28 novembre 2006

J'écrirai

Pardonnez-moi à l’avance cette note bâclée, rédigée d’une main anxieuse, juste au bord du sommeil, agrippé à un oreiller, les yeux trop ouverts. Je suis incapable d’écrire des phrases courtes. La chute des secondes s’accélère. Même pas une dizaine de pages à livrer, une commande longuement procastinée. La date de tombée risque de ne pas se relever. Le deadline se fossilise déjà.

Si j’ai eu un peu de liberté ces derniers temps, je suis resté délibérément improductif. J’avais la fatigue rebelle, l’inertie tyrannique, un besoin viscéral d’être immobile. La montagne est toute petite. Quelques heures et j’en aurai fini. Mais je suis essoufflé juste à la regarder. Et je tremble. Je dois décrire une quarantaine de nouveautés horticoles qui seront sur le marché au printemps 2007 de manière à ce que tous les jardiniers amateurs de la province se battent pour les acheter lors de la première journée ensoleillée du mois de mai. Le charme incendiaire du nouveau bégonia, le romantisme champêtre de la dernière rudbeckie, la fleur parfaite, dégoulinante de bonheur, résistante aux bestioles, à l’acide chlorhydrique et aux tsunamis.

Je suis plus pauvre que je ne l’ai jamais été. Toute urgence s’évapore instantanément quand vient le moment pour les «clients» de payer. Le comptable, dont l’existence est douteuse, n’apparaîtrait qu’une fois tous les trente jours, mais personne ne peut me dire à quoi il ressemble. En attendant, je me gave de pâtes et de beurre d’arachide, séparément bien sûr. Je compte et recompte mes cennes noires. Cennes de luck, minable porte-bonheur.

Curieusement, le stress m’allume, fait miroiter les filons sur les parois du tunnel. J’ai envie de jouer avec le feu. J’ai envie de jouer. Un jour, j’écrirai.