28 mai 2009
Lifesaver
Parfois, il suffit d'un rien pour faire une différence. Le rouge pimpant d'un maillot de bain sur des cuisses bronzées, pour que l'on retrouve l'envie de sourire. L'air placide d'un sauveteur, installé sur sa chaise de bois, pour que toute la plage sente que la mer est calme et qu'il n'y a pas de danger. Aujourd'hui, il n'y aura pas d'orage, pas de requins, ni même de raz-de-marée.
J'ai gardé ça pour moi, mais ça faisait longtemps que je rêvais d'avoir cette job : Intervenant de proximité (outreach worker, en anglais). Je n'en ai même pas parlé à l'entrevue d'embauche. Il y a quelques années, je regardais de loin celui qui faisait ça et je l'enviais. Mais j'étais certain que je n'avais pas ce qu'il fallait. Je suis à peu près convaincu que j'ai maintenant tout ce qu'il faut, rationnellement, mais par en dessous, c'est moins solide. Cette vieille peur de ne pas être à la hauteur...
Pourtant, c'est fou comme c'est facile de faire parler les gens. De nos jours, les oreilles disponibles se font rares. Mon travail consiste à être là, attentif, sur les lieux de dragues des hommes gais et bisexuels. J'ai bien sûr du matériel à distribuer : condoms, lubrifiant, informations sur les drogues, la sexualité, le coming-out. Mais le matériel, c'est un prétexte. Un prétexte pour parler. Le contexte est inhabituel. J'avoue que par moment, il m'arrive de perdre mon focus. Mais je remarque que tous ces lieux de drague axés sur la sexualité sont beaucoup utilisés par les hommes comme lieux de socialisation et que ce que plusieurs y recherchent, en vérité, c'est un peu de chaleur humaine et un sentiment de communauté.
L'autre soir, je devais accompagner un infirmier qui offrait des tests de dépistage dans un sauna. Pendant qu'il attendait son tour, Francis m'a parlé de son nouveau chum pour qui il accepte d'affronter sa peur des aiguilles. Cette fois, c'est du sérieux, il en est convaincu. Il n'a jamais ressenti une telle complicité avec quelqu'un. Et il n'aurait jamais pensé fréquenter quelqu'un de dix ans son aîné. La semaine d'avant, l'autre a passé tous ses tests et lui a mis les résultats négatifs sous le nez. C'est à son tour aujourd'hui.
La soirée s'étire et pendant les temps morts, je fréquente en pensée des plages ensoleillées. Je serai dans moins de deux semaines sur celles de Barcelone. J'ai soif de la mer et de ses sirènes, de la lumière aveuglante. J'imagine un jack sur sa chaise de sauveteur, pour rappeler aux baigneurs à chaque instant de ne pas faire une connerie. Rien que de savoir sa présence ou de croiser son regard de temps à autre, suffit à nous rappeler qu'il y aura toujours du soleil entre les jours de pluie et qu'il y a certainement quelque part quelqu'un que l'on aime et que pour ça, on tient encore pas mal à la vie.
En voyant le dépliant sur les drogues, Francis s'est mis à parler de sa consommation. Il m'a raconté qu'il fallait que ça arrête, que ça n'avait plus de sens. Les arguments qui sortent de la bouche d'une personne sont toujours ceux qui ont le plus de poids dans son désir de changer. Alors, je lui ai demandé pourquoi vouloir arrêter de consommer. Selon ce qu'il me racontait, ce n'était pas si problématique. Il prenait de la drogue depuis trop longtemps, selon lui. Il m'a dit qu'il se considérait comme un drogué, même si ça n'avait pas d'impacts importants sur sa vie. Et il détestait ça. Il ne se voyait pas à 50 ans, fumer son petit joint tous les jours. Je lui ai demandé comment il se voyait à 50 ans. Il a baissé les yeux, a soupiré puis il a souri.
J'ai eu souvent ce type d'échanges à travers le Web, sur des sites de chat, sur Facebook. J'ai d'ailleurs commencé à intervenir sur le forum de Zorro et Cie. Les discussions y sont parfois vraiment intéressantes. À l'occasion, j'ai parlé sur ce blogue de sujets très intimes. Mais c'est facile d'être naturel, d'avoir l'air spontané, quand on travaille son texte pendant quelques jours. Là, je dois faire la même chose, live, en composant avec ma lourde carapace et mes maladresses. Je me bute souvent à mes limites. Je pense qu'avec le temps, je devrais gagner de l'aisance et devenir plus habile aux échanges dans la vraie vie...
Même sur une plage bondée, tout le monde est seul sur sa serviette, à la merci du vent et du soleil brûlant. La chaleur et le grand air nous font un peu tourner la tête. Et face à l'infini de la mer, on se sent définitivement tout petit. Heureusement, il y a les autres pour nous crémer le dos. Et puis, le bruit des rires et les cris des enfants qui jouent pour que l'on ferme les yeux et que l'on s'abandonne au sable chaud.
