31 janvier 2009

Humour et sex-appeal

Deux angles pour aborder la prévention, par MTV.





Via La communication préventive

16 janvier 2008

Roseline et le brocoli

J’avais six ans et demi, la dernière fois que j’ai suivi une leçon de natation. Je n’en garde pas un très bon souvenir. J’ai eu la drôle d’idée de m’inscrire à un cours pour adulte : initiation aux styles de nage. Toute la journée, j’ai imaginé avec appréhension la traversée en maillot de l’espace entre le vestiaire et la piscine. Mes sandales trop grandes qui glissent sur la céramique. Cette odeur de chlore qui plane. L’eau doit être glacée. C’est peut-être une bonne chose. Le froid mordant de l’eau me fera vite oublier que je suis à moitié nu, en plein mois de janvier, avec un groupe d’étrangers.

Je suis allé courir sur les tapis roulants jusqu’à l’heure du cours. Je descendais l’escalier en spirale qui relie la salle de musculation et le vestiaire des piscines. J’avais mes écouteurs sur les oreilles et les lèvres qui remuaient sur les paroles de Toxic. J’ai croisé un homme, assez grand, petite barbe noire et yeux bleus. Il portait un t-shirt noir, sans manches. Je suis resté ébahi par sa beauté et, après quatre marches, je me suis retourné pour le voir de dos. El magnifico s’est retourné au même moment et un sourire à fait plisser ses yeux. J’ai souri à mon tour, embarrassé, en me détournant brusquement et en dévalant les marches devant moi, au risque de débouler.

L’eau n’était pas trop froide. Le cours a débuté par une évaluation. J’attendais mon tour près d’un garçon à l’allure slave qui s’appelait Philippe. On était tous les deux complètement pourri. Philippe avait l’air affolé. Après quelques longueurs, les monitrices ont divisé le groupe en trois. Philippe s’est retrouvé dans les plus faibles. Et je me suis retrouvé, avec trois filles, dans les plus forts. C’est vraiment trop injuste ! Je suis pourri, moi aussi ! Ma monitrice s’appelle Roseline et elle est étudiante en kinésiologie. Le cours a été vraiment dur. J’étais à bout de souffle et j’avais mal partout. Lorsque je suis enfin sorti du bassin d’entraînement après une série de longueurs au crawl, il y avait sensiblement moins d’eau dans la piscine. À chaque inspiration, j’avalais une bonne tasse d’eau chlorée. J’ai dû m’arrêter quelque fois pour reprendre mon souffle, sous les encouragements de Roseline. Les mollets douloureux, j’ai clopiné jusqu’à la douche puis au sauna. J’y ai discuté avec Brutus qui sortait de la salle de musculation (en langage codé, pour ne pas que les bonshommes présents ne puissent nous comprendre). J’étais en train de me rhabiller quand j’ai vu du coin de l’œil El magnifico arriver et ouvrir un casier sur ma gauche . Je crois qu’il a de nouveau esquissé un sourire, j’ai immédiatement baissé les yeux et je me suis dépêché d’enfiler mon manteau.

J’étais coincé entre le banc et les casiers avec mon manteau sur le dos. Une des issues était bloquée par un gros monsieur. L’autre, par lui. Je n’étais tout de même pas pour le frôler. Il n’arrêtait pas de me jeter des regards par en dessous ! J’ai fait un grand détour pour me faufiler du côté du monsieur. Je me sentais ridicule et je ne pouvais m’empêcher de sourire. Et du coin de l’œil, j’ai vu qu’il souriait aussi. Je me suis précipité à l’extérieur sans arrêter de sourire en me demandant : comment aborder quelqu’un dans un escalier ? : « Vous montez souvent ici ? », « Pardon, pour aller en haut, c’est dans quelle direction ? », « On vous a dit que vous étiez vraiment joli, en contre-plongée ? » Pfff… N'importe quoi !

9 à 5 du lundi au vendredi, coucher tôt, brocoli trois fois/semaine. J’en suis rendu à regarder Virginie à la télé. Ma vie est tellement ennuyeuse, il faut bien que je m’invente des histoires !

07 novembre 2007

La serviette

Demain, ce sera mon premier jour de congé depuis des mois. Vingt-quatre heures de possibles. Et plus rien qui me pend au-dessus de la tête. Une vraie journée off ! J’ai du mal à le réaliser. Ce soir, je regarde la télé. (Les hauts et les bas de Sophie Paquin) Quel Luxe ! Je ne sais pas ce que je ferai demain. Et ça me met de bonne humeur.

(Bonne nouvelle pour les lecteurs européens, cette excellente série québécoise, drôle, touchante et colorée, a été achetée par France 2 et sera diffusée en 2008. Bémol : Elle sera doublée par des comédiens français, car comme chacun le sait, les Québécois ne parlent pas français ! C’est d’ailleurs étonnant que vous compreniez ce que j’écris ici ! Non, non, avouez ! Vous n’y comprenez rien !!)

Je fais des heures de fou depuis environ deux mois. Je multiplie les quarts de travail de 12 ou 13 heures et j’utilise tous mes temps libres pour avancer dans mes contrats de rédaction. Souvent, la fatigue m’empêche d’être réellement productif. À quelques jours de la date de tombée, j’avais tout de même presque terminé. Les derniers miles ont été épais comme une soupe aux pois. À certains moments, j’y étais, le texte était bon. La minute d’après, c’était pourri et j’avais envie de tout reprendre à zéro. Environ quatre secondes avant que j’envoie l’article, je reçois un courriel d’une femme qui travaille dans le milieu et à qui j’avais demandé conseil. Je fais le tour de ce qu’elle me suggère. J’ouvre à nouveau le document pour faire rapidement quelques corrections et changer ma conclusion. Puis, avant d’envoyer la version définitive, j’ai tout mis de côté et je suis allé au Gym.

J'ai mis mon ipod sur shuffles en faisant mes étirements. Dans le silence entre deux pièces, je surprends un bout de conversation entre deux hommes assis sur un matelas à ma droite :
— « À 38 ans, j’avais l’impression de n’avoir rien vu de ma trentaine. Je ne veux pas manquer la quarantaine. »
— « On ne peut pas rattraper le passé, le présent, c'est tout ce... »
J’ai eu le temps de faire la moitié de mon programme et il discutait encore. Je me demande s’il a passé sa trentaine à jaser sur un tapis d’exercice.

J’avais du mal à finir mes séries de développés cubains. Peut-être que c’est les poches que j’avais sous les yeux qui étaient trop lourdes. Non, je blague. Dans le miroir, la fatigue ne se voyait presque pas. Mais j’étais trempé de sueurs, les cheveux jackés dans les airs, lorsqu’un jeune homme asiatique est apparu dans mon champ de vision. À peu près 20 ans, épaule ronde dans un t-shirt blanc ajusté. Des yeux… des yeux absolument… ensorcelants. Et le rose de sa lèvre inférieure ! Il a fallu que je me secoue pour cesser de le fixer quand je l’ai croisé, entre les vélos stationnaires et les poids libres. Je me suis concentré sur mes séries.

La température dans le sauna est un peu trop chaude. Je suis seul avec un vieillard assis dans l’autre coin. Je ferme les yeux en souhaitant que la chaleur dissipe ce qui me reste de stress. Le craquement du plancher me fait ouvrir l’œil. C’est le jeune homme que j’ai vu tout à l’heure qui vient d’entrer. Il est dos à moi et monte sur le deuxième banc. Pendant une seconde, je me perds dans le relief des muscles de son dos. Je ferme les yeux sur cette vision en me concentrant pour garder cette image en tête. Je soulève les paupières ; il me regarde. Je détourne aussitôt les yeux. Je regarde la porte, le plancher. Puis, conscient que je dois avoir l’air complètement stupide, je ferme les yeux. J’ai quand même eu le temps de constater qu’il n’avait pas que des yeux et des lèvres époustouflantes. Un autre craquement, le vieillard sort. Merde ! je vais me retrouver seul avec lui ! Une goutte de sueur glisse dans le creux entre mes clavicules. J’ai les yeux fermés de toutes mes forces. J’ouvre les yeux, il me regarde encore. J’échappe ma clé qui glisse sur ma serviette puis sur le plancher. Je me penche pour la rattraper avant qu’elle ne tombe dans une fente entre deux planches. Je l’entends dire « oh. » Je soupire, et me redresse, les yeux toujours fermés. Que je suis con ! J’ai raté l’occasion d’entamer une conversation, mais c’est sûrement mieux ainsi. Des plans pour qu’il me fasse un sourire et que j’aie une érection. En serviette, c’est pas discret. Surtout, garder les yeux fermés. Le plancher craque à nouveau. J’ai juste le temps d’ouvrir les yeux pour le voir pousser la porte. La serviette vert jade qu’il retient contre son ventre entoure négligemment sa taille, révélant le haut de ses fesses mordorées. Je prends une grande respiration. Et je me répète : « Trop jeune ; trop beau. » En sortant de la douche, sur le mur de céramique blanche, la serviette vert jade est suspendue sur un crochet.

Je remets mes écouteurs et je pousse la lourde porte pour sortir. À l’extérieur, l’air est frisquet. Je monte le volume quand débute cette chanson qu’une gentille blogueuse m’a envoyée. J’aime ces riffs de guitares un peu sales, ces chœurs désordonnés et ce texte disjoncté.




