez vos difficultés...
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22:15 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : publicité, chemin, difficile, trouble, problème, télévision, humour
28 août 2007
Télégraphe
Panne d’inspiration. Que les fils qui sifflent dans le vent. Blanc de parole en vue. Chaque fois, je crains que ce soit à jamais. Je mâche mollement mon panini sur la terrasse, les yeux perdus dans le ciel sans nuage. Je pense à ces avions qui ramènent les dépouilles des soldats tués en Afghanistan. Des guêpes en colère tournoient autour des touristes affolés. Personne aujourd’hui ne mangera en paix.
L’été, le ciel bleu et le vent doux deviennent douloureux, quand les couleurs d’automne apparaissent un matin. Quelques branches ont profité d’une nuit fraîche pour rougir. Un écureuil cupide porte deux noix rondes en projetant derrière lui un tourbillon de feuilles d’un beige translucide. Je remonte, une fois de plus, le sentier qui longe le jardin. Je me retrouverai bientôt à la case départ. Encore une fois, sans emploi. Je cache dans mes poches vides, les lignes de ma main qui ne mènent à rien.
Je n’ai pas d’histoire de garçons à raconter. J’ai mis au clair tous les malentendus. Ils sont retombés en poussière sur le sol, à mes pieds. J’ai passé le balai. J’ai fermé toutes les portes entrouvertes. Je reste avec une espèce de lassitude dans le regard. On dit que la nature a horreur du vide. C’est sûrement pour cette raison qu’elle me plaît tant. On est fait pour s’entendre. J’attends impatiemment qu’elle renfloue mon existence. Mais je sais qu’elle a aussi un penchant pour le mouvement perpétuel. C’est là que nos aspirations divergent. Je voudrais bien me poser quelque part et m’arrêter un peu. Alors, je tape sur le clavier de façon névrotique. Écrire, écrire, toujours écrire. Dans l’espoir que la lumière des mots fasse enfin de l’ombre au ciel trop bleu, celui qui fait rougir l’été.
J’ai dans la tête, cette chanson qu’Éric a placée au bas de sa dernière note, Un âne sur la route, de Jil Caplan. Je déteste vivre seul. Mes jours ont l’apparence de l’eau qui dort. Tous mes tourments se ramassent et s’agitent sous mes draps. Mes nuits sont peuplées de catastrophes, de bombardements, de naufrages et de trahisons. Comme des guillotines, les heures tombent en silence. J’ai chaud, j’ai froid. Je frappe dans le vide, je gémis, j’étreins mes oreillers. Mes vieux fantômes me manquent. Ceux que j’ai tellement aimé détester. Ils m’effraient bien moins que l’inconnu qui se dresse, insondable, entre moi et mes lendemains. Parfois, j’ai peur.
21:30 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : écriture, journal intime, chômage, travail, avenir, été, ciel
27 août 2007
1978
1978, C'est l'année de l'élection de Jean-Paul II et celle de la mort de Jacques Brel. Jimmy Carter était à la tête des États-Unis. Les féministes manifestaient à Montréal pour le droit à l'avortement. Le Québec s'ouvrait de plus en plus sur le monde. En 1978, j'avais 11 ans et j'habitais Rouyn-Noranda, une petite ville minière de l'Abitibi. Mes cousines de 16 et 17 ans m'avaient amené au seul cinéma de la ville. C'était la première fois que j'assistais à une projection et que ce n'était pas un film pour enfant. Elles avaient bien ri de moi quand j'avais demandé : "c'est quoi une capote?"
En passant chez Joon, j'ai découvert la cause profonde de mon homosexualité : Travolta, John Travolta. Il avait alors 24 ans.
'Cause the power you're suplyin', it's electrifyin' ! ...
16:20 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, souvenir, musique, danse, travolta, john, homme
24 août 2007
Synchronicité
Via Le roncier, puis Folk Furieuse, j'ai découvert un questionnaire plus intéressant que ce qui circule habituellement sur la blogosphère. Pour y répondre, il faut utiliser la fonction shuffle de son Ipod. Et s'en remettre au hasard. Bien sûr, il ne faut pas tricher ! Le résultat : une incursion dans mon univers musical le plus intime, que certains lecteurs pourront, tout de même, reconnaître.