Note : tous les noms cités sont fictifs. Et les situations racontées, volontairement embrouillées et mêlées de fiction, de manière à en préserver la confidentialité.
11:47 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, travail, voyage, sens, communauté, vie, sexualité, gais
25 mai 2009
25 mai
J'amorce ma troisième semaine de travail à Zorro & Cie. Je suis seul dans le grand bureau des intervenants. Seul, parce que le seul autre intervenant en poste est en congé de maladie, pour une durée indéterminée. Il est passé en coup de vent un après-midi pour me dire bonjour. Les autres membres de l'équipe ne sont toujours pas embauchés. Certains indices me laissent deviner des conflits larvés, quelques frustrations que je ne peux pas nommer précisément, une démotivation commune à bien des organismes sans but lucratif. Je lis, je lis, ça me sort un peu par les oreilles. Des rapports de recherche sur la prévention, du matériel d'information sur les ITSS et les facteurs de risques, des textes sur les approches d'intervention. J'ai parfois l'impression qu'on ne sait trop quoi faire de moi et que l'on cherche à m'occuper en attendant.
En principe, je devrais observer des intervenants en action, il faudrait que je m'observe moi-même. J'ai hâte de mettre en pratique ce que je lis. J'ai hâte de plonger, de confronter le réel et de voir comment je vais me débrouiller. L'impatience me tiraille en ce moment. J'ai l'impression que je pourrai faire une différence, c'est ce qui me pousse à m'accrocher. Je sais que ce désir et ces ambitions risquent de se choquer avec éclat contre la réalité, j'attends cette confrontation avec confiance et l'envie de me colletailler.
D'ici là, je profite du grand bureau et de son silence. Depuis que j'ai les clés et un code pour le système d'alarme, j'occupe l'espace et je prends mes aises comme un roi. Le mur nord est percé de six fenêtres qui doivent bien avoir 10 pieds de haut, des vieilles fenêtres à guillotine en bois qui donnent sur le faîte des arbres d'un parc. À travers des grilles rouillées, le vent charrie les rumeurs de la ville, les parfums des nouvelles pousses et des lilas en fleurs. Seul dans mon bureau, J'ai déjà un peu la tête en voyage. Des images de Méditerranée me chatouillent le fond de l'oeil. Un soleil salace m'agace en frôlant Montréal comme s'il savait pertinemment qu'on allait se retrouver en corps à corps, avec pas mal moins de vêtements sur le dos, dans la lumière des rues de Barcelone. Chaque matin, je fais le décompte des jours qui restent avant le départ, 13, 12, bientôt 11. Je me promène dans Paris avec Google View, je regarde des passants figés qui ne peuvent pas me voir. Juste devant ma porte, il y a une station de Vélib et sur le coin de la rue, une grande fruiterie et une boucherie hallal. J'ai gribouillé sur une carte les cafés, les bars, les parcs que je veux visiter. J'ai trouvé un resto de sushis à cinq coins de rue et un marché public, tout près. Les courriels, les signes se multiplient et me font réaliser que des personnes cachées derrière des blogues existerait peut-être vraiment.
Je ne sais pas si c'est ce printemps doré, ces jours qui allongent, ou ces heures de lecture forcée qui m'ont apaisé. Le bon côté de ce mauvais rhume est que j'ai baissé les bras contre le vent. Je me suis posé pour me reposer. J'ai le corps en jachère. Tout ce que j'ai semé au cours des derniers mois, des dernières années, commence à germer sans bruit. Je devine des centaines de menus plaisirs qui pointent, une odeur de sève qui monte. D'amoncellement de nuages de pluie en immensité bleu, le ciel m'appelle, un peu plus chaque jour.
21:17 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, travail, printemps, voyage, soleil, mer, barcelone, paris, montréal
07 mars 2009
Mars et la pluie
La colère est un moteur, même lorsqu’elle me fait peur. (Ce n'est sûrement pas une énergie verte, mais on se débrouille avec ce qu'on a !) J’ai traversé cette semaine infernale en un seul morceau. Quand, avec l’équipe, on a réalisé que l’on était au vendredi, on s’est souri, soulagé. On avait survécu, sans s’entredéchirer, encore plus solidaires et prêts à se battre qu’avant. On s’est répété, sans trop y croire, qu’un jour ça irait mieux.
