24 avril 2007

Tsunami

Est-ce possible de se sentir trop bien ? C’est la question que j’avais en tête et c’est celle qu’il a prononcée. Ces derniers temps, j’avais réussi à me bricoler une vie malgré le vent, le sel et les tempêtes. En quelques nuits, un trop-plein de chaleur, de tendresse et de plaisir m’a ébranlé de l’intérieur. Les plaques tectoniques se remettent en mouvement sur mes vieilles blessures en fusion. Des failles qui remontent à l’enfance. Il m’a déclaré : « Je tiens à toi. » Tous les éclats de verre que j’avais balayés sous le tapis sont emportés et secoués dans tous les sens. Un grand ménage s’impose et je suis terrifié par l’ampleur de la tâche.

J’habite une toute petite île. Où il y a juste assez d’espace pour se dégourdir les jambes. Portées par les vagues, des noix de coco sont venues s’échouer sur la grève comme un souvenir du continent, un message dans une bouteille. Et les quelques cocotiers accrochés à la terre sont devenus mon paysage. Sur la plage, j’ai bâti des citadelles dans le sable avec des tours, des chemins de ronde et des canaux. Tout un monde de coquillages et de gravillons pour garder intacte l’image des villes que j’ai explorées, des pays que j’ai traversés.

Je vivais dans les limbes comme Robinson ou Vendredi. Mais j’ai appris à pécher. J’ai allumé des feux avec le bois de grève. Chaque jour, j’ai harangué le ciel à coup de fumerolles fouettées par la brise. J’ai marqué par des traits sur la pierre chaque journée qui passait, pour ne pas me perdre dans le temps. Un matin, j’ai vu venir la vague. Un tsunami. J’étais fasciné par le mur d’eau bleue qui tremblait sur l’horizon. Je n’ai pas eu peur tout de suite. J’étais inconscient. Par bonheur, ma soif d’eau douce avait éteint ce qui me restait de crainte.

Il me reste à m’accrocher bien fort. Je n’ai de toute façon qu’une seule envie. Glisser ma main dans la sienne, sentir sa peau sous mes lèvres, regarder son sourire tendre et curieux, m’étendre contre son corps. Attendre la fin du séisme pour voir les trésors que la mer aura déposés sur le sable. Il ne me manquait que lui. Je suis prêt à plonger et à me laisser emporter vers d’autres terres. M’endormir et rêver au continent.