22 novembre 2009

Down de novembre

J'ai traversé la grippe. Mon corps se remet, sans trop de séquelles. Je suis toujours étonné des forces qu'il recèle. Mais le moral ne suit pas. J'ai un moral de novembre. Le soir, je repousse le moment d'aller dormir le plus tard possible. Je ne m'occupe qu'à des choses inutiles. Bien sûr, j'ai du mal à me lever le matin. Il faut que je me force pour manger. Je n'ai pas faim. Si je pouvais, j'arrêterais simplement de me nourrir. Insidieusement, le travail prend de plus en plus de place dans ma vie. Les responsabilités deviennent de plus en plus lourdes, les retards s'accumulent. Les quarts de travail le soir hypothèquent le peu de vie sociale qui reste. Je sais que je fais un bon boulot. J'ai les compétences et les qualités nécessaires. Mais J'ai beau travailler comme un diable, donner tout ce que j'ai, je ne reçois jamais de feed-back positif. Aucun. Que de la méfiance et une volonté de contrôle. Mon appartement est un champ de bataille, dévasté après une défaite. Il ne manque que les larmes, comme signe clinique, pour déclarer que je suis déprimé. Les larmes je les sens, coincées dans ma gorge. J'imagine quelqu'un qui me serre dans ses bras et elles se débattent et poussent pour remonter, sans succès. Les images qui entourent Noël m'attirent comme un mirage.

 

28 octobre 2009

Personne

- Tenir un blogue c'est narcissique, égocentrique. Tu te prends vraiment pour un autre !

Je suis celui à qui on peut se confier, celui sur qui on peut compter. Il paraît que c'est rare, quelqu'un qui sait écouter, de nos jours. Tout le monde autour de moi va mal. Ils font des burn-out, ils installent des crochets aux plafonds de leurs chambres pour se pendre. Ils boivent, ils gueulent, ils crachent sur les autres. Ils sont malheureux en amour. Ils n'ont pas d'amis. Leurs patrons ne reconnaissent pas leurs talents. Leurs voisins sont méchants. Ils sont malades. Leur évier est bouché. Ils en ont plein le cul. Et moi je suis comme une valise que l'on remplit, sans arrêt. Et ils ne se gênent pas pour se moquer : toi le beau Kevin, qui n'a jamais de problèmes, qui aime tout le monde, t'es tellement gentil que t'en es insignifiant.

- En tout cas, au moins j'suis sûr d'avoir un bon karma !

Moi aussi, parfois, ça ne va pas. (Ceux qui me lisent depuis un bout le savent.) Mais dans ces moments-là, je me retourne et il n'y a plus personne. Tout d'un coup. Personne.

Personne pour les câlins, pour les sourires moqueurs ou attendris. Personne pour me dire : allez, ça va aller, en m'obligeant à lever les yeux. Personne pour se taire et écouter mes mots maladroits. Personne pour passer des heures à boire du thé au jasmin à mes côtés. Parce que quand je les dis mes mots sont maladroits. Personne pour se taire en me tenant la main. Parce que je n'ai pas l'habitude de parler. Personne. Alors, j'écris un blogue. Je sais, c'est bancal, mais c'est toujours mieux que rien. Parce que parfois, la valise est pleine et qu'il n'y a personne.

25 septembre 2009

Sky is the limit

Prendre la vie à bras-le-corps, ça sonne bien, non ? Pourtant, par moment, je trouve que j’y vais un peu fort. Parfois, je préférais laisser la vie se tenir par elle-même. Mais c’est le choix que j’ai fait et je m’y tiens. C’est court la vie et j’ai trop perdu de temps. Au fil des dernières années, j’ai confronté mes démons. Un à un, je les ai acculés au pied du mur, sans jamais cessé de les regarder dans le blanc des yeux. J’en ai même exhibé quelques-uns comme des trophées de chasse. Au risque d’avoir l’air prétentieux, de recevoir des éclaboussures de pitié et les sentences des bien-pensants.

Pour être bien certain de les débusquer tous, je me suis trouvé un boulot où je dois courir les bas-fonds. J’ai passé des soirées dans les lieux les plus glauques, dans les odeurs de poppers et de marijuana. J’ai la tête qui tourne à force d’entendre la bande-son des films pornos. C’est parfois ennuyeux, mais je suis là, soir après soir, pour tenir la main de la solitude, de l’isolement et du mal de vivre. J’ai travaillé dans des endroits où je n’aurais jamais mis les pieds : peep show, bar de cuir, terrains vagues.

Il me restait un lieu où je n’étais pas encore allé. Je savais que je devrais y aller un jour ou l’autre. Un endroit propret, coloré, scintillant. On dit que c’est un peu snob. On le dit de moi aussi. Le Sky, un bar de la rue Sainte-Catherine qui a déjà connu des heures plus glorieuses. J’y ai bu mes premiers martinis et j’y ai dansé pour la première fois sur Désenchantée de Mylène Farmer. Le décor a été refait plusieurs fois depuis, mais je suis sûr que des fantômes hantent encore les vieux murs. pendant plusieurs années, le Sky m’a tenu lieu de refuge, d’exutoire et même de famille. J’y ai vécu une grande partie de ma crise d’adolescence, à retardement il faut le dire, au début de la vingtaine.

J’y serai vendredi soir pour promouvoir un centre de dépistage du VIH en milieu communautaire. J’y pensais cette semaine, entre les secousses de l’autobus et les souvenirs se sont mis à débouler. Par pans entiers, toute une époque de ma vie est apparue devant moi. Deux hommes, une femme : Guillaume, Joseph, Sylvie. Trois personnes que j’ai aimées et qui allaient pour toujours transformer mon existence.

Après 25 ans emmuré en moi-même comme un autiste, je me suis réveillé un matin à côté de Guillaume. La veille, on s’était croisé devant le vestiaire du Sky, à l’heure de la fermeture. Il m’avait dit, sourire en coin : « Ça finit toujours plus vite qu’on pense. » On avait bavardé en marchant vers l’ouest sur Sainte-Catherine. Il faisait froid. Au coin de la rue, je lui avais lancé : « invite-moi chez toi ». J’avais insisté : « je ne veux pas être seul. S’il te plaît». On s’était endormi dans son grand lit à même le sol, en discutant de cinéma. On avait été réveillé par la voisine qui parlait trop fort avec un accent du Bas-du-Fleuve. On avait pouffé de rire en plissant les yeux à cause du soleil. Je m’étais étiré entre les draps. J’étais bien, avec quelqu’un. J’étais bien, pour la première fois de ma vie. Pour lui, c’était probablement un moment anodin. Pour moi, c’était un bonheur démesuré, un bonheur tellement souffrant. J’avais le cœur gonflé comme une voile. Je n’ai pas le cœur très solide et le vent était rude. La voile s’est déchirée de haut en bas dans un craquement terrible. Et j’ai sombré. Sombré, le mot n’est pas trop fort, emmenant avec moi les fleurs du tapis, les mots d’amour gravés sur les murs et les martinis les plus traîtres.

Pas facile la vie, quand on se réveille un matin, à 25 ans, et que l’on n’a jamais vécu. Mais ça, personne ne me l’avait dit. Depuis, j’ai repris du poil de la bête en cumulant les années. j’ai frappé des murs et je me suis mis à parler. J’ai goûté au silence et je suis revenu à l’écriture. J’ai osé et j’ai appris à plonger dans le réel. Je me mords les lèvres en pensant à ce soir, je suis un peu anxieux, fébrile. Le jour qui avance me pousse vers une autre frontière. Je sais qu’en mettant le pied dans ce bar incrusté de souvenirs, j’ouvre une boîte de Pandore. Je risque fort d’y rencontrer d’autres protagonistes de cette histoire de chute. Le début, pour moi, d’une grande noirceur. Un écheveau d’humanité, de sueurs, de parfums ambrés ou sucrés, de larmes et de sang. Mais cette histoire, je la verrais bien couchée sur du papier. Et ces personnages, j’aurais fini, un jour ou l’autre, par les croiser. Je suis paré pour la chasse aux fantômes. On n’a qu’une vie, Sky is the limit !

Trame sonore : Beast, Mr. Hurricane

20 février 2009

Une fois

Une fois, j’ai aimé. C’est une vieille histoire, mais les histoires comme ça, on les chérit longtemps, jusqu’à sa mort peut-être. Peut-être parce qu’elles sont rares. On le sent intuitivement. On le voit en observant les gens autour de soi, les couples qui se disloquent et tous ces individus qui cherchent.

Une fois, donc, j’ai aimé. Et je sais désormais ce qu’il en coûte. Parce qu’aimer c’est risquer de souffrir. C’est sentir une blessure microscopique, chaque fois que l’autre nous quitte. Parce que l’on sait qu’un jour, l’un des deux partira pour de bon. Si ce n’est pas un bête accident, une histoire de jalousie, c’est la vieillesse et la mort qui emporteront l’un des amants. Chaque bise, chaque caresse, chaque baiser peut être le dernier.

J’ai vécu une grande peine d’amour. J’ai eu de la chance, en quelque sorte. Il m’a quitté pour un autre, quelqu’un de bien, je crois. Pendant que je pansais mes blessures, j’ai pu l’imaginer heureux. Je reste pris avec la peur de souffrir à nouveau. Dès qu’un sourire me surprend, dès que je goûte la chaleur d’un autre corps, dès que des yeux s’apprêtent à plonger dans les miens, j’anticipe la douleur qui viendra. J’ai le réflexe de baisser les yeux ou de retirer ma main. Je suis tiraillé entre cette peur instinctive de l’autre, et celle de ne jamais revivre de tels moments.

C’est une peur qui me dévore en silence, de jour comme de nuit. C’est elle que j'essaie de fuir en me lançant à corps perdu dans le travail ou dans l’écriture. C’est elle qui me rend intransigeant, irritable. C’est elle qui exacerbe ce bouillonnement intérieur. Pour l’éviter, je m’interdis le repos jusqu’à ce que j’atteigne mes dernières limites. Une fois, j’ai aimé, ce pourrait être la dernière. C’est cette peur qui me jette dans les bras des passants où elle se ravive. C’est elle qui me fait écrire ou m’en empêche, qui me fait inventer des amours de papier.

Je sais que le temps avance à grands coups de saison. Je sais que les corps n’arrivent pas à le suivre. Je sais qu’il n’existe pas de réponses à certaines questions. Je vois l’ombre qui s’avance sur le monde. Avant, je croyais que la crise était une invention des médias et des financiers. Jusqu’à ce qu’elle frappe près de moi. Une faillite, des coupures, des démissions pour sauver sa peau. Ma rédactrice en chef, celle qui m’avait donné ma première chance a été licenciée. Le magazine bat de l’aile. Le rêve d’écrire et d’en vivre s’éloigne un peu plus. Tout se mêle en tourbillons noirs au-dessus de ma tête. Ou est-ce encore la peur qui assombrit ma vue ?

17 janvier 2009

Panse-coeur

Il m’a rappelé dans la soirée. Pour m'expliquer qu’il se sent mal à l’aise. Son ex lui a téléphoné. Pendant les premières secondes, il ne l’a pas reconnu. Demain, l’ex ira lui remettre du courrier à son travail. Il a coupé court à la conversation. Et il en est content. Yes, qu’il s’est dit à lui-même, c’est ce qu’il fallait faire. Mais la rencontre à venir le tiraille. Il a peur. Tu vas pas retourner avec cet imbécile ? a lancé sa mère qu’il a tout de suite appelée. Ça l’a fait sourire. Et il m’explique qu’il y a toujours une rivalité entre lui et son ex. Et il me raconte tout ça à moi. Pourquoi moi ?

Et toi, tu penses quoi de moi ? qu’il me demande. C’est agaçant cette manie qu’il a de ne parler sérieusement qu’au téléphone. Je n’aime pas le téléphone. La voix, c’est bien trop ténu. Mes mots maladroits tentent de toucher la cible sans trop faire de dommages collatéraux. Moi, j’essaie de vivre au présent. Je ne suis pas certain que l’on aura un avenir. Pour le moment, c’est bien, un jour à la fois. Tu me plais. Je vois bien que tu es blessé, malheureux même. Je pense que tu as besoin de moi. — Et toi de moi ? — Moi de toi, peut-être. Je ne sais pas. Peut-être, oui. On vit sur des planètes différentes...

Demain, je braverai les grands froids pour aller le rejoindre, en passant à la SAQ chercher une bouteille de rouge. Une autre soirée fondue chinoise, un DVD. Ne pas oublier la sauce Worcestershire. De la générosité, j’en ai plus qu’il n’en faut. Donner, c’est tout ce que je sais faire. Il faut croire que je suis riche et que j’ai des ressources insoupçonnées. Je ne sais pas où je prends tout ça. Ça me chatouille l’ego. Mais au bout du compte, ça me laisse un petit creux, quelque part. Je me sens plus seul que lorsque j’étais seul. C’est peut-être aussi la fatigue accumulée qui m’embrouille le cœur. Un jour, je partirai en vacances. Et je m’abandonnerai au soleil. Les minutes se succèdent sur l’écran du réveil, pendant qu’il me raconte au téléphone ses impasses du moment.

27 septembre 2008

Le réel


« …Je suis un mutant, un nouvel homme
Je ne possède même plus mes désirs
Je me parfume aux oxydes de carbone
Et j’ai peur de savoir comment je vais finir…»

Francis Cabrel, Ma place dans le trafic

Si vous êtes ici en quête de joli et de romance, passez votre chemin. Ce billet est sombre et glauque. Contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, il n’est question ici que de ma perception des choses.

J’ai lu quelque part, dans un ouvrage de pop-psycho vaguement nouvel-âge, que les personnes qui nous attirent intensément sont celles qui ont le plus à nous apprendre. Ce soir-là, je m’étais endormi d’un sommeil agité en pensant aux dernières semaines avec Mister Right. Empêtré dans mes espoirs, mes colères et mes déceptions.
...
Je suis avec Els dans un centre commercial lumineux de plusieurs étages. Nous marchons sur la mezzanine vitrée qui surplombe les premiers étages, tout près de l’entrée d’un grand hôtel où nous avons une chambre. Quelques mètres plus loin, se trouve le comptoir d’une boutique appelée BCBG (Beaux célibataires, beaux gais). De l’autre côté de la mezzanine, nous apercevons un groupe de journalistes et un caméraman, l’une d’elle tient un micro. Ils réalisent un vox pop sur la beauté masculine et le vieillissement. Toute l’opération vise à faire la promotion de la boutique BCBG. Il n’y a presque personne dans les allées et je suis le seul homme sur l’étage. Ils m’aperçoivent et se dirigent rapidement dans ma direction. Mais je n’ai pas du tout envie de répondre à leurs questions. S’ensuit une poursuite dans les allées du centre commercial.

Nous devons retourner à notre chambre d’hôtel parce qu’Els y a oublié une serviette. Je me dis qu’à l’heure qu’il est, les femmes de chambre ont sûrement tout ramassé. Nous entrons dans la pièce qui est sens dessus dessous. Le plancher est couvert de draps et de serviettes blanches. Els retrouve une serviette en ratine verte dans un coin de la chambre. Derrière le lit, je retrouve mon ordinateur portable. Il est brisé en deux morceaux. Heureusement, il fonctionne toujours. On sonne à la porte. Els va ouvrir pendant que j’emballe mes morceaux d’ordinateur. Je m’approche de la porte et je constate qu’elle a répondu les seins nus. Elle se cache les seins avec une boîte de pizza. « Mais qu’est-ce que tu fais là ? » Elle me répond que ce n’est pas grave et que c’est pour souligner l’anniversaire du gars de la chambre d’à côté. Elle a des paillettes sur la peau et des lettres métalliques forment dans son dos les mots : « Non à l’homophobie ! » Je m’approche de la porte et j’aperçois des hommes qui s’approchent furtivement et qui se cachent aux abords de l’entrée de l’hôtel. Elle ajoute : « On lui prépare un surprise party.»

On entre dans la chambre d’à côté. Il y a de la musique et déjà beaucoup de monde. Le gars dont c’est l’anniversaire fume une cigarette, appuyé sur le comptoir de la cuisine. C’est un grand brun, assez joli, mais pas très sympathique. Il a l’air prétentieux. Els danse dans une des pièces. Elle a le corps couvert de crème fouettée. Le gars la regarde et lance à deux de ses amis : « Hey, les gars, ça vous dirait de manger de la crème fouettée. » Ils ricanent. Je dis « Ben là ! » en faisant quelques pas dans sa direction. Les deux gars s’avancent. Je m’interpose. On commence à se pousser. D’autres gars se sont approchés. Le fêté sourit. On échange quelques coups. Ils tentent de me maîtriser. J’ai le cœur qui se débat. Puis je saisis un couteau de plastique sur la table et je menace celui qui est le plus près. Mais ils me poussent dans un coin et me font lâcher le couteau. Je me retrouve immobilisé sur le plancher sous le poids des deux hommes.

Je me suis réveillé en sursaut. Je me suis levé, les yeux mouillés. Étendu sur le tapis du salon, j’ai tout noté dans un cahier. De nombreux liens entre ce rêve et ma réalité sont apparus par flash. Les lettres, d’abord presque invisibles dans la pénombre, devenaient plus claires avec les lueurs du matin. Plusieurs éléments du rêve font référence à mon histoire avec Mister Right. La crème fouettée était devenue un running gag entre lui et moi depuis le jour où j’ai englouti devant lui un café glacé recouvert d’une montagne de crème fouettée. BCBG est le nom d’un party privé auquel Mister Right participe vendredi prochain, un des soirs où on ne pourra pas se voir. Un mélange de speed dating et de party de club Med réservé aux hommes gais célibataires. J’ai l’impression de m’être fait avoir. Il a profité effrontément de mon ouverture, de ma générosité, de ma naïveté même pour tirer de moi ce dont il avait envie. Cet immense gouffre affectif que je porte quotidiennement m’a rendu vulnérable. Je l’ai laissé entrer de plain-pied dans mon intimité. J’ai fait taire mes hésitations dans l’espoir de gagner quelques heures de tendresse. Il a pris une place importante dans mon esprit alors que pour lui, je n’étais qu’une distraction. Il a laissé traîner des promesses comme un appât sans jamais se dévoiler lui-même.

Ça me ramène à une autre histoire plus sordide. Dans la nuit du 11 novembre 1996. À une époque de ma vie où le moindre espoir me semblait inaccessible. Malgré une vie sociale trépidante, la solitude était presque parvenue à m’éteindre complètement. J’avais noyé ma douleur et ma colère dans l’alcool. La nuit froide tirait à sa fin. Pour des miettes d’attention et quelques gestes tendres, j’ai mis ma vie entre les mains d’un dénommé Stéphane. J’ai bien eu quelques hésitations que j’ai balayées du revers de la main. Il savait qu’il me faisait courir un risque immense. Il se savait dangereux. Ç’aurait été si facile de se protéger. Mais il s’est servi de moi et de ma détresse pour assouvir ses envies du moment, sans égard pour le tas de chair imbibé d’alcool qu’il avait devant lui. Et avant que le matin ne se lève, un cortège de virus et de haine de soi est passé de son corps au mien. À la fin de cette nuit, ma vie a basculé.
...
J’ai lu quelque part, je crois que c’était dans un traité de sexologie, que les personnes qui ont été abusées recherchent toujours à retrouver leur agresseur. Parfois pour revivre de façon pathologique leur agression. Parfois pour tenter de trouver une certaine forme de pardon.

Je n’ai pas les idées claires la nuit. Je dramatise, j’extrapole pour utiliser les termes de Mister Right. Le rêve m’a assommé. La nuit embrouille mes pensées. À cela s’ajoute l’effet des médicaments que je prends chaque soir et qui amplifient la moindre trace d’anxiété. Je suis un mutant, un rêveur chimique, condamné à regarder chaque nuit le réel avec lucidité. Je devrais peut-être changer de médication.

Edit : Les commentaires qui suivent éclairent ce billet.

04 janvier 2008

Paroles paroles

J’ai un peu de mal parfois avec la prétendue objectivité de certains blogues. Je ne doute pas de la sincérité des auteurs. Je pense tout simplement qu’on ne peut pas écrire le réel. Il s’agit toujours d’un point de vue partiel et subjectif, qui en dit plus long sur la personnalité de celui qui rédige que sur les évènements.

Il y avait dans la dernière note que j’ai postée ici une tristesse que rien de concret ne justifiait. Les billets se suivent et s’emboîtent comme des poupées russes. Ce qui donne une couleur particulière à un texte, c’est souvent tout ce que je ne raconte pas et ce qui se cache, entre les lignes…

Acte I, Tempête et fiesta (17.12.2007)

C’était avant Noël, j’avais passé la soirée au Gymnase avec Thomas, J et D. Je m’étais vraiment amusé comme un fou. Thomas et moi, on se pâmait sur un garçon, le beau Karim. Ma sœur trouvait qu’il avait un gros nez. Elle trouve toujours à redire. Il y avait un homme qui me faisait des sourires quand nos regards se croisaient en dansant. Je lui retournais ses sourires puis je m’éloignais sur la piste de danse. Vers la fin de la soirée, je me suis arrêté pour reprendre mon souffle, il est arrivé derrière moi et m’a attrapé par l’épaule : « Quand je t’ai vu entrer, tantôt, ça m’a fait un coup au cœur. Je te jure, j’en ai perdu le souffle… »
J’ai souris, l’air dubitatif.
« J’aimerais vraiment te connaître. Avoir le temps de te découvrir. On pourrait aller prendre un café, si tu veux. »
Pourquoi pas ? Je veux bien. On s’échange nos numéros de téléphone. Finalement par courriel il me propose d’aller voir un documentaire sur Rio, une ville qu’il a visitée et qu’il a beaucoup aimée. Mais il est débordé par le travail, ça ne pourra se faire qu’après Noël.

Acte II, Réveillon (02.01.2007)

À la dernière minute, le programme a changé. On lui avait offert des billets pour la dernière de Saltimbanco au Centre Bell, dans la loge privée de son employeur. La loge surplombait la scène et une hôtesse nous servait des vins sud-africains hors de prix. Nous étions en compagnie d’une dizaine de personnes, des propriétaires de restaurants chics et de grands hôtels. La conversation se déroulait aux trois quarts en anglais. Je ne suis pas très à l’aise dans les mondanités. Je suis allé m’asseoir tout au bord du balcon pour ne rien manquer. Dès la fin du spectacle, la loge s’est vidée et nous nous sommes retrouvés seuls avec l’hôtesse et quelques bouteilles de blanc à finir. En terminant son verre, il m’a lancé : « Hum. On t’a déjà dit que t’as vraiment des yeux expressifs ? »
C’était un jour férié et la plupart des restaurants que je pouvais me permettre étaient fermées. En remontant le boulevard Saint-Laurent en quête d’un resto, on s’est rendu tout près de chez lui. Il m’a proposé de faire des pâtes, en ajoutant qu’il adorait cuisiner. Je me suis retrouvé dans un grand loft. Et, une coupe de vin après l’autre, nous sommes passés de la cuisine au divan, puis du divan au lit. À un certain moment, je l’ai pris par les épaules et je me suis éloigné : « Tu sais, j’avais pas prévu que les choses se passent comme ça. Il me semble que ça va un peu vite. »
« Peut-être que c’était notre destin à tous les deux. Tu sais moi, je fais pas de plans, de stratégies, j’y vais avec le cœur. »
Finalement, je me tais et je laisse aller les choses (et je renie ainsi ma réponse faite à Maphto.) Malgré le fait qu’on n’ait pris aucun risque, je suis rongé de culpabilité et je me demande comment je ferais pour lui annoncer plus tard ma séropositivité. Avec la nuit, tout prend des proportions disproportionnées. J’ai l’impression d’avoir tout gâché. Et il y a cette dose de médicaments et qui est restée chez moi et que je devrai sauter. Ça ajoute aux remords. Je passe la nuit à tourner dans tous les sens et à me raisonner pour me calmer et tenter de trouver le sommeil. Son épagneul cocker me regarde m’agiter et lorsque je m’approche près du bord du lit, il pose son museau froid sur mon épaule.

Le lendemain, il devait retrouver des amis pour un brunch. Je l’ai embrassé sur le trottoir glacé. Je lui avais dit que je serais au Gymnase. Sans vouloir insister, j’aurais bien aimé qu’il vienne m’y rejoindre. Il n’est pas venu. Le premier de l’an, je l’ai appelé vers 10h30. Il m’a dit que je le réveillais et m’a demandé si je pouvais le rappeler une heure plus tard, qu’il prévoyait être chez lui toute l’après-midi. Quelques heures plus tard, il n’y avait pas de réponse. J’ai envoyé un courriel. Le lendemain et le surlendemain : pas de nouvelles.

Acte III, La porte

Le téléphone sonne, un matin. Je faisais la vaisselle de la veille. Je n’attendais plus son appel. Il me demande comment ça va puis me raconte sa journée de ski. Il me fait un discours sur le végétarisme (!) puis il en vient à la raison de son appel : « J’ai eu un téléphone le soir du 31. Mon ex, celui qui est à Amsterdam. Tu sais, je t’en avais parlé. Ça s’est terminé en octobre dernier. J’ai trouvé ça assez difficile… En fait, j’ai pas envie de me rembarquer dans une relation… »
« Ah. Bon. On n’en est pas là… Je n’ai pas eu le temps de te parler beaucoup de moi. Les deux dernières années de ma vie ont été assez houleuses. Et puis, je sais pas si je serais prêt à m’investir dans une relation, comme ça, aussi vite. Mais je pensais qu’on pourrait se connaître un peu plus. Si tu veux, on peut se voir, juste en ami… »
« Ah non. J’aimerais mieux qu’on ne se revoie pas. J’ai déjà du mal à voir mes ami. Tu sais comment j’ai des horaires de fous. Puis, j’ai besoin d’être seul, en ce moment… »
« Bon. OK… (Silence) En tout cas, merci d’avoir appelé. Je n’avais pas de nouvelles, je me suis imaginé plein de choses… »

J’étais déçu, c’est certain. Furieux aussi, de m’être fait avoir. Il est tellement facile de me berner. Même si je prétends être au-dessus de tout ça, il suffit de quelques compliments ou de sous-entendus racoleurs pour que je perde tout sens critique et que je devienne passablement gaga. Et toujours mon imagination stupide qui s’emballe. Et puis cette nuit que j’ai passée à me torturer pour absolument rien ! Mais curieusement, j’ai senti un grand soulagement lorsque j’ai déposé le combiné. Comme si quelqu’un quelque part avait ouvert une porte et que j’avais respiré le vent qui venait de l’extérieur. Et la solitude, que je décris dans la dernière note, devenait soudainement plus douce. Un de perdus, dix de retrouvés : je sais, je sais ! Who’s next ?

02 janvier 2008

Réveillon

Aux petites heures du matin, un homme pousse un large balai sur le plancher de danse déserté. Dans la poussière qui roule contre les soies apparaissent des serpentins, des éclats de paillettes et des trompettes de carton. Il y a, sur les tables, une pellicule collante au parfum de vodka, de tia-maria ou de jus de canneberge. Sur le dossier d’une chaise, un nœud papillon défait a été oublié.

Je suis arrivé au tout début de la soirée et il y avait déjà beaucoup de monde. Et la pauvre fille du vestiaire avait l’air débordée. En fait, tout le personnel du bar était désorganisé. Dans l’escalier, je me suis retrouvé coincé parmi un groupe d’inconnus qui avaient déjà acheté leurs billets. Quelques minutes plus tard, j’étais à l’intérieur sans avoir payé mon entrée. J’ai retrouvé Thomas et on a porté un premier toast à l’année qui s’achevait. Il y avait vraiment de curieux spécimens sur la piste de danse. Une femme un peu grano avec une longue jupe fleurie. Une autre, habillée comme dans les années 60s, un sosie de Jackie Kennedy. Il y avait un gros monsieur avec une moustache et un nœud papillon. Heureusement, à mesure que la soirée avançait, la clientèle rajeunissait et se diversifiait. Un couple d’amis de Thomas, F et E, sont venus nous rejoindre.

Le beau Karim était là. Toujours aussi métrosexuel (indéfinissable). Thomas est allé lui parler longuement. Puis il est allé danser et s’est mis à draguer un grand machin de six pieds. Quelques minutes plus tard, Thomas et machin s’embrassaient au fond de la piste de danse. Je me suis retrouvé à côté de Karim qui m’a raconté que son genre de fille, c’était les brunes avec de gros seins. Qu’il est con ! Mais qu’il est beau ! Il s’est penché vers moi et m’a soufflé à l’oreille : « Tu vois la fille avec une robe noire, là-bas, elle, elle est vraiment belle. » J’ai regardé la fille, il avait raison, elle était jolie. J’ai souri et je me suis lancé sur la piste de danse.

« Excuse-moi, je ne veux vraiment pas t’importuner, j’ai un peu trop bu. Mais j’aimerais vraiment ça, te présenter un de mes amis. Tu vas voir, il est super gentil. Tu t’appelles comment ? » Elle s’appelait Alexandra. J’ai accroché Karim par le bras et j’ai fait les présentations. Puis je me suis éclipsé avec un clin d’œil au beau Brummel. La belle aurait pu m’envoyer promener, mais elle était plutôt sympathique. En m’éloignant, je l’ai vu lui faire un demi-sourire et lui serrer la main.

Thomas a disparu avec le grand machin, je crois qu’ils sont partis dans les toilettes. Décidément, c’est chic ! F et E sont sur ma gauche et se roule une pelle. Depuis le début de la soirée, on s’est échangé environ quatre mots. Mais c’est trois de plus que la dernière fois où je les ai rencontré. Le maître de cérémonie commence le décompte. « 10, 9, 8… » Je prends une grande lampée de boréale rousse. « 4, 3, 2, 1, Bonne année ! » Je regarde les gens qui s’embrassent.

Sur ma droite, une grande blonde me sourit : « Qu’est ce que tu fais tout seul un 31 décembre ? »
« Non, mais j’suis avec des amis… Ils sont juste là, sur la piste de danse. Euh, non, en fait, je les vois plus. » Elle s’appelle Stéphanie. Ses collègues de bureau l’ont entraîné ici. Et elle a croisé par hasard une de ces amies d’enfance. « C’est incroyable, comment le monde est petit. Tu sais, les six degrés de séparation… ». Six degrés c’est si peu, mais si souvent infranchissable. Elle trouve que la clientèle est vraiment spéciale. Moi, les danseurs me font sourire. Je sens le besoin de préciser : « Tu sais que je suis gai ? »
« Je te cruise pas là, viens danser. »
Ses amis s’en vont dans un autre bar.
« Déjà ? » Elle me laisse sa carte d'affaires : « On pourrait aller au cinéma, un de ces quatre. »
« Sûr. » Je lui fais la bise. Elle est vraiment belle.

Karim est revenu se poster à mes côtés. Ça n’a pas l’air d’avoir marché avec Alexandra, il n’a rien trouvé d’intelligent à lui raconter. Mais il est tout sourire. Il me serre l’épaule en disant : « Toi, en tout cas, t’es un vrai ami pour moi. » Je lève mon verre et on trinque.

Je danse sous les lumières multicolores qui pendouillent du plafond. Je m’arrête un moment pour retirer ma veste et la déposer sur une chaise. On me tape sur l’épaule, c’est Alexandra. « Viens », qu’elle me dit « on va jaser. » Et elle m’entraîne vers les fauteuils, au fond de la salle. « Loin des hauts parleurs, on s’entendra mieux. Je suis désolé, mais ton ami, il n’est vraiment pas mon genre. » J’ai ri, un peu gêné : « Ah ben, je comprends ça… Mais y’est tellement cute… Je fantasme sur lui… qui fantasme sur toi : Christ que c’est compliqué, la vie ! »
« Ouais. » Elle rit à son tour. On parle de nos vies, de la course aux piges. Elle va m’ajouter dans ses amis sur facebook. J’hais ça, facebook. Mais je souris.

Mille solitudes pour une nuit, réunies. Encore plus criantes au seuil d’un changement d’année qui nous rappelle que le temps nous file entre les doigts. Et que rien ne pourra le retenir. J’ai ignoré les taxis qui maraudaient sur les rues glacées. J’ai marché jusque chez moi en poussant de mes pieds la neige folle. Le ciel était noir et sans étoiles. Il faisait froid, mais avancer à grands pas me faisait du bien. Je pensais à Karim, à Stéphanie, à Alexandra, à Thomas. Et à tous ceux qui défilent dans ma vie et dans les histoires que je raconte ici. Le vent soulevait la poudrerie et effaçait les traces, derrière moi. Mes pas ne laissent aucun sillage. Christ que c’est compliqué, la vie !

28 décembre 2007

La valise

Partir pour une autre ville ? Et pourquoi pas ? Ça te fait un peu peur, mais tu sais que cette crainte te fait sentir la vie, intensément. Et puis la barrière de la langue, c’est un détail. Tu t’es toujours trouvé stupide de ne pas arriver à parler anglais. Ne dit-on pas que la meilleure façon d’apprendre, c’est l’immersion ? Et si tu te demandes ce qui te retient ici. La réponse est évidente, et même un peu douloureuse. Le temps est venu de partir. Tu as frappé un mur lorsque tu as reçu la lettre de refus ; cet emploi t’aurait vraiment plu. Et reprendre ton ancien boulot t’a semblé une montagne.

Tu ranges soigneusement dans ta valise un espoir. Tu le gardes pour toi, parce que tu ne voudrais pas passer pour un être dépendant. Mais tu sais qu’il est là. N’est-ce pas beau de tout quitter ainsi par amour ? Tu espères que celui que tu aimes réalisera avec le temps le sacrifice que tu fais pour lui. Puis tu balaies tout ça du revers de la main parce que ça te paraît prétentieux. Tu préfères tes arguments rationnels. Toute la journée, tu les fais défiler dans ta tête. Mais dès que la concentration cède, c’est le rêve qui reprend le contrôle de ta conscience. Toronto et son titre ronflant de ville-reine, ça te fait sourire. Une vie qui repart à zéro. Là-bas, vous serez enfin heureux.

Au cours des dernières années, ta vie s’enlisait dans la grisaille. Chaque saison pesait lourd sur tes épaules. Plusieurs fois, tu aurais voulu voir apparaître une main tendue. Et pour ça, tu aurais tout donné. Il était là et t’avait repéré dans cette micro-brasserie où l’on dégustait des blondes somptueuses. Tu te sentais chez toi dans la rumeur joyeuse de la clientèle, majoritairement étudiante, devant les pièces d’échec laissées sur la table. Il était ambitieux. Il aimait le beau et le plaisir. Pour lui, le bonheur semblait une chose simple et accessible. C’est son sourire et sa chaleur qui t’ont attiré. Tu t’es dit, pourquoi pas ? Et s’il était ma chance de connaître autre chose ?

Tu scrutes tout le temps ses moindres désirs et tu échafaudes des plans de rendez-vous qui sortiront de l’ordinaire. Tu dois avoir l’air ridicule, sur le trottoir mouillé, avec ses gerbes de fleurs sur le bras. Il avait lancé « Celui qui m’achètera des fleurs, je le marierai. » Tu avais fait celui qui n’avait rien entendu. La bruine te fouette le visage et les rafales risquent d’abîmer les tiges. Tu pestes contre le vent, ces fleurs t’ont coûté cher. Il te reste une quinzaine de coins de rue à marcher. Tu les entoures de ton bras en grimaçant et tu presses le pas. Tu as toujours détesté la pluie de décembre.

Tu refermes la valise et tu jettes un œil à ce vieil appartement où tu as mis tant de toi. Les fleurs sont posées dans un vase au centre de la table. Il a dit qu’il était content, mais ça ne se voyait pas trop. Puis il est parti rejoindre Francesca pour aller voir Thomas Fersen et son ukulélé au Latulipe. Tu as choisi de ne pas les accompagner. Tu ne roules pas sur l’or et tout le monde te répète que la vie sera chère à Toronto. Toutes les caisses sont alignées sous la fenêtre. Tu as soigneusement tout emballé pendant qu’il était au travail. Tu ne t’attardes pas aux pièces vides de peur d’y remarquer un regret. Tu as prévu un pique-nique pour la route et tu as fait la liste de tout ce qu’il faudra acheter en arrivant. Tu as donné le fauteuil rouille que ton parrain t’avait offert. Tu t’es débarrassé de ton vieux pupitre, imprégné de souvenirs. Il faut parfois mettre de l’eau dans son vin pour être adulte. Le réveil indique 2h00 et tu ne dors toujours pas. Mille fois, tu t’es retourné entre les draps de ce grand lit vide. Tu fermes les yeux et tu imagines ton avenir. Parce que la nuit est noire et que tu y es seul.

Montréal, décembre 2007

14 décembre 2007

Ensemble

Parle, parle. Jase, jase. S’il y a une chose que j’ai apprise dans l’exercice de ce blogue, c’est que l’on est tous dans le même bateau. On se débat pour se dépêtrer. On cherche à démêler nos peurs, nos existences et nos espoirs. On se cherche un toit, un sens, un cœur. On questionne les miroirs. Ça devrait rendre la vie plus facile de savoir qu’aux quatre coins de la planète, on vibre sur les mêmes notes. Mais il y a la distance. Il y a nos peurs, nos existences et nos espoirs...




… six milliards de solitudes
six milliards, ça fait beaucoup
de seuls ensembles…

Dans un Spoutnik, Daniel Bélanger

Toutes les notes