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30 novembre 2006

Vestige

…Le vent est si tendre sur midi
Tu es septembre sur Paris
Je pense à toi ça me fait du bien
Toi dans ta ville et moi Transsibérien
Qui t'aime et qui t'adore
Puis qui se hait d'aimer si fort
L'amour est comme je le redoutais
Imparfait…




podcast


Seize mois après son passage de moi à F. Seize mois de célibat. Que reste-t-il de notre amour ? Sur le blogue de Joss, je lis ces mots de Daniel Bélanger.

Dans le désert des amours passés, j’avance. Les souvenirs s’érodent au passage du vent et s’éteignent un peu plus chaque jour. De nouveau m’assaillent constamment, embusqués dans les objets, les parfums et les photos. Ils m’envahissent violemment. Puis ils faiblissent à leur tour même ceux que je voudrais retenir. Ils s’en vont, sans dire adieu, comme du sable entre les doigts.

Ne reste que le désir dénudé, révélé dans toute sa sauvagerie et sa rudesse. Sans histoires et sans chairs. Où est l’amour, celui que l’on chante ? celui qui a la réputation d’être torride et dévastateur ? Celui qui rime avec toujours ? Celui-là reste insaisissable. Il n’existe que par la foi.

J’ai vécu ces derniers mois à trois cents à l’heure. J’ai débordé d’émotion sans personne pour étancher le trop-plein. Que votre tendresse toute cathodique. Tout seul comme un grand.

Pressé par le désir, j’ai connu des hommes. Ils m’ont aimé moins. Le cœur parfois barricadé, parfois voleur. Quand je me retourne, celui que j’ai aimé n’est plus derrière moi. J’ai lâché le morceau, j’ai décroché : victoire ! Mais est-ce vraiment une victoire ? Vaut-il mieux être accroché à un os qu’être… vide ? Vide, il faut bien l’avouer. Et devant : le désert. Vents secs, vents durs, vents chauds. Parcouru de tempête, volée de sable où tous les yeux se ferment. L’amour est comme je le redoutais. Imparfait.

00:05 Publié dans Carnets du coeur | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, amour, désir, musique, chanson, deuil, souvenir

28 novembre 2006

J'écrirai

Pardonnez-moi à l’avance cette note bâclée, rédigée d’une main anxieuse, juste au bord du sommeil, agrippé à un oreiller, les yeux trop ouverts. Je suis incapable d’écrire des phrases courtes. La chute des secondes s’accélère. Même pas une dizaine de pages à livrer, une commande longuement procastinée. La date de tombée risque de ne pas se relever. Le deadline se fossilise déjà.

Si j’ai eu un peu de liberté ces derniers temps, je suis resté délibérément improductif. J’avais la fatigue rebelle, l’inertie tyrannique, un besoin viscéral d’être immobile. La montagne est toute petite. Quelques heures et j’en aurai fini. Mais je suis essoufflé juste à la regarder. Et je tremble. Je dois décrire une quarantaine de nouveautés horticoles qui seront sur le marché au printemps 2007 de manière à ce que tous les jardiniers amateurs de la province se battent pour les acheter lors de la première journée ensoleillée du mois de mai. Le charme incendiaire du nouveau bégonia, le romantisme champêtre de la dernière rudbeckie, la fleur parfaite, dégoulinante de bonheur, résistante aux bestioles, à l’acide chlorhydrique et aux tsunamis.

Je suis plus pauvre que je ne l’ai jamais été. Toute urgence s’évapore instantanément quand vient le moment pour les «clients» de payer. Le comptable, dont l’existence est douteuse, n’apparaîtrait qu’une fois tous les trente jours, mais personne ne peut me dire à quoi il ressemble. En attendant, je me gave de pâtes et de beurre d’arachide, séparément bien sûr. Je compte et recompte mes cennes noires. Cennes de luck, minable porte-bonheur.

Curieusement, le stress m’allume, fait miroiter les filons sur les parois du tunnel. J’ai envie de jouer avec le feu. J’ai envie de jouer. Un jour, j’écrirai.

19:45 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture, horticulture, stress, argent, tombée

27 novembre 2006

Questionnaire

J’ai attrapé quelque chose qui court sur la blogosphère, un questionnaire pas trop virulent. À la demande d’Éric, je vous livre mes réponses (écrites dimanche en début de soirée) :
Il y a dans les liens de belles découvertes à faire...

Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4ème ligne :

« …Et sans doute que Sol peut être un nom chrétien aussi… »
Un peu plus ? : « …L’influence de ma grand-mère sur ma vie s’arrête là parce que par bonheur elle habite loin de chez nous en Israël et je ne la vois presque jamais... »
Nancy Huston, Lignes de faille, Léméac, 2006

Sans vérifier, quelle heure est-il ?

17h25, il faut que je pense à ce que je vais manger ce soir.

Vérifiez.
16h52 (33 minutes de liberté !)

Que portez-vous ?
Trois gouttes de Kenzo pour homme.

Non, c’est une blague. Un jean Priape qui m’a coûté la peau des fesses et qui est très ordinaire. Un t-shirt vieux rose ou il est écrit Saratoga Cycle Club et de gros bas de laine. (chaussettes) (J’économise sur le chauffage.)

Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?

Un commentaire sur mon blogue, celui de Victor Lamb, alias Shaggoo

Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?
Le bruit de la circulation. La rue où j’habite est un sens unique qui remonte vers le nord, il y a toujours des voitures. Mais je ne l’entends presque pas parce que mon ordinateur fait un bruit équivalent à celui d'un Boeing.

Quand êtes-vous sorti la dernière fois, qu'avez-vous fait ?
Je suis allé au cinéma dans le cadre du Festival de cinéma gai et lesbien Image et Nation. La projection avait lieu au cinéma Impérial, un bâtiment très ancien qui a une architecture magnifique. La salle n’est utilisée que pour les festivals de films. (le film était un navet)

Avez-vous rêvé cette nuit ?
Oui. J’étais dans un genre de bar avec plusieurs étages. Il fallait des cartes de membres, des mots de passe pour passer de l’un à l’autre. Je cherchais un garçon petit, joli, avec qui j’avais rendez-vous, mais il ne m’avait pas attendu.

Quand avez-vous ri la dernière fois ?

