02 juillet 2007
Morphée
Pour une semaine, les horaires de mes deux emplois se chevauchent. Je travaille tout le temps. Les revenus ne suivent pas, pas encore. Je me bats pour tenir. Je bricole des solutions. J’épuise, une à une, toutes mes ressources. Et je fais bonne figure. Je m’entête à être parfait en tout temps et en toute circonstance. Sourire, briller, réussir. Je laisse la révolte qui s’accumule me pourrir les nuits et les petites minutes de liberté qui me restent. Même pris à la gorge, je serai à la hauteur.
Puis, je bascule de l’autre côté de la fatigue, là où je suis à la merci de tous mes démons, de toutes mes blessures. Mes seules armes sont les secondes perdues, la musique et l’écriture. J’ai mis des disques et je me suis attaqué à classer ces montagnes de paperasse qui m’étouffent. J’ai trouvé des morceaux de journal intime, des récits de rêves. Et de vieilles douleurs que je portais depuis des années remontent à la surface. Des souffrances que je n’avais jamais regardées en face. Que je ne voyais plus, tellement j’étais convaincu qu’elle faisait partie de moi. Elles étaient prêtes. Elles tombent en larmes comme un fruit trop mûr à la fin de l’été. Je me souviens de ces dernières années en couple où je me débattais pour tout faire tenir, pour sauver les apparences. Le combat que je menais chaque jour pour être un autre, pour que ma vie ne s’écroule pas, pour nier ce virus, pour nier l’échec de cette relation. À ce moment-là, j’étais épuisé comme aujourd’hui. Et j’étais sûr de sombrer si je lâchais prise. Je ne suis pas un héros. Je suis affamé de tendresse, de chaleur et de douceur. Je voudrais être serré dans les bras d’un homme.
Au cœur de la tempête, un calme momentané m’a permis de renouer avec les bras de Morphée. Depuis des mois, je n’étais pas parvenu à m’abandonner au sommeil. Deux nuits de plus de six heures, c’est ce dont j’avais besoin pour retrouver un certain équilibre. Le matin clair m’ouvre des perspectives élargies. Le vent frais que j’inspire aiguillonne mes désirs. Mes antennes se relèvent. C’est le dégel des idées qui cascadent à nouveau. Dans cette nouvelle clarté, les jours qui se déroulent devant moi redeviennent un trésor inestimable.
12:22 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, rêves, sommeil, souvenirs, travail, fatigue
29 mai 2007
Sans toit ni loi
Trame sonore : La vie Visa, Guy-Philippe Wells
Sous le soleil des premières heures du jour, je coupe par la ruelle. Un garçon de sept-huit ans pousse du pied un ballon de soccer. Il zigzague sur le bitume rapiécé en fonçant vers moi. Au dernier moment, il bifurque et m’évite. Je souris. J’aimerais tellement retrouver son insouciance. Il y a parfois de ces nuits où les rêves vous secouent par les épaules. Les impressions floues deviennent alors plus claires. Le constat de mon inconscient est implacable. Mes derniers mois se résument comme une formule mathématique, et le résultat est nul. Je suis un as des chiffres ; À l’université, j’ai coulé trois fois un cours de méthode quantitative.
On me dit de laisser aller les choses, de prendre la vie du bon côté, de m’amuser. Je suis tenté. Je ne réfléchis pas. Je plonge. Flamboiement de rêves. Électrochocs des peaux. Viva la vie. Je frôle les étoiles. Je passe automatiquement en mode générosité. Je me donne tout entier, je donne et je donne un peu plus. Et si je me sens un peu vidé, je donne juste un peu plus, pour la luck. Pendant que je cours les entrevues d’embauche, pendant que je joue les positifs de service, des fourmis ont découvert les miettes de muffins qui sont restées sur le comptoir de ma cuisine. Elles ont envoyé des émissaires dans toutes les pièces de mon appartement. Je sais bien qu’elles sont inoffensives, mais elles s’immiscent partout comme mes soucis d’argent. Et ce n’est pas trop agréable de les voir me frôler les orteils ou quadriller le plafond au-dessus de ma tête.
C'est plus fort que moi, je tombe dans l'excès, il faut que je brille. J’offre le meilleur de moi-même. Mais tous les astres tournoient. Inéluctablement, la face cachée apparaît au grand jour. Un paysage de cratère et de blessures qui fait aussi partie de moi. Un peu inquiet, j'espère que l’on m’acceptera et que l’on me prendra comme je suis, que l’on me donnera à mon tour de l’intérêt, de la confiance ou tout au moins, le bénéfice du doute. Je prends le risque de prendre ma place. Mais je suis pris à mon propre jeu : j'ai choisis le rôle de celui qui donne. Il n’y a plus de place pour qui je suis. Alors que le vent tourne, la fourmi me regarde narquoise : « Vous chantiez ? j'en suis fort aise. Eh bien ! dansez maintenant. »
La journée de travail est terminée. Mes pas alourdis de fatigue résonnent dans l’escalier de béton. Je quitte l’entrepôt. En sortant, j’ouvre mon sac devant Chris, 19 ans, le responsable de la sécurité. À mon boulot, les sacs des employés sont fouillés chaque soir. Ça donne une idée de l’ambiance. Chris doit mesurer 7 pieds. Derrière, pectorauxs et épaules rebondis sous un t-shirt ajusté. Si j’avais le guts, je demanderais une fouille à nu. À peine entré chez moi, j’aperçois une fourmi. Elle court sur le plancher. Précipitation aveugle. Virage aléatoire. La bête noire envahit mon espace. Je balance le pied. L’insecte guerrier s’affaire avec indifférence. La semelle doublée d’acier s’abat sur l’exosquelette. Celle-ci ne survivra pas. Je revendique la souveraineté sur l’endroit. Un courriel de Visa m’annonce que ma demande de carte de crédit est acceptée. Ils acceptent vraiment n'importe qui ! Visa, ça va. Moi, ça va pas. Mes problèmes financiers sont remis à plus tard…
La vie Visa, , Guy-Philippe Wells (Futur antérieur, 2005)
Le titre de cette note fait référence au film d’Agnès Varda, Sans toit ni loi, 1985
22:50 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, bilan, rêves, travail, argent, fourmi
08 janvier 2007
Peter Pan

Il y a des jours où le ciel d’hiver est vaste et le soleil, attentionné. Il y a des nuits douces où les rêves volent enfin de nouveau. Il n’y a pas de hasard. Il n’y a que des rendez-vous. Les Rois sont passés, mais voici tout de même un présent, une très belle chanson de Graziella De Michele : Peter Pan.
Peter Pan
Texte et interprétation : Graziella De Michele
Musique : Jérôme Lemonnier
Photographie : Studio T-bone (pic chevelu, Picoides villosus)
Jonas de Dieppe et Alaska ont créé une vidéo sur cette chanson
00:15 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : musique, chanson, peter pan, photo, rêves, hiver, ciel



