16 septembre 2008

Une histoire

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Je suis un fan de Fabrice Neaud depuis qu'il m'a autographié le premier tome de son Journal, au salon du livre de Montréal. Je crois que c'était en 1998. (Je suis certain que sa façon de faire de la bande dessinée a influencé mon envie d'écrire.) En compagnie du scénariste Thierry Robberecht, il a créé cette bande dessinée magnifique, troublante de vérité. Ce projet était une commande d'Ex Æquo, un organisme belge de prévention VIH/Sida. Ne perdez plus de temps ici et courrez la lire. C'est mon histoire. C'est la sienne. Ce pourrait être la vôtre...

Alex et la vie d'après
Bande dessinée en format PDF, téléchargement gratuit

Via Edgarallan

18 août 2008

Diane sous le soleil

Diane a 63 ans. Récemment, elle a été interviewée par une journaliste de la Presse, dans le cadre d’un dossier spécial sur la conférence de Mexico sur le Sida. Elle était heureuse de pouvoir enfin témoigner, de raconter ses longues années de silence. Diane a appris qu’elle était séropositive, en 1986. Elle a vécu dix ans, dans le secret le plus total, sans en parler à personne de son entourage. Dix longues années à se taire. Elle a gardé son secret pour elle jusqu’à sa retraite. La veille de l’entrevue, elle était fébrile. La journaliste lui avait demandé la permission de la photographier. Dynamique, grisonnante et souriante, Diane ne cadre pas avec l’image qu’on se fait généralement des personnes séropositives. Elle a réfléchi toute une nuit. Au matin de l’entrevue, elle m’a annoncé avec beaucoup d’émotion, qu’elle allait le faire. Elle allait témoigner à visage découvert. Il fallait qu’elle le fasse pour toutes ces femmes qui vivent dans la honte et le silence. Un appel de son fils a modifié ses plans. Il habite dans une petite ville de la Rive-Sud, une petite ville où tout le monde se connaît. Et il est hors de question pour lui que des gens apprennent que sa mère est séropositive. Elle était déçue, mais elle a choisi de respecter sa demande. Il n’y aurait pas de photos.

Hier, c’était le défilé de la fierté gaie et lesbienne dans les rues de Montréal. Diane est hétérosexuelle, mais elle s’est fabriqué un masque tout en plume et en dentelle. Elle a enfilé un costume loufoque de ballerine dans lequel même son fils n’aurait pu la reconnaître. Elle s’est jointe au groupe de Maison Plein Cœur, un organisme communautaire qui offre service et soutien aux personnes séropositives. Sans un sou de budget, une dizaine d’hommes et de femmes ont bricolé un char allégorique impressionnant. Ils ont peint à la gouache un vieux pick-up sur lequel ils ont monté un chapiteau. Au centre du chapiteau se balançait un virus souriant, encagé dans une prison sphérique, fabriquée avec les bouteilles de leurs propres médicaments. Diane a dansé avec fougue pendant les deux ou trois heures du défilé. Parmi les milliers de personnes qui l’ont aperçu, bien peu ont dû deviner l’importance de ce geste pour elle. Mais il fallait voir la fierté dans ses yeux après le défilé, lorsqu’on est allé prendre une bière pour célébrer l’évènement. Elle était fatiguée et complètement trempée sous son costume, mais c’était sans importance. Ce jour-là, le soleil ne brillait pas pour rien. Diane était heureuse.

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L’article d’Ariane Lacoursière sur Cyberpresse


Je cherche toujours des commanditaires pour financer Maison Plein Cœur, pour que cet organisme puisse continuer à offrir des services et du soutien, pour Diane et des centaines d’autres personnes atteintes. Les dons peuvent être faits par carte de crédit sur la page qui suit : commanditez-moi !