Alors j’appuie sur play en retenant mon souffe. En espérant que la magie opère et que les réponse de mon gadget préféré soit cohérentes...
1. Comment vous sentez vous aujourd’hui ?
La femme chocolat – Olivia Ruiz
(Je ne me souvenais même pas d’avoir ça !)
2. Comment les autres vous voient ?
Everything I cannot see – Charlotte Gainsbourg
3. Quelle est l’histoire de votre vie ?
Une souris verte - Zazie
(Ça va comme suit : Une souris verte, qui courait les hommes, tire le diable par la queue, C'est la faute à ces messieurs... )
4. Quelle chanson pour votre enterrement ?
Le petit bal perdu – Bourvil
(Entendu pour la première fois chez Alcib.)
5. Comment allez-vous de l’avant dans la vie ?
Rendez-vous au jardin des plaisirs – Étienne Daho
6. Comment être encore plus heureux ?
Lie to me – Johny Lang
7. Quelle est la meilleure chose qui vous soit arrivée dans la vie?
Desert Rose – Sting & Cheb Mami
(Il faudra que je m’attarde aux paroles.)
8. Pour décrire ce qui vous ravit ?
Terre – Céline Dion
9. Votre boulot pour vous c’est … ?
Move on – Georges Michael
(Décidément ! J’ai toujours su qu’il y avait de la sorcellerie dans ces machines.)
10. Que devriez-vous dire à votre boss ?
Le youki – Richard Gotainer
(Houlà !! Téléchargé chez Almeria.)
11. Pour vous l’amour c’est … ?
Shock to the system – Billy Idol
(Mon Ipod, je t’adore.)
12. Pour vous la sexualité doit être … ?
Us – Celine Dion
(Celine, sans accent, bien sûr. Il faudra, là aussi, que je trouve le texte... Je sais, je suis quétaine et je l’assume.)
13. Bloguer pour vous c’est … ?
How can I tell you – Cat Stevens
(Belle conclusion !)
07:35 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : synchronicité, musique, ipod, hasard, destin, chanson, vie
22 août 2007
Perséides
— « Hey ! T’es pas peureux de m’emmener, comme ça, dans un coin noir ? J’pourrais te sauter dessus ? »
— « Pfff… Tu serais même pas game. »
— « Ah ouin ? »
— « Ah ouin. »
J’ai senti sa main remonter sur ma nuque. J’ai souri.
À ce moment-là, j’aurais bien aimé arrêter le temps. Appuyer sur pause. Pour faire le tour du ciel et compter les étoiles filantes, figées en plein vol. Lire sur son visage chaque détail de son air étonné. Chercher dans la campagne des signes, des synchronicités, une clé, quelque part…
Mais je m’étais retourné et les yeux dans les yeux, nos sourires se rapprochaient déjà. Nos corps désorientés par l’alcool se sont entrechoqués. Je l’ai serré contre moi. Il m’a mordu.
— « Aïe ! »
— « Cccchut ! »
On s’immobilise l’un contre l’autre pour scruter l’obscurité autour de nous. Aucun son ne provient de la dizaine de tentes qui nous entourent. Juste le souffle inquiétant du vent dans le champ de maïs, tout au bout du terrain. Et le grésillement agaçant d’un moustique. Puis nous avons roulé sur le gazon. La surprise de la rosée glacée qui pique la nuque et le bas du dos. Je lui plaque les épaules dans l’herbe en grognant. Je relève la tête pour mieux le voir. Il en profite pour me jeter à terre à son tour.
— « Si tu savais depuis combien de temps je rêve à ça ! »
Belle réplique, Champion ! Depuis deux ans qu’on se connaît, c’est sûrement ta meilleure ! Ça serait le moment idéal pour que les étoiles filantes se mettent à pleuvoir. Je fouille le ciel derrière lui. Il y en a des milliards qui scintillent. Mais aucune ne se décroche. J’ai la tête qui tourne. Mais ces yeux brillent de plaisir et ça me suffit. Au diable les étoiles.
