22 mars 2009
Images et molécules : Edit 1
- Presque une semaine s’est écoulée. Je n’ai pas fait de réactions allergiques. Il y a encore des risques, mais moi, je suis rassuré.
- J’ai eu quelques vertiges et des étourdissements. Des flashs apparaissent alors aux limites de mon champ de vision, quand je cligne des yeux. Si je les bouge rapidement, la pièce tourne.
- Les deux premières nuits, je n’ai pas dormi du tout. Maintenant, je m’endors presque normalement. Je fais des rêves normaux. Je me réveille encore deux à trois fois par nuit, mais je me rendors facilement.
- Je ne sais pas si les traitements que j’ai pris ont des effets sur la libido ou les hormones. Mais ces derniers jours, je me réveille souvent en érection. Ce qui ne m’était pas arrivé depuis des années.
- Mon vélo n’est toujours pas réparé. J’ai passé la fin de semaine à dormir. Je suis vraiment très fatigué. Je dormirais tout le temps.
- J’ai un peu de mal à suivre les horaires exacts. Je suis souvent en retard, malgré ma bonne volonté.
- J’avais comme l’impression que ma vie allait changer, que j’allais mieux rebondir devant mes difficultés. Que j’aurais plus d’énergie. Ce n’est pas le cas, pour le moment, je suis un peu déçu. Encore une fois, je suis trop pressé.
- Les éditions Transcontinental, pour qui je fais des piges, ont mis à pied une bonne partie de leur personnel. Je n’ai plus de contrats. Les maquettes de mes derniers textes sont bourrées d’erreurs. Il n’y a peut-être plus de correcteurs-réviseurs. Je pense que le magazine disparaîtra sous peu. (L’orthographe de ce billet est une gracieuseté d’Antidote, un logiciel pour lequel on développe une dépendance.)
- Le salaire que je gagne dans un organisme communautaire est insuffisant pour que je boucle mon budget. Je vis au-dessus de mes moyens en grugeant dans mes économies. Ça ne pourra pas durer longtemps. L’ambiance est pourrie. Je rêve de partir, mais je ne sais toujours pas où.
- Je pensais que l’été était arrivé. Mais ce matin, une fine couche de neige recouvrait tout.
09:58 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : traitement, trithérapie, viramune, ziagen, viread
13 mars 2009
La crise
Ça va mal. Je me dis que c’est la crise de la quarantaine. Le concept a le dos large. L’avantage avec une crise, c’est que c’est temporaire. Ces jours-ci, je dois changer de médicaments. Le médecin m’en parle depuis des mois. Une baisse de CD4 a juste accéléré le processus. J’ai tellement peur que j’ai constamment la nausée. Qu’est-ce qui pourrait arriver de pire ? Il y a de faibles chances que la nouvelle médication cause des dommages irréversibles aux reins ou au foie. Elle pourrait aussi provoquer une réaction allergique mortelle, un choc anaphylactique (un bon mot à utiliser au Scrabble).
Actuellement, je prends : Sustiva (Efavirenz), Videx (Didanozine), Ziagen (Abacavir).
(Le Sustiva me rend fou, à petit feu. Le Videx serait impliqué dans la lipoatrophie (pertes des graisses sous-cutanées, pas du tout esthétiques). Le Ziagen augmente le risque de crises cardiaques.)
Nouvelle combinaison : Viramune, Viread, Ziagen.
(Je garde les crises cardiaques : il faut bien mourir de quelque chose.)
J’ai placé les nouvelles molécules dans le pilulier, juste pour les apprivoiser. Trois comprimés blancs et bleu poudre s’ajoutent au Ziagen jaune doré. Avec des formes arrondies, ils ont un look plus soft que les anciens médicaments. Pour réduire les risques d’allergie grave, je prendrai, en plus, des antihistaminiques pendant deux semaines. Dès que j’ai le début d’une réaction allergique (éruptions cutanées, fièvre), je dois me rendre à la clinique d’urgence.
L’avantage c’est que je n’aurais plus d’effet secondaire sur le système nerveux central. Je devrais donc après quelques jours, être moins angoissé et peut-être (mais là, ça serait un petit miracle) retrouver le sommeil. L’autre avantage, c’est que je n’ai plus de contraintes alimentaires. Plus besoin d’être à jeun ou de manger même si je n’ai pas faim. (Bien sûr, l'avantage principal est d'augmenter mes chances d'être vieux, un jour !) L’inconvénient, c’est que je devrai toujours porter sur moi une alarme, cette combinaison doit être prise à heures fixes (dans mon cas, toutes les douze heures). Je n’ai pas encore déterminé quel sera mon horaire. Je penche vers 7 h/19 h
Dans tout ce que j’ai lu, on recommande de choisir une période calme et stable de sa vie pour initier un traitement. C’est tout le contraire de ce que je vis. Au travail, en ce moment, c’est l’horreur. Je n’aurais pas suffisamment d’imagination pour inventer des histoires aussi sordides. J’ai vraiment fait une grave erreur en allant travailler là-bas. Pour le moment, je ne peux pas renoncer à ce salaire, même si je rage, si j’ai honte, si je me sens coupable d’être, en quelque sorte, complice de la bêtise. Si je quitte, je n’aurai pas droit aux prestations d’assurance-emploi. Si je racontais les évènements, ils paraîtraient invraisemblables. J’ai décidé de ne pas le faire. J'ai supprimé trois billets. Il y a suffisamment de mauvaises nouvelles (et de preuves que l’humanité est pourrie jusqu’à l’os) dans les journaux. Et puis, je me doute bien que le peu que je sais doit être en deçà de la réalité. Depuis 8 mois, on me ment. On s’est moqué de mes doutes. On m’a fait croire que tout allait bien, que je m’en faisais pour rien, que c’est moi qui exagérais, qui grossissais les problèmes de l’organisme.
Enfin, ce n’est pas une question de vie ou de mort. À la fin de la semaine, je prendrai les derniers comprimés de Sustiva. Ce sera la fin de l’Âge des Cauchemars. Lundi prochain, ce sera le jour 1 de l’Ère Viramune. (S’il n’y a plus de billet ici, c’est que je serai mort.)
Je n’ai pas de temps pour penser au voyage qui s’en vient. Pas l’énergie non plus. Même le projet d’un autre blogue est sur la glace. Je gère la panique en m’empiffrant de tout ce que j’ai sous la main. Je mange du beurre de peanut à la cuillère. (Fuck le régime !) Et tant qu’à être en crise, aussi bien d’en profiter et tout affronter d’un coup. J’ai pensé aller chez le dentiste.
00:00 Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, vih, sida, trithérapie, sustiva, videx, viréad, viramune



