21 novembre 2008
Snob
Si un jour, je veux travailler moins et avoir une vie, quelques heures par semaine, je n’ai d’autres choix que de réduire mon train de vie. Habituellement, je me fais couper les cheveux dans un salon BCBG de la rue Laurier. Ian, mon coiffeur, est l’un des gars les plus cutes que je connaisse. Il est expert dans les massages du cuir chevelu. Je plane à chacun de ses shampoings. Il porte des t-shirts ajustés, roses ou noirs. Voir son nombril lorsqu’il lève les bras fait partie du plaisir de la coupe. Et puis, il me raconte ses histoires de voyages et son enthousiasme est contagieux. Je sors toujours de là avec un petit sourire. Ça vaut son pesant d’or. Le beau Ian est actuellement en exploration quelque part en Amérique du Sud. C’était l’occasion de me montrer infidèle et d’épargner quelques dollars. Le grand m’avait suggéré le salon Orlando, sur la rue Ontario, près de chez lui...
Le décor laid et criard devait dater des années ’80. Il y avait une rangée de chaises vides. Une seule était occupée par une petite vieille, la tête serrée entre des bigoudis. « Merde, que je me suis dit, qu’est-ce que je fais ici ? » Trop tard pour reculer. La propriétaire, une Italienne ou une Grecque m’a fait un grand sourire. « Vous pouvez aller avec Laurrra, monsieur ». Laura était une longue femme entre deux âges dans un sarrau brun et orange. Au cours des dernières semaines, on aurait pu croire que ses collègues avaient expérimenté sur elle les techniques de coloration. Des volutes blond platine côtoyaient du noir et du brun chocolat. Elle avait l’air d’avoir une moufette morte agrippée sur le crâne. Je l’ai suivi jusqu’au lavabo.
Elle n’avait pas le toucher enveloppant et viril de Ian, mais il suffit qu’on me tripote la tête sous l’eau chaude pour que je parte dans les "vap’s". Pendant que je m’installais sur la chaise, le salon se remplissait. La sonnerie d’une minuterie a retenti. C’était la petite vielle qui était cuite à point. Un coiffeur est revenu de sa pause : enfin, un autre homme dans la place ! Il était tout jeune, affublé d’un mohawk et il était trop bronzé. Je sais pas pourquoi, mais je trouvais qu’il avait l’air d’un danseur nu. Il faisait une teinture acajou à une adolescente en parlant de sa blonde. (Sa « blonde », d’après moi, devait s’appeler Roger ou Marc-André !) Au moins, ça me faisait quelque chose à regarder. Laura a commencé à me passer la lame d’un clipper sur la nuque. J’ai dégluti, le regard fixe. Dans le pire des cas, des cheveux, ça repousse ! Puis elle a continué au ciseau après avoir enfilé des lunettes à la Nana Mouskouri. Elle s’arrêtait de temps à autre pour me demander mon avis, puis poursuivait avec beaucoup d’application. Elle a terminé la coupe en me mettant du gel et en positionnant chacun de mes cheveux parfaitement à la verticale. Comme si j’étais dans la descente d’une montagne russe et que le temps s’était figé. J’ai tourné la tête de chaque côté, ça ne bougeait définitivement pas. Elle m’a demandé si j’aimais ça. J’ai dit « euh... oui, avec un sourire un peu forcé, il faut juste que je m’habitue. » Arrivé chez moi, j’ai couru dans la salle de bain pour me rabattre le toupet. J’ai pris de la pommade, celle que le beau Ian m’a vendue une fortune (et qui ne contient que des ingrédients naturels et sains pour le cheveu) et je me suis froissé la crinière. Le résultat était à peu près similaire au sien. Ce n’était pas si pire, finalement. Ça m’a coûté la moitié du prix que je paie habituellement. Fini les salons chics du Plateau Mont-Royal. Désormais, si je me fais "descendre les oreilles", ce sera par des madames d’Hochelaga.
