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19 mai 2008
De l'utilité du blogue
— « …extraordinaire. »
J’ai levé un sourcil. C’est bien ce qu’elle a dit ? J’ai reçu des compliments joliment tournés dans les commentaires, mais bon, entre blogueurs on s’encourage. Si un ami m’avait lancé ça en face, j’aurais répliqué. C’est typiquement québécois de se déprécier, d’amoindrir ces qualités de cette façon, un vieil héritage catholique. Sauf que dans une entrevue, ce serait mal vu alors, j’ai souri : — « Ah… Merci »
— « Vous avez une plume extraordinaire, particulièrement dans vos textes plus personnels. Vous n’avez jamais publié ? »
— « Euh, non. »
— « Et puis, ça cadre parfaitement avec ce que je recherche. Je ne cherche pas des journalistes qui exposeraient des faits. Je cherche des conteurs. »
C’est grâce à un ancien lecteur de ce blogue, Nitram, que j’ai obtenu cette entrevue. Il travaille dans cette agence. Il a proposé ma candidature : mon curriculum vitae et des exemples de textes rédigés au cours des dernières années. J’ai hésité longuement avant d’ajouter un billet tiré de ce blogue. C’est Ziggy qui m’a encouragé à le mettre en avant (juste avant qu’il ne sorte de ma vie). Et c’est ce qui m’a fait décrocher ce contrat : une série d’articles pour un nouveau magazine qui paraîtra pour la première fois en mars 2009. Je dois proposer les sujets pour la mi-juin. Voici la note que j’avais jointe à mon envoi, Dolce vita :
Quelques oiseaux et le chant des cigales. Je suis étendu contre les racines d’un marronnier. Mes yeux s’égarent en chemin vers la cime. Entre les branches raides, les feuilles captent la lumière en couches successives. Je me perds dans ce vitrail subtil et mouvant. À chaque retour de la brise, le feuillage scintille en frémissant. La fraîcheur est une caresse. Comme si le bleu du ciel s’approchait pour m’effleurer.
Le roman de Guillaume Vigneault, Carnets de naufrage, posé tout près de moi, je ferme les yeux. Et je savoure la fluidité de ces mots qui s’effacent complètement pour laisser place à la vie et au désir. Je me dis que je ne saurai jamais écrire, mais ce n’est rien de grave.
Les insectes s’affairent avec urgence dans les effluves sucrés du trèfle. Une fourmi court sur ma page dans une totale indifférence puis se lance dans l’escalade d’un brin d’herbe. Rien n’a d’importance. Que la droiture du pin gris qui fonce, immobile, vers le ciel. Que le monarque qui bat de l’aile contre le vent.
On m’a dit qu’entre les lignes, on pouvait lire mon désir d’un amour fusionnel et un certain fatalisme face à son impossibilité. Ça me trotte dans la tête depuis quelques jours. Je n’y crois plus trop. Plus simplement, j’aspire à aimer la vie et à apprendre, comme le dernier des cancres, à me laisser aimer d’elle. C’est moins glamour mais plus près du réel.
De minces rubans de nuages ondulent au-dessus des bosquets d’épinettes ou de saules. Comme des versions diurnes de la Voie lactée. Quelques éclats de voix sont parfois portés par le vent, et se diluent dans l’immensité du parc Maisonneuve. Quelques mots de français, beaucoup d’anglais et un peu d’italien.
Un chien minuscule passe près de moi, d’horribles yeux globuleux sur sur son visage aplati. Il râle. On dirait qu’il rit. Il frétille de bonheur en courant vers un couple aux allures gothiques. Allongé contre la terre, sous le ciel, la solitude n’a plus de substance. Rien n’entrave le cours de la vie. Il me faut poser le stylo, arrêter tout mouvement et m’étendre. Me gorger de soleil.
14:00 Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture, travail, blogue, textes, entrevu