Hier, au cinéma, quand ma voisine de siège a poussé un petit cri quand l’ombre du meurtrier est apparue sur le mur

Qu'y a t'il sur les murs de la pièce où vous êtes ?
Une affiche d’un spectacle de Carbone 14 : L’hiver/Winterland (1998), une reproduction d’un peintre canadien, Summer Hillside, J.A à. Casson, 1945

medium_cassonsummerhillside.jpg


Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?
Un billet d’avion pour aller au bout du monde, près de la mer, et un séjour dans un centre de thalassothérapie.

Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
(Mis à part le navet) Le jeu du chat un court métrage charmant sur les aléas de la drague Internet chez les gais, C’était drôle et vraiment bien fait. Il faut que ce réalisateur fasse un long métrage, il a du talent.
Le jeu du chat, Simon Lanctôt, Canada, 2005, v.o. française (À voir)

Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?
Au stade olympique, c’était aujourd’hui le salon des animaux de compagnie, il y avait foule dans les rues. Dans le sauna vapeur du centre sportif, il y avait aussi un gars qui avait l’air étrange…

Que pensez-vous de ce questionnaire ?

Un peu pauvre, il faut travailler fort pour avoir quelque chose d’intéressant à répondre

Dites-nous quelque chose de vous que ne savons pas encore :
Pour faire suite à la réponse d’Éric, je n’ai jamais conduit de voiture, mais je peux opérer une pelle mécanique, un chargeur frontal ou une scie à béton. J'ai eu 88% dans mon cours de mécanique !

Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?

Laura, le prénom de ma grand-mère maternelle.
Claire, c’est ancien et lumineux.

Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ?
Charles, le prénom de mon premier amour, je trouve que ça fait noble.
Bryan, c’est ancien et lumineux.
Il faut que les prénoms nous relient aux autres générations. Je n’aime pas les prénoms inventés. Au Québec, récemment une petite fille a été baptisée Chenille. Il y a quelques années, un juge a interdit à des parents d’appeler leur fils Spatule. ^^

Avez-vous déjà pensé vivre à l'étranger ?

Oui, j’aimerais bien. Heureusement vivre à Montréal, c’est un peu vivre à l’étranger. Suffit de changer de quartier pour être dépaysé.

Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?

—« C’est trop tôt mon pit, reviens plus tard, OK ? »

Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?
Rendre les êtres humains aveugles aux différences de couleur, de statut, de sexe, etc. Bref, abolir les inégalités, rien de moins.

Aimez-vous danser ?

J’adore danser. Je me défoule dans mon salon en écoutant la musique la plus kitsch possible. Des vieux tubes de Billy Idol et des remix Dance de Céline. (Et tant pis pour mes voisins) Je suis un peu plus coincé en public, mais après quelques bières, ou un shooter de sambuka, ça va.

Georges Bush ?
Comme les trois quarts de l’humanité, je ne l’aime pas trop. Je pense qu’il est stupide, mais surtout qu’il a l’air stupide, ce qui est encore pire pour un président.

Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?

Libre échange, une émission culturelle à télé-Québec. Ils parlaient de spoken words et de slam. J’ai accroché sur un extrait de Grands corps malades.

Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?

J’ai vu ce questionnaire sur pas mal de blogues que je fréquente alors je nommerai 4 inconnus, pour le plaisir de la découverte :
L’homme du moment
Kansas’blog
Points de suspension, etc… etc…
J’écris parce que je chante mal

10:30 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : questionnaire, gay et lesbienne, cinéma, consommation, blog

26 novembre 2006

Il m'a dit

Avertissement : C’est du quétaine profond

Aux grands maux, les grands remèdes. Face à la déprime automnale généralisée, voici un clip « léger » devant lequel je ne peux m’empêcher de sourire. Esteban, le chanteur du groupe me plaît bien. J’aime les grands secs avec un large sourire. Sorti en 2002, les critiques ont été dithyrambiques : « Affligeant » « Pourri » « Kitshissime » Y’a que les Français pour faire des trucs pareils ! ;-)



« …Je me suis donc retourné
Pour ne pas la vexer
J'ai senti son gros machin
Glissé en bas de mes reins
Il s'appelait Jean-Mario
Monté comme un taureau
Il jouait les travelos… »



Merci à Evan chez qui j’ai découvert cette chanson.
Pour en savoir plus...

12:25 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : gay et lesbienne, musique, humour, Esteban, quétaine

25 novembre 2006

Le tunnel

Plaie d’argent : peur de l’avenir. J’avance entre les murs qui se lézardent. J’entends le bruit de l’eau qui ronge le béton. Je ne vois pas la lumière, celle que l’on annonce tout au bout. Celle qui a le devoir d’y être. Je laisse ma main glisser le long du mur. J’ai besoin de sentir quelque chose, n’importe quoi. Les aspérités m’éraflent la peau et le froid me glace. Mon cœur se débat, il en fait toujours trop.

J’abandonne le contrôle à la raison. Manger parce qu’il le faut. Sortir voir le soleil : J’ai besoin de sa lumière. Parler et entendre des êtres humains, question de santé mentale. Dormir ou au moins, prendre du repos. Ça ira mieux demain. Me défoncer au gym, faire du ménage de façon obsessive, puisque ces compulsions n’ont rien de dommageable.

Le travail n’ordonne plus ma vie. Je passe de longues heures à être ailleurs. L’imagination a toujours été mon refuge. Je me berce d’illusions, de projets saugrenus, j’écris n’importe quoi, je dessine. Je regarde les gens. Les éclats de tendresse que je rencontre parfois me blessent comme du verre, quelques mots d’une chanson, des mains serrées l’une dans l’autre. Un enfant qui court dans les feuilles.

Je me souviens de Forillon, cette pointe de falaise qui s’étire vers l’est, où les baleines jouent dans les courants croisés du fleuve et de l’Atlantique. Les déferlantes, trop larges pour être embrassées du regard. Les têtes curieuses des phoques qui flottent comme des bouées. Les galets qui crissent sous nos pas. Le bois de grève qui brille au soleil et qui rivalise avec son sourire. Notre émerveillement devant les cailloux qui brillent au fond des flaques. le parfum salé du vent et de la mer, la vie qui grouille au fond de l’eau prisonnière des rochers. Des étoiles de mer roses qui remuent, des crevettes miniatures qui font les cent pas.

