07 mars 2009

Mars et la pluie

La colère est un moteur, même lorsqu’elle me fait peur. (Ce n'est sûrement pas une énergie verte, mais on se débrouille avec ce qu'on a !) J’ai traversé cette semaine infernale en un seul morceau. Quand, avec l’équipe, on a réalisé que l’on était au vendredi, on s’est souri, soulagé. On avait survécu, sans s’entredéchirer, encore plus solidaires et prêts à se battre qu’avant. On s’est répété, sans trop y croire, qu’un jour ça irait mieux.

Quand la réalité devient opaque, j’ouvre la lucarne du rêve. Cette semaine, j’ai reçu par la poste mon passeport. J’ai couché des chiffres sur papier, j’ai joué avec le budget. Je me suis mis à penser que je pourrai partir pour plus longtemps. J’ai suffisamment amassé d’argent pour prolonger le séjour, partir plus tôt, trouver des petits boulots, peut-être ne pas revenir. En fait, c’est le cadre de cet emploi qui limitait mes vacances. J’ai lu plein de trucs sur le woofing. J’ai imaginé la vie que je pourrai mener sur une ferme bio quelque part dans le nord de l’Europe. Lever juste avant le soleil, pour faire le train. La rosée, dans les prés, pendant que je traverse les champs. Le travail physique qui fouette le corps. Et les jours de congé à la mer, plonger dans le tranchant d’une vague. Le soleil blanc, la pluie ou le brouillard. Baragouiner l’anglais ou l’espagnol avec d’autres voyageurs, allemands ou australiens.

J’ai bien une voix qui me dit que ça n’aurait pas de sens, je ne peux quand même pas passer ma vie à vivre comme si j’avais seize ans et demi. Mais ce n’est pas son tour de parole. Pour le moment, elle doit se taire. Je vais puiser jusque dans les souvenirs des nuances d’espoir. Je revois les instants les plus étonnants de ma vie, quand je me suis senti vibrer au rythme du paysage qui m’entourait. Quand le soleil m’a embrasé le cœur jusqu’à tard dans la nuit et que je n’oubliais plus que le ciel a 360 degrés. Je me souviens d’une fois où je nageais seul dans la Baie des chaleurs, et que j’ai aperçu les têtes de deux phoques gris qui m’observaient. Je me souviens des couchers de soleil sur le mont Saint-Hilaire, alors que je courrais entre les champs de luzerne avec le chien. Je me laisse dériver en tentant de débusquer des échos de ces instants dans l’avenir. On dit que le passé est garant de l'avenir. Non ?

En sortant du bureau, je me suis précipité au gym, même si le grand ne pouvait m’accompagner. J’ai fait le meilleur entraînement depuis des mois. J’ai passé tout le programme de musculation, et il me restait de l’énergie. J’ai couru trois kilomètres sur le tapis roulant en regardant l’équipe de plongeon qui s’entraînait. La précision des corps, leur plaisir contagieux. Quand je suis sorti du stade, la pluie était en train de foutre une raclée à l’hiver. Je sais bien qu’il y aura encore une ou deux tempêtes de neige. Les Irlandais de l’ouest de la ville se font toujours surprendre à la Saint-Patrick. Mais en ce moment, c’est le temps doux qui a le dessus. Je ne veux pas vendre le punch, mais je vous le dis : c’est le printemps qui va gagner.