27 novembre 2008
Virginie
Le patron a pris un air mi-jovial, mi-protocolaire : « J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer, il a pris une pause pour ajouter du pathos, commençons par la bonne : Pierre-Yves a accepté de prendre le poste de coordonnateur laissé vacant par x. » Moment de silence. Je lève les yeux. Tout le monde s’en doutait. « La mauvaise c’est que, dans un contexte de crise économique et de coupes budgétaires gouvernementales et bla-bla-bla... on ne pourra pas embaucher quelqu'un d'autre... » Bref, comme je suis efficace et bien organisé, on me remercie en doublant ma tâche (celle de x s’ajoute à la mienne) et en me donnant une augmentation ridicule qui ira entièrement dans les poches de l’impôt. Un géranium chétif dans un pot en béton armé.
Je dois cependant garder le sourire pour mon équipe de bénévoles (lire cheap labor) dont je ne peux pas me passer. Je traverse la journée en grinçant des dents, coincé entre l’arbre et l’écorce. Et je la termine de la même façon, sur la ligne verte du métro, à l’heure de pointe. j’ai été éjecté quand les portes se sont ouvertes, une station avant la mienne. J’ai décidé de marcher sous la pluie, le reste du trajet, parce qu’une minute de plus, le visage écrasé dans la porte, et j’allais commettre un massacre au parapluie. (Avis à la GRC, mon adresse courriel est sous la rubrique « à propos » en haut, à gauche. English message will follow. Venez me chercher.)
Une enveloppe complètement mouillée m’attendait dans la boîte aux lettres. Le magazine moribond pour lequel j’écris m’envoie un chèque pour des articles qui paraîtront en avril 2009. Je pourrai régler quelques factures. Le problème, c’est qu’ils n’ont toujours pas payé les articles de février et de mars, facturés un mois plus tôt. Dans cette maison d’édition, les factures ont la fâcheuse habitude de se volatiliser sans faire de bruit. L’entreprise a décidé de suspendre la publication de nouveaux contenus sur le Web. Mes vieux textes de l’an dernier roulent désormais sur le site du magazine, sans que je touche un sou, avec ma tête qui sourit et qui a l’air stupide et heureux. Le photographe m’avait dit de me la jouer tombeur.
Bref, je suis vraiment de bonne humeur et totalement en harmonie avec la merde qui tombe du ciel. Un mélange parfaitement équilibré de neige grise et de pluie verglaçante. Je vais me bourrer la face de pizza extra smoke-meat en écoutant Virginie. Tant qu’à avoir mal au cœur ! En moins de 30 minutes de télévision, une lesbienne alcoolique fait une scène de jalousie à sa blonde bisexuelle, fille de truand, un obèse leucémique coache en pleurnichant une équipe de volley-ball d’adolescentes mésadaptées socio-affective et on apprend qu’une déficiente intellectuelle est tombée enceinte pendant que sa mère était dans le coma, suite à un terrible accident de voiture. Ça c’est de la télé !
Edit (1) : Les factures ne se sont pas volatilisées, je ne les avais tout simplement pas envoyées. Mes excuses au magazine moribond. Je travaille trop. La fatigue me rend stupide.
Edit (2) : Regarder Virginie, c'est complètement in ! (Même si l'auteur travaille trop, elle aussi.) La preuve : même P45 en parle.
00:00 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, travail, fatigue, démotivation, pluie, hiver
16 novembre 2008
Dieu merci
Une fatigue immense s’est abattue sur mon corps, vendredi, en fin de journée. Depuis quelques semaines, je me suis plié à une discipline de fer. Le peu de temps libre que me laisse un travail exigeant est partagé entre l’entraînement et les contrats de rédaction. Pas de temps morts, pas de répit. Je travaille, je m’entraîne, je travaille encore, je dors et ça recommence... Par moments, j’ai pensé que je n’allais pas tenir le coup. Au gym, jeudi soir, j’avais parlé de la soirée de vendredi avec le grand. On s’était dit qu’on avait besoin de faire la fête, de lâcher notre fou. Il avait même appelé Brutus et GP. Je ne pouvais pas me défiler. J’ai marché jusque chez lui. Le temps était doux, mais la pluie était tapie aux portes de la ville. J’avais enfilé un t-shirt rouge vif. Sur le devant, un vol d’oiseaux noirs envahissait un ciel carrelé. J’avais du gel dans les cheveux. Le vent en a profité pour me souffler dans le visage pendant tout le trajet, juste pour me dresser les cheveux sur la tête. J’étais persuadé que j’avais l’air ridicule.