Je me souviens de lui, penché au-dessus des flaques, ému. Puis, s’affairant à remettre à l’eau les échinodermes et les crustacés. Quand je ne crois plus aux matins, quand j’ai froid, quand l’écho de ma respiration devient oppressant sur les murs du tunnel, je pense que je suis celui qui a aimé un homme enfant qui voulait sauver les étoiles.

12:23 Publié dans Carnets du coeur | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, mer, souvenirs, travail, amour, forillon

22 novembre 2006

Dialogue

Dans la nuit de lundi à mardi, j’entends les mots de Bashung : «… Gaby, tu devrais pas m’laisser la nuit, J'peux pas dormir, j'fais qu'des conneries…» Je me perds dans la grande Toile une fois de plus. Je tombe sur une note écrite par deux filles où elles parlent des hommes rencontrés sur le site Meetic: Les pas de couilles. Je souris, ça fait du bien. Je traverse, en ce moment, une zone noire. Je suis cynique, désabusé. Undernet, site de rencontres : rien pour alléger la déprime. Au contraire même, la violence et la sécheresse des rapports virtuels me rendent agressif. J'essaie d'engager des conversations. Je frappe un mur à quelques reprises. *Cling* J'ouvre une boîte de dialogue, on échange quelques mots. Pendant que je cherche mes mots, il tape : « devant tant d’intérêt - dsl - bye *Cling* » Chercher ses mots ici, ça ne se fait pas.

*Cling*, une boîte de dialogue s’est ouverte. Il se nomme hard25. Résumé du profil :
Hard25 : gars 27 ans, cherche mec clean pour sexe bareback.
(bareback : relation sexuelle volontairement non protégée)
La moutarde, celle qui brûle, me monte au nez. Je me dis que celui-là, il va m’entendre.

hard25> allo
Py> Clean, ça existe pas. 1 homme séropositif sur 3 ne le sait pas...
hard25> ok ok
hard25> toi t es poz?
Py> Oui, et puis je te l'aurais pas dit. Bareback, ça me fait débander...
hard25> comment tu la pogné alors si t’aimes pas baiser bareback ?
Py> bonne question, un accident

(Je suis un peu déstabilisé par la question. C’est pas un sujet que j’ai l’habitude d’aborder. Mais je me suis lancé, aussi bien poursuivre…)

hard25> dis-moi ça
Py> complètement saoul, j'étais sûr d'être clean justement. Quand le gars a voulu faire ça sans condom., je me suis dit que s'il savait qu'il pouvait me mettre en danger, il ferait jamais ça. J'étais con.
Py> j'avais 27 ans. (Et vlan dans les dents)
hard25> ok
hard25> et là, t’es rendu a quel âge
Py> 37
hard25> et quel âge avait le mec ?
Py> le même âge, à peu près. C'était l'ami d'un ami. (Quelle importance ?)
hard25> ok

(Je prends une respiration. À mon tour de me poser la question qui me brûle.)

Py> pourquoi bareback ?
hard25> je trouve ça mieux
hard25> mais c es vrai que c’est risqué
Py> mieux comment ?
hard25> + de sensation

(Qu’est-ce que je peux répondre à ça ?)

Py> Je me souviens pas, ç’a été la seule fois.
hard25> ok
Py> J'y crois pas trop, la sensation c une question d'habileté...
hard25> ok
hard25> t’es sur les médicaments ?
hard25> comment ça se passe ?
Py> T'en poses des questions !
hard25> je m’informe.
Py> oui et ça va. Les premiers mois ont été l'enfer.
hard25> les effets secondaires sont durs ou ça t’a pris du temps à le savoir que t’étais poz?
Py> Non, j'avais des doutes dès le lendemain, le gars voulait absolument me voir. Pour m’annoncer qu'il était séropositif. Il comprenait pas ce qui lui avait pris, qu’il disait.
Py> Son médecin disait que j'avais pas grand chances de l'avoir parce que c'est moi qui l'avais pénétré.
hard25> ok
hard25> tu baises toujours avec capote ?
Py> oui
hard25> asteur
hard25> pkoi ça été l’enfer ?
hard25> si c’est pas trop demander
Py> Nausées fièvres au début. Ensuite insomnies, cauchemars horribles, hallucinations pendant des jours. Des boutons partout sur le corps pendant des semaines
Py> Plus de libido pendant des mois

( Tout ça résumé en trois lignes, je voulais que ça frappe.)

hard25> les médicaments font ça ?
Py> Ceux que je prends, oui, au début en tout cas. À long terme, ça détruit le foie. Les médecins pensent que le corps peut pas survivre aux traitements plus de 15 ou 20 ans, c trop fort.
Py> Puis, y'a la peur, tout le temps, pis la honte aussi, le secret. Ça c'est dans la tête, mais c peut-être le pire...
hard25> ok
hard25> tu l’as dit a personne ?
Py> pendant des années, j'ai eu un chum steady. Il était le seul à le savoir. C'était lourd à porter à 2, je pense. Là c plus ouvert. Et c plus facile à vivre comme ça

( Il ne dit rien, je me sens léger. Le stress est tombé. J’ai l’impression que j’ai réglé quelques comptes avec moi-même et avec le gars d’il y a dix ans…)

Py> Cool que tu m'ait pas flushé tout de suite...
hard25> ben là !
hard25> je comprends ça.
Py> … Ça vaut pas la peine. La sensation tu la trouveras bien d'une autre façon. La vie ça peut déjà être assez taugh comme ça !
Py> bon, j'ai assez fait la morale
hard25> ok merci
Py> Fais attention à toi, ciao
hard25> ok bonne nuit
hard25> xxx
[Tue Nov 21 01:27:49 EST 2006] hard25 a quitté la conversation privée.

