21 juin 2007
Y. bis
C’est le premier soir du festival de feux d’artifice. Les 450 ont envahi la ville. Le pont Jacques-Cartier se transformera chaque semaine en fourmilière humaine. Le fracas des explosions fera trembler les murs et déclenchera les antivols de voiture. Puis les troupeaux de Ginos et de Ginettes marcheront main dans la main vers le métro, jetant un coup d’œil mi-amusé, mi-réprobateur sur le Village gai au pied du pont. (Désolé si vous habitez le 450, ce soir vous êtes mon bouc émissaire)
Il paraît que les plats réchauffés sont les meilleurs. Ce texte-là me fait encore sourire. C’était l’an dernier. À mon grand soulagement, je dois l’avouer, je n’ai jamais revu ce garçon…
06 juin 2006
Y. aux yeux pers
Retour au Stud. Les chaleurs des derniers jours se sont calmées quelque peu et c’est le premier vendredi où la cigarette est interdite dans les bars de la ville. Un attroupement de fumeurs s’est formé devant l’entrée. La clientèle du bar est assez bigarrée. Sans la fumée, les odeurs se révèlent. Observer la piste de danse me donne toujours le fou rire après un moment. Je remarque un latino, frisé, barbe de deux jours et regard sombre. Mais à l’évidence, Ricky Martin ne me porte aucun intérêt.
Une armoire à glace passe derrière moi et s’arrête net. je lui jette un œil, il me regarde et souris de ses yeux pers. Je m’avance vers lui et lance la conversation. Il est grand et idiot. C’est ce qui me charme tout de suite. Au premier baiser, je le mords à la joue. Il fallait le voir se tenir la joue en pleurnichant : « Mais tu m’as fait mal! ». Il a pris sa revanche. Il m’a soulevé au-dessus de lui. Je me sentais complètement ridicule au milieu du bar, les pieds dans le vide:« tu veux bien me poser, s’il te plaît? ». Plus tard dans la soirée, on est sorti prendre l’air enfumé devant le bar.
Sur le trottoir on discute, M. Muscle et moi, assis sur un banc, nos jambes emmêlées. Une voiture s’arrête au feu rouge. Pendant que madame à la crinière tricolore tient le volant, Monsieur Gino de service nous lance :« C’est beau l’amour! » Y. se met à aboyer : « Va-t-en chez vous ostie de 450! » puis me sourit en grognant virilement. Pourquoi suis-je charmé par la vulgarité. Est-ce l’effet des quatre minuscules Corona que j’ai bues? Où l’effet des vieilles limes périmées que le barman a enfoncées dans le goulot ?
(Aparté documentaire : 450 est l’indicatif régional de la banlieue de Montréal, un terme péjoratif pour décrire les petits couples standards qui habitent dans des bungalows. Les 450 se perdent fréquemment la nuit dans le village gai en essayant de prendre le pont Jacques-Cartier pour regagner la rive sud. La corona est une bière mexicaine contenant un fort pourcentage en eau. Servie avec de vieux quartiers de lime, elle confère à son buveur une odeur de favelas.)
Il est, il faut l’avouer, carrément moqueur. Il adore mes yeux et mon ventre. Mon ventre?!. Quel ventre? Soyons clair, je n’ai pas de ventre. Il adore encore plus ma réaction. Il doit rencontrer un ami à deux heure, pour un emploi de videur au Stéréo, un afterhours. Il a le physique de l’emploi. Le téléphone me réveille le lendemain matin. Il a travaillé toute la nuit. Il vient de terminer et s’en va se coucher. Avant de se mettre au lit, il fume une cigarette, avec moi, qu’il ajoute. Il n’est pas prêt à arrêter de fumer. Il me demande si je vais m’en accommoder. M’en accommoder…? Je ne l’ai pas demandé en mariage. Je lui ai juste donné mon numéro de téléphone un soir de beuverie.
Il tenait absolument à ce qu’on soupe ensemble ce soir. Je lui avais dit peut-être. Pourquoi donc ai-je l’envie d’y aller ? Juste parce que j’ai faim ? Qu’est-ce qui peut bien m’attirer chez lui ? Le fait qu’il s’accroche à moi aussi vite ? Son air de délinquant, d’adolescent attardé ? Je dois reconnaître qu’il est décapant d’honnêteté, drôle, à la limite séduisant. Son côté bum au cœur tendre ne me laisse pas indifférent. Et ça voix fêlée me donne des frissons. Peut-être une impression de protection, la vraie vie me fait si peur. Jusqu’ici, tout va bien : il est célibataire, hors du placard, il ne vit plus chez maman et il a plus de 30 ans. Il doit avoir un vice caché : stupidité véritable, toxicomanie ou trips sexuels bizarres. C’est peut-être un tueur en série. J’aime le trouble.
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