26 juin 2007

Paroles

Comme tous les Nouveaux Mondes, Internet est un Far West qu’aucune loi n’arrive vraiment à gouverner. On y trouve du pire et du meilleur. Et rien n’y distingue le vrai du faux. Il faut être solide pour encaisser les secousses de la navigation. Je survole assidûment tout ce qui s’écrit sur la réalité des personnes séropositives. Je suis tombé sur le blogue d'un américain. (Je ne donne pas le lien, c'est volontaire.) Selon la légende, il aurait 26 ans et vivrait à New York. Il serait scénariste pour une série américaine à succès. Sur son site, il raconte ses rencontres sexuelles qu’il déniche sur Internet. Son obsession : enculer des garçons plus jeunes, toujours sans condom, et éjaculer en eux. Trois fois sur quatre, il réussit à les convaincre qu’il n’y a pas de danger. Il va même jusqu'à présenter ses derniers résultats de tests négatifs. Et si son partenaire refuse, il use de stratégie pour déchirer le condom ou le retirer sans que l’autre ne s’en aperçoive. Comme son identité est soigneusement préservée, personne ne peut affirmer que ses récits sont réels. S'il est réellement scénariste, il manque cruellement d’imagination. Depuis le début de son blogue, toutes ses histoires se ressemblent. Hors de la sphère sexuelle, toutes les dimensions de sa vie sont complètement évacuées. La façon dont il nie l'humanité et l'individualité de ses partenaires donne froid dans le dos.

Selon les lois fédérales, au Canada, cet acte équivaut à une agression sexuelle. Le consentement étant nul. (La jurisprudence actuelle n'oblige pas une personne séropositive à révéler son statut si elle utilise un moyen de protection.) Jusqu’ici, les projets de loi qui rendraient la divulgation obligatoire, même dans le cas de relation protégée, ont été déboutés. Mais plusieurs procès tournant autour de cette question sont en cours actuellement. Reste à voir si l’utilisation du condom sera reconnue par les législateurs comme une protection efficace.

À l’autre bout du spectre, le point de vue des femmes et des jeunes apporte une lumière nouvelle sur les débats qui secouent la communauté gaie depuis des années. Voici l’adaptation du témoignage de Nina, une des porte-parole de la campagne Does HIV look like me





Nina, 23 ans, Decatur (Georgia), séropositive depuis sa naissance.

« … L'une des façons de mettre un terme à la pandémie de VIH et à la stigmatisation des personnes séropositives est de promouvoir le test de dépistage du VIH. Personnellement, quand je révèle ma séropositivité, je me sens mieux avec moi-même. Les gens à qui je divulgue mon statut sont également plus à l’aise avec cette réalité. Lorsqu'on refuse de parler de sujets difficiles comme les maladies transmises sexuellement, la pauvreté, la discrimination ou la mort, on ne fait rien pour améliorer la situation. Le fait que rien ne bouge rend ces sujets encore plus délicats. C'est un cercle vicieux. Et les personnes qui choisissent d’ignorer leur statut par peur du rejet sont souvent celles qui prennent le plus de risque.

Chaque fois que je révèle ma séropositivité à une nouvelle personne, je montre que je suis à l’aise avec ce statut. Je choisis d’annoncer ma séropositivité au moment où je suis prête à vivre une relation sexuelle. Je ne voudrais pas avoir une relation sexuelle, même protégée, sans divulguer ma séropositivité. Je ne veux pas choisir pour mon partenaire les risques qu'il veut bien prendre. Et je ne voudrais pas que l'on m'impose ce choix. J’aimerais que chacun soit à l’aise avec son statut sérologique. Et qu’il n’y ait plus de tabous.

J'ai trouvé ma façon de m'impliquer pour faire bouger les choses : je participe à des essais cliniques où de nouveaux traitements sont mis à l'épreuve. La science m'aide à rester en vie. Alors, j'aide la science à avancer. Les chercheurs ont constamment besoin de participants de toutes origines et de toutes conditions. Il est primordial que la recherche scientifique fasse des progrès. Mais tous les traitements du monde ne serviront à rien si on ne change pas les mentalités, si les gens continuent d'être inconfortables avec le VIH, la maladie et la mort, on ne pourra jamais enrayer cette épidémie. Il est possible de prévenir l'infection au VIH. Cette maladie ne devrait tout simplement pas exister… »

Nina

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