( Je me suis endormi avec un demi-sourire dans l’oreiller. )

18:00 Publié dans Carnets de révolte | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : gay et lesbienne, web, rencontre, bareback, sexe, VIH, sida

20 novembre 2006

Babil II : Lendemain de veille



Je suis seul au Parking, GP a choisi d’aller dormir. Il n’est pas minuit. Dans la section Night-club, les salles sont presque vides. Des rayons de lumières tranchent l’espace artificiellement enfumé. Une black Label, s’il te plaît. Je scrute l’obscurité en tétant le goulot. Un homme danse seul au milieu de la piste de danse, une casquette militaire sur la tête. Il est beau à voir. Les pulsations me secouent le corps, le bar se remplit peu à peu. J’entre dans la danse des regards, dans le jeu. Jeremy, Sébast, Andrew, Dan, Ben, Mike, Steeve, je connais les règles : positionner ses pions, prévoir les stratégies de l’adversaire, évaluer les occasions qui s’offrent, miser sans attendre. Il fait sombre, l’odeur de la bière se mêle à celle des parfums pour homme. Des sourires en coin, des coups d'œil échappés vers le bas, le frôlement des corps qui circulent. Les secousses de la musique qui s’enroule autour de la colonne. Le DJ marie les styles et les époques, j’accroche au refrain d’une chanson d’Anything but the girl, 1994, que je murmure du bout des lèvres. « And I miss you, like the desert miss the rain » On ne s’entend pas. J’ai la tête qui tourne un peu. J’en suis à la sixième bouteille.
— « Moi c’est Pierre-Yves. »
— « Pierre comment ? »
… Ta gueule, embrasse-moi.

Je descends dans la section garage, au sous-sol, plus rock, plus hard. Je regarde les danseurs, les regards voilés par la testostérone, les images pornographiques qui défilent. Il me lance un regard au fond des yeux. Des épaules larges, crâne rasé, une micro barbe, rousse comme dans le conte, yeux pers. Il a l’air doux. Je l’écoute en souriant. Je me dis que les compliments, c’est pas sa force. Ma main remonte sous son t-shirt.

J’entre chez lui. Je reconnais le bâtiment, l’appartement. —« Ton coloc s’appellerait pas Bernard ? » Bernard c’est le meilleur ami d’un ami. Ils sont effectivement colocataires. Je suis déjà venu ici quelquefois. Le monde est petit et Bernard arrive, justement. Je suis gêné d’être chez lui. Il me regarde et n’arrête pas de sourire. Demain matin, tous nos amis communs vont savoir que j’ai passé la nuit ici. Le rouquin a disparu dans sa chambre. Bernard me demande si je veux quelque chose à boire. Je décline : « non, ben, j’vais aller le rejoindre, hein ? » Il rit.
Je referme la porte derrière moi. Nous roulons sur le matelas. Plus tard je m’endors emmêlé dans sa chaleur. Le lendemain, je me sauve, j’ai rendez-vous au Réveil-matin à midi. Le ciel est gris et il fait vraiment très froid.

Dimanche après-midi, je suis étendu sur mon lit. J’ouvre les yeux. C’est le jour ou la nuit ? Je ne suis même pas abimé de la veille, je m’endurcis. Mais j’ai le vertige face au vide qui se déploie devant moi. Si j’étais un objet, j’aurais été fait en Chine. Je serais jetable après usage. J’aurais dans le dos un tableau de valeur nutritive : riche en fibre, excellente source de vitamine A, faible en gras saturé. Comme n’importe quelle pièce de viande, on devrait m’apposer une date d’expiration. Une mention : À consommer dans les six heures suivant la fermeture des bars. Ma valeur s’exprime en chiffres, se transige, se dévalue, inexorablement. Au suivant !

Je saute si facilement dans ce jeu où il y a peu d’élus. J’ai pas toujours les reins assez solides pour rester humain dans tout ça. Pas de cocaïne, de crystal ou d’ectasy pour me mettre en abîme. J’oublie que le jeu n’est qu’un jeu. Alors le vide, je le reçois en pleine figure. Je veux plus jouer. Je veux descendre.

Sur mon t-shirt les traces du parfum d’un autre, dans ma main gauche une odeur de sexe. (Je me renifle constamment la paume) Sur la table un reste de pizza, un numéro de téléphone griffonné au dos d’un flyer, une adresse hotmail. À des milliards d’années-lumière de mon corps fatigué, un rêve file comme une sonde. Sans savoir s’il y a de la vie quelque part ailleurs, sans savoir ce qu’il aura derrière les nébuleuses. J’imagine un témoin lumineux qui clignote dans le froid et le silence. Seul devant l’écran, j’écris cette note.

17:40 Publié dans Carnets du corps | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : gay et lesbienne, journal intime, bar, montréal, séduction, musique, vide

19 novembre 2006

Babil d'un samedi soir

Je dois des excuses publiques à Brad pitt qui était excellent dans le film Babel. Tous les acteurs y sont d’ailleurs très bons. Les acteurs non professionnels sont tout simplement époustouflants. Je suis bon public, j’ai été captivé jusqu’à la dernière seconde du film. J’ai même tenté de grimper sur mon dossier quand la tension devenait insoutenable. j’ai pleuré sur des répliques en arabes, en anglais, en espagnol et en langue des signes japonaise. (Toutes sous-titrées en français, il faut le dire.) J’ai donc passé deux heures 22 à être ailleurs, totalement, dans des lieux dont je ne soupçonnais ni l’existence, ni la beauté.

J’ai passé la journée de vendredi à dériver sur la Toile et à papoter au téléphone. X me raconte qu’il est sur le bord d’exploser. Il est en amour avec Y, qui s’intéresse à Z, qui voudrait baiser avec X. (Il faut préciser qu’ X, Y, Z ne sont pas des adolescentes de 12 ans et demi, mais des hommes de plus de 30 ans.) Il y a des interférences sur la ligne. Blogspirit fait des siennes et bloque des commentaires. Max n’a pas retourné mon appel. Ce fut une nuit plus qu’agréable, mais ça n’aura pas de suite. J’aimais bien le pseudo que je lui avais trouvé. Je pourrais le rebaptiser. Quelque chose comme Roger ou Régis. Comme je n’ai peut-être pas le moral pour encaisser les baffes intrinsèques au milieu gai. Je ferais mieux de me calmer le pompon.

Je me reprends donc :

Régis n’a pas retourné mon appel. (Max, je le connais pas encore !)
J’ai lu les premières notes du blogue de Polymorphe alors qu’il se demandait si ses seuls lecteurs ne seraient pas des trafiquants de crèmes érectiles à la recherche de cibles à bombarder de spams. J’appelle GP et je lui fait part de mon intention de sortir, il a l’air vaguement tenté.