Depuis les semaines ont passé. J’ai craché ce billet : Bouche-trou puis j’ai tapé son nom sur Googleux. Je raccroche, rageur, pour la centième fois. Le numéro que j’ai trouvé sur Internet est le bon. C’est bien sa voix sur le répondeur. J’ai même son adresse à l’autre bout de la 20, dans la vieille ville de Québec. Je connais par cœur son message, ses intonations.
— « Tu sais, le téléphone c’est une belle invention. Tu pourrais changer ton message de temps à autre. Ça ferait de la variété quand j’appelle. T’as mon numéro. En tout cas… »
Moi, c’est une nuit que j’aurais voulue. Pas une p’tite vite dans le gazon frette. Une nuit de certitude, sans illusion, avec ou sans lendemain. Mais une vraie nuit. Des battements de cœur en contrepoint, assez longtemps pour que la terre fasse un demi-tour.
C’est cette idée qui tournait dans mon crâne, comme un fauve dans une cage, quand la voiture s’est engagée dans la montée du pont Jacques-Cartier. En entrant dans la ville, il y avait mon silence qui rugissait. Mes doigts insignifiants qui glissaient sous sa manche, derrière lui, pour que personne d’autre ne puisse le voir dans la voiture. Les néons hurleurs, les lampadaires et les panneaux publicitaires ont avalé le ciel noir. Les étoiles filantes sont retournées dans leurs niches des Perséides, tout au fond du ciel, la queue entre les jambes.
Musique : Loin derrière, Sandrine Kiberlain, Camille Bazbaz
00:00 Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, Jacques Cartier, Montréal, étoiles, filantes, perséides, gay et lesbienne
19 août 2007
Midi
Une cigale s’est installée près de ma fenêtre. La bestiole n’est pas frileuse et s’accommode du temps qu’il fait. Moi, j’ai du mal à quitter la chaleur de la couette. Le fond de l’air est frais. Le ciel, saturé de bleu. Le soleil devient une manne et les bras s’ouvrent pour goûter chacune de ses caresses. Avec El poblano, on s’est fait un festival de cinéma. À l’Ex-Centris, on a vu Dans Paris de Christophe Honoré, film déroutant, mais excellent. Puis, au Star-Cité, Trois ptits cochons de Patrick Huard, un scénario boiteux, un humour bien gras. On a marché dans le soir frisquet en discutant de linguistique et de cinéma. Il me fait remarquer toutes les tournures illogiques du parler québécois. Je lui ai appris le sens du mot « chatouiller ». Il a le rire d’un enfant. Il a dormi chez moi. Mais il n’y a pas que la langue qui est une barrière entre nous. Tout un continent de cultures, de différences et d’hésitations. Il repart ce matin. Montréal, Atlanta, Mexico, Puebla.
Le lendemain, j’organisais, avec un an de retard, ma pendaison de crémaillère. Sans cheminée et sans crémaillère, faut-il le préciser ? Une occasion de remercier mes déménageurs de l’époque et quelques amis. Je suis toujours étonné de constater l’ouverture et les étincelles qui naissent entre des connaissances provenant de différents horizons. Le gâteau Napoléon de Clara a fait l’unanimité. Il y a eu un incendie dans mon four. Le gras des saucisses est tombé sur l’élément et les flammes ont illuminé l’intérieur du four. Quand on a ouvert la porte, la fumée a envahi la cuisine. Le détecteur de fumée n’a même pas bronché. Tout le monde insistait pour que j’appelle les pompiers. Le pompier. C’est sûrement le fantasme sexuel le plus répandu. Tout le monde a insisté en riant : « Allez, allez, le numéro c’est 9-1-1. Ou va les voir à la caserne, c’est encore mieux. »
Je ne reçois pas souvent chez moi. Alors, voir ma cuisine bondée de monde me faisait un peu drôle. Je suis un animal sauvage. Même bien entouré, je garde toujours un coin de solitude quelque part dans ma tête. C’est si facile pour moi de m’extraire de la réalité. J’observais de loin les éclats de rire et les conversations qui animaient la pièce. Mais leur présence, leur sourire était doux comme une fin d’été. Ce matin, le frigidaire déborde de salades, de quiches et de bruschettas. Il faudra que je trouve un endroit pour ranger les bouteilles de vin et le Pineau des Charentes reçues en cadeau. Je n’aurai d’autre choix que de récidiver. Le grand m’a gravé des disques pas déplaisants du tout. Je ramasse les verres laissés un peu partout. Par la fenêtre, le soleil danse dans le feuillage du févier. Je frissonne et je serre la couverture dans laquelle je me suis enroulé.
