23 mars 2008

Amen

Le Québec a mal à la religion. Pendant des siècles, la religion catholique a joué un rôle prépondérant dans toutes les sphères de la société québécoise. Sans elle, les Québécois auraient été assimilés et nous parlerions tous anglais. Tant d’autorité dans les mains du clergé a bien sûr mené à des abus de pouvoir (abus dans lesquels l’Église catholique a une longue tradition).

Je crois que les Québécois sont profondément religieux. Si, à une certaine époque, ils ont rejeté énergiquement la religion catholique et s’ils ont même un peu honte de leur passé religieux, ils cherchent aujourd’hui à combler à tout prix le vide laissé par l’Église. Ce besoin semble être criant. Désormais, la messe n’a plus lieu le dimanche matin à l’église, mais le dimanche soir à la télévision. Les fidèles hochent la tête au rythme des blagues de l’animateur de Tout le monde en parle. Ils se lèvent, applaudissent et s’assoient au signal de l’officiant. On se demande qui sera le nouveau messie de Star Académie. Chaque matin, dans le métro, des milliers de personnes lisent religieusement les derniers faits et gestes de Paris Hilton et Cie. Paris magasine une veste pour son chihuahua. Paris change de marque de serviette hygiénique. Paris est surprise à se jouer dans le nez. Paris, priez pour nous.

L’écologie est aussi devenue une religion. Je le sais pour travailler depuis quelques mois dans le milieu des OSBL en environnement. Un tout petit milieu, pourri de guerres intestines. La ferveur religieuse de ces « verts à tout prix » entraîne des dérives et plusieurs comportements incohérents. Les parents qui nourrissent leurs enfants de fruits et de légumes pleins de pesticides, mais qui rincent scrupuleusement les pelures de banane avant de les mettre au compost. Les gens qui font de longs détours en voiture pour aller chercher leurs sacs réutilisables avant de faire leurs courses. Tout ceux qui veulent des papillons dans leur jardin, mais qui noient la moindre chenille sous des litres de pesticides écologique. Sauvez la planète, surtout ce qu’il y a dans ma cour ! Tout le monde veut voir la vie en vert. Le voisin on s’en fout. L’étranger, on s’en contrefout.

Je sais bien que tout ça part de bons sentiments, mais quand ça mène à l’intransigeance, à l’incohérence et au mépris, je décroche. Dans le quartier où je travaille, il y a chaque jour des vols de bacs de recyclage. On m’a même raconté que des gens se seraient battus pour un bac. Les jours de tempête de neige, le téléphone sonne toute la journée. Des citoyens se plaignent qu’on n’a pas ramassé leurs matières recyclables. Ils ne comprennent pas que ce sont des camions qui font la cueillette et que les camions ne peuvent circuler quand la rue n’est pas déneigée ? Un petit peu de bon sens, peut-être ? La solution à la surconsommation, ce n’est pas de recycler toutes les cochonneries que l’on produit, c’est de consommer moins !

Pour me déplacer, je n’utilise que le vélo ou le transport en commun. Mais je suis un terrible pécheur parce qu’il m’arrive de manger de la viande à l’occasion. Je suis un traître à la planète parce que je ne fais pas de compost sur mon balcon et que j’aime bien porter des vêtements neufs quand j’en ai les moyens. Encore pire, j’aime aussi voyager et goûter des produits d’importation. Je ferais mieux de me taire où je risque d’être lapidé. J’ai l’audace de me plaindre du système de transport en commun. C’est impardonnable. Le service est franchement mauvais, mais c’est un tabou. Le transport en commun est extraordinaire, un point c’est tout. Il faudrait s’entasser dans les autobus et les métros jusqu’à ce que mort s’ensuive pour la cause. Tout le monde est pour le transport en commun. Particulièrement tous ces individus que je vois seuls dans leur voiture, tous les matins, sur le boulevard.

Au bureau où je travaille, nous n’avons aucun dictionnaire, ni aucun livre de références. Pourquoi sacrifier inutilement des arbres, on peut tout trouver sur Internet. Je m’excuse, mais tout n’est pas sur le Web ! Et ce qu’on y trouve n’est pas toujours de la plus grande qualité. Et puis le fonctionnement des serveurs qui alimentent Internet en contenu est extrêmement énergivore. J’ai lu quelque part que d’ici quelques années, la consommation d’énergie nécessaire au fonctionnement d’Internet équivaudrait à celle de la population mondiale. L’énergie, ça ne pousse pas dans les arbres. J’ai beau tenir un blogue, j’aimerai toujours les livres. Et pour avoir expérimenté le travail avec ou sans dictionnaires. Je préfère avec. (En attendant quand mon vieux I-mac turquoise plante pour la quinzième fois dans la journée, je me répète que je suis payé à l’heure.)

Le bureau a tout de même publié des dépliants sur du papier 100 % recyclé. Avec de l’encre verte. (Notez le concept !) Pour économiser encore plus, les marges sont réduites au minimum et les caractères sont tout petits. Résultat : un dépliant illisible qui va tout droit au bac de recyclage (ou à la poubelle dans la plupart des cas, j’en suis certain.)

Quand j’étais tout petit, j’aimais beaucoup l’église du village où j’habitais. Une petite église en bois blanc. Mes parents n’y allaient jamais, ils étaient athées et même antireligieux. Mais le clergé avait encore une certaine emprise sur le système d’éducation et l’institutrice nous amenait parfois à la messe, lors des fêtes religieuses. J’étais fasciné par les rituels, la musique, l’encens, les boiseries et les dorures. La quête d’absolu des saints m’interpellait. Je rêvais de marcher dans les traces de Saint-François-d'Assise et de vivre au cœur de la nature. (Le film de Franco Zeffirelli m’avait marqué). Mais en grandissant, les agissements de l’Église catholique et de ses représentants m’ont fait décrocher, complètement. Je ne me considère pas comme catholique. Je trouve que plusieurs religions, le bouddhisme notamment, sont beaucoup plus pertinentes. Je ne sens pas le besoin d’avoir une religion à tout prix. Et bien que mon travail actuel m’amène à devenir un chantre de l’écologie, je n’ai qu’une idée en tête : défroquer.

08 août 2007

El poblano

L’histoire qui suit à des airs de déjà vu, pathétiques pour certains, ou carrément pathologiques. À vous d’en juger.




Après le concert de Pierre Lapointe, dimanche soir, je descends la Sainte-Catherine vers l’Est. Il est 23h30, les Francofolies et le festival Divers-Cité sont terminés. Il n’y a plus de musique sur les places publiques, mais il y a des gens partout. Les rues ne sont pas fermées à la circulation, mais des centaines de personnes ont envahi toute la largeur de la chaussée. Les enfants jouent au soccer avec les gobelets de bières qui jonchent le sol. Les policiers sont tous partis dormir. Chacun y va de son commentaire sur la soirée. Quelques taxis, pris dans la foule, klaxonnent pour se frayer un chemin, mais personne ne s’en occupe. Pour un court moment, la ville appartient aux humains. La nuit est douce et je n’ai pas envie d’aller dormir.

J’entre au Parking. La musique y est excellente. Dense, colorée, électrique. La clientèle bigarrée est dominée par les monsieur-muscles qui sont encore sur leur buzz d’ecstasy de la veille. Il y a du monde de tous les âges. Beaucoup de filles. Je suis étonné de voir quelques filles qui portent le hidjab.

(Note : Pour les musulmans qui passeraient par ici : Le Parking est un Bar gai, un débit de boisson alcoolisée qui accueille une clientèle homosexuelle. L’homosexualité n’y est pas tolérée, mais valorisée et célébrée. Et bien qu’on puisse y trouver tous les psychotropes disponibles actuellement sur le marché noir, de la marijuana au GHB, en passant par la coke, l’alcool est encore la substance qui domine ! Qu’il en soit ainsi, Inch Allah ! )

À ma connaissance, la religion musulmane condamne l’homosexualité d’une façon assez violente, et un commentateur m’a déjà écrit ici que je m’abaissais au rang d’un animal en buvant de l’alcool. Ça ne me rend pas très tolérant. Mais bon, les Montréalais ont une immense croix qui domine la ville sur le Mont Royal et on n'est pas plus catholiques pour autant. Peut-être que le hidjab est la nouvelle mode chez les lesbiennes montréalaises.

J’ai bu trois Belle Gueule rousses. J’ai sautillé sur du B-52’s. Sur la piste de danse, il y avait une fille qui souriait tellement que j’ai pensé qu’elle allait mordre. Je m’emmerde un peu. Les monsieurs-muscles, en fin de trip d’ecstasy, sont des gens très ennuyants. Je m’appuie sur le comptoir et je regarde les quelques danseurs qui s’éclatent. Il y a un garçon brun, pas très grand, qui me jette un œil de son regard sombre. Il porte un t-shirt orange. Les mouches et les pucerons sont attirés par le jaune. Moi, je suis un animal qui boit de l’alcool et je suis attiré par l’orange. Allez savoir pourquoi !

Je ne peux pas m’empêcher de le regarder, juste pour voir l’effet que j’aurais sur lui. Il mord à l’hameçon. Ça m’amuse. Je le fixe avec plus d’insistance. Pas subtil pour deux cennes, je lui détaille de haut en bas, le plan américain. L’alcool a annihilé mes inhibitions et mon ego explose littéralement quand il s’approche, après 3 minutes. Il se présente, me raconte qu’il vient de Puebla, une ville du Mexique, pas très loin de Mexico.

Il est en voyage à Montréal. (C’est parfait, pas de trouble en vue !) Il rêve d’immigrer ici. (Merde. Là, ça se gâte.) Il a 22 ans. (22 ? Non, mais je suis quand même pas pédophile ! Je lui donnais au moins trente.) Il dit qu’il va m’apprendre l’espagnol. (Por supuesto, que je me dis. Comment je vais faire pour m’en débarrasser ?) Il boit de la bière Boris, une toute petite bouteille. On dirait de la bière de poupée. Il m’entraîne sur la piste de danse. On est maintenant assez intime pour qu’il se permette de détacher les deux premiers boutons de ma chemise. Il est hébergé dans une résidence universitaire, un genre de dortoir à Sainte-Anne-de-Bellevue, à l’autre bout de l’île. Je n’ai pas trop envie de le ramener chez moi. Est-ce mon taux d’alcoolémie qui redescend ? En fait, si je pouvais m’éclipser subrepticement, je le ferais. Mais lorsque l’occasion se présente, la culpabilité m’empêche de le faire. Je suis quand même pas salaud à ce point.

Je marche avec lui jusqu’à l’arrêt d’autobus. Je prétexte la fatigue, un abus d’alcool, des montagnes de travail à faire : du grand n’importe quoi. « Tou mé laisse comme ça ? », qu’il me dit en battant des cils avec des airs de martyrs canadiens. « Ben… oui ! T’es un grand garçon, t’es capable de rentrer tout seul ! Si on s’était pas rencontré, tu serais rentré comment ? » Je me laisse convaincre de lui donner mon numéro de téléphone. Le prix à payer pour pouvoir m’en aller, vite fait. Je l’embrasse et je m’en traverse la rue. Ciao.

Le lendemain, j’ai un mal de bloc terrible. Je me fais réveiller par des témoins de Jéhovah. Pour ne pas que je leur claque la porte au nez, ils font faire leur boniment par un déficient intellectuel. Ils avaient aussi apporté un obèse, mais celui-ci n’a pas pu monter mon escalier. Il est appuyé sur la rampe et reprend son souffle. (Il n’utilise pas encore d’animaux, la SPCA ne les laisserait pas faire.) Je jette un œil mauvais au ver de terre qui accompagne l’handicapé et j’explique tout doucement au garçon que la fin du monde, ça ne m’in-té-res-se-pas. Le déficient intellectuel, la larve qui l’escorte, et l’obèse s’éloignent en clopinant. Le tonnerre est menaçant et fait trembler les murs de l’appartement. Je retombe dans mon lit. Des pluies torrentielles s’abattent sur la ville. Le téléphone se met à sonner. Moi, je gémis et je me cache la tête sous mon oreiller.

Trame sonore : Esa banda en dub, Nortec Collective (featuring Calexico), Tiré de l’album Tijuana Sessions (2006)

12 avril 2007

Instantanée

C’est beau la neige sur les branches des arbres. On croirait que c’est Noël. On est en avril câlisse ! Il va-tu neiger jusqu’en juillet ?

Ce matin, j’ai reçu un avis de l’assurance-emploi m’annonçant que mes prestations se terminaient bientôt. J’aime le choix des mots : « bientôt ». Ils ont du tact, les fonctionnaires ! Pour me mettre de la pression, le moteur de ma sécheuse a décidé de rendre l’âme dans une odeur de roussi. Moi qui m’ennuyais de la buanderie. Je vais pouvoir vous faire à nouveau des comptes rendus de mes lectures du Elle d’octobre 1996. La joie.

Au gym, j’ai vu les lèvres de l’entraîneur remuer. J’ai enlevé mes écouteurs. Quand je m’entraîne, j’aime bien entendre les petits cris pas trop virils de Justin Timberlake, ça me donne du power et des idées malsaines. Elle me demandait comment ça allait. Je lui ai dit que ça allait, mais que j’en avais un peu plein mon casque d’être toujours au gym. Je crois que je suis vraiment mûr pour trouver du travail.

Sinon, comme le printemps, je suis en stand-by. J’ai juste envie d’écrire des notes futiles avec plein d’anglicismes et de sacres. Câlisse de neige !