Quand la réalité devient opaque, j’ouvre la lucarne du rêve. Cette semaine, j’ai reçu par la poste mon passeport. J’ai couché des chiffres sur papier, j’ai joué avec le budget. Je me suis mis à penser que je pourrai partir pour plus longtemps. J’ai suffisamment amassé d’argent pour prolonger le séjour, partir plus tôt, trouver des petits boulots, peut-être ne pas revenir. En fait, c’est le cadre de cet emploi qui limitait mes vacances. J’ai lu plein de trucs sur le woofing. J’ai imaginé la vie que je pourrai mener sur une ferme bio quelque part dans le nord de l’Europe. Lever juste avant le soleil, pour faire le train. La rosée, dans les prés, pendant que je traverse les champs. Le travail physique qui fouette le corps. Et les jours de congé à la mer, plonger dans le tranchant d’une vague. Le soleil blanc, la pluie ou le brouillard. Baragouiner l’anglais ou l’espagnol avec d’autres voyageurs, allemands ou australiens.
J’ai bien une voix qui me dit que ça n’aurait pas de sens, je ne peux quand même pas passer ma vie à vivre comme si j’avais seize ans et demi. Mais ce n’est pas son tour de parole. Pour le moment, elle doit se taire. Je vais puiser jusque dans les souvenirs des nuances d’espoir. Je revois les instants les plus étonnants de ma vie, quand je me suis senti vibrer au rythme du paysage qui m’entourait. Quand le soleil m’a embrasé le cœur jusqu’à tard dans la nuit et que je n’oubliais plus que le ciel a 360 degrés. Je me souviens d’une fois où je nageais seul dans la Baie des chaleurs, et que j’ai aperçu les têtes de deux phoques gris qui m’observaient. Je me souviens des couchers de soleil sur le mont Saint-Hilaire, alors que je courrais entre les champs de luzerne avec le chien. Je me laisse dériver en tentant de débusquer des échos de ces instants dans l’avenir. On dit que le passé est garant de l'avenir. Non ?
En sortant du bureau, je me suis précipité au gym, même si le grand ne pouvait m’accompagner. J’ai fait le meilleur entraînement depuis des mois. J’ai passé tout le programme de musculation, et il me restait de l’énergie. J’ai couru trois kilomètres sur le tapis roulant en regardant l’équipe de plongeon qui s’entraînait. La précision des corps, leur plaisir contagieux. Quand je suis sorti du stade, la pluie était en train de foutre une raclée à l’hiver. Je sais bien qu’il y aura encore une ou deux tempêtes de neige. Les Irlandais de l’ouest de la ville se font toujours surprendre à la Saint-Patrick. Mais en ce moment, c’est le temps doux qui a le dessus. Je ne veux pas vendre le punch, mais je vous le dis : c’est le printemps qui va gagner.
10:14 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, travail, rêve, avenir, possible, mer, campagne
05 mars 2009
Je sais
Ce billet a été écrit dans un état de grande fatigue. Il est vraiment mal écrit, même si je l’ai recommencé trois fois. En quelque sorte, c’est un texte utilitaire. Peut-être un work-in-progress...
Je travaille dans un organisme communautaire qui offre des services à une population vulnérable. Cet organisme communautaire est financé par Santé Canada, par la Direction de la santé publique de Montréal et par des dons privés. Une bonne partie des dons provient de la communauté des Sœurs de la Providence. Le haut de l’organigramme (qui n’a jamais été mis sur papier) est occupé par le conseil d’administration, dont les membres sont élus parmi les membres d’une corporation. Ne peut faire partie de la corporation qui veut ! C’est le directeur général qui nomme les membres de la corporation, qui élisent entre eux le conseil d’administration, qui nomme le directeur général. Le directeur général est un des membres fondateurs de la corporation. Je sais que plusieurs utilisateurs, bénévoles et employés ont voulu, dans le passé, faire partie de la corporation, mais que ce privilège leur est refusé, pour des raisons qui restent obscures.
Toute l’équipe est régulièrement confrontée, directement ou indirectement, à des problématiques lourdes : violence verbale et physique, toxicomanie, tentatives de suicide, qui s’ajoute aux problèmes reliés directement au VIH/Sida. Une bonne partie de la clientèle de l’organisme vit dans l’isolement et la pauvreté. Les tâches sont mal définies et tout le monde fait ce qu’il peut, sans sentir de soutien réel de la part de la direction. (Les tâches vont de la relation d’aide jusqu’à l’entretien ménager. Personnellement, je suis responsable de recruter, de former et d’encadrer les bénévoles de sept services. Et je sors les poubelles. Je suis constamment débordé et je n’arrive pas à faire le tiers de ce que je suis censé faire.) Pour remédier à la situation, l’équipe a demandé des rencontres de réorganisation de travail. Une première rencontre a eu lieu. Le sujet a été la mission de l’organisme. La date de la prochaine rencontre où seront abordés des problèmes plus concrets n’a pas été fixée. En fait, elle a été reportée à une date ultérieure, non précisée. Cette semaine, les employés ont écrit une lettre réclamant une rencontre de toute l’équipe avec l’ensemble du conseil d’administration. Au cours des derniers mois, la plupart des intervenants, découragés, ont envisagé de quitter leur emploi. Je ne peux pas parler pour les autres, mais dans mon cas, si je pars, ce sera pour sauver ma peau et ma santé mentale.