13:20 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, été, cinéma, cuisine, amitié, musique
15 août 2007
Minuit
La bouteille de somnifère dort depuis deux semaines sur la tablette. Je la regarde et je l’envie. Ces jours-ci, je profite de la sécurité relative de ma vie présente, pour mettre de l’ordre dans les objets qui encombrent mon univers, ranger. Mais le désordre, chez moi, sert à étouffer les peurs, à tout immobiliser, à me rassurer. Quand je fais le ménage, je sais que je libère des secrets et des images qui ne partiront pas avant de m’avoir persécuté un peu.
Chaque soir, je tombe dans mon lit épuisé après une journée bien remplie. Je m’endors immédiatement. Mais le sommeil est de courte durée. Le temps se contracte. Et je m’éveille en sursaut, le cœur qui s’affole. J’ai les yeux grands ouverts et l’obscurité me paraît tout à coup étouffante. Je cherche mon souffle. C’est l’idée de la mort qui vient me hanter. Une vieille peur toute ridée, qui n’a même plus de dents. Une peur d’enfant, dénuée de logique ou de mesure.
Toutes les horloges de l’appartement, du micro-onde au réveil matin, prennent des allures de bombe à retardement. La vie est comme une allumette que l’on allume et qui se consume toujours trop vite. On la regarde s’enflammer avec une espèce de panique en espérant ne pas se brûler les doigts. La mort est tout ce qu’il y a au bout. Même les héros, ceux qui décrocheront la lune, ne pourront y échapper. Mais certains ont le luxe de l’ignorer et de traverser leurs vies les yeux grands fermés. La chambre baigne dans la lueur jaune d’un lampadaire. Je ne pense pas toujours à la mort. Mais les coups que j’ai encaissés, ces dernières années, m’ont fait lever les yeux vers elle.
Je me souviens d’une citation d’Elizabeth Kübler-Ross qui ressemblait à peu près à ceci : « Que la mort soit une compagne qui vient vous rappeler doucement de ne pas remettre votre vie au lendemain et de goûter chaque instant » J’ai beau retourner la phrase dans tous les sens, au beau milieu de la nuit, c’est le mot « doucement » qui détonne. Il me semble que le passage de la vie à néant ne peut être que brutal et violent. Je cherche où se cache la douceur. Personne ne m’a convaincu qu’il y avait quelque chose de l’autre côté. Ça me paraît insensé. C’est comme une certitude : des fables, pour se rassurer, des prétextes, pour justifier ces bassesses ou ne pas vivre pleinement sa vie. Je me retourne sur le matelas, en cherchant la chaleur. Je pense à LP avec qui je me suis laissé aller à dormir collé. Désormais, ça me manquera, comme un vide de plus à traîner. J’espère qu’il y aura un jour, un autre compagnon avec qui la paix des jours n’aura d’égal que celle des nuits.
Dès que la lumière bleue du matin tombe près de la fenêtre, je saute du lit pour aller m’y blottir. Je m’étends sur le tapis de laine. Je me dis que les cauchemars liquidés pendant la nuit ne reviendront plus, plus jamais. Puis, je prend une grande respiration. j’ouvre toutes les fenêtres pour que monte jusqu’à moi, les rumeurs de la ville qui s’éveille.
20:16 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : minuit, nuit, insomnie, mort, peur, journal intime, quotidien
12 août 2007
Bouche-trou
Employé modèle qui travaille comme un défoncé dans les pires conditions. Ponctuel, souriant, infatigable. Qui se donne corps et âme pour n’importe quelle promesse vague et sans fondement. Qui accepte toutes les miettes de contrat pour un salaire de misère. Prêt à faire du bénévolat s’il le faut. Disponible pour toute machine bureaucratique qui est débordée de travail, mais qui ne veut pas investir dans la main-d’œuvre.
Garçon charmant qui accompagne la copine hétérosexuelle célibataire dans les méchouis. Généreux, poli, souriant. Qui transporte la glacière et lave la vaisselle sans rechigner. Qui s’éclipse quand il le faut et cède sa place dans la tente pour la laisser batifoler avec le beau cousin français de passage. Disponible pour toute jeune fille qui dispose d’une voiture et qui ne veut pas arriver seule.
Homme de belle apparence, poids proportionnel à la taille. Sensuel, souriant, passionné. Qui perd facilement ses vêtements quand la soirée avance. Qui se laisse embrasser dans l’herbe mouillée par la rosée, lorsque vous vous rendez compte que le beau cousin français de passage, que vous avez regardé toute la soirée, est définitivement hétérosexuel, et qu’il a disparu dans la tente avec la copine. Disponible pour tout bel homme gai désabusé voulant s’amuser un moment avant d’aller finir la soirée ailleurs.
Être humain charnu, au sang brûlant, à la peau douce, un peu ivre. Docile, souriant, parfumé de champagne, de vin rouge et de vodka. Qui se laisse dévorer sans réagir. Disponible pour tous les sales moustiques affamés qui n’auraient pas trouvé de bétail à se mettre sous la dent.
Aucune proposition refusée… (Moi qui croyais avoir du caractère !)
La chanson qui suit n’a aucun rapport avec le texte qui précède. C’est juste pour me consoler. Ce matin, le bouche-trou ne sourit plus. Ceux qui n’aiment pas... je les emmerde !
Bring back my heart, Martha et Rufus Wainwright, texte et musique : Martha Wainwright
12:05 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, été, méchoui, pattern, amitié, musique
10 août 2007
Fin d'été
L’étang est parfaitement immobile. Seule une demoiselle patrouille incessamment au-dessus des champs de nymphéas. Pour oublier les soucis, je viens m’asseoir sur cette grande pierre qui s’avance dans l’eau calme. Avec une plume, du papier et un vieux livre.
Je porte le poids de la semaine et des nuits blanches à calculer, à espérer, à tempêter. Je n’ai pas osé l’écrire pour ne pas rompre le charme, mais en venant travailler ici, je réalisais un rêve. Les rêves sont-ils toujours fragiles et illusoires ? Un grèbe brun glisse sur l’eau noire et plonge sous la surface sans un bruit. Il réapparaît dans l’ombre des myriques qui se penchent au-dessus de la rive.

Il y a de fortes chances que le service où je viens tout juste d’être engagé soit fermé l’an prochain. Ce n’est pas une priorité pour les politiciens. Mes collègues ont beau vouloir que je reste. Toute l’équipe risque de se retrouver au chômage au retour de l'été. S pense à se lancer en affaire et vendre des plats cuisinés bios. M-J envisage de retourner à l’université. Paraît-il qu’en 2007, l’horticulture n’a pas d’avenir.
Dans quelques semaines, je me retrouverai encore une fois sans revenu. J’ai réussi à dénicher à droite et à gauche quelques minuscules contrats de rédaction. Par moment, j’en ai vraiment assez de l’incertitude, de ce trac perpétuel du lendemain, des économies de bout de chandelle.
« … L’orme des Hamel ! Je l’ai vu bien des fois et sous toutes les lumières. Je l’ai vu quand le printemps commençait à peine à tisser la gaze légère des jeunes feuilles, sans masquer encore la musculature puissante des grosses branches. Je l’ai vu aux petites heures, sensible à la prime caresse du soleil, accueillir avec un profond murmure la fine brise du matin. Mais c’est surtout le soir, quand nous redescendions vers Québec, qu’il était beau. Je manquais de mots alors, mais les images sont là, très nettes, dans ma mémoire… »
Une troupe de jeunes colverts s’ouvre un chenal entre les masses de nénuphars. Le premier m’aperçoit. Il se trémousse et distance les autres en laissant derrière lui un grand sillage en V. Il grimpe sur la pierre où je me suis installé. Les autres canetons sont empêtrés dans les feuilles flottantes. Il s’étire une aile en la poussant d’une patte puis il pointe le bec vers l’étang puis se laisse glisser vers l’eau noire. Toute la bande se disperse et disparaît dans la forêt des quenouilles.
Surplombant les verges d’or et les caboches vieux rose de l’eupatoire, l’architecture des épinettes blanches s’échelonne vers le ciel. L’air du soir est saturé de parfums de résine et de framboises mûres. Le chant d’une grive s’élève un instant au-dessus du grelot des grillons. Je rentre en marchant sur le sentier qui serpente sous les ormes. je jette un œil à cet arbre immense que la foudre a abattu en début de semaine. Cet orage spectaculaire m’a réveillé plusieurs fois dans la nuit. Il a laissé un ciel clair et une fraîcheur de l’air qui annonce déjà l’automne. Dans quelques jours débuteront les Perséides. J’en profiterai pour faire des vœux.
« … La lumière horizontale retouchait la forte tête et charpentait d’or bruni le baldaquin immense royalement dressé dans le ciel apâli. Puis, avec la retombée du soleil, les verts se fonçaient, des trous noirs se creusaient dans la masse lumineuse, et peu à peu, à mesure que l’ombre montait derrière, le charme s’éteignait doucement ! Vers l’heure où notre voiture passait au pas sur le pont Radeau, l’orme des Hamel se fondait dans la grande nuit ... »
Marie-Victorin (1885-1944) , Récits Laurentiens, Fides, 1919
23:00 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture, travail, argent, jardin, horticulture, nature
08 août 2007
El poblano
L’histoire qui suit à des airs de déjà vu, pathétiques pour certains, ou carrément pathologiques. À vous d’en juger.
Après le concert de Pierre Lapointe, dimanche soir, je descends la Sainte-Catherine vers l’Est. Il est 23h30, les Francofolies et le festival Divers-Cité sont terminés. Il n’y a plus de musique sur les places publiques, mais il y a des gens partout. Les rues ne sont pas fermées à la circulation, mais des centaines de personnes ont envahi toute la largeur de la chaussée. Les enfants jouent au soccer avec les gobelets de bières qui jonchent le sol. Les policiers sont tous partis dormir. Chacun y va de son commentaire sur la soirée. Quelques taxis, pris dans la foule, klaxonnent pour se frayer un chemin, mais personne ne s’en occupe. Pour un court moment, la ville appartient aux humains. La nuit est douce et je n’ai pas envie d’aller dormir.
J’entre au Parking. La musique y est excellente. Dense, colorée, électrique. La clientèle bigarrée est dominée par les monsieur-muscles qui sont encore sur leur buzz d’ecstasy de la veille. Il y a du monde de tous les âges. Beaucoup de filles. Je suis étonné de voir quelques filles qui portent le hidjab.
À ma connaissance, la religion musulmane condamne l’homosexualité d’une façon assez violente, et un commentateur m’a déjà écrit ici que je m’abaissais au rang d’un animal en buvant de l’alcool. Ça ne me rend pas très tolérant. Mais bon, les Montréalais ont une immense croix qui domine la ville sur le Mont Royal et on n'est pas plus catholiques pour autant. Peut-être que le hidjab est la nouvelle mode chez les lesbiennes montréalaises.
