04 janvier 2008

Paroles paroles

J’ai un peu de mal parfois avec la prétendue objectivité de certains blogues. Je ne doute pas de la sincérité des auteurs. Je pense tout simplement qu’on ne peut pas écrire le réel. Il s’agit toujours d’un point de vue partiel et subjectif, qui en dit plus long sur la personnalité de celui qui rédige que sur les évènements. Il y avait dans la dernière note que j’ai postée ici une tristesse que rien de concret ne justifiait. Les billets se suivent et s’emboîtent comme des poupées russes. Ce qui donne une couleur particulière à un texte, c’est souvent tout ce que je ne raconte pas et ce qui se cache, entre les lignes… Acte I, Tempête et fiesta (17.12.2007) C’était avant Noël, j’avais passé la soirée au Gymnase avec Thomas, J et D. Je m’étais vraiment amusé comme un fou. Thomas et moi, on se pâmait sur un garçon, le beau Karim. Ma sœur trouvait qu’il avait un gros nez. Elle trouve toujours à redire. Il y avait un homme qui me faisait des sourires quand nos regards se croisaient en dansant. Je lui retournais ses sourires puis je m’éloignais sur la piste de danse. Vers la fin de la soirée, je me suis arrêté pour reprendre mon souffle, il est arrivé derrière moi et m’a attrapé par l’épaule : « Quand je t’ai vu entrer, tantôt, ça m’a fait un coup au cœur. Je te jure, j’en ai perdu le souffle… » J’ai souris, l’air dubitatif. « J’aimerais vraiment te connaître. Avoir le temps de te découvrir. On pourrait aller prendre un café, si tu veux. » Pourquoi pas ? Je veux bien. On s’échange nos numéros de téléphone. Finalement par courriel il me propose d’aller voir un documentaire sur Rio, une ville qu’il a visitée et qu’il a beaucoup aimée. Mais il est débordé par le travail, ça ne pourra se faire qu’après Noël. Acte II, Réveillon (02.01.2007) À la dernière minute, le programme a changé. On lui avait offert des billets pour la dernière de Saltimbanco au Centre Bell, dans la loge privée de son employeur. La loge surplombait la scène et une hôtesse nous servait des vins sud-africains hors de prix. Nous étions en compagnie d’une dizaine de personnes, des propriétaires de restaurants chics et de grands hôtels. La conversation se déroulait aux trois quarts en anglais. Je ne suis pas très à l’aise dans les mondanités. Je suis allé m’asseoir tout au bord du balcon pour ne rien manquer. Dès la fin du spectacle, la loge s’est vidée et nous nous sommes retrouvés seuls avec l’hôtesse et quelques bouteilles de blanc à finir. En terminant son verre, il m’a lancé : « Hum. On t’a déjà dit que t’as vraiment des yeux expressifs ? » C’était un jour férié et la plupart des restaurants que je pouvais me permettre étaient fermées. En remontant le boulevard Saint-Laurent en quête d’un resto, on s’est rendu tout près de chez lui. Il m’a proposé de faire des pâtes, en ajoutant qu’il adorait cuisiner. Je me suis retrouvé dans un grand loft. Et, une coupe de vin après l’autre, nous sommes passés de la cuisine au divan, puis du divan au lit. À un certain moment, je l’ai pris par les épaules et je me suis éloigné : « Tu sais, j’avais pas prévu que les choses se passent comme ça. Il me semble que ça va un peu vite. » « Peut-être que c’était notre destin à tous les deux. Tu sais moi, je fais pas de plans, de stratégies, j’y vais avec le cœur. » Finalement, je me tais et je laisse aller les choses (et je renie ainsi ma réponse faite à Maphto.) Malgré le fait qu’on n’ait pris aucun risque, je suis rongé de culpabilité et je me demande comment je ferais pour lui annoncer plus tard ma séropositivité. Avec la nuit, tout prend des proportions disproportionnées. J’ai l’impression d’avoir tout gâché. Et il y a cette dose de médicaments et qui est restée chez moi et que je devrai sauter. Ça ajoute aux remords. Je passe la nuit à tourner dans tous les sens et à me raisonner pour me calmer et tenter de trouver le sommeil. Son épagneul cocker me regarde m’agiter et lorsque je m’approche près du bord du lit, il pose son museau froid sur mon épaule. Le lendemain, il devait retrouver des amis pour un brunch. Je l’ai embrassé sur le trottoir glacé. Je lui avais dit que je serais au Gymnase. Sans vouloir insister, j’aurais bien aimé qu’il vienne m’y rejoindre. Il n’est pas venu. Le premier de l’an, je l’ai appelé vers 10h30. Il m’a dit que je le réveillais et m’a demandé si je pouvais le rappeler une heure plus tard, qu’il prévoyait être chez lui toute l’après-midi. Quelques heures plus tard, il n’y avait pas de réponse. J’ai envoyé un courriel. Le lendemain et le surlendemain : pas de nouvelles. Acte III, La porte Le téléphone sonne, un matin. Je faisais la vaisselle de la veille. Je n’attendais plus son appel. Il me demande comment ça va puis me raconte sa journée de ski. Il me fait un discours sur le végétarisme (!) puis il en vient à la raison de son appel : « J’ai eu un téléphone le soir du 31. Mon ex, celui qui est à Amsterdam. Tu sais, je t’en avais parlé. Ça s’est terminé en octobre dernier. J’ai trouvé ça assez difficile… En fait, j’ai pas envie de me rembarquer dans une relation… » « Ah. Bon. On n’en est pas là… Je n’ai pas eu le temps de te parler beaucoup de moi. Les deux dernières années de ma vie ont été assez houleuses. Et puis, je sais pas si je serais prêt à m’investir dans une relation, comme ça, aussi vite. Mais je pensais qu’on pourrait se connaître un peu plus. Si tu veux, on peut se voir, juste en ami… » « Ah non. J’aimerais mieux qu’on ne se revoie pas. J’ai déjà du mal à voir mes ami. Tu sais comment j’ai des horaires de fous. Puis, j’ai besoin d’être seul, en ce moment… » « Bon. OK… (Silence) En tout cas, merci d’avoir appelé. Je n’avais pas de nouvelles, je me suis imaginé plein de choses… » J’étais déçu, c’est certain. Furieux aussi, de m’être fait avoir. Il est tellement facile de me berner. Même si je prétends être au-dessus de tout ça, il suffit de quelques compliments ou de sous-entendus racoleurs pour que je perde tout sens critique et que je devienne passablement gaga. Et toujours mon imagination stupide qui s’emballe. Et puis cette nuit que j’ai passée à me torturer pour absolument rien ! Mais curieusement, j’ai senti un grand soulagement lorsque j’ai déposé le combiné. Comme si quelqu’un quelque part avait ouvert une porte et que j’avais respiré le vent qui venait de l’extérieur. Et la solitude, que je décris dans la dernière note, devenait soudainement plus douce. Un de perdus, dix de retrouvés : je sais, je sais ! Who’s next ?