Arrivé chez lui, j’ai essayé de me mettre dedans en commençant la soirée de belle façon. Il s’était fait un dry martini. J’ai accepté son offre de l’accompagner. Brutus est venu nous rejoindre. On s’est échangé les dernières nouvelles. Au bar, l’ambiance était celle d’un soir de novembre pluvieux et tout le monde pestait contre les choix du DJ. La meilleure chose à faire était de boire une bière après l’autre. J’ai essayé de faire semblant de m’amuser. Parfois, ça fonctionne et je me laisse prendre au jeu. Pas cette fois-ci. J’ai commandé une autre bière. Le grand était sur la piste de danse, je voyais sa tête qui dépassait dans la foule. Moi j’étais appuyé sur un comptoir, agrippé à ma bouteille. Ce soir-là, j’aurais fait les pires bassesses (oui, vraiment les pires) rien que pour un ou deux câlins.
J’ai aperçu un homme, à quelques mètres, qui semblait regarder dans ma direction. Une valse de regards hésitants s’est déroulée. À un certain moment, je me suis présenté. Je me souviens vaguement des mots que j’ai prononcés d’une voix empâtée. Toute mon attention se concentrait sur la douceur de son avant-bras qui discutait avec le mien. Son parfum Gucci qui montait de son col quand je me penchais pour lui parler à l’oreille. On s’est échangé des banalités. Il m’a dit entre autres qu’il voulait absolument que l’on se revoie, ailleurs. Je lui ai dit, entre autres, qu’il avait de beaux yeux. Il m’a serré dans ses bras, longuement. Il m’a embrassé dans le cou. J’ai regretté d’avoir trop bu. Je n’avais plus l’acuité nécessaire pour savourer toutes les sensations qui me tombaient dessus, comme un cadeau du ciel. Il s’est éloigné en souriant, sans me quitter des yeux. Le grand est venu me rejoindre. On a marché sur les trottoirs de la Catherine, la bouche pleine de pizza à un dollar. Au bout du village, on s’est jeté dans un taxi. Dans ma poche, je serrais un bout de flyer, taché de bière. D’un côté, des lettres blanches sur fond noir écrivaient « Lundis staff price », de l’autre un prénom gribouillé avec un numéro de téléphone et une adresse courriel.
Je me suis endormi dès que j’ai posé la tête sur l’oreiller. Pendant la nuit, j’ai marché sur des crêtes de collines au-dessus des nuages. Le ciel était clair et le soleil faisait scintiller l’air autour de moi. Visiblement, des gens avaient aimé l’endroit. Je croisais toute sorte de maisons hétéroclites construites à flanc de falaise, accrochées au roc, tout près des sommets. En marchant sur les sentiers, je cueillais des fleurs sauvages pour faire un bouquet. Quelques épervières, des marguerites. En suivant un chemin escarpé qui serpentait entre des rochers, je suis arrivé devant la plus grande des résidences. Visiblement, le propriétaire était très riche, mais c’était un excentrique. Le bâtiment à l’architecture complexe était fait de bois blond. Il était habité par un artiste bricoleur et un metteur en scène de génie. Il m’a fait entrer. On a pris un verre ensemble. Il était plutôt sexy. Bien charpenté avec des cuisses fortes. Des sourcils sombres et expressifs s’agitaient constamment sur son front large, au-dessus d’un regard enflammé. Sa tête était rasée. J’ai rapidement compris de qui il s’agissait. C’était Dieu en personne. J’étais un peu déçu de découvrir sa vraie nature, mais au fond, je savais bien que c’était un imposteur, un frimeur, un genre de magicien d’Oz. Il m’a parlé de ses nombreuses réalisations. Des mégas spectacles sur lesquels il travaillait. Il m’a montré des maquettes de salles de spectacle avec hôtels et casinos. Il voulait lancer la carrière de chanteuse d’un mannequin, une Suisse allemande, brune et filiforme. Il la regardait sur papier glacé et ça le faisait saliver. J’ai dit : « oui, mais ton fils ? » Il a haussé les épaules avec indifférence. « Un illuminé. J’ai jamais eu la fibre très paternelle. Pendant toute son enfance, je l’ai un peu abandonné. Mon travail m’amenait de Vegas à Londres, Paris, Tokyo, Sydney, Los Angeles. La planète est devenue toute petite. À l’adolescence, il s’est révolté. Il est devenu réactionnaire. Et tout ce qui grouillait d’extrémistes s’est mis à le suivre et à l’adorer. Lui et sa bande avaient pourtant quelques jolies idées au départ. Mais avec le temps, les plus intolérants et les plus sectaires ont pris de plus en plus de pouvoir dans son organisation. »