Mercredi matin, le directeur a congédié le responsable du financement. Je sais personnellement que si ce responsable n’avait pas été là, je n’aurais pas pu être payé à la fin de plusieurs périodes de paie. Parce que l’organisme est dans le rouge, depuis des mois, sinon des années. Je sais que l’organisme a régulièrement des découverts à la banque et que plusieurs fournisseurs refusent désormais de vendre des biens à l’organisme parce que celui ne paie pas toutes ses factures à temps. Je sais que ce responsable a négocié lui-même des prêts à la Caisse Populaire pour que les paies des employés puissent être versées. Et cela est arrivé à plusieurs reprises. Je sais que par ses contacts et son travail, il a augmenté significativement les revenus de l’organisme. Je sais aussi qu’il a insufflé une énergie nouvelle à plusieurs projets moribonds. Depuis que je travaille pour cet organisme, il a toujours été l’une des principales sources de motivation d’une équipe usée et fatiguée. Drôle et optimiste, il semblait totalement imperméable à la morosité ambiante. Il faisait bien sûr des crises de divas, à l’occasion, mais ses éclats mettaient de la vie dans une vieille baraque qui en manquait cruellement.
Mercredi matin, donc, le directeur a convoqué une réunion pour annoncer son congédiement, mais il a refusé de donner la raison du congédiement parce que cette raison est confidentielle. Il sait bien que la machine à rumeur fera le sale travail à sa place, sans qu’il ait besoin de se salir les mains. À mon avis, il l’a congédié parce qu’il n’acceptait pas que quelqu’un remette en question son inertie. Je ne parle même pas d’incompétence ou de malhonnêteté (je ne l’exclus pas non plus), je parle seulement d’inaction dans des situations répétées de crise qui auraient exigé un coup de barre important de la part de la direction.
Le directeur m’a demandé de venir seul dans son bureau. (C’est ce qu’il fait régulièrement avec tous les employés.) Il m’a dit que le congédiement n’avait pas été une décision facile à prendre. Et qu’il avait consulté plusieurs personnes autour de lui. J’ai demandé : « Qui ? » Il n’a pas voulu répondre. Je sais qu’il n’a pas consulté personne de l’équipe puisque tout le monde est contre ce départ. Je lui ai demandé qui allait le remplacer et s’occuper du financement. Il m’a dit que le départ du responsable du financement était un gros morceau, mais que le départ de n’importe qui serait aussi une grosse perte. Puis il a ajouté que personne n’était irremplaçable. Il m’a dit qu’il avait quelqu’un en tête, il n’a pas voulu me dire de qui il s’agissait. Je lui ai dit que je ne voyais personne qui accepterait de faire ce travail dans les conditions actuelles. Il a dit que je serai consulté en temps opportun. Je n’ai pas à être consulté. Je ne suis membre, ni de la corporation, ni du conseil d’administration. La flatterie ne me fait ni chaud, ni froid.
Je pense, en fait, qu’il m’a engagé, entre autres, parce qu’il croyait que je serais facile à manipuler. Ce n’est malheureusement pas le cas. Il faut se méfier de l’eau qui dort. À son âge, il devrait le savoir. Je ne sais pas ce que je vais faire, mais son immobilité ne me servira pas de modèle. Je marche sur des œufs en écrivant ce billet et le résultat est un texte boiteux, mais ça ne m’empêche pas de réfléchir.
J’ai conservé les deux premières versions de ce texte (qui avaient plus de souffle). J’ai été perturbé toute la soirée. Perturbé : c’est le bon mot. Je devrais dormir à l’heure qu’il est. Mais je suis le nez collé à l’écran, à me défoncer les oreilles avec du hip-hop . Il est passé minuit. J’ai passé la journée à ramasser mes collègues à la petite cuillère.
01:15 Publié dans Carnets de révolte | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : travail, vih, sida, communautaire, secret
16 février 2009
L'appel
Je regarde le téléphone et je le déteste. Le fil est toujours entortillé. Et je n’appelle pas. J’aurais envie de discuter avec Mister Right. On ne s’est pas parlé de vive voix depuis des mois. Juste en bavardant, il m’a souvent fait découvrir ma propre vie sous un nouvel angle. Je me dis qu’à le côtoyer, il va peut-être finir par déteindre sur moi. Je voudrais lui ressembler. Personne n’est parfait, je le sais bien, mais je ne peux m’empêcher de l’envier. Ses défauts, je les trouve adorables. Son cynisme m’amuse, son côté précieux m’attendrit. Il a brillamment réussi sa vie professionnelle. Il peut compter sur des amitiés vraies et solides. C’est ce qu’on appelle une vie parfaite. Le reste ce n’est que du glaçage. L’amour c’est la carotte qui fait courir les foules, un mythe qui fait rouler l’économie. « L’amour aussi sèche, pensais-je, et même plus vite que le sperme. » Charles Bukowski.