— « On irait où ? Au Unity ? »
— « Au Unity ? T’es malade, on va passer pour des mononcles, la moyenne d’age est de 17 ans. Après 25 ans : t’es fini… Au Sky ? »
— « Nan. Pour aller sur les étages y faut être pré-pubères. »
— « Au rez-de-chaussée du Sky, c’est la soirée latino, l’ambiance est bonne puis j’ai un faible pour les latinos. »
— « Moi avec. »
Un ange passe avec des images de chaleur, de téquilas, et de déhanchements lascifs, mais je me ravise.
— « Ah non. Axel risque d’être là avec sa troupe d’amis, puis de toute façon, quand je danse la salsa, j’ai l’air d’un pingouin constipé. »
— « Tu danses, toi ? »
— « Ben, des fois. »
— « Au stud ? »
— « Le stud. I’ me semble que c’est déprimant. »
— « Ouais, t’a raison. »
Calcul mental rapide : Si on prend l’ensemble de la clientèle du Stud, si on retranche les plus de 400 lbs et les plus de 70 ans, ceux qui trippent bareback ou qui ont des trips sexuels bizarres : lècher les bottes ou se mettre des épingles à linge sur les mamelons, si on enlève les beaufs mariés et pères de familles et tous ceux qui portent des g-string en léopard, et si on fait exception des employés, il doit rester 3 gars. Et je les connais tous… intimement. (J’exagère quand même un peu.)
Je me creuse la tête.
— « Il reste le parking. Y’a une légende urbaine qui dit que mon bellâtre de psy fréquente l’endroit. »
— « Le parking ? je sais pas… Tu penses?... »
— « ?… »

(À suivre…)

10:25 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, samedi, soir, téléphone, blog, bar

17 novembre 2006

Le bleu du ciel

Je laisse le temps filer sans m’agripper, sans rien vouloir. J’ai vu le bleu du ciel deux fois aujourd’hui. Une première fois au milieu de la nuit. J’ai lu quelque part qu’il ne faut pas rester au lit plus de quinze minutes lorsqu’on ne trouve pas le sommeil et que l’insomnie devient une habitude. Alors, j’ai rouvert l’ordinateur. Sur le blogue de Matthieux, j’entends parler de celui du bleu du ciel. Je retrouve le premier texte et je suis touché par un peu de lumière.

Au milieu de l’avant-midi, le ciel a fait une seconde apparition, de larges pans de bleu, juste devant un front froid chevauché de gris sombre. Je suis allé m’entraîner au Centre sportif. Les mouvements mécaniques, simples, la chaleur qui se répand dans le corps, les garçons à mater (mater, c’est un mot que j’ai appris sur le blogue de Juju, ça sonne bien et ça m’amuse). Mais il n’y avait pas grand-chose de « matable ».

J’ai ensuite traversé le parc jusqu’au jardin japonais du Jardin botanique. Les sentiers étaient déserts. Le jardin s’endormait dans les lueurs d’automne et je l’avais pour moi seul. J’ai marché sur les galets qui bordent l’étang. Deux écureuils joufflus se chamaillaient un vieux sandwich dans un sac Ziploc. Ils l’avaient trouvé dans une poubelle. Je leur ai fait peur, leur ai lancé le bout de pain et j’ai remis le sac à la poubelle. Un des écureuils s’est emparé du festin et a traversé la pelouse en quelques bonds souples pour aller se gaver sous un genévrier. Je me suis assis contre le mur d’un pavillon d’été et j’ai plongé dans l’univers précis et incarné de Nancy Huston. Le vent battait les branches dans la pinède.

Je suis rentré transi. Le téléphone a sonné. Je n’ai pas répondu. C’était ma petite sœur. Je l’ai rappelé. Elle proposait d’aller au cinéma voir Babel. Elle dit que ça m’intéressera sûrement. C’est avec le beau Gaël Garcia Bernal et Brad Pitt. — Brad Pitt !? Là, il me semble que ça vient tout gâcher, mais bon, il y aura Gaël et Cate Blanchett, les critiques sont assez bonnes. On ira à l’Ex-centris : pas de pop-corn, mais pas non plus de couillons qui parlent dans leur portable pendant la projection. À la sortie du cinéma, la rue Saint-Laurent se sera faite belle pour souligner le vendredi soir. Au moment où j’allais raccrocher le combiné, J’ai levé les yeux vers ma fenêtre, un rayon de soleil a caressé un court instant le vert du géranium odorant.

16:40 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, blog, bleu, ciel, jardin, cinéma

16 novembre 2006

Turbulences

La pluie tombe sur Montréal. Tous les records de pluie ont été battus. Il n'y a jamais eu autant de précipitations depuis que l’on tient des statistiques météorologiques. Les averses sont prévues encore pour plusieurs jours. La météo c’est bien pratique, c’est con comme l’astrologie, mais ça permet de mettre des mots sur des états d’âme. Je vais me reposer. Ça ira mieux demain.

La vie me secoue violemment en ce moment. Je dis : la vie, pas ce petit virus insignifiant qui s’écrit en majuscules et qui est tellement abstrait, pour moi. Juste la vie.

J’ai mis tout ce que je pouvais mettre dans le travail. Le travail c’est une zone neutre, que je me suis dit. J’ai repoussé mes limites. J’ai travaillé comme un forcené, avec passion. J’y ai mis les efforts, tout ce que j’avais de talent. J’ai toujours pensé que c’est comme ça que l’on réussit. On m’a pressé comme un citron puis on m’a jeté sans trop d’égards. J’étais convaincu que ça me laisserait indifférent, que j’étais au-dessus de tout ça, mais ce n’est pas le cas.

Depuis un certain temps, je porte ma vie à bout de bras. Je prends religieusement mes antidépresseurs parce que j’ai peur de sombrer de nouveau. Je m’entraîne. Je respire, je mange bien. Mais la nuit, le sommeil me fuit. Je me sens comme le laboratoire d’un savant fou. J’ai le cerveau qui fait des vrilles et le corps qui hurlent qu’il va craquer. Je m’interdis de penser à tout ce qui déraille dans ma vie, il y aura bien une issue quelque part. Au plus noir de la nuit, quand j’ai peur du lendemain, je cherche une main à serrer dans la mienne, la chaleur d’une épaule. Quand je touche le vide, je me recroqueville sur moi-même.

