09 juillet 2008
Nouvelle vague
Je ne voulais pas l’écrire. Je préférais tout garder pour moi. Mais je le dois bien à ceux qui m’ont suivi jusqu’ici. Le beau Louis-Philippe est revenu rôder dans ma vie puis dans mes nuits. Encore une fois, j’ai choisi de ne pas trop réfléchir et je me suis laissé porter par la vague. La vie est trop courte pour tergiverser. C’est parfois bien utile un blogue pour retrouver le fil de l’histoire. Voici un collage des mots nés de notre rencontre. Lui : Tu me bouleverses. Moi : Je te quoi ? Lui : Je choisis mal mes mots. Moi : Ben non, oui, j’espère, enfin… tu choisis mal tes mots ? (Pour Debbie, 15 avril 2007) — « Ben voilà ! » Jonas | 18 avril 2007 — « Toujours émouvantes l'amour que tu nous dis… Il a rappelé ? » Jeanne | 16 avril 2007 — « Et ça arrive en même temps que l'été, les mecs en camisoles, musclés, bronzés. » Nitram | 22 avril 2007 ...En quelques nuits, un trop-plein de chaleur, de tendresse et de plaisir m’a ébranlé de l’intérieur. Les plaques tectoniques se remettent en mouvement sur mes vieilles blessures en fusion. Des failles qui remontent à l’enfance. Il m’a déclaré : « Je tiens à toi. » Tous les éclats de verre que j’avais balayés sous le tapis sont emportés et secoués dans tous les sens... (Tsunami, 24 avril 2007) ...J’habite une toute petite île. Où il y a juste assez d’espace pour se dégourdir les jambes. Portées par les vagues, des noix de coco sont venues s’échouer sur la grève comme un souvenir du continent, un message dans une bouteille. Et les quelques cocotiers accrochés à la terre sont devenus mon paysage. Sur la plage, j’ai bâti des citadelles dans le sable avec des tours, des chemins de ronde et des canaux. Tout un monde de coquillages et de gravillons pour garder intacte l’image des villes que j’ai explorées, des pays que j’ai traversés... (Tsunami, 24 avril 2007) ...Chaque jour, j’ai harangué le ciel à coup de fumerolles fouettées par la brise. J’ai marqué par des traits sur la pierre chaque journée qui passait, pour ne pas me perdre dans le temps. Un matin, j’ai vu venir la vague. Un tsunami. J’étais fasciné par le mur d’eau bleue qui tremblait sur l’horizon. Je n’ai pas eu peur tout de suite. J’étais inconscient. Par bonheur, ma soif d’eau douce avait éteint ce qui me restait de crainte... (Tsunami, 24 avril 2007) Bien sûr, il a rappelé. L’intensité c’est bien joli, mais ce n’est pas toujours facile à vivre. Deux grenades prêtes à exploser qui se croisent dans le ciel d'un champ de bataille. Rien ne serait simple. ...Quand j’ouvre les yeux le matin et que je suis seul, quand je devine le soleil à l’extérieur qui fait éclater les bourgeons, je suis habité par un drôle de sentiment... ...J’ai peur de la phrase de Gainsbourg : « L’amour physique est sans issue. » ou de celle de Ferré : « Il n’y a pas d’amour heureux. » Il y a toujours une faille, une face cachée... ...La peur de perdre demeure l’une des plus terrifiantes et personne ne pourra me rassurer. Bienvenue dans le monde réel...(Le côté obscur, 27 avril 2007) — « Bienvenue en humanité, Pierre-Yves ! » Shaggoo | 27 avril 2007 — « La grande victoire sur la vie, c'est peut-être cela : être lucide et parvenir à ne pas s'en rendre fou d'angoisse… » Kitty78 | 29 avril 2007 Et puis un jour, ce fut trop : trop lourd, trop difficile à porter. Nous sommes partis chacun de notre côté. Rageusement, j’ai jeté sa brosse à dents à la poubelle. ...Je pourrais amasser tout l’argent que je peux et m’exiler dans un pays du Tiers-Monde. Un pays où la mer est transparente et où l’on se nourrit de fruits et de musique. Rien ne me retient ici sur cette île trop encrassée d’asphalte et de béton. Plus aucunes racines qui tiennent. Mais à quoi bon ? Je sais bien au fond que fuir ne me servirait à rien. On ne peut pas échapper à soi-même... (Lettre à Louis-Philippe, 26 mai 2007) — « N'échappe-t-on pas un peu à soi-même quand on va vers l'autre ? » Alcib | 26 mai 2007 Je me suis patiemment bâti des assises. De son côté, il a traversé des tempêtes. Puis un soir, la vie nous a fait tomber l’un sur l’autre. Et contre toute attente, les étincelles fusaient avec autant d’éclat quand nos regards se sont croisés. Même sentiment d’être transporté, un peu malgré moi. Même sentiment d’être extraordinaire dans son regard. Même douleur qui me tord le cœur quand il parle d’un autre. J’ai bien tenté de résister, il a fait de même. On était contrarié, et même terrorisé par moment. Mais je ne cherche plus le miroir turquoise d’un lagon des mers du sud. Je suis prêt pour les gros temps, les marées excessives, les longs jours gris qui succèdent aux heures de soleil. Dimanche dernier, j’ai nagé dans l’eau fraîche de la rivière Ouareau à l’ombre de pins blancs immenses. J’ai joué tour à tour à lutter contre le courant puis à m’y abandonner. Puis j’ai laissé mon corps alourdi se gorger de soleil sur une pointe de sable. Le ciel était étincelant. Quand je tournais les yeux, j’apercevais sa tête sur mon épaule. Il souriait, les yeux fermés. Depuis, je me moque bien du paradis. La réalité s’obstine à ne pas cadrer dans mes histoires. Et au fond, je crois que c’est pour le mieux. Bien sûr, on est encore inquiets, on marche sur des œufs, la vie est toujours si fragile. Enfin, je dois laisser le clavier et sauter dans la douche. Dans quelques heures, il vient me retrouver...
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26 avril 2008
Arythmie
Y’en aura pas de facile.« C’est la respiration ton élément limitant. C’est ce qui bloque tout le reste. » avait conclu Roseline pendant que j’essayais de reprendre mon souffle, agrippé comme un naufragé, au bord de la piscine. Je peux faire 25 mètres au crawl à toute allure sans respirer. Battements de jambes : presque parfaits. Mouvements des bras : pas si mal. Dès que j’essaie de coordonner la respiration, je me mets à patauger sur place et je manque de me noyer. La sensation du chlore qui me brûle les sinus quand j’avale de l’eau ajoute à ma frustration. Je suis nul. « Il faut que tu apprennes à respirer régulièrement et plus lentement. » Je ne devrais pas aller nager quand je suis épuisé. Zig m’avait dit que ça me ferait du bien. Le choc thermique de l’eau froide. L’apesanteur à la fin d’une trop longue journée sur une chaise de bureau. Comme on ne pouvait pas se voir, j’ai décidé de l’écouter. En fait, on n’arrive pas à se voir très souvent. Bon, il paraît que c’est bien que les choses avancent lentement. Mais à force de ralentir, J’ai peur que les choses ne finissent par s’immobiliser complètement. Je me demande parfois s’il ne fréquenterait pas six gars à la fois. Pourtant, il me téléphone trois fois par jour. Je dois être visuel. Moi, le téléphone, ça ne me branche pas. Je suis toujours un peu coincé quand je parle au téléphone et que mes vingt-cinq collègues de bureau font semblant de travailler en écoutant les mouches voler. Les courriels me paraissent plus sympathiques. C’est plus intime et l’on peut les relire trois fois si ça nous chante dans les moments où l’on broie du noir. (Tiens, je vais lui écrire.) Ce soir, il soupe avec son ex. C’est l’anniversaire de ce bellâtre qui serait mon sosie. Il travaille en publicité. Il doit rouler en BM. Il doit souvent avoir des traces de poudre blanche sur le bout du nez. Facile d’être hype quand t’as toujours des psychotropes qui te courent le corps et que tu te brosses les dents chaque matin au champagne. Moi, le minable jardinier sans le sou qui ne boit que de la bière, et qui écrit pour des magazines de bonnes femmes, il doit me trouver d’un ennui mortel. Et puis mon côté fleur bleue, ça a l’air de le rebuter. C’est un cartésien, il dit que la poésie, c’est nul. C’est ce que je rumine quand on ne se voit pas. Au fond, je suis un éternel insatisfait. Rien ne me rassurera jamais. J’ai toujours peur de manquer d’oxygène. Il faut que j’apprenne à respirer. « Régulièrement et plus lentement », c’est Roseline qui l’a dit.
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