28 avril 2009

Dernières nuits d'avril

Courriel aux yeux bleus, mardi 2 : 42 AM :

Salut,

J’ai bien aimé notre soirée de samedi. La discussion dans le resto indien et la longue marche sur les quais, c’était agréable.

Je vais donner ma démission demain matin, et ça m’angoisse. Ça m’empêche de dormir, en fait. Je ne sais pas ce qui me fait le plus peur : la réaction du patron, ma propre réaction, si je m’emporte et que je lui balance ses quatre vérités, ou l’idée que je fais peut-être une erreur monumentale...

J’ai compris, ces derniers temps, que c’était une des raisons qui me poussent à chercher aveuglément à être en couple. Avoir quelqu’un, dans ma vie (ou dans mon lit), c’est quelque chose qui me rassure et qui calme mes angoisses. Je sais, c’est une très mauvaise raison pour vouloir une relation, mais c’est instinctif, et pas du tout réfléchi.

Comment se passent tes cours de yoga ? J’espère que les débuts ne sont pas trop difficiles et que tu y trouves du plaisir. Le plaisir, c’est la clé de la persévérance.

Donne-moi de tes nouvelles.
Bisous.

Pierre-Yves

02 mars 2008

Libre en mars

Enfin, je suis libre. J’aime bien ce mot. J’ai terminé cette période complètement folle de travail. Je suis assez fier de tout ce que j’ai réussi à accomplir au cours des dernières semaines. C’est inhabituel chez moi, ce sentiment de satisfaction. J’ai aperçu quelque chose de neuf quand j’ai croisé mon reflet dans le miroir. Je reviens au monde, amoché, épuisé. Même si l’hiver s’éternise, je vois la dernière neige comme si c’était la première. Quand je marche et que je suis très fatigué, j’ai l’esprit qui s’égare, qui s’allume à la moindre idée et je n’ai plus aucune conscience de la terre sous mes pieds. Jusqu’à ce que mes souliers dérapent sur une plaque de glace.

Le ronronnement du frigo, le silence et la journée qui n’en finit plus. La page est blanche, une fois de plus. Ce vide immense après la tempête. Du temps pour respirer, pour voir que je n’aime pas trop mon travail, que je ne sais pas où s’en va ma vie, que je suis aussi seul qu’auparavant et que je vieillis. Enfin, je suis libre. J’aime bien ce mot et en même temps, je le déteste, profondément.

22 janvier 2008

Grand froid

Il fait froid. Ce matin, la miss météo parlait de masse d’air arctique. Pourtant, le mercure n’indique que moins quatorze degrés. Le soleil est déjà couché. Je marche d’un pas raide, secoué par des vagues de frissons. J’ai les pieds gelés et le nez qui coule. Un coup de vent de plus, et je crois que mon cœur va se figer. Depuis des semaines, j’ai un rhume qui se promène entre les bronches et le cerveau. Aujourd’hui, il s’est posé sur mes cordes vocales. Ça me fait une voix voilée, toute sexy.

L’avantage des microbes, c’est qu’ils me donnent le droit de m’arrêter. Pour un temps, je mets de côté les commandes, et mes envies obsessives de perfection. Je laisse le travail au bureau. Je prends des pauses pour respirer. Pour venir ici, regarder tomber les mots. Hier soir, j’ai téléphoné à l’ex. Il faut bien se parler, au moins une fois par année. Faire l’effort de résumer en quelques phrases des mois de galère, c’est toujours un peu périlleux. Il y a encore des balles perdues, des pointes de rancœur, une rivalité qui risque de ressurgir. Toutes ces vieilles émotions se mélangent dans un magma poisseux. Mais ce soir-là, j’avais envie de raconter ma vie et mes bons coups. Je me sentais solide. Lorsque je me retourne, je vois tout le chemin parcouru pour devenir quelqu’un dont je ne soupçonnais même pas l’existence : moi-même. Les liens qui se sont tissés autour de moi. Les projets qui se bousculent. Au cours de la dernière année, j’ai avancé à pas de géant dans toutes les sphères de ma vie. Au niveau professionnel, spécialement.

Lui, me donne des nouvelles de sa famille. Ses parents qui ont découvert Internet alors qu’ils ne sont toujours pas capables de programmer l’heure du micro-onde. Son travail qui prend encore trop de place. Ses deux patrons qui se tiraillent ses heures. Je lui pose quelques questions sur son nouveau chum. Si je ne le fais pas, il n’aborde pas le sujet. C’est drôle, tout ce qu’il dit de ce garçon, il aurait pu le dire de moi. Peut-être qu’il le fait exprès. J’ai l’impression que cet amoureux s’est glissé dans son quotidien avec tant de discrétion que rien n’a bougé. Absolument rien n’a changé. Je l’imagine, se fondre dans ce monde qui n’était pas le sien. Et c’est probablement ce qui me ressemblerait le plus. Il m’intrigue. D’autant plus que je ne l’ai jamais rencontré.

L’ex me raconte que, de son côté, il n’y a rien de neuf, que sa vie est ennuyeuse, comparée à la mienne. N’empêche que j’aimerais certains soirs être dans ses souliers, les retirer et retrouver un amoureux sous les couvertures. Je serais moins sensible au froid si je savais que quelqu’un m’attend au chaud, en regardant l’heure. Je sais, c’est complètement ridicule. Des vies, ça ne se compare pas. Mais je ne peux m’empêcher d’y penser. Qu’aurais-je gagné de toutes ces tempêtes, quand je serai vieux ? Qu’est-ce qui comptera vraiment ? Que restera-t-il lorsque les années auront filé ? En ce moment, j’ai la vie qui court au galop. Ça m’essouffle, rien que d’ouvrir mon agenda. Il n’y a pas que le rhume qui m'empêche de respirer. J’ai beau avoir des draps en flanelle de coton, quatre oreillers, une couette, une couverture en laine polaire. Dans mon lit, il fait toujours trop froid.