Je suis comme un chat. Je m’isole quand ce n’est pas la grande forme. Je n’ai plus d’énergie pour sauver les apparences. Je retourne à l’état végétal et je regarde bêtement passer les heures. Je compte sur les filets de sécurité que j’ai tendus un peu partout en travers des gouffres. Les sorties de secours que j’ai repérées d’un seul coup d’œil. Jusqu’ici, je suis toujours retombé sur mes pattes.

13:30 Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, vie, autres, solitude, météo

15 novembre 2006

À blanc

Certains soirs, les mots tombent et sonnent creux. Pendant que l’attention s’empêtre dans le fil des phrases qui brillent, les heures fuient, vers un autre jour. On ne s’entend plus. Trop de paroles pour emplir et colmater le vide. Les frayeurs inconsolables refusent d’aller dormir. Tant de mots à soigner. Le temps manque à l’appel. Et si peu de présence.

J’aurais envie de m’arrêter, de me poser sur une branche. Je ne fais que survoler. Je voudrais être soudainement soulevé par une rafale et me perdre dans le bleu sombre. Regarder la terre s’éloigner. Laisser les affaires des hommes redevenir infimes, enfin. Laisser tomber. Ne pas ajouter mon soliloque à la polyphonie accablante de la foule. Cesser de tendre vers un idéal. N’ouvrir les bras que pour faire vœu de silence. La page restera blanche comme une mariée oubliée par les invités.

Certains matins, à la sortie des nuits blanches, le feuilleton prend une pause. Les héros sont fatigués. Je me fraye un chemin entre l’indignation et les scandales de papier journal, les voix qui hurlent et raillent sur toutes les longueurs d’onde. Les corps terrassés qui s’entassent et se poussent. Ce n’est qu’avec des mots que j’arrive à me taire. Que se taise en moi le désir qui emmêle tout, le rugissement des envieux, les plaies béantes. M’endormir aux jours inutiles, les poings fermés. Et laisser rayonner l’indicible.

20:25 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture, communication, mots, idéal, indicible

14 novembre 2006

Nu

Gageons que tes états sauvages.
Feront moins de ravages.
Que tes plumes de paon.
Quand toi Tarzan.
Moi j'aime.


C’est si beau un homme sans dessus ni dessous. J’adore Zazie, ses mots, son intelligence et son sourire gourmand. Et j’adore ce clip. Il n’y manque que les parfums de musc et de sous-bois. Où est le vice ? Ça fait passer le temps en attendant le téléphone...



Un point c'est toi
Paroles: Zazie, musique: V.M. Bouvot, Zazie, 1995

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12 novembre 2006

Max

Max et Jim lâchent leur fou sur la piste de danse. Ils s’amusent ferme et ça se voit dans leurs visages. Parfaitement libres du poids des regards. Indifférents à la musique douteuse. Doucement intoxiqués par quelques verres de rhum. Je suis tout près avec M, Brutus et le berger. J’aime observer le manège des hommes dans un bar. Derrière nous, côte à côte, un blond et un grand brun à lunettes. Ils se guettent sans le montrer. Une conversation invisible des corps qui se cache derrière une indifférence ostensiblement démontrée. Le blond pianote sur son téléphone portable. Le visage éclairé par la lueur verte de l’appareil.

J’aperçois Axel à ma droite, seul. Je vais le voir. Je le présente à Brutus, au Berger et à M. Il reste là, à mes côtés. Je trouve la situation inconfortable. J’ai une envie soudaine de l’appuyer contre le mur et de l’embrasser. Et j’ai la vague impression que ça ne lui déplairait pas. Juste pour ça, je me retiens. Il veut qu’on danse. Je décline son invitation. Il insiste. Je résiste. Il part sur la piste de danse. Je me dis « ouf, je suis débarrassé. »

Je regarde Max qui danse loufoque sur un cube. Son plaisir m’attire. Il y a comme une absence de malice dans son sourire. La complicité les éclaire, lui et Jim. Je parcours du regard ses épaules, son dos, sa chute de rein. La Corona m’embrume assez l’esprit pour que je le détaille sans dissimulation. Il me sourit. Je m’avance. L’alcool me rend frondeur. On se présente. Il est « tactile », qu’il dit. Pas de problème.

Au vestiaire, près de la sortie, il me lance : — « J’aimerais bien avoir un amoureux. » J’enfile mon manteau : — « J’suis pas certain de pouvoir être un amoureux. » Au milieu de la nuit, je m’éveille à ses côtés. Je le regarde dormir, un long corps blanc, des fesses de statue grecque. Il rêve et son corps est parcouru d’un frisson. Il a un scorpion de quelques centimètres tatoué près de l’épaule. Je pense au scorpion qui squatte le blogue de poly depuis une éternité. Je n’arrive pas à dormir, j’ai chaud, j’ai froid, j’ai envie de lui encore, j’ai peur de le réveiller en bougeant sans cesse. À un moment donné, il va se rendre compte qu’il y a quelque chose qui cloche avec moi, que je suis complètement fucké. Au matin, il me regarde et sourit : — « tu vas pas faire ton gêné ? » Je me dis, ça y est. Il a trouvé ma tare. — « Mais je suis gêné! » Il se penche au-dessus de moi et m’embrasse avec douceur. C’est un doux. Il trouve que j’ai l’amour un peu féroce.

Pendant que Max s’affaire dans la cuisine, je fouine partout, je regarde ses livres, les photos sur les murs. Je trouve sur son bureau un bout de papier avec le prénom d’un garçon et un numéro de téléphone. Ses vêtements sont étalés sur le sol. Je me dis : « ah ! un emballage de condom » puis je me rappelle qu’il date de la nuit passée. Il y a un tube dans la poubelle de la salle de bain. Du faux sang, il a dû fêter l’Halloween.

On se raconte en prenant le café. Il vient de la Côte-Nord. Plus jeune, l’école ne l’intéressait pas. Il était sur le point de décrocher quand il a découvert la danse. Il a dansé pour quelques compagnies de danse contemporaine pendant une quinzaine d’années. Il s’est fatigué de ce milieu et est retourné aux études pour devenir infirmier. Il conjugue travail et étude et il recevra son diplôme dans quelques semaines. J’ai essayé son stéthoscope, je l’ai collé sur sa poitrine puis je l’ai embrassé en disant : — « Je vais voir quel effet je te fais. » Intérieurement, je me dis que c’est la catastrophe : il est vraiment intéressant.

