22 juin 2008

Partir

J’ai largué les amarres. Parfois, je les ai tranchées à coup de machette, souvent, juste en ouvrant la main. C’était des câbles imaginaires qui me reliaient à des relations passées, mortes depuis longtemps, mais dont le souvenir me rassurait. De temps à autres, je faisais des tentatives pour vérifier l’état du cordage et je réalisais avec exaspération qu’il flottait dans le vide. J’ai finalement brisé des chaînes qui entravaient mes mouvements, en démissionnant de cet emploi pénible qui me déprimait et me vidait de mes énergies. Dans un élan de colère, j’ai fait le ménage et j’ai jeté par-dessus bord le bébé, la bassine et l’eau du bain.

Dès les premiers jours, je suis surpris par la houle et le gros temps. Je sais que je suis très fatigué, que la fatigue voile la vue et déforme tout, mais j’ai vraiment du mal à me poser et trouver le repos. Je me retrouve devant elle, seul et sans masque : ma peur du vide et de la solitude. Et je ne peux plus détourner les yeux. Bien que je crois ce face à face nécessaire, je suis terrorisé. Si j’affronte les heures les unes après les autres, je pourrai peut-être y arriver. Et si les heures sont trop lourdes, je me contenterai de faire face aux minutes. J’ai largué les amarres. Il me faut maintenant tenir la barre pour prendre le contrôle du gouvernail, regarder devant, trouver un cap vers lequel me diriger. Et je ne peux m’appuyer sur personne pour le faire. Rien ne sert pour le moment de scruter l’horizon dans l’espoir d’apercevoir les côtes. J’apprends à vivre avec les vagues.

17 juin 2008

Se tenir debout

Ce matin, j’ai donné ma démission. Un mois avant la fin de mon contrat. J’ai offert de terminer la semaine et la suivante. C’était à prendre ou à laisser. C’est fou à quel point c’est usant de travailler pour un projet auquel on ne croit plus, dans des conditions intenables et de côtoyer chaque jour le mépris. Il y a bien un petit stress lié à l’incertitude. Je dois me dégoter autre chose assez rapidement. Mais j’aurai désormais un poids de moins sur les épaules. Je suis libre... Libre.

Sur le coup, je me suis trouvé un peu lâche. J’aurais voulu dire à la chèvre ses quatre vérités, mais j’ai laissé tomber. Je pense que mon départ avait suffisamment de poids. J’ai écrit une lettre de démission très professionnelle et très honnête sur mes motifs, mais sans attaquer personne en particulier. La nouvelle a rapidement fait le tour du bureau. La directrice adjointe est venue me voir pour me féliciter. Me féliciter ? « Ben oui, pour ta lettre, c’était parfait ! » qu’elle me dit avec un grand sourire. Il faut dire que j’ai écorché (de manière très soft) le directeur et sa façon de gérer la boîte. « Et puis, ajoute-t-elle, je voulais te souhaiter bonne chance dans tous tes projets. »

P.-S. J’ai écrit le début de cette note avant que ce ne soit fait pour me donner du guts (du cran, du courage). Je la publie maintenant que c’est chose faite. Jamais une démission ne m’a rendu si souriant !

09 mai 2008

Le vieux

— Le monde est désespéré, c’en est triste. Ils sont prêts à n’importe quoi pour pas être seuls, c’est pitoyable...

— Ça sert à quoi de bousiller ce qui aurait pu être une belle amitié juste pour aller voir si ça peut aller plus loin ? Hein ? Pourquoi ? Ça sert à quoi ? ...

— C’est du magasinage. C’est plus des êtres humains, c’est des bébelles jetables... J’ai pas envie d’être un objet sur le papier glacé d’un catalogue. Je suis bien trop prétentieux pour ça et je l’assube, ...ssume, je l'assume !... Vive la masturbation !

Lui il m’écoute en souriant et en mangeant des bretzels.

(Moi, dans un 5 à 7, lors d’une première date, avec un verre de trop dans le nez… Bravo champion ! Comme désabusé, on peut pas trouver mieux ! Le vieux du titre, je vous le dis : c’est moi.)

23 avril 2008

Chut !



