11 juillet 2008
5 raisons
5 raisons pour aimer dormir avec lui : 1. Parce que j’ai dormi seul, les trois quarts de ma vie. Faire l’étoile : j’ai déjà donné. 2. Parce que lorsque je l’entends respirer à mes côtés, j’essaie de ne pas trop bouger, j’adopte son rythme et je me laisse aller au sommeil. 3. Pour pouvoir me coller contre lui, au milieu de la nuit, si j’ai froid. Ou le pousser, si j’ai chaud. Il est l’une des seules personnes avec qui j’arrive à dormir collé. 4. Pour lui prendre la main quand j’ai fait un cauchemar. Suffit d’un baiser sur le front et les monstres les plus terrifiants deviennent dérisoires et s’enfuient, affolés. 5. Pour le bonheur de le voir roupiller au petit matin, quand je m’éveille le premier. Ne lui dites surtout pas : il est beau même quand il dort. Et puis, vous vous doutez bien, pour plein d’autres raisons que je garderai pour moi. Il y a des enfants qui pourraient passer par ici.
19:00 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, couple, nuit, sommeil, lit, plaisirs, matin
02 juillet 2007
Morphée
Pour une semaine, les horaires de mes deux emplois se chevauchent. Je travaille tout le temps. Les revenus ne suivent pas, pas encore. Je me bats pour tenir. Je bricole des solutions. J’épuise, une à une, toutes mes ressources. Et je fais bonne figure. Je m’entête à être parfait en tout temps et en toute circonstance. Sourire, briller, réussir. Je laisse la révolte qui s’accumule me pourrir les nuits et les petites minutes de liberté qui me restent. Même pris à la gorge, je serai à la hauteur. Puis, je bascule de l’autre côté de la fatigue, là où je suis à la merci de tous mes démons, de toutes mes blessures. Mes seules armes sont les secondes perdues, la musique et l’écriture. J’ai mis des disques et je me suis attaqué à classer ces montagnes de paperasse qui m’étouffent. J’ai trouvé des morceaux de journal intime, des récits de rêves. Et de vieilles douleurs que je portais depuis des années remontent à la surface. Des souffrances que je n’avais jamais regardées en face. Que je ne voyais plus, tellement j’étais convaincu qu’elle faisait partie de moi. Elles étaient prêtes. Elles tombent en larmes comme un fruit trop mûr à la fin de l’été. Je me souviens de ces dernières années en couple où je me débattais pour tout faire tenir, pour sauver les apparences. Le combat que je menais chaque jour pour être un autre, pour que ma vie ne s’écroule pas, pour nier ce virus, pour nier l’échec de cette relation. À ce moment-là, j’étais épuisé comme aujourd’hui. Et j’étais sûr de sombrer si je lâchais prise. Je ne suis pas un héros. Je suis affamé de tendresse, de chaleur et de douceur. Je voudrais être serré dans les bras d’un homme. Au cœur de la tempête, un calme momentané m’a permis de renouer avec les bras de Morphée. Depuis des mois, je n’étais pas parvenu à m’abandonner au sommeil. Deux nuits de plus de six heures, c’est ce dont j’avais besoin pour retrouver un certain équilibre. Le matin clair m’ouvre des perspectives élargies. Le vent frais que j’inspire aiguillonne mes désirs. Mes antennes se relèvent. C’est le dégel des idées qui cascadent à nouveau. Dans cette nouvelle clarté, les jours qui se déroulent devant moi redeviennent un trésor inestimable.
12:22 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, rêves, sommeil, souvenirs, travail, fatigue
21 juin 2007
Y. bis
Y. aux yeux pers
Retour au Stud. Les chaleurs des derniers jours se sont calmées quelque peu et c’est le premier vendredi où la cigarette est interdite dans les bars de la ville. Un attroupement de fumeurs s’est formé devant l’entrée. La clientèle du bar est assez bigarrée. Sans la fumée, les odeurs se révèlent. Observer la piste de danse me donne toujours le fou rire après un moment. Je remarque un latino, frisé, barbe de deux jours et regard sombre. Mais à l’évidence, Ricky Martin ne me porte aucun intérêt.
Une armoire à glace passe derrière moi et s’arrête net. je lui jette un œil, il me regarde et souris de ses yeux pers. Je m’avance vers lui et lance la conversation. Il est grand et idiot. C’est ce qui me charme tout de suite. Au premier baiser, je le mords à la joue. Il fallait le voir se tenir la joue en pleurnichant : « Mais tu m’as fait mal! ». Il a pris sa revanche. Il m’a soulevé au-dessus de lui. Je me sentais complètement ridicule au milieu du bar, les pieds dans le vide:« tu veux bien me poser, s’il te plaît? ». Plus tard dans la soirée, on est sorti prendre l’air enfumé devant le bar.
Sur le trottoir on discute, M. Muscle et moi, assis sur un banc, nos jambes emmêlées. Une voiture s’arrête au feu rouge. Pendant que madame à la crinière tricolore tient le volant, Monsieur Gino de service nous lance :« C’est beau l’amour! » Y. se met à aboyer : « Va-t-en chez vous ostie de 450! » puis me sourit en grognant virilement. Pourquoi suis-je charmé par la vulgarité. Est-ce l’effet des quatre minuscules Corona que j’ai bues? Où l’effet des vieilles limes périmées que le barman a enfoncées dans le goulot ?
(Aparté documentaire : 450 est l’indicatif régional de la banlieue de Montréal, un terme péjoratif pour décrire les petits couples standards qui habitent dans des bungalows. Les 450 se perdent fréquemment la nuit dans le village gai en essayant de prendre le pont Jacques-Cartier pour regagner la rive sud. La corona est une bière mexicaine contenant un fort pourcentage en eau. Servie avec de vieux quartiers de lime, elle confère à son buveur une odeur de favelas.)
Il est, il faut l’avouer, carrément moqueur. Il adore mes yeux et mon ventre. Mon ventre?!. Quel ventre? Soyons clair, je n’ai pas de ventre. Il adore encore plus ma réaction. Il doit rencontrer un ami à deux heure, pour un emploi de videur au Stéréo, un afterhours. Il a le physique de l’emploi. Le téléphone me réveille le lendemain matin. Il a travaillé toute la nuit. Il vient de terminer et s’en va se coucher. Avant de se mettre au lit, il fume une cigarette, avec moi, qu’il ajoute. Il n’est pas prêt à arrêter de fumer. Il me demande si je vais m’en accommoder. M’en accommoder…? Je ne l’ai pas demandé en mariage. Je lui ai juste donné mon numéro de téléphone un soir de beuverie.
Il tenait absolument à ce qu’on soupe ensemble ce soir. Je lui avais dit peut-être. Pourquoi donc ai-je l’envie d’y aller ? Juste parce que j’ai faim ? Qu’est-ce qui peut bien m’attirer chez lui ? Le fait qu’il s’accroche à moi aussi vite ? Son air de délinquant, d’adolescent attardé ? Je dois reconnaître qu’il est décapant d’honnêteté, drôle, à la limite séduisant. Son côté bum au cœur tendre ne me laisse pas indifférent. Et ça voix fêlée me donne des frissons. Peut-être une impression de protection, la vraie vie me fait si peur. Jusqu’ici, tout va bien : il est célibataire, hors du placard, il ne vit plus chez maman et il a plus de 30 ans. Il doit avoir un vice caché : stupidité véritable, toxicomanie ou trips sexuels bizarres. C’est peut-être un tueur en série. J’aime le trouble.
00:00 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal, feux, sommeil, trac, stress, argent, 450
20 octobre 2006
L'éclair
—« Hey !... » Une voix d’homme au loin, très loin. Je suis ailleurs. Seuls les mots de Vincent Vallières et quelques accords de guitare me rattachent faiblement à la réalité.
« …Une chanson d’amour,comme une sonde Me ramène à ton sourire ma blonde Le feu brûle encore, même si c’est fragile Sortir du brouillard sur des mots et des milles Et si je m’ennuie de toi, je suis bien là-bas Dans la paix et le doute de chaque pouce d’autoroute… »Je devais payer ma dette de fatigue accumulée, j’avais mal partout. Le crâne qui bourdonne. La cage thoracique qui veut s’affaisser. Je me concentrais sur ma respiration, les doigts posés sur mes orbites. La pluie s’écoulait sur les vitres comme une couche d’huile. Le paysage était uniformément gris. Une petite femme dans la quarantaine était assise au bout de son siège, tout près du chauffeur. — « Quand on peut discuter avec le chauffeur, c’est mieux. » qu’elle disait de sa voix suraiguë. Elle commentait la construction d’un rond-point au milieu du hameau de Sainte-Julie. « Mon mari dit que c’est de l’argent jeté par les fenêtres. Comment ils appellent ça déjà ? Un carrefour giratoire ? » Son voisin de siège approuvait en grognant. J’ai regardé les disques que j’avais dans mon case, J’ai mis les écouteurs et j’ai fermé les yeux en inspirant. J’ai calé ma tête entre les deux appuie-têtes, mon foulard en guise d’oreiller. J’ai rouvert les yeux à quelques reprises, le temps d’apercevoir à travers le mouvement des essuie-glaces, le chapelet rougeoyant des feux des automobiles coincées sur l’autoroute 30. Le piaillement régulier de la petite femme était intarissable. Les secousses de l’autobus me berçaient avec rudesse. — « Hey ! … » Une main me prend par l’épaule et me secoue, J’ouvre les yeux en sursaut. Un garçon me regarde en souriant. Devant mon air ahuri, il rit. Je me rends compte que l’autobus est arrêté, nous sommes au terminus. Les gens ont commencé à descendre. L’esprit encore embrouillé, je rapaille mon parapluie, mon foulard, mon sac à dos et je me jette dans l’allée en murmurant merci. Je suis empêtré dans mon sac qui est tout ouvert. Mes jeans trop longs collent sous mes souliers. J’ai l’image de ce garçon, du rire qui monte jusqu’à la commissure de ses yeux. le noir des cils qui se resserre sur le gris des iris À l’entrée du métro, il est à quelques mètres devant moi, dans une ligne formée par les quelques personnes qui cherchent à entrer dans la station pour revenir en ville pendant que la foule des banlieusards se pousse bêtement dans les portes vitrées. Il est grand, un jean dont les bords sont relevés, un coupe-vent marine, des cheveux châtains épais et fous, quelque chose dans son oreille, un appareil. Profitant d’une éclaircie dans le troupeau, nous entrons à la file indienne pour mieux affronter le flot d’êtres humains. Je le perds de vue dans le métro, j’aurais voulu revoir le gris de ses yeux et ce foudroyant instant de rire. Mais l’apparition a disparu et je me retrouve seul dans la cohue. Tout en marchant, je pense à des mots pour capturer cet instant. La pluie, agacée, pianote sur mon parapluie avec plus de vigueur. Le repère tranquille, paroles et musique : Vallières
20:25 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, sommeil, chanson, transport en commun, regard