Déjà, le ciel est sombre et il ne reste qu’un coin de soleil qui s’est pris dans les branches des ormes, au-dessus du Jardin botanique. Aussi bien en profiter ! Bientôt, on se retrouvera sous la neige. Moi, je souris, sans trop savoir pourquoi.

Musique : Malajube, Montréal -40°C
La chanson n’est pas doublée. Et le vidéoclip (qui n’est pas sous-titré) est ici.

31 août 2007

Un dernier, pour la route ?

J'aime les cahots, les crevasses et les dérapages. Je m'amuse à me perdre lorsque je veux découvrir par moi-même un nouvel endroit. Pour combler le vide de la panne en cours, une pub que j'ai adorée. Vue pour la première fois chez Maître Éolas.


Choisissez vos difficultés...


04 mars 2007

Démocratie TV

Je n'ai pas l'habitude de me mêler de politique. Une fois n'est pas coutume. Un débat des chefs télédiffusé sur tous les grands réseaux où la gauche est complètement évacuée, ça me décourage. De nouvelles idées ne feraient pas de tort à la politique québécoise. Jusqu'au 11 mars, il est possible de se faire entendre là :

medium_amourssaveurs.jpg

06 novembre 2006

Égaré

Je ne suis qu'un promeneur égaré
Qui va parmi les loups
Car les loups savent où
Trouver la reine des fous

Trouverais-je un jour
L'objet de mon amour

Sorcières, Jean Leloup


Il devrait être là prés de la porte et du tapis bleu. C’est un sac à bandoulière kaki taché par l’encre bleu noir d’un stylo qui a coulé dans une des poches. J’ai la tête ailleurs. J’accumule la fatigue. Trop de ressac à affronter quand déferlent les nuits de novembre. Samedi matin, je suis allé déjeuner au 940 avec GP. 940, c’est à la fois, le nom et l’adresse du restaurant. Bien que l’enseigne soit énorme, je suis passé devant sans la voir. J’ai trouvé les repères : la station-service, le bouddha vert, mais je ne voyais pas le resto. Après avoir mangé, nous avons fait quelques boutiques et je suis rentré chez moi avec les mains pleines de sacs de plastique. Ce n’est que le lendemain, que je me suis rendu compte que je n’avais plus mon sac.

Mentalement, je fais l’inventaire de tout ce qu’il contenait :
Une série télé sur DVD, La vie, la vie, magnifiquement écrit par Stéphane Bourguignon. J’ai dû voir chacun des épisodes au moins cinq ou six fois. J’ai pleuré, j’ai ri, je me suis délecté de chaque clin d’œil de l’auteur, de sa tendresse pour les personnages et pour Montréal. C’était le dernier cadeau qui me restait de l’ex et, avec mes lunettes, c’est tout ce que je ne pourrai pas racheter.

J’y avais mis aussi le roman de Nancy Huston, Ligne de faille, déjà abîmé parce que je le trimballe partout depuis des semaines. Je n’ai eu le temps que de lire les 10 premières pages. Juste assez pour être violemment happé par le désir de tout lire. Elle gagne le prix Femina et moi je la perds dans la brume. Brillant ! Il y avait aussi un des tomes de Tyranaël, d’Elizabeth Vonarburg que j’avais prêté à GP. Il va y avoir un trou dans ma collection.

Un carnet beige dans lequel j’avais écrit pêle-mêle plusieurs des notes qui se retrouvent ici, des croquis, peut-être des références ou des numéros de téléphone. Je prévoyais ce jour-là aller écrire dans un café. Il y avait de la gomme Excel, sûrement plusieurs stylos, peut-être un compte à payer, deux condoms pour me donner l’impression que ma vie est trépidante. D’autres choses évidemment, j’aimais bien ce sac parce qu’il y avait plein de poches pour cacher des trucs.

Je perds également mon travail dans les jours qui viennent. Tout le monde autour de moi me dit que c’est une bonne chose. Que je vais enfin pouvoir me reposer. Avoir la chance de trouver mieux, un emploi sur l’île de Montréal. Moi, je ne sais pas. Le travail, c’est ce qui me maintenait sur les rails, ce qui m’obligeait à me lever le matin, à faire des efforts et à oublier mes obsessions. Ce qui me donnait un cadre, une sécurité et une raison d’exister.

Nous sommes là quelque part sans savoir où, à la merci des rencontres. Sans pouvoir deviner les fils qui nous relient à ceux qui seront là demain. Est-ce que je vais retrouver ce sac et que restera-t-il à l’intérieur ? Arriverais-je à trouver un travail qui me ressemble, à construire cette vie dont j’ai rêvé ? Trouverais-je un jour l’objet de mon amour ?