J’ai bu trois Belle Gueule rousses. J’ai sautillé sur du B-52’s. Sur la piste de danse, il y avait une fille qui souriait tellement que j’ai pensé qu’elle allait mordre. Je m’emmerde un peu. Les monsieurs-muscles, en fin de trip d’ecstasy, sont des gens très ennuyants. Je m’appuie sur le comptoir et je regarde les quelques danseurs qui s’éclatent. Il y a un garçon brun, pas très grand, qui me jette un œil de son regard sombre. Il porte un t-shirt orange. Les mouches et les pucerons sont attirés par le jaune. Moi, je suis un animal qui boit de l’alcool et je suis attiré par l’orange. Allez savoir pourquoi !
Je ne peux pas m’empêcher de le regarder, juste pour voir l’effet que j’aurais sur lui. Il mord à l’hameçon. Ça m’amuse. Je le fixe avec plus d’insistance. Pas subtil pour deux cennes, je lui détaille de haut en bas, le plan américain. L’alcool a annihilé mes inhibitions et mon ego explose littéralement quand il s’approche, après 3 minutes. Il se présente, me raconte qu’il vient de Puebla, une ville du Mexique, pas très loin de Mexico.
Il est en voyage à Montréal. (C’est parfait, pas de trouble en vue !) Il rêve d’immigrer ici. (Merde. Là, ça se gâte.) Il a 22 ans. (22 ? Non, mais je suis quand même pas pédophile ! Je lui donnais au moins trente.) Il dit qu’il va m’apprendre l’espagnol. (Por supuesto, que je me dis. Comment je vais faire pour m’en débarrasser ?) Il boit de la bière Boris, une toute petite bouteille. On dirait de la bière de poupée. Il m’entraîne sur la piste de danse. On est maintenant assez intime pour qu’il se permette de détacher les deux premiers boutons de ma chemise. Il est hébergé dans une résidence universitaire, un genre de dortoir à Sainte-Anne-de-Bellevue, à l’autre bout de l’île. Je n’ai pas trop envie de le ramener chez moi. Est-ce mon taux d’alcoolémie qui redescend ? En fait, si je pouvais m’éclipser subrepticement, je le ferais. Mais lorsque l’occasion se présente, la culpabilité m’empêche de le faire. Je suis quand même pas salaud à ce point.
Je marche avec lui jusqu’à l’arrêt d’autobus. Je prétexte la fatigue, un abus d’alcool, des montagnes de travail à faire : du grand n’importe quoi. « Tou mé laisse comme ça ? », qu’il me dit en battant des cils avec des airs de martyrs canadiens. « Ben… oui ! T’es un grand garçon, t’es capable de rentrer tout seul ! Si on s’était pas rencontré, tu serais rentré comment ? » Je me laisse convaincre de lui donner mon numéro de téléphone. Le prix à payer pour pouvoir m’en aller, vite fait. Je l’embrasse et je m’en traverse la rue. Ciao.
Le lendemain, j’ai un mal de bloc terrible. Je me fais réveiller par des témoins de Jéhovah. Pour ne pas que je leur claque la porte au nez, ils font faire leur boniment par un déficient intellectuel. Ils avaient aussi apporté un obèse, mais celui-ci n’a pas pu monter mon escalier. Il est appuyé sur la rampe et reprend son souffle. (Il n’utilise pas encore d’animaux, la SPCA ne les laisserait pas faire.) Je jette un œil mauvais au ver de terre qui accompagne l’handicapé et j’explique tout doucement au garçon que la fin du monde, ça ne m’in-té-res-se-pas. Le déficient intellectuel, la larve qui l’escorte, et l’obèse s’éloignent en clopinant. Le tonnerre est menaçant et fait trembler les murs de l’appartement. Je retombe dans mon lit. Des pluies torrentielles s’abattent sur la ville. Le téléphone se met à sonner. Moi, je gémis et je me cache la tête sous mon oreiller.
Trame sonore : Esa banda en dub, Nortec Collective (featuring Calexico), Tiré de l’album Tijuana Sessions (2006)
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