Je vais rejoindre GP au 940. Je lui raconte la soirée et le rêve bizarre que j’ai fait. Mes dents cassaient et tombaient et je les mettais dans ma poche. Puis, je m’inquiétais de ne pas les retrouver. Selon lui, les dents symbolisent l’argent, la sécurité financière. Le café est bon. On discute de relation catastrophe. Il me raconte ce que lui avait dit une psychologue : on assimile à un moment donné dans notre vie que l’on n’est pas aimable et on passe ensuite notre vie entière à trouver les moyens de confirmer cette croyance. Je lui dis que ce n’est pas original. Il poursuit : la solution c’est d’expérimenter le contraire. En allant systématiquement contre nos penchants naturels. Aller vers l’inconnu est particulièrement inconfortable. C’est comme marcher au sommet d’une falaise. Sentir la peur signifierait que l’on est sur la bonne voie.

La théorie se tient, mais comment l’appliquer ? Comment faire taire cette voix intérieure qui attise constamment la panique ? Je ne peux empêcher les questions stupides d’affluer. Est-ce que je le rappelle ce soir, demain, dans deux jours ? Est-ce que je pousse pour que les choses arrivent ou je les laisse aller. Je me souviens d’une scène de La vie, la vie. Vincent a rencontré une fille qui lui plaît. Il demande conseil à Claire, sa meilleure amie : « D’un coup que ça marche, qu’est ce que je vas faire? » Elle le prend fermement par l’épaule et lui murmure à l’oreille :
« Là, tu vas sortir, la prendre par la main puis laisser les choses aller. On appelle ça : vivre. »

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10 novembre 2006

Le sac

Jeudi soir. Le trottoir luit. Les lampadaires brillent. L’averse insiste et chahute. Mes souliers claquent au milieu des flaques. Si je savais danser la claquette, j’improviserais quelques pas sur Singin’ in the rain. Le vent malmène mon parapluie. Je chantonne pour tuer le temps en marchant autour du poteau.

« … J’ai parlé à maman de notre mariage
Elle m’a évidemment traitée de folle
Et puis… elle m’a… interdit de te voir
Tu comprends, j’ai eu si peur…
»


J’ai pas la voix fluette de Catherine Deneuve, mais on se croirait presque à Cherbourg. Je ne travaille pas demain, vendredi. Plus assez d’ouvrage. Peut-être quelques heures la semaine prochaine. Je vais peut-être me retrouver à la rue, mais je ne peux pas m’empêcher de sourire. Je souris gravement en entonnant le refrain

« … Mais… je ne pourrai jamais vivre sans toi
Je ne pourrai pas
Ne pars pas, j’en mourrai
Je te cacherai et je te garderai
Mais, mon amour, ne me laisse pas…
»


L’autobus arrive déjà. Les amants ne s’étaient même pas encore séparés. Le train n’avait pas quitté la gare dans une envolée de violon. Je vais être libre. Les réveils brutaux dans la nuit; les heures, coincés dans la circulation; le patron méprisant. Je me répète : libre, libre, libre. J’ai toujours été fasciné par les grands voyageurs. Ceux qui n’ont pas d’attaches, qui sont chez eux partout. Des peaux parfumées d’ailleurs. Les yeux saturés d’images.

Il est arrivé mercredi. On m’a dit qu’il est né en Chine, mais ses origines sont américaines, le New Jersey. Il a vécu quelque temps en France et il vient tout juste de traverser l’Atlantique pour m’attendre à ma porte. Bon, je dois l’avouer, je l’espérais. Je n’ai pas su savourer la montée du désir. Trop empressé que j’étais de le voir, je l’ai dévêtu rudement. La carte qu’il portait a glissé sur le sol.

Il est roux, presque rouge. Il n’est pas particulièrement beau. En fait, c’est sa laideur comique qui fait son charme. Avec son tablier en denim, il est singulièrement attirant. Toujours calme, même stoïque, il paraît qu’il est vaillant, qu’il adore s’occuper du ménage et de la vaisselle. C’est le compagnon idéal.

Il s’est installé dans ma cuisine. Chaque fois que je passe devant lui, je ne peux m’empêcher de sourire. Je peux le toucher, le sentir. Il est la preuve concrète de votre réalité. C’est Éric qui me l’a envoyé. Je voulais le remercier ici. J’ai mis sa photo en bas de la colonne de gauche. (Celle de Little Ugly Minimum Wage, pas celle d’Éric !)

Vendredi, je me paye du luxe. Il faut bien que les cernes autour des yeux ça serve à quelque chose. Coupe de cheveux sur Saint-Laurent chez Funky Toque, massage, musique électronique. J’ai fait une prière à Saint-Antoine, au cas où, et j’ai fait le tour des endroits ou j’aurais pu laisser mon sac. Quand l’employé de la STM est arrivé avec un sac qui ressemblait au mien au comptoir des objets perdus, j’étais vraiment dans un état second. Je lui ai défilé sans souffler tout son contenu: titres, auteurs, maisons d’édition. Il me l’a remis avec un sourire et un clin d’œil. Sur le quai du métro, je l’ai ouvert. Il manquait les DVDs, mais tout le reste était là. Il y avait même un chéquier et des talons de paye avec mes coordonnées. J’ai relu les textes qui étaient dans le carnet en me mettant à la place de celui ou de celle qui l’a rapporté. Quoique s’il n’a pas pris les livres, il n’a peut-être rien lu. Le soleil est de passage quand J’arrive chez moi. Je me répète encore : je suis libre. Je vais dormir un peu.


Les parapluies de Cherbourg (1964), Jacques Demy, musique de Michel Legrand

Singin’ in the rain (1952), Stanley Donen et Gene Kelly

17:20 Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : hasard, sac, littérature, journal intime, gay et lesbienne, little Uglys Minimum Wage

06 novembre 2006

Égaré

Je ne suis qu'un promeneur égaré
Qui va parmi les loups
Car les loups savent où
Trouver la reine des fous

Trouverais-je un jour
L'objet de mon amour

Sorcières, Jean Leloup


Il devrait être là prés de la porte et du tapis bleu. C’est un sac à bandoulière kaki taché par l’encre bleu noir d’un stylo qui a coulé dans une des poches. J’ai la tête ailleurs. J’accumule la fatigue. Trop de ressac à affronter quand déferlent les nuits de novembre. Samedi matin, je suis allé déjeuner au 940 avec GP. 940, c’est à la fois, le nom et l’adresse du restaurant. Bien que l’enseigne soit énorme, je suis passé devant sans la voir. J’ai trouvé les repères : la station-service, le bouddha vert, mais je ne voyais pas le resto. Après avoir mangé, nous avons fait quelques boutiques et je suis rentré chez moi avec les mains pleines de sacs de plastique. Ce n’est que le lendemain, que je me suis rendu compte que je n’avais plus mon sac.