25 juillet 2006

Le supplice d’Émilie

Elle s’appelle Émilie ou Mélanie. Elle change souvent d’identité. Émilie est la voix électronique d’un logiciel de reconnaissance vocale. Rien à voir avec la chaleureuse femme bionique (Super Jaimie en France). Celle que je suivais quand j’étais petit. Celle qui courait plus vite que les voitures et qui lançait des frigos au visage des vilains. La voix enjouée et la diction parfaite d’Émilie masquent le mépris des multinationales des télécommunications. Des milliers d’employées, licenciées pour gonfler les profits des actionnaires, pourraient en témoigner. Si Big Brother est mort et enterré, il n’a pas dit son dernier mot. Appelez Bell Canada ou Rogers AT&T, service de téléphonie sans fil, et vous tomberez dans les griffes de sa fille illégitime.

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma sœur et j’ai voulu lui téléphoner du boulot, pendant ma pause. Mais mon compte de cellulaire est presque vide. Heureusement, j’ai une carte pré payée. Émilie me répond, le sourire numérique dans la voix.

La ligne d’auto-assistance Rogers AT&T, Parlez à la carte, vous souhaite la bienvenue. (Le jingle d’AT&T se fait entendre) For service in english, say english, now.
Je cesse de respirer, j’abrite le téléphone du vent.
―…
Je m’appelle Émilie. Je suis à votre disposition en ce qui a trait à votre compte. Comment puis je vous aider ? Désirez-vous : ajouter de l’argent à votre compte ? Dites oui ou non.
―Oui.
Un instant. Veuillez patienter pendant que je traite votre demande… (Avec de la satisfaction dans la voix) Veuillez me dicter votre numéro d’accès à 17 chiffres.
―1934-6322-1869-1265-8
Vous avez dit 1936-6322-1869-1265-8. Est-ce exact ?
―Non !
Désolé. Je n’ai pas bien compris. Dites à nouveau votre code d’accès à…
―1934-6322-1869-1265-8
Vous avez dit 1234-…
―NOON ! J’ai dit 1-9-3-4 6-3-2-2 1-8-6-9 1-2-6-5 8 ! (La technologie de la reconnaissance vocale n’est toujours pas au point.)
Vous avez dit 1934-6322-1869-1265-8. Est-ce exact ?
―Ouiiii.
―… Désolé. Je n’ai pas bien compris. J’éprouve quelques difficul…
―OUI-OUI-OUI-OUI!

Je trépigne. Je ne dois pas rire. À chaque son émis, la machine se tait et s’excuse d’éprouver quelques difficultés. C’est la fin de la pause, je n’arriverai pas à ajouter des fonds dans mon compte de cellulaire. La réceptionniste du bureau, se bidonne, cigarette au bec. Elle me lance ― « dis-lui fuck you, tu vas voir, elle va te répondre en anglais… »

―(Solonellement) Fuck you!
Pour améliorer notre service, veuillez prendre note que toutes les conversations peuvent être enregistrées. Veuillez à nouveau, entrer votre numéro d’acc…
―(Je susurre en me mordant les joues) Fuck you ?
Pour obtenir de l’aide, dites aide.
―(après une grande respiration, d’une voix suppliante) … À l’aide ?
Toutes nos lignes sont présentement occupées, veuillez rester en ligne afin de conserver votre priorité d’appel. Votre appel est important. Si vous désirez retourner au menu principal, dites menu principal. Pour rompre la communication, dites au revoir.

Émilie monte la garde, il sera impossible de rejoindre une téléphoniste en chair, ou en os. Dans le bassin, devant l’entrée du bureau, un ouaouaron replet se moque d’une voix basse et je mesure la satisfaction que je ressentirais à lui balancer mon cell. par la tête et peut-être à voir l’appareil exploser sur la pierre. Et, on ne sait jamais, entendre le cri désarticulé d’Émilie. Mais je résiste.
―…J, Je…
Désolé. Je n’ai pas bien compris, j’éprouve quelques difficultés à vous…

Je raccroche et je regarde le téléphone avec appréhension. J’imagine Émilie qui me rappelle sans relâche. La sonnerie électronique qui résonne dans les corridors d’un hôpital psychiatrique. Le soir même, je m’endors, l’esprit encombré de NIP, de code d’accès et de mots de passe : Jz2945K, 196749-02, 4536001. Et dans mes pires cauchemars s’élève la voix d’Émilie qui récite d’une voix enjouée : For service in english, say english, now.

Émilie a plusieurs visages. Cette scène est tirée de la série Le cœur a ses raisons, Marc Labrèche y interprète mon personnage préféré. La plantureuse Brenda :