27 août 2008

Mieux

Le rhume me tient cloîtré. Ses douleurs lancinantes me rendent grincheux. Je reste constamment crispé, sur la défensive. Dès que je ferme les yeux, je suis ramené vingt, trente ans en arrière. Le nez qui brûle à force d’être mouché. L’air semble plus sec, à chaque inspiration. Une chaleur s’installe à l’intérieur, comme une ivresse paresseuse. Les parfums de menthol et d’eucalyptus me rassurent. Et mon corps alourdi cherche à se lover contre la moindre douceur.

Ça me rappelle les rhumes de mon enfance, l’arbre de Noël, le givre aux fenêtres. La fumée qui louvoie au-dessus d’un bol de soupe au poulet. Le sirop qui goûte mauvais la cerise artificielle, mais qui passe dans la gorge comme un baume glacé. Et la permission, enfin de tout arrêter et de rester immobile. Écouter les bruissements du quotidien, le bruit de l’horloge, pendant de longues minutes. Examiner pour la première fois le détail des objets qui m’entourent. Chaque fois, c’est comme des retrouvailles avec le silence. Avec celui que j’étais avant d’être un fils, un frère, un étudiant, un travailleur, un amant, un citoyen ou un consommateur. Avec celui que je suis, sous les masques.

Je note comme une victoire chaque douleur qui s’atténue. Je retrouve avec surprise le plaisir de respirer librement. Je devine déjà cette envie qui renaît d’aller voir à l’extérieur où en sont les saisons. Sentir cette fin d’été trop fraîche qui clôture des mois de pluie. Malgré les courbatures, je quitte la torpeur, avec quand même un peu de regret, pour aller retrouver les frissons du vent. Je pourrai bientôt dire : « Je vais mieux. »