J’en ai assez de m’entendre me plaindre de mon travail du moment ; de toujours être à bout de souffle, poussé dans mes derniers retranchements ; de répéter à qui veut l’entendre que je travaille trop. Être pigiste et souffrir d’insécurité, par moments, c’est l’horreur. La Bohème à près de quarante ans, ça frise le ridicule, je sais. Je fais comme si c’était un choix, c’est juste par orgueil. J’essaie de me convaincre que ça présente des avantages, la liberté de choisir. Mais je n’y crois plus. Je rêve à plus de stabilité. Je n’arrive pas à la trouver.
Être célibataire et malheureux en amour, ça fait de bonnes histoires à raconter, c’est automatiquement romanesque. Mais j’aimerais bien, un jour, passer à autre chose. Les histoires, je pense bien que je pourrais les imaginer sans avoir à les vivre. J’ai cumulé suffisamment de mésaventures. Enfin, j’ose l’espérer, je n’en suis pas sûr. Je doute encore de mon imagination. C’est quand ça ne va pas que mes billets ont du souffle.
Je regarde le téléphone et je me dis que je ne vais pas l’appeler. Pas dans cet état. Je suis pitoyable et je ne veux pas être lourd. Je voudrais qu’il m’admire. Non, en fait, c’est absolument faux. Je me fous complètement qu’il m’admire ! J’ai toujours ce maudit réflexe de vouloir provoquer l’admiration, par tous les moyens. C’est tout ce que je sais faire. C’est tout ce que je fais, tout le temps, partout. J’ai même développé un talent pour être admiré et ça m’exaspère. Je voudrais juste qu’il m’aime, un peu, une seconde ou deux. Il faut que je décroche le combiné. Mais ce soir, il suffit d'un fil entortillé pour m'en empêcher.
00:00 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, piges, instabilité, amour, travail, envies, téléphone
14 février 2009
Never Gonna Give You Up
Je venais de terminer un billet larmoyant sur mes difficultés au travail. Je ne pouvais pas vraiment le publier. J’avais fait le tour des sites de recherche d’emploi. Je griffonnais sur un bout de papier ce qui pourrait devenir le design d’un blogue qui remplacerait celui-ci. Parce que j’ai parlé d’Amours, vertiges à tellement de monde que je ne peux plus rien écrire ici.
Et j’ai vu la lumière du téléphone clignoter, il y avait un message sur ma boîte vocale. Une dénommée Anne-Marie d’une grosse grosse grosse maison de production. Elle est tombée sur mon blogue horticole en faisant de la recherche. Ils sont en train de développer le concept d’une nouvelle émission de télé sur l’aménagement paysager, pour Canal Vie. Ils trouvent mon travail intéressant. Et ils veulent me rencontrer.
Je me suis mis à sauter et à crier. Oui, ça arrive. Parfois, je suis débile. J’ai jonglé avec des oranges. J’ai même essayé de marcher sur les mains. Mais je me suis écrasé sur le plancher et je me suis foulé un orteil.
Étendu sur mon lit, avec le téléphone :
Le cow-boy : Et puis toi, comment tu vas ?
Moi : Je cours comme un fou, il faudrait que les journées aient 36 heures...
Le cow-boy : ça, c’est un thème récurrent dans ta vie !
Hier soir, c’était le party de Saint-Valentin de la boîte où je travaille. Ça se passait dans un bar du village. Ma job c’était d’être cute, de sourire et de faire du PR. La musique était épouvantablement mauvaise. Il a fallu que je boive une quantité épouvantable d’alcool pour avoir l’air de vraiment m’amuser. Ça me dérangeait pas de faire du zèle. Mes collègues me trouvent drôle quand je suis ivre. Alors, ils se sont mis à me payer toute sorte de shooters. J’ai dansé sur une colonne de son et j’ai failli planter. Au moins, je n’ai pas enlevé mon t-shirt.
Un des directeurs, celui qui est cute, était au moins aussi saoul que moi. Pour un shooter, il a dansé sur la colonne d’en face. Plus tard dans la soirée, il m’a dit dans l’oreille : tu sais que j’ai vraiment plein d’admiration pour toi. Je sais pas comment un gars peut te résister... Surprise et boost soudain d’ego. Mes neurones baignant dans des vapeurs éthyliques, je n’ai pas su quoi dire, alors je me suis sauvé, rouge comme mon t-shirt. En me répétant : supérieur hiérarchique, en couple, chum plus gros que moi, code d'éthique, oublie ça. Et je suis retourné faire semblant de m’amuser sur la piste de danse. Rick Astley chantait Never Gonna Give You Up. Le directeur cute est venu me rejoindre et s’est mis à danser le continental. Il m’a dit : suis-moi, on va rire du DJ. J’ai essayé de suivre ses pas. Sans succès, c’est trop compliqué pour moi, le continental. Les petits blonds, le continental et l’alcool : mauvais mélange.