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11 juillet 2008
5 raisons
5 raisons pour aimer dormir avec lui :
1. Parce que j’ai dormi seul, les trois quarts de ma vie. Faire l’étoile : j’ai déjà donné.
2. Parce que lorsque je l’entends respirer à mes côtés, j’essaie de ne pas trop bouger, j’adopte son rythme et je me laisse aller au sommeil.
3. Pour pouvoir me coller contre lui, au milieu de la nuit, si j’ai froid. Ou le pousser, si j’ai chaud. Il est l’une des seules personnes avec qui j’arrive à dormir collé.
4. Pour lui prendre la main quand j’ai fait un cauchemar. Suffit d’un baiser sur le front et les monstres les plus terrifiants deviennent dérisoires et s’enfuient, affolés.
5. Pour le bonheur de le voir roupiller au petit matin, quand je m’éveille le premier. Ne lui dites surtout pas : il est beau même quand il dort.
Et puis, vous vous doutez bien, pour plein d’autres raisons que je garderai pour moi. Il y a des enfants qui pourraient passer par ici.
19:00 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, couple, nuit, sommeil, lit, plaisirs, matin
26 juillet 2007
Les vagues
Quand je sors du bureau, je suis presque assommé par la cacophonie joyeuse des oiseaux. Le cardinal, les chardonnerets, le merle et les bruants semblent concourir pour savoir qui dominera l’espace sonore. Le soleil frôle la couronne des arbres qui frissonnent. L’été se décline en milles menus bonheurs, jusque dans la blogosphère…
Suivre des leçons de philosophie en pleine canicule données par une institutrice blonde, la cigarette au bec. Sentir une goutte de sueur qui dévale ma tempe. Entendre le vrombissement du ventilateur. Et me creuser les méninges pour comprendre pourquoi l’amour.
Flotter paresseusement dans l’eau fraîche. Être aveuglé par la lumière et la transparence bleutée de la piscine. Se retourner pour ne pas manquer le plongeon parfait d’un émule d’Alexandre Despaties. Parler à voix basse avec GP qui flotte juste à côté. Détailler les garçons qui passent. Ceux qui se font dorer en maillot. Puis étendre sa serviette et laisser son corps alourdi se gorger lentement de soleil
Se retrouver dans un bar devant deux pintes de bières irlandaises, Bass et Guiness, et entendre un joli garçon me dire qu’il faudrait vraiment que j’essaie d’être publié. Avoir le bar à nous tout seul. Être servi par une sympathique barmaid aux yeux clairs puis repartir en vélo et filer sur la piste dans l’air doux de la nuit.
Rigoler en voyant les petits copains de Creaminal tenter d’identifier les toilettes du Jardin botanique de Montréal : Turquie, Angleterre, Japon, Chichigneux les Oies Grasses ou alors Tataouine la Callaisse ? (Je peux en parler maintenant que Beur-boy a trouvé.)
Être invité à Paris en regardant le feu des lucioles au-dessus d’un champ virtuel. Imaginer le Boeing qui décolle, mon regard qui cherche la ville dans le hublot. Imaginer son visage…
Apercevoir une petite puce de trois ans qui s’approche de la terrasse. La voir se lever sur la pointe des pieds pour voir les frites et les tortillas dans mon assiette puis me gratifier d’un sourire timide mais radieux avant d’aller rejoindre, à petits pas, le papa qui lui tend la main sur le trottoir.
Lire les retrouvailles de deux amants, entre pudeur et passion dévorante, quelque part dans le Nord de la France.
Croquer dans un chocolat noir grand cru de Madagascar ou de l’Équateur à la pause de 15 heures. S’étonner des parfums subtils de fleurs et de fruits qui colorent l’ivresse du cacao.
J’ai beau chercher, je n’arrive pas à mettre en ordre tous les plaisirs qui se succèdent sur ma vie en ce moment. Pourtant, comme je le fais depuis l’enfance, je reste immobile, assis près des dunes, à regarder les vagues s’essouffler sur le sable. Je laisse mon regard se perdre dans la dentelle de l’écume. Et je souris de convoitise en fixant les cailloux colorés qui irradient sous l’eau claire.
05:00 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, plaisirs, été, chocolat, lