10 février 2008

Les choses II



À voir !
Le film complet : Free Range Studios
La suite sur Youtube est ici...

11 janvier 2008

La vie de plateau II

Je ne sais pas si c’est la grisaille de janvier, mais j’ai la plume un peu sèche. Depuis quelques années, je rêvais de ce contrat. Après une semaine de travail, je fonce vers la terre comme cette pluie glacée qui est tombée toute la journée. Fatigué, épuisé, lessivé. Dieu merci, c’est vendredi.

Au cours des derniers jours, j’ai sillonné l’arrondissement dans tous les sens pour débusquer les futurs îlots de chaleur estivale et évaluer les possibilités d’y planter des arbres. J’ai couru les ruelles. Certaines sont magnifiques, d’autres, complètement dévastées. Je redécouvre les grandeurs et les misères de ce quartier magnétique, le Plateau-Mont-Royal. Et son snobisme un peu ridicule, mais attachant. Je découvre également les dessous pas toujours verts du milieu des organismes en environnement. Les ressources sont rares et chacun tire sur son coin de couverture. Louvoiement politique et guéguerres de clochers créent une atmosphère de travail assez particulière.

Ce que je pourrai réaliser pendant ce contrat me paraît insignifiant par rapport à tout ce qu’il y aurait à faire. Mes projets de verdissement seront presque imperceptibles dans cette mer de briques, d’asphalte et de béton. Et, avant de pouvoir planter mes mains dans la terre, au début de l’été, il me faudra combattre des hordes de fonctionnaires apathiques ou véreux. Ouvrir mon chemin dans une jungle de formulaires. Survivre à l’asphyxie, lorsque je serai submergé par des tonnes de paperasses, autorisations, dérogations, subventions.

Je tire mon épingle du jeu en me répétant intérieurement que ce n’est qu’un travail. Je joue les innocents lorsque c’est à mon avantage. Je tourne les coins ronds pour obtenir ce que je veux. Je serre des mains. Je ris des blagues creuses dans les 5 à 7 et j’applaudis les élus en souriant béatement. Un jour, dans quelques mois seulement, ce sera l’été. Et il y aura des enfants, au fond d’une ruelle, qui joueront à la marelle entre les massifs de sauges ou de marguerites. Dans quinze ou vingt ans, des amoureux viendront peut-être, en catimini, graver leurs initiales sur le tronc d’un févier que j’aurai planté.

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Ruelle quelque part entre Laurier et Masson

15 octobre 2007

Racines

J’écris parce que je suis en manque douloureux d’histoire. Je voudrais me poser quelque part et rester immobile pour contempler le fil du temps. Je suis fils de déracinés. Ma mère s’est toujours laissée porter par le vent. Elle s’est envolée comme une plume à la fin de mon enfance. Les courants l’ont portée un peu partout dans le monde, de New York au Viet Nam, en passant par l’Afrique de l’Ouest. Récemment, elle s’est posée à Chicago, près des Grands Lacs. Peut-être y trouvera-t-elle le calme. Après leur séparation, mon père a refait sa vie dans une ville battue par le vent, sur le bord d’une autoroute.

À l’adolescence, j’étais totalement libre. J’ai choisi la ville pour le foisonnement de la culture, l’ouverture sur le monde et la possibilité d’y être ouvertement ce que je suis : homosexuel. Bien que j’aime les grands espaces et le ciel qui se déploie sur 360 degrés, le dédale des grandes villes me fascine toujours. Les signes y sont démultipliés. Tous les travers et les grandeurs de l’humanité y sont exacerbés. On parcourt les rues comme on lit un texte, dense, coloré et généreux. Montréal est mon premier amour.

Une seule fois dans ma vie j’ai cru voir poindre des racines. J’imaginais qu’une vie à deux était plus propice à l’enracinement. Ce n’était pas l’idée du siècle de mettre sur les épaules d’un autre mes envies de m’établir. J’ai laissé dans cette histoire une partie de mon âme. Et je n’y ai gagné que le poids des années à porter. Après le naufrage du couple que nous formions, je me suis retrouvé dans le vide. J’ai nagé pour remonter à la surface, pour me sortir de l’eau. Et j’ai repris la route des nomades.

Intuitivement, j’ai choisi un secteur de la ville qui me ressemblait. Et je tente tant bien que mal de m’y sentir chez moi. Le quartier Rosemont est habité depuis toujours par des francophones de souche, des ouvriers, des travailleurs acharnés et quelques rêveurs plus grands que nature. Il a longtemps abrité quelques joyaux. Le Jardin botanique, qui est né au début du siècle, perd peu à peu de sa splendeur. Et les installations olympiques construites pour les jeux de 1976 ont été désertées par les sportifs. La ville n’est pas un milieu particulièrement propice à l’enracinement. Elle se transforme constamment à un rythme étourdissant. Les gens ne font qu’y passer. Ma vie d’aujourd'hui ne pèse pas bien lourd. C’est une maison de paille que la première bourrasque pourrait emporter. C’est l’inquiétude qui m’habite cet automne dans mon minuscule appartement, impossible à chauffer convenablement. Je fais des économies de bout de chandelle pour joindre les deux bouts. Je n’ai aucune certitude quant à l’avenir. Je suis parvenu en travaillant comme un fou à me renflouer et à payer toutes mes dettes. Mais ma situation reste précaire et dans quelques mois, tout sera à recommencer.

Cette nuit, j’ai rêvé que je vidais mon compte de banque et que je disparaissais. Je partais sur un nowhere, sans destination. Avec un peu de crainte, mais une espèce d’urgence de retrouver qui je suis. Je portais un sac sur l’épaule. Et, dans ma poche, je serrais entre mes doigts un billet ouvert. Mais le train que j’avais pris s’enfonçait dans un brouillard glacé. Les lacs, les champs et les montagnes avaient des teintes froides. Le paysage se déclinait dans des nuances de gris bleu. Je regardais la pluie qui courait sur la vitre avec cette vieille envie de rentrer chez moi, sans savoir où aller.