Mentalement, je fais l’inventaire de tout ce qu’il contenait :
Une série télé sur DVD, La vie, la vie, magnifiquement écrit par Stéphane Bourguignon. J’ai dû voir chacun des épisodes au moins cinq ou six fois. J’ai pleuré, j’ai ri, je me suis délecté de chaque clin d’œil de l’auteur, de sa tendresse pour les personnages et pour Montréal. C’était le dernier cadeau qui me restait de l’ex et, avec mes lunettes, c’est tout ce que je ne pourrai pas racheter.

J’y avais mis aussi le roman de Nancy Huston, Ligne de faille, déjà abîmé parce que je le trimballe partout depuis des semaines. Je n’ai eu le temps que de lire les 10 premières pages. Juste assez pour être violemment happé par le désir de tout lire. Elle gagne le prix Femina et moi je la perds dans la brume. Brillant ! Il y avait aussi un des tomes de Tyranaël, d’Elizabeth Vonarburg que j’avais prêté à GP. Il va y avoir un trou dans ma collection.

Un carnet beige dans lequel j’avais écrit pêle-mêle plusieurs des notes qui se retrouvent ici, des croquis, peut-être des références ou des numéros de téléphone. Je prévoyais ce jour-là aller écrire dans un café. Il y avait de la gomme Excel, sûrement plusieurs stylos, peut-être un compte à payer, deux condoms pour me donner l’impression que ma vie est trépidante. D’autres choses évidemment, j’aimais bien ce sac parce qu’il y avait plein de poches pour cacher des trucs.

Je perds également mon travail dans les jours qui viennent. Tout le monde autour de moi me dit que c’est une bonne chose. Que je vais enfin pouvoir me reposer. Avoir la chance de trouver mieux, un emploi sur l’île de Montréal. Moi, je ne sais pas. Le travail, c’est ce qui me maintenait sur les rails, ce qui m’obligeait à me lever le matin, à faire des efforts et à oublier mes obsessions. Ce qui me donnait un cadre, une sécurité et une raison d’exister.

Nous sommes là quelque part sans savoir où, à la merci des rencontres. Sans pouvoir deviner les fils qui nous relient à ceux qui seront là demain. Est-ce que je vais retrouver ce sac et que restera-t-il à l’intérieur ? Arriverais-je à trouver un travail qui me ressemble, à construire cette vie dont j’ai rêvé ? Trouverais-je un jour l’objet de mon amour ?

20:50 Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, littérature, télévision, souvenir, travail

02 novembre 2006

Vous avez dit glamour?

Ses yeux qui brillent comme des billes. Il faut que je me concentre sur ses yeux. C’est là que je dois regarder. Pas plus bas. Surtout pas. Pas ces lèvres, le rose doré contre le gris argenté de sa joue rasée. Ou l’imagination se met en branle et j’ai la pensée qui déraille.

Je suis fatigué, usé, cerné. Et quand je suis aussi crevé, le corps prend les commandes et les besoins primaires deviennent absolument tyranniques. Dormir, manger, baiser. Le doré de la peau sur sa gorge. Cette façon qu’il a de refermer sa main gauche sur sa main droite. Je dois revenir à ses yeux. Me concentrer sur ce qu’il dit. C’est à moi qu’il s’adresse.

— « Tu as déjà dit que t’avais peur de ne jamais revivre ce que tu avais vécu dans ta dernière relation… »


J’ai dit ça, moi ? J’en dis des conneries. Ça doit être vrai, s’il le dit. C’est lui le psy. Il me regarde en penchant la tête. Il attend une réponse, là. Je dois dire quelque chose.

— « Je… je ne sais pas. Je, j’ai l’impression que c’est moins dramatique, moins lourd. C’est comme si j’apprivoisais la solitude, comme si… je m’apprivoisais moi-même… »


— « On ne meurt donc pas d’être seul ? »

C’est la stagiaire qui a parlé. Aussitôt qu’une porte est entrebâillée, ils se poussent pour entrer. Je pense : je suis bien dans ma bulle. Foutez-moi la paix.

Moi, l’asocial, il fallait que je sois vraiment motivé pour m’inscrire dans une thérapie de groupe. Les jours où la motivation se relâche, il y a le psy. Son épaule qu’il masse de la main, son ventre, ses cuisses quand il s’étire. Un des participants lui avait demandé s’il était gai. Il n’avait évidemment pas répondu et dans ces explications parfaitement rationnelles, il avait ajouté que ça pouvait être thérapeutique de fantasmer sur son thérapeute. Bon, alors je plonge. Je me mords la joue pour ne pas sourire. J’espère que je n’ai pas rougi.

De toute façon, il n’y a rien à raconter. La seule aventure de la semaine, c’est quand un mille-pattes est sorti d’une fissure du mur de ma salle de bain et que je suis monté sur le rebord du bain en réprimant un hurlement. Rien qu’une suite de jours poussiéreux devant l’écran du bureau, la réceptionniste qui prédit les prochaines éliminations de Loft Story et l’imprimante qui jamme.

Je voudrais écrire qu’on s’est embrassé fougueusement contre la balustrade du belvédère du Mont-Royal pendant que la première neige tourbillonnait dans les lumières des tours du centre-ville. Je voudrais raconter les cris de plaisir étouffés en mordant le coton humide d’une chemise à demi ouverte, dans un ascenseur coincé. Je voudrais trouver les mots pour décrire la lumière bleue du milieu de la nuit quand je regarde son torse qui se soulève et que je me rendors en disant : « Ouf ! Il respire encore. » C’est rien que dans ma tête ces histoires-là. Il faut que je rebaptise ce site : Boulots, misères & chlorophylle. Ça serait sûrement plus représentatif, mais beaucoup moins thérapeutique, et moins glamour.

20:55 Publié dans Au sommet | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, thérapie, fantasme, psy, glamour