La soirée avançait. S, un de mes collègues s’est mordu les lèvres en voyant passer un gars assez grand, crâne rasé, petite barbe. Serviable, j’ai dit : Check-moi ben aller, j’vas te le présenter. Toute la soirée, j’avais fait ça, des présentations. J’ai traversé le bar d’un pas chancelant en marchant derrière le gars en question. Il s’est arrêté au bout du comptoir. Il avait une bouteille de Perrier dans la main. Je ne me souvenais plus où je m’en allais. Il m’a souri avec comme un hameçon dans le regard. J’ai souri. Je ne me souviens plus de la suite, sauf qu’on a trouvé une vielle banquette dans un coin sombre du bar et qu’on a fait du necking jusqu’à ce que mes lèvres soient en feu, il avait la barbe dure, et que je m’assomme sur l’accoudoir. Je me suis excusé 35 fois d’avoir trop bu. Il m’a donné un lift jusqu’à chez moi. Aujourd’hui, j’ai un épouvantable mal de bloc. J’ai trouvé son numéro de téléphone sur une page de mon agenda. Une écriture très droite.
Étendu sur mon lit, avec le téléphone :
Moi : Il a les yeux gris et il enseigne les mathématiques.
Le grand : Tu trouves pas que tu devrais prendre un break ?
Moi : C’est quoi ça un break ?
16:53 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gai, homme, bar, alcool, musique, travail
17 décembre 2008
Gym
C’est le manque de lumière, les jours qui raccourcissent, les heures de travail interminables pour arrondir les fins de mois, une équipe blasée, démotivée...
9 décembre. J’attendais depuis des semaines cette date. Réunion de réorganisation du travail. Je savais qu’il ne fallait pas avoir trop d’attentes. On ne peut pas régler en une journée les problèmes accumulés pendant des années. J’espérais simplement qu’on en nomme quelques-uns clairement et que l’on discute de quelques solutions concrètes. Je m’étais préparé, j’y avais pensé, j’avais fait des listes de problèmes et de propositions. La journée avait pourtant bien commencé, lentement mais sûrement. Rien. Huit heures de réunion pour strictement rien ! Tout l’après-midi à débattre du besoin d’un nouvel employé et du manque de ressources. Pour finalement accoucher d’une solution déjà proposée-et-adoptée deux mois auparavant et qui ne règle rien : une réunion supplémentaire. Des discussions creuses qui jouent sur les mots, des combats de coqs, du crêpage de chignon, quelques couteaux dans le dos. La prochaine rencontre est dans trois mois. 90 jours dans une ambiance pourrie, sans que rien ne change. Je ne sais toujours pas en quoi consiste mon travail. Je fais ma petite affaire, tout seul, du mieux que je peux. Je suis découragé.
J’ai eu une promotion. Un surcroît de travail doublé d’une augmentation de salaire minable. Par contre, je passe à un régime privé d’assurance médicament et l’augmentation des coûts est faramineuse. (379.00 $ ce mois-ci au lieu de 77.00 $, je ferais mieux d’oublier tous mes projets de voyage.) Le tout, accompagné d’un dédale de formulaires administratifs. La fatigue. L’absence de reconnaissance. Et puis ce matin, comme une sensation d’étouffement, un tiraillement dans la poitrine, le souffle court...
Le grand : Ça va pas, hein ?
Moi : Pas trop bien, non.
Au début, je me suis dit que c’était la fatigue. La perte d’appétit : une mauvaise passe. L’insomnie : une habitude. L’incapacité à sourire ? Ben, je sais pas. Avec tout ce que j’ai vécu ces derniers temps. Et puis j’ai perdu l’envie de m’habiller. J’ai passé deux jours sans prendre une douche. Et puis les pleurs pour un rien, trois fois par jour. Je crois bien que je me tape une petite, ou une grosse (mettons une moyenne) déprime...
Moi : J’pense que je commence une bronchite.
Le grand : T’es sûr que tu veux venir ? Tu serais peut-être mieux d’aller te coucher.
Moi : Non, je pense vraiment qu’il faut que j’y aille.
Je suis entré dans la chaleur du vestiaire. Une étincelle m’est passée dans l’œil quand j’ai aperçu le bas du dos d’un garçon dans la vingtaine devant les casiers. (Serait-ce que ma libido n’est pas complètement morte ?) Cette épaule fuselée qui plonge entre biceps et triceps. Ce que j’aimerais avoir une taille comme la sienne ! Il se retourne et le bas-ventre qui disparaît sous l’élastique des shorts me donne presque une crise d’apoplexie. Il faut que je me secoue pour regarder ailleurs. Je grimpe en trottinant l’escalier qui mène à la salle de musculation.