Il m’a ouvert de grandes portes vitrées qui donnaient sur une vue à couper le souffle. « Bon, eh bien, c’était bien le fun de te rencontrer, mais j’ai du pain sur la planche... » Il fallait que je redescende. Devant sa maison, au bout d’une large galerie de bois, une échelle faite de draps noués se balançait dans le vide entre les nuages. J’ai regardé en bas et j’ai été saisi de vertige. J’hésitais à descendre. Je lui ai souri : « Merci en tout cas, pour la soirée d’hier soir. » Il n’a pas semblé m’entendre : « Oublie pas tes fleurs. » et il les a lancées dans le vide, près de l’échelle. Le bouquet chétif a tournoyé doucement puis il a disparu dans les nuages. Je n’avais d’autres choix que d’entreprendre la longue descente. Les nuages ont tourné au gris. Je me suis réveillé la tête lourde. J’entendais la pluie qui frappait contre la fenêtre. J’ai soulevé ma veste que j’avais jetée la veille sur le fauteuil. Le bout de papier était toujours là. Je l’ai déplié soigneusement et je l’ai posé sur mon bureau.
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31 août 2008
Sur le tard
Mieux vaut tard que jamais...

Le ciel bleu mur à mur, la petite brise tiède, le soleil en masse. On dirait que l'été a enfin pris le dessus sur la grisaille. Et puis les nuits fraîches, j'aime bien. C'est propice aux rapprochements. Et ce soir, j'irai danser.
16:00 | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : météo, soleil, pluie, bleu, enfin, nuit, danser
30 juillet 2008
Parc Lafontaine
Il paraît que l'été est passé aujourd’hui, furtivement, entre deux averses et trois orages. En début de soirée, lundi, j'ai expérimenté la course sous les trombes d’eau (ou jogging aquatique). La prochaine fois, il faudrait que je pense à porter mes lunettes de natation. Je n’y voyais absolument rien.

Si le beau temps revient avant l’automne, j’aimerais bien retourner paresser sur le gazon d’un parc. En attendant, il y a toujours le cinéma. Au parc Lafontaine, les ours noirs, les gondoles et les voitures d’époque ont été remplacés par les bicyclettes, les skate-boards et les écureuils. Avec de la chance, on peut parfois apercevoir un balbuzard qui guette les poissons de l’étang. Lorsque le soleil brille, les allées y sont toujours aussi bondées, mais la faune humaine y est plus éclectique et peut-être un peu moins coincée.
Merci à Martine pour le lien.
22:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : météo, soleil, pluie, souvenirs, parc, enfance, Lafontaine
25 juillet 2008
Souffle
« …Juste pour te dire
J’suis fatigué de mourir
Le songe valse aussi
Le songe valse ici
Ici dans mes nuits
Entre la pluie et la poésie… »
Je ne sais pas si je dors vraiment. Il me semble que l’avion vient tout juste de décoller. L’orage est une saison qui s’étire. La pluie lave les vitres des hublots. Les moteurs grondent et rechignent à chaque turbulence. Sale temps pour prendre l’avion. Je suis si fatigué que j’arrive quand même à somnoler, bien calé dans mon siège. J’ai levé une paupière. Je ne rêve pas : on descend. Mais qu’est-ce qui se passe ? On vient tout juste de quitter Dorval en direction de Paris. La seconde paupière remonte à reculons rejoindre l’autre. J’observe une hôtesse de l’air qui range son chariot. La voix du commandant se fait entendre. À cause du mauvais temps, le vol vers Paris est annulé, l’avion doit se poser, immédiatement. Nous sommes actuellement au-dessus de Châteauguay. À ma connaissance, il n’y a pas d’aéroport dans cette petite ville de banlieue. Je me retourne en m’enroulant dans les draps. Je déteste lorsque je fais un rêve stupide et que je suis suffisamment éveillé pour m’en apercevoir.