26 décembre 2007

Nawell

Tous les 365 jours, la planète terre passe tout près d’un immense trou noir. Le monstre réveille le gouffre en nous. Et on se met tous à avoir peur de la nuit et du vide. Noël me déprime et il semble que je ne suis pas le seul. Est-ce la solitude trop répandue qui contraste crûment avec l’idéal que l’on cherche à nous vendre ? À date fixe, la folie s’empare de la population qui se lance frénétiquement dans la consommation. Aux bulletins de nouvelles, ils ont parlé de ces sondages : 71 % des Québécois préférerait ne pas recevoir de cadeaux. Pourtant, le Québécois moyen dépensera cette année autour de 1000.00 $ pour ses achats des fêtes. Un grand magasin a choisi comme slogan : « L’important, c’est d’offrir. » Même au supermarché, il y avait de l’agressivité dans les allées. Les caddies s’entrechoquaient comme si la nourriture allait manquer. À voir l’obésité de la moitié des clients et les étagères qui croulent sous les victuailles, la famine n’est pas à nos portes. À la caisse, tout sourire, les magazines rivalisaient de bêtise crasse : 10 trucs pour paraître plus minces au réveillon ; Notre recette de bûche de Noël triple chocolat ; Soyez l’hôtesse parfaite tout en restant zen ; Comment survivre au Boxing Day et dénicher les meilleures aubaines. Les bruits du magasin sont couverts par Ginette Reno qui hurle de sa voix tonitruante : « Écoutez-ez-ez les clochettes, du joyeux-eux-eux temps des fêtes…» La famille étant loin, j’ai profité du temps libre pour faire du ménage extrême dans mes affaires. Finalement, un peu de solitude ne m’a pas fait de tort. Plutôt du bien. C’est étrange, j’ai l’impression que mon appartement a doublé de superficie J’ai passé le réveillon avec le grand. Une soirée de gars : DVD, bières et pizzas. Quelques navets et le dernier Harry Potter. (Meilleur que les autres. Hermione avait l'air moins stupide et Harry était presque sexy.) Il m’a convaincu de l’accompagner au Parking : « Tu vas voir. À Noël, l’ambiance est complètement différente, moins show off . Tout le monde se parle, c’est vraiment le fun. » La soirée s’appelait Noël au paradis. Rien de moins. On s’est planté dans un coin du bar. Moi, avec ma bière. Lui, avec un truc énergétique à couleur louche vendu 10 $ la minuscule bouteille. — « Tu veux y goûter ? » — « Euh non, merci. » En tant qu’habitué, il m’a fait faire le tour du propriétaire. Eux, là-bas, ils sont sur le speed ou la coke. Lui, c’est du GHB. Les gars sans t-shirt devant nous sont sur l’Ecstasy. Ça explique pourquoi ils ont l’air de s’extasier sur la musique alors qu’elle est plutôt ordinaire et que le son est vraiment pourri. Je regarde un danseur avec des ailes imprimées sur le dos de son t-shirt : « Celui-là, là-bas, vraiment cute. » — « Lui ? je l’ai déjà vu en show, c’est un danseur nu. » Moi, ma drogue c’est l’alcool. (J’suis d’là vieille école.) Mais ça ne faisait pas le poids et je trouvais la soirée passablement ennuyante. Plusieurs sections du bar étaient fermées et toute la clientèle était concentrée sur la piste de danse. J’ai bu une bière, puis une autre. Malgré mes efforts, je n’ai pas réussi à atteindre le paradis. Sous les sourires hallucinés, je reconnaissais cette ambiance de marché de viande où les gens sont perçus comme des numéros, classés en fonction de leurs mensurations. Même le grand avait l’air de s’emmerder. À part lui, le chauffeur de taxi qui m’a ramené chez moi a été la personne la plus sympathique que j’ai rencontrée dans la soirée. Je suis tombé dans mon lit avec une vague envie de vomir. Mais Noël est fini et j’ai survécu, c’est le principal.