22 février 2007

Marquant

Le soleil est éblouissant, le ciel sans nuage. Un avant-goût du printemps et l’eau rigole entre les trottoirs et l’asphalte. J’ai mis de côté pour un instant mes préoccupations pécuniaires. En écoutant la radio, ce matin, je me suis remis à la jonglerie. J’ai déjà su jongler à trois balles, mais je me rends compte que ça se perd avec le temps. Trois oranges sanguines ont été mises à contribution. Elles ont le poids idéal, un parfum agréable et elles sont plus faciles à peler quand on les a échappées quelquefois. Puis, je suis parti au centre sportif. J’y ai croisé un homme que j’ai connu lorsque j’avais 20 ans. Il n’a pas l’air de me reconnaître. Mais cet après-midi, je l’ai surpris une fois ou deux à m’observer.

Il s’appelle Antoine. En 1990, il était serveur au Saloon. Il avait des boucles blondes de Saint-Jean Baptiste, qu’il a rasées depuis. J’étais complètement pâmé devant lui et son univers vaguement bohème. (Ça ne prenait pas grand-chose pour m’impressionner.) Son nez aquilin, ses yeux tendres et son air moqueur. Et je sirotais avec délectation les Black Russians qu’il me préparait.

Je pourrais trouver insultant qu’il ne me reconnaisse pas. Quoique je n’ai pas non plus énormément de souvenirs de lui. Je me souviens d’un matin où il dormait nu sur mon futon. Le soleil lui tombait sur les fesses. Je me souviens qu’il avait mis Barbara pour m’annoncer que nous deux : ça n’irait pas plus loin. Je ne connaissais pas Barbara. Je ne me souviens plus exactement de ce qu’il m’avait raconté, mais il désirait que l’on conclue notre histoire en se disant ce qui nous avait plu chez l’autre. Après l’entraînement, quand je suis passé dans le vestiaire, il était en train de se déshabiller. Je n’arrive pas à me rappeler s’il avait déjà, à l’époque, un tatouage à cet endroit…