L’avion descend rapidement. La pluie grise est si dense qu’on pourrait se croire en sous-marins. Impossible de dormir dans la descente. Je me retourne et souris à ma voisine. C’est Chloé Sainte-Marie. On se met à parler de la pluie et… de la pluie, du goût de l’eau, de la beauté des tons de gris. Du froid humide qui vous saisit et du plaisir des couvertures de laine. Et c’est passionnant. On rit. Il y a de l’effervescence dans ses yeux verts. Et la conversation se poursuit longuement dans le bar d’un l’hôtel de l’immense aéroport international de Châteauguay. Nous y passons la nuit à boire des martinis, allongés sur des canapés de cuir vert devant un feu de foyer, pendant que le Québec entier est lentement inondé. Je me demande bien ce que je voulais aller faire à Paris.
Les rêves sont toujours foisonnants de significations. Celui-ci est à l’image de ma vie des derniers jours. Elle m’a amené où je n’aurais jamais pensé vouloir aller. Et, d’une certaine façon, je lui en suis reconnaissant. J’ai trouvé un boulot qui ne m’intéressait pas au départ et à mon étonnement, je m’y plais bien. Rien de prestigieux. Il fallait entendre le silence de ma mère lorsque je lui en ai parlé. Adieu espoirs de prix Nobel. Je fréquente un garçon qui n’a rien d’un prince charmant malgré ses yeux doux. Intense comme un tyrannosaure, susceptible comme une grenade et subtil comme un bulldozer. Il se fâche quand il ne peut pas dormir avec moi et il m’appelle son mari. Un quotidien presque banal où je peux écrire et profiter de toutes les pluies d’été, ennuyeux comme une comédie romantique mettant en vedette Meg Ryan. Un moment pour souffler.
Chloé Sainte-Marie, Simple souffle souple
Textes de Patrice Desbiens, musique de Gilles Bélanger, Je marche à toi, Octant Musique, 2002
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16 mai 2007
Automate
On parle beaucoup des enfants-rois. J’ai souvent été un travailleur-roi. Je m’en rends compte aujourd’hui. Au cours des dernières années, je n’ai pas eu à affronter l’absurdité du monde. S’engouffrer dans l’escalier roulant. Être secoué dans la rame de métro, l’esprit ailleurs. Relire au-dessus de l’épaule du voisin la nouvelle du jour, qui occupe tout l’espace des journaux gratuits. Aujourd’hui, c’est Pauline Marois qui a enfin son heure de gloire. Elle prendra la tête du Parti Québécois qui a frôlé l’agonie. Une pointe de noblesse et d’intelligence qui surnage dans le cynisme et la médiocrité ambiante ; tout ne peut pas être noir.
J’ai trouvé une niche dans la machine. Je fais des heures comme on fait du temps dans une prison. Attendre la pause, attendre le dîner, attendre la fin du quart. Ne pas trop s’impliquer parce qu’ici, c’est la loi du marché qui prévaut. Ce qui ne se vend pas n’a pas de valeur. Quantité, uniformité et rapidité sont érigées en religion. Mon père était fonctionnaire. Sa vie durant, il a attendu les vacances, puis la retraite. Comme tant d’autres, il a compté les jours. Maintenant qu’il est retraité, que lui reste-t-il à attendre ? Je sais, je parle comme un prince, un bourgeois. Mais ça me convient.
Ce matin, c’est jour de congé. J’aime bien ces plages libres au milieu de la semaine. Je me suis présenté tôt à la clinique pour une otite qui traîne. J’ai une place dans deux heures. La Grande Bibliothèque n’ouvre qu’à dix heures. Je marche vers un café dans le quartier latin. Un sans-abri dort sur le trottoir, un labrador étendu contre son flanc. La crème tombe dans ma tasse de San Augustin. La circulation s’arrête et reprend au rythme des feux, avec la précision d’un mécanisme d’horlogerie. Un jour, j’aurai l’air important en dépliant un ordinateur portable. Pour le moment, mon agenda de cuir fera l’affaire.
Ce moment de loisir prend un éclat inattendu. Même le matin pluvieux se drape d’un voile irisé. La lumière grise devient l’écrin parfait pour le café fumant, la beauté des hommes qui passent et l’architecture de la ville. Par temps couvert, l’exubérance des verts printaniers donne de l’opulence aux trottoirs mouillés. Quelques notes de jazz et on se croirait à New-York, Londres ou Los Angeles, des villes éternelles et excessives.
De contraste en contraste, les heures perdues dans la poussière me ramènent au désir d’écrire. Ça me rassure. Comme si c’était devenu, au fil de la dernière année, une base et non plus seulement un exutoire. C’est un grand bonheur que de me retrouver immergé dans le monde et de laisser les impressions prendrent forme en griffant le papier. Un plaisir gratuit que je déguste à petites gorgées : la liberté.
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28 octobre 2006
Imparfait
Rien. Le soleil qui ne fait que passer. Une lumière déjà hivernale qui rase l’horizon. Et toujours cette envie, ce besoin qu’il y ait quelque chose. Il faut. Je voudrais le croire.
Plus qu’une ombre sur les draps. Même les souvenirs s’étiolent et disparaissent. La vie n’a rien de linéaire. Elle est faite de détours, de recul, d’accélération. Quand je pose les yeux sur le vide, la colère se lève et ce n’est pas le temps qui arrangera les choses. J’ai rêvé à l’ex, la nuit passée. Je peux accepter, je veux bien croire que l’amour se transforme, qu’il évolue. Mais qu’il devienne rien, j’ai plus de mal à l’admettre. L’absence et l'indifférence est totale.
Au matin, à la radio, René-Homier Roy demandait à Hubert Reeves ce qu’il adviendrait de la Terre si l’espèce humaine disparaissait subitement. Selon l’astrophysicien, les écosystèmes récupéreraient très rapidement, en environ 10 000 ans, une seconde à l’échelle de la planète. Les milieux tropicaux, gâtés par la chaleur du soleil, seraient les premiers à retrouver leurs richesses malgré les massacres dont ils sont l’objet présentement. La guérison serait plus lente dans les zones tempérées où l’être humain a imposé la monoculture. Avec les années, les océans réabsorberaient les excès de gaz carbonique et près des pôles, le pergélisol reviendrait. Les forces de la vie feraient disparaître toutes traces de l’humanité. La seule note triste c’est que, vue du ciel, la terre s’éteindrait la nuit. Aucune lumière, exception faite des aurores boréales.
Il citait en exemple le cas de Tchernobyl. La zone complètement évacuée à cause de la radioactivité est devenue un lieu de biodiversité incroyable. Les arbres ont envahi les ruines. Même affecté par les radiations, l’endroit s’est peuplé de milliers d’oiseaux, de sangliers et on y a constaté le retour des meutes de loups.
La pluie lave les vitres sans relâche. Des passants s’en retournent retrouver leurs vies, leurs histoires, leurs amours, pressés, blottis dans leurs œillères. Je m’accroche à des récits comme un clandestin dans l’espoir d’un ailleurs, forcément meilleur. Je compte les jours. Je compte les nuits. J’ai peur de Noël et de la solitude.
J’aimerais savoir que le monde s’en va quelque part. Je voudrais capturer ces courtes percées sucrées du soleil d’après-midi. Être un ours et m’endormir pour l’hiver. Dormir tout d’un bloc, sans rêves et sans histoires. Ne sortir qu’au dégel, retrouver mon ombre et le printemps craintif.
13:05 | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Journal intime, amour, solitude, pluie, planète, futur