Celle-ci surplombe les piscines olympiques. Je m’étire les ischio-jambiers en m’appuyant à la barre. Le grand s’étire les triceps. Dans les couloirs du bassin principal, des nageurs filent, suivis de traînées d’écume. Près du second bassin, une équipe de nage synchronisée répète le début d’une chorégraphie. Hors de l’eau, elles ont l’air d’une troupe de manchots empereur.
Le grand : Du sel de mer à l’eucalyptus, tu vas voir, ça dégage.
Moi : J’ai du Vicks, ça va faire pareil.
Il sourit.
Le grand : Tu vas demander à ton voisin de te frotter le dos ?
Je ris.
Moi : On n’en est pas là...
Au dessus du dernier bassin, les plongeurs s’élancent de différentes hauteurs. Ces anges font des vrilles, momentanément libérés de la gravité, puis tombent comme des flèches. Des geysers de bulles les ramènent par intermittence à la surface. Sur le tapis roulant. Je me sens lourd, j’ai l’impression d’être chargé comme un soldat en Afghanistan. J’ai même peur de briser l’appareil. Les premières minutes sont pénibles. Et puis ça passe. À un moment donné, le corps court tout seul comme un cheval de trait bien dressé, une mécanique bien huilée. Je sens la chaleur qui brûle dans ma poitrine. Mon esprit, lui, est parti. Il s’est glissé dans l’eau fraîche entre deux nageurs. Je suis content d’être venu.
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27 novembre 2008
Virginie
Le patron a pris un air mi-jovial, mi-protocolaire : « J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer, il a pris une pause pour ajouter du pathos, commençons par la bonne : Pierre-Yves a accepté de prendre le poste de coordonnateur laissé vacant par x. » Moment de silence. Je lève les yeux. Tout le monde s’en doutait. « La mauvaise c’est que, dans un contexte de crise économique et de coupes budgétaires gouvernementales et bla-bla-bla... on ne pourra pas embaucher quelqu'un d'autre... » Bref, comme je suis efficace et bien organisé, on me remercie en doublant ma tâche (celle de x s’ajoute à la mienne) et en me donnant une augmentation ridicule qui ira entièrement dans les poches de l’impôt. Un géranium chétif dans un pot en béton armé.
Je dois cependant garder le sourire pour mon équipe de bénévoles (lire cheap labor) dont je ne peux pas me passer. Je traverse la journée en grinçant des dents, coincé entre l’arbre et l’écorce. Et je la termine de la même façon, sur la ligne verte du métro, à l’heure de pointe. j’ai été éjecté quand les portes se sont ouvertes, une station avant la mienne. J’ai décidé de marcher sous la pluie, le reste du trajet, parce qu’une minute de plus, le visage écrasé dans la porte, et j’allais commettre un massacre au parapluie. (Avis à la GRC, mon adresse courriel est sous la rubrique « à propos » en haut, à gauche. English message will follow. Venez me chercher.)
Une enveloppe complètement mouillée m’attendait dans la boîte aux lettres. Le magazine moribond pour lequel j’écris m’envoie un chèque pour des articles qui paraîtront en avril 2009. Je pourrai régler quelques factures. Le problème, c’est qu’ils n’ont toujours pas payé les articles de février et de mars, facturés un mois plus tôt. Dans cette maison d’édition, les factures ont la fâcheuse habitude de se volatiliser sans faire de bruit. L’entreprise a décidé de suspendre la publication de nouveaux contenus sur le Web. Mes vieux textes de l’an dernier roulent désormais sur le site du magazine, sans que je touche un sou, avec ma tête qui sourit et qui a l’air stupide et heureux. Le photographe m’avait dit de me la jouer tombeur.
Bref, je suis vraiment de bonne humeur et totalement en harmonie avec la merde qui tombe du ciel. Un mélange parfaitement équilibré de neige grise et de pluie verglaçante. Je vais me bourrer la face de pizza extra smoke-meat en écoutant Virginie. Tant qu’à avoir mal au cœur ! En moins de 30 minutes de télévision, une lesbienne alcoolique fait une scène de jalousie à sa blonde bisexuelle, fille de truand, un obèse leucémique coache en pleurnichant une équipe de volley-ball d’adolescentes mésadaptées socio-affective et on apprend qu’une déficiente intellectuelle est tombée enceinte pendant que sa mère était dans le coma, suite à un terrible accident de voiture. Ça c’est de la télé !
Edit (1) : Les factures ne se sont pas volatilisées, je ne les avais tout simplement pas envoyées. Mes excuses au magazine moribond. Je travaille trop. La fatigue me rend stupide.
Edit (2) : Regarder Virginie, c'est complètement in ! (Même si l'auteur travaille trop, elle aussi.) La preuve : même P45 en parle.
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20 novembre 2008
Minutes
Cinq minutes. C’est le temps que je peux consacrer à un billet. Mes temps libres ont rétréci comme une peau de chagrin. Comment je vais ? Bien. Trop, peut-être. On dirait que plus rien ne m’atteint gravement. Je viens d’obtenir une promotion. Plus de responsabilités, un salaire plus décent. Je suis en forme alors que tout le monde à Montréal est enrhumé. Mon blogue en horticulture marche trop bien. Je n’arrive pas à répondre à toutes les demandes. Cet hiver, je vais enseigner à des professionnels. Il y a quelques années, c’était un rêve. Maintenant, ce n’est qu’une montagne de travail qui s’étend devant moi. Je n’en voit pas le bout. J’ai le trac, même si je sais que je serai à la hauteur.
Et l’amour, alors ? Il ne fallait pas le mettre dans le titre si c’était pour ne plus en parler. Le vertige ? Je ne me souviens plus trop ce que c’est ! Non, rien. J’ai beau chercher, creuser, rien à raconter. Samedi soir, j’ai dormi avec un garçon. Je ne suis pas amoureux. Il est simplement joli. Sa façon de m’ouvrir les portes et d’être constamment gentil m’agace un peu, en fait. Et de toute façon, il ne rappellera pas. J’ai désormais un radar infaillible pour détecter les déserteurs.
...
Dix minutes supplémentaires. Je suis vraiment fatigué. Heureusement, j’ai trouvé quelqu’un qui me remplacera quelques jours à mon emploi régulier. J’aurais donc un long week-end. Je vais m’arrêter juste ce qu’il faut pour ne pas me brûler les ailes puis je vais repartir pour travailler sur des piges. Lecteurs-blogueurs si vous saviez à quel point vous m’êtes utiles ! Je grappille dans vos vies pour avoir l’impression d’avoir une histoire à suivre. Pourquoi travailler autant ? Pourquoi pas ? Pour ramasser de l’argent et le flamber à une vitesse folle dans une rage de matérialisme. Pour avoir un toit et du beurre sur mon pain, aujourd’hui et demain. Je participe ainsi à l’effort de ralentissement de la crise. Parce que j’ai peur de l’avenir. Je croise chaque jour un homme qui a renoncé aux refuges pour l’héroïne. On a le même âge, presque le même prénom. Il ne ferait pas de mal à une mouche, mais ne laissera personne lui enlever une parcelle de liberté. Je le vois parfois le soir, allongé dans un parc au pied d’un arbre alors que le mercure descend sous zéro. Je me défonce au gym pour gagner quelques kilos, m’élargir les épaules, prendre de la masse musculaire. Pour ressembler à qui ? À quoi ? Un corps plus découpé, plus de chiffres sur la balance comme sur mon relevé bancaire, plus de marge de crédit. Ma vie reste vide comme le sont mes bras et mes yeux à la fin de mes journées. En sortant du métro, j’ai eu l’idée de m’acheter un chat pour ajouter quelques miettes de sens à mon existence sans queue ni tête. Puis j’ai changé d’idée en passant les tourniquets. Le poil sur les vêtements, la litière, l’odeur des croquettes au poisson. Mon temps est écoulé. Je l’ai volé au sommeil. Je voudrais m’abandonner dans les bras de Morphée, pour toujours.
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22 octobre 2008
Brèves (note 445)
Finalement, je ne connaissais pas la femme que j’ai vu sur le trottoir, samedi dernier. Celle que je connais raconte encore des blagues vulgaires et s’étouffe en riant parce qu’elle fume trop. Il lui arrive encore de parler de son ancien amant, les yeux dans le vague. Ça revient constamment, comme un bout de mélodie sur un disque brisé. Mais elle a l’air plus calme et se fait lentement une place, entre les allées et venues de la maison. J’ai eu peur pour rien. Enfin, pas pour rien : pour une inconnue. Ça m’apprendra à traverser les quartiers mal famés avec un cœur fêlé, imbibé de téquila…
J’ai su ce matin que mes patrons ont décidé de m’accorder une semaine de vacances. Ce sera mes premières vacances payées, à vie. Je n’ai connu que des périodes de vaches maigres entre des piges. Et à mon retour, j’aurai même droit à une augmentation (qu’il me reste à négocier). Je continue de faire des petits contrats à l’extérieur, un peu par insécurité, un peu pour me vider la tête. J’en ai décroché un dont je suis particulièrement fier. Je vais donner un cours en formation continue au collégial.
Un vent de bordel avait soufflé sur mon appartement après que Mister Right ait pris ses distances. Pendant des semaines, j’ai été submergé par le désordre. Je pense que c’est un mécanisme de défense. Je me fabrique un cocon qui m’isole des visiteurs potentiels. L’accumulation des objets me protège des émotions. Les surfaces libres sont graduellement réapparues sur mon plancher. Le tas de vaisselle a fondu petit à petit, comme neige au soleil. Et tout l’appartement brille désormais comme un sou neuf, signe que la tempête est passée et que je suis indemne.
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