Comme un iceberg qui bascule, l’équilibre entre ce que je raconte ici et ce que je choisis de taire s’est renversé. Ces dernières semaines, un mélange de pudeur et de manque de temps a retenu mes mots. J’ai passé sous silence le mousseux californien avec lequel nous avons trinqué au printemps. La mozzarella fraîche que Ziggy m’a servie en tranches molles, entre tomates et basilic. Cette lumière du matin dorée, quand j’ai soulevé la couette pour admirer son long corps blanc avant qu’il ne s’éveille. Je n’ai pas raconté notre première scène de jalousie que nous avons pansé, calés l’un contre l’autre dans son divan, mes doigts qui erraient lentement dans ses cheveux.

(...)

Je n’écrirai pas les mots qui coiffent ce blogue. Les prononcer, équivaudrait à lâcher un éléphant dans un magasin de porcelaine. Et je me suis découvert un penchant pour la porcelaine, celle de son sourire, de ses bras et celle du creux de ses reins. J’ai aussi remis à plus tard mon dilemme. La soupière ébréchée devra attendre encore un peu. Le secret est parfois lourd à porter et j’ai souvent envie de tout balancer pour être soulagé. Ce n’est pourtant qu’à moi qu’il revient de porter ce poids. J’appréhende le moment où ces mots devront tomber.

(...)

J’ai fait un rêve étrange, la nuit dernière. Je m’étais arrêté sur l’accotement d’une route que je connais par coeur pour l’avoir parcouru mille fois, un ruban d’asphalte qui ondule entre des murs d’épinettes noires. Cette route traverse le parc de la Vérendrye et se déroule jusqu’à la petite ville minière où je suis né. Elle s’enfonce dans la forêt du nord, émaillé de lac aux couleurs du mercure. Je sentais très clairement que l’heure était venue de quitter cette voie pour plonger dans l’ombre des conifères, entre les lichens gris bleu et les aiguilles sombres, là où il n’y a plus aucun sentier. Je n’éprouvais pas de crainte. Je suis un urbain d’adoption, mais je sais me débrouiller dans les bois. J’ai une boussole dans ma poche. Et il y aura toujours les astres. Il me faut courir le risque de me perdre si je veux me trouver un jour. Je suis donc entré dans la forêt, sans faire de bruit. Et je suis disparu entre les arbres. Bien sûr, il y avait le silence. Mais derrière le silence, la vie coulait comme du miel.

Musique : For the time being, Phonique (feat. Erlend oye), Alexkids cold mix

15 avril 2008

Dilemme

« Les fleurs discrètes des érables rougeoyaient alors sur les branches comme aujourd’hui. » 30 mars 2007




Il y a des choses qui reviennent chaque saison. Peut-être faut-il apprendre à vivre avec des questions sans réponses. Je suis un peu gêné d’avoir écrit certains billets que l’on retrouve dans les archives. C’est bien beau l’intensité, mais quand je me relis, je trouve que je frise parfois le ridicule. Ma vision des choses a évolué, depuis. L’angle a changé. J’ai plus de recul, enfin, un peu. De l’altitude, peut-être. Mais le dilemme demeure. Où, quand, comment dire ces mots. Curieusement, l’une des premières notes qui m’a touché sur la Toile traitait de cette question. Elle était écrite par Fabien. J’ai su à ce moment-là que le Web pouvait être utile :

« C’était le jour parfait pour le dire, pensait-il. Le moment idéal. Il ne pouvait pas faire autrement que de ne pas le dire aujourd’hui. Il avait déjà trop attendu. Avant, il n’y pensait même pas, trop occupé à savourer son bonheur. Après, cela aurait pesé sur sa conscience, gâchant tout. Il se serait senti malhonnête. Oui, aujourd’hui c’était le jour parfait pour le dire. Depuis le matin il répétait dans sa tête ces quelques mots. Il répétait silencieusement sa réplique comme un acteur cherchant le bon ton… »
Un jour parfait, Fabien sur Au fil des jours, 31 mars 2006
(Fabien n’écrit plus sur ce blogue. Je l’imagine heureux et sans histoire.)

« …Votre statut sérologique est une anecdote parmi d’autres, il ne vous définit pas en tant qu’homme. Même si ce détail a parfois trop, et naturellement, tendance à envahir votre quotidien et votre psyché. Alors que chez l’autre béotien, la nouvelle outrepassera, obscurcira, déformera la réalité de votre être. Attendez donc qu’il ait de vrais sentiments, l’envie exprimée d’une relation plus durable, voire même qu’il vous aime. Il sera alors temps de faire l’inventaire… de montrer le bord ébréché de la soupière… Cela sera le test ultime et non la carte de visite balancée au premier prospect qui passe… »
Amour et sérodiscordance, Laurent Gloaguen sur Embruns, 31 mars 2007

Ça me trotte dans la tête. Je sais bien qu’il n’y a pas de réponse unique. À chacun son histoire. Et à moi de trouver celle qui sera ma vie.

Musique : Papa don’t preach, Madonna (Je sais, ça a pas rapport. enfin, peut-être.)

08 avril 2008

730 jours, 730 nuits

Ce blogue est né un 8 avril, en 2006. Deux ans et plus de 80 000 visites. 360 billets et 2313 commentaires. Et j’ai failli passer tout droit ! Lors de son intronisation au Rock’n Roll Hall Of Fame, Madonna a raconté une histoire tirée du Talmud : au-dessus de chaque brin d’herbe, il y aurait un ange gardien, qui lui murmure constamment : « pousse, pousse. » Au fil du temps, plusieurs lecteurs et commentateurs réguliers sont devenus pour moi des anges gardiens que j’entends chuchoter au-dessus de ma tête, à toutes les heures du jour et de la nuit. Grâce à eux, je grandis et je deviens meilleur. Merci pour votre présence.

(C'était la note téteuse et joyeuse règlementaire du mois.)

17 mars 2008

Virage

« La dernière étape du deuil, c’est la vengeance. »




Je ne sais pas où Stéphane Bourguignon a pris cette phrase qu’il a mise dans la bouche de ses personnages de Tout sur moi, mais j’achète. J’en ai un peu assez d’encaisser les coups et d’en consigner ici les résonances. Depuis le début de ce blogue, je raconte mon quotidien ordinaire. Je me suis toujours donné la contrainte de l’honnêteté. Je retravaille l’histoire en jouant sur les mots, sur les rythmes. J’en fais une matière malléable à partir de laquelle je crée du neuf. Ça me donne une certaine distance, un certain pouvoir.

Lorsque je relis de vieux billets, je me sens parfois petit poucet. Je vois le chemin parcouru et ça me rassure. Je vais quelque part. Mais souvent l’effet est inverse et me laisse consterné. Le temps file à une vitesse folle et je tourne en rond pour revenir sans cesse au même point. Comme les personnages de Blair Witch Project. La forêt enchantée passe sans cesse de la grisaille au cauchemar. Je me fatigue moi-même avec mes comptes-rendus poético-mochetons. J’en étais rendu à envisager de fermer ce carnet ou à arrêter d’y écrire. Il doit prendre une autre direction. Décision qui me paraît périlleuse, mais nécessaire.

Je vais glisser vers la fiction, si j’en suis capable. Ça n’exclut pas l’honnêteté. J’ai lu quelque part que c’était le meilleur moyen de s’approcher de la vérité. « I prefer, where truth is important, to write fiction. » a écrit Virginia Woolf. Je vais tenter de m’inventer une vie au lieu d’être à la remorque des évènements. J’ai au moins le pouvoir sur mon existence virtuelle. Je ne projette pas de faire dans la guimauve et la dentelle, ce serait inintéressant. Les difficultés, c’est bien utile pour créer une tension dramatique et accrocher le lecteur.

Je n’ai pas l’imagination pour tout inventer à partir de zéro, mais j’ai envie de prendre une petite vengeance sur ma vie. Qui m’aime me suive ! Et puis, sait-on jamais ? Je ne suis pas un adepte de la théorie de l’attraction (Le secret et Cie), mais ce sera une expérience. Peut-être que ce que j’écris se réalisera. Souvent, j’ai provoqué des évènements dans ma vie pour pouvoir les raconter ici par la suite. Je les écrirai désormais pour les provoquer. Ce sera classé dans la catégorie Fiction : un lecteur averti en vaut deux. Et pour ceux qui aimerait prendre de mes nouvelles, il existe une formule toute simple qui se dit comme suit : « Comment ça va ? » Cette formule polyvalente s’utilise aussi bien par courriel, MSN ou par téléphone, et même dans un mode archaïque et démodé : en face à face, autour d’une bière ou d’un café. Il faudra maintenant ce mot de passe pour entrer dans ma vie. Je ferme les volets parce que j’ai vraiment envie d’un peu d’ombre.

Musique : Come here, Marble Sound
L’excellente série Tout sur moi :
Le mardi à 21h45 sur TV5 Monde
Ce soir à 21h30 à Radio-Canada
Le groupe de fans de Tout sur moi sur Fessebouc (qui a fait réviser la décision de Radio-Can de mettre à mort la série, ce qui n’est pas rien !)

02 mars 2008

Libre en mars

Enfin, je suis libre. J’aime bien ce mot. J’ai terminé cette période complètement folle de travail. Je suis assez fier de tout ce que j’ai réussi à accomplir au cours des dernières semaines. C’est inhabituel chez moi, ce sentiment de satisfaction. J’ai aperçu quelque chose de neuf quand j’ai croisé mon reflet dans le miroir. Je reviens au monde, amoché, épuisé. Même si l’hiver s’éternise, je vois la dernière neige comme si c’était la première. Quand je marche et que je suis très fatigué, j’ai l’esprit qui s’égare, qui s’allume à la moindre idée et je n’ai plus aucune conscience de la terre sous mes pieds. Jusqu’à ce que mes souliers dérapent sur une plaque de glace.

Le ronronnement du frigo, le silence et la journée qui n’en finit plus. La page est blanche, une fois de plus. Ce vide immense après la tempête. Du temps pour respirer, pour voir que je n’aime pas trop mon travail, que je ne sais pas où s’en va ma vie, que je suis aussi seul qu’auparavant et que je vieillis. Enfin, je suis libre. J’aime bien ce mot et en même temps, je le déteste, profondément.

22 janvier 2008

Grand froid

Il fait froid. Ce matin, la miss météo parlait de masse d’air arctique. Pourtant, le mercure n’indique que moins quatorze degrés. Le soleil est déjà couché. Je marche d’un pas raide, secoué par des vagues de frissons. J’ai les pieds gelés et le nez qui coule. Un coup de vent de plus, et je crois que mon cœur va se figer. Depuis des semaines, j’ai un rhume qui se promène entre les bronches et le cerveau. Aujourd’hui, il s’est posé sur mes cordes vocales. Ça me fait une voix voilée, toute sexy.

L’avantage des microbes, c’est qu’ils me donnent le droit de m’arrêter. Pour un temps, je mets de côté les commandes, et mes envies obsessives de perfection. Je laisse le travail au bureau. Je prends des pauses pour respirer. Pour venir ici, regarder tomber les mots. Hier soir, j’ai téléphoné à l’ex. Il faut bien se parler, au moins une fois par année. Faire l’effort de résumer en quelques phrases des mois de galère, c’est toujours un peu périlleux. Il y a encore des balles perdues, des pointes de rancœur, une rivalité qui risque de ressurgir. Toutes ces vieilles émotions se mélangent dans un magma poisseux. Mais ce soir-là, j’avais envie de raconter ma vie et mes bons coups. Je me sentais solide. Lorsque je me retourne, je vois tout le chemin parcouru pour devenir quelqu’un dont je ne soupçonnais même pas l’existence : moi-même. Les liens qui se sont tissés autour de moi. Les projets qui se bousculent. Au cours de la dernière année, j’ai avancé à pas de géant dans toutes les sphères de ma vie. Au niveau professionnel, spécialement.

Lui, me donne des nouvelles de sa famille. Ses parents qui ont découvert Internet alors qu’ils ne sont toujours pas capables de programmer l’heure du micro-onde. Son travail qui prend encore trop de place. Ses deux patrons qui se tiraillent ses heures. Je lui pose quelques questions sur son nouveau chum. Si je ne le fais pas, il n’aborde pas le sujet. C’est drôle, tout ce qu’il dit de ce garçon, il aurait pu le dire de moi. Peut-être qu’il le fait exprès. J’ai l’impression que cet amoureux s’est glissé dans son quotidien avec tant de discrétion que rien n’a bougé. Absolument rien n’a changé. Je l’imagine, se fondre dans ce monde qui n’était pas le sien. Et c’est probablement ce qui me ressemblerait le plus. Il m’intrigue. D’autant plus que je ne l’ai jamais rencontré.

L’ex me raconte que, de son côté, il n’y a rien de neuf, que sa vie est ennuyeuse, comparée à la mienne. N’empêche que j’aimerais certains soirs être dans ses souliers, les retirer et retrouver un amoureux sous les couvertures. Je serais moins sensible au froid si je savais que quelqu’un m’attend au chaud, en regardant l’heure. Je sais, c’est complètement ridicule. Des vies, ça ne se compare pas. Mais je ne peux m’empêcher d’y penser. Qu’aurais-je gagné de toutes ces tempêtes, quand je serai vieux ? Qu’est-ce qui comptera vraiment ? Que restera-t-il lorsque les années auront filé ? En ce moment, j’ai la vie qui court au galop. Ça m’essouffle, rien que d’ouvrir mon agenda. Il n’y a pas que le rhume qui m'empêche de respirer. J’ai beau avoir des draps en flanelle de coton, quatre oreillers, une couette, une couverture en laine polaire. Dans mon lit, il fait toujours trop froid.

21 décembre 2007

Les coulisses

Je me creuse les méninges pour concocter des histoires cohérentes, à partir de ma vie. Ce n’est pas toujours le matériel de départ le plus intéressant. Mon récit commençait avec une peine d’amour dévastatrice qui m’obligeait à faire face à une réalité que j’avais soigneusement mise à l’écart. C’est plutôt facile de raconter de vieux drames. Il y a immédiatement une tension, une émotion forte. Décrire le quotidien tout en le vivant, sans avoir trop de recul, est moins évident. Il n’est pas facile de créer des personnages qui ont une certaine consistance, tout en protégeant l’identité de ceux qui les ont inspirés. C’est encore plus complexe lorsque je sais que ces mêmes personnes liront peut-être ces notes. (Et comme j’ai une grande gueule, je ne peux m’empêcher de parler de mon blogue.) Je change des détails, je romance un peu, j’insiste sur les aspects les plus colorés. Tout en visant à rester fidèle à l’émotion du moment. Si j’avais à tout recommencer, je me dis parfois que ce blogue devrait être un secret. Mais en réalité, je préfère la transparence.

L'orgueil est un moteur. Il m’est arrivé de provoquer des évènements dans ma vie pour avoir quelque chose d’intéressant à raconter. J’ai souvent fait des efforts pour être à la hauteur de l’image que j’ai voulu donner de moi. Et je sors de ces épisodes grandi et transformé. Lorsque je relis de vieux billets, je réalise que je suis complètement ailleurs. C’est peut-être aussi d’avoir tant écrit qui me permet de mesurer le chemin parcouru.

J’ai repris confiance dans ma capacité à jouer avec les mots. Écrire avec régularité, en sachant chaque fois que l’on sera lu, est un exercice exigeant et formateur. J’espère avoir amélioré un peu mon style. Je voudrais simplifier mes phrases et mieux en maîtriser les effets. J’ai le don pour faire des phrases tarabiscotées. Et souvent, en cherchant à les améliorer, je les complique davantage. J’ai dû travailler les niveaux de langue pour être compris de tous les lecteurs, tout en restant fidèle à la réalité, aux expressions qui sont les miennes.

Et puis il y a eu vos mots, vos histoires. Elles m’ont nourri, inspiré, provoqué. Et toute la magie de l’écriture d’un blogue naît de cette interaction. C’est aussi ce qui oblige un carnet virtuel à ne jamais perdre de vue la vraie vie. Avec tout ce qu’elle comporte de détours, de beauté et de violence parfois. Même des commentaires comme celui de Maphto : « Qui voudrait d’un séropositif ? » me poussent à avancer. Sur le coup, je l’ai reçu comme une gifle. J’ai réagi violemment parce que longtemps, j’ai eu cette croyance en moi. Ma culpabilité, mon immense colère m’ont fait saboter des relations potentielles. Au fin fond de moi, je croyais que les choses devaient être ainsi. Je devrais expier, souffrir. La solitude était tout ce que je méritais. Son commentaire et la réponse que je tenais absolument à lui faire m’ont fait réaliser l’importance que certaines personnes ont eue dans mon parcours. Même si j’ai tendance à me complaire dans la noirceur et le drame, j’ai été aimé. Et cela est précieux. J’en ai voulu terriblement à cet ex dont je parlais au début de ce blogue. Celui qui m’a laissé pour un autre, plus jeune. Je lui en ai voulu au point de choisir d’effacer ces années de vie commune de ma mémoire. Mais je réalise aujourd’hui combien cette relation a été importante.

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