19 mars 2009

Cible émouvante

Je n’ai que quelques minutes pour coucher mes impressions sur papier, calé dans un interstice entre le soir et la nuit. Je sors de l’Agora de la danse. J’y ai vu un spectacle particulièrement lumineux et accessible. Cibler aborde avec sensibilité les thèmes de la fragilité de la vie et de l’impact que nous avons les uns sur les autres. Sous la direction de Karine Ledoyen, une jeune chorégraphe de Québec, trois danseuses et une comédienne ont livré un spectacle intense, chatoyant et coloré comme un feu d’artifice.

Je suis cependant resté sur mon appétit. Comme si la chorégraphe m'en avait mis plein la vue par pudeur, sans vouloir lever le voile sur l’essentiel. Je quitte la salle, la tête pleine d’images fugaces, mais étincelantes. J’ai été allumé par la symbolique des accessoires et du langage gestuel. Mais j’ai l’impression que l’œuvre gagnerait à être étoffée. Comme s'il s'agissait d'une esquisse. Il y a dans Cibler quelques scènes très fortes. Ces brefs moments d’intériorité sont éclipsés par la virtuosité de la chorégraphe et des interprètes et par l'ingéniosité de la scénographie.




Karine Ledoyen confie à trois danseuses et à une comédienne le soin de retracer le cours de l'existence. On naît, on vit, on meurt… Parfois on se donne la mort, pensant déjouer le destin. La cible est mouvante. Qui dira si jamais on l'atteint?

Cibler, de la Cie K par K, à l'Agora de la danse jusqu'au 21 mars.

19 novembre 2006

Babil d'un samedi soir

Je dois des excuses publiques à Brad pitt qui était excellent dans le film Babel. Tous les acteurs y sont d’ailleurs très bons. Les acteurs non professionnels sont tout simplement époustouflants. Je suis bon public, j’ai été captivé jusqu’à la dernière seconde du film. J’ai même tenté de grimper sur mon dossier quand la tension devenait insoutenable. j’ai pleuré sur des répliques en arabes, en anglais, en espagnol et en langue des signes japonaise. (Toutes sous-titrées en français, il faut le dire.) J’ai donc passé deux heures 22 à être ailleurs, totalement, dans des lieux dont je ne soupçonnais ni l’existence, ni la beauté.

J’ai passé la journée de vendredi à dériver sur la Toile et à papoter au téléphone. X me raconte qu’il est sur le bord d’exploser. Il est en amour avec Y, qui s’intéresse à Z, qui voudrait baiser avec X. (Il faut préciser qu’ X, Y, Z ne sont pas des adolescentes de 12 ans et demi, mais des hommes de plus de 30 ans.) Il y a des interférences sur la ligne. Blogspirit fait des siennes et bloque des commentaires. Max n’a pas retourné mon appel. Ce fut une nuit plus qu’agréable, mais ça n’aura pas de suite. J’aimais bien le pseudo que je lui avais trouvé. Je pourrais le rebaptiser. Quelque chose comme Roger ou Régis. Comme je n’ai peut-être pas le moral pour encaisser les baffes intrinsèques au milieu gai. Je ferais mieux de me calmer le pompon.

Je me reprends donc :

Régis n’a pas retourné mon appel. (Max, je le connais pas encore !)
J’ai lu les premières notes du blogue de Polymorphe alors qu’il se demandait si ses seuls lecteurs ne seraient pas des trafiquants de crèmes érectiles à la recherche de cibles à bombarder de spams. J’appelle GP et je lui fait part de mon intention de sortir, il a l’air vaguement tenté.

— « On irait où ? Au Unity ? »
— « Au Unity ? T’es malade, on va passer pour des mononcles, la moyenne d’age est de 17 ans. Après 25 ans : t’es fini… Au Sky ? »
— « Nan. Pour aller sur les étages y faut être pré-pubères. »
— « Au rez-de-chaussée du Sky, c’est la soirée latino, l’ambiance est bonne puis j’ai un faible pour les latinos. »
— « Moi avec. »
Un ange passe avec des images de chaleur, de téquilas, et de déhanchements lascifs, mais je me ravise.
— « Ah non. Axel risque d’être là avec sa troupe d’amis, puis de toute façon, quand je danse la salsa, j’ai l’air d’un pingouin constipé. »
— « Tu danses, toi ? »
— « Ben, des fois. »
— « Au stud ? »
— « Le stud. I’ me semble que c’est déprimant. »
— « Ouais, t’a raison. »
Calcul mental rapide : Si on prend l’ensemble de la clientèle du Stud, si on retranche les plus de 400 lbs et les plus de 70 ans, ceux qui trippent bareback ou qui ont des trips sexuels bizarres : lècher les bottes ou se mettre des épingles à linge sur les mamelons, si on enlève les beaufs mariés et pères de familles et tous ceux qui portent des g-string en léopard, et si on fait exception des employés, il doit rester 3 gars. Et je les connais tous… intimement. (J’exagère quand même un peu.)
Je me creuse la tête.
— « Il reste le parking. Y’a une légende urbaine qui dit que mon bellâtre de psy fréquente l’endroit. »
— « Le parking ? je sais pas… Tu penses?... »
— « ?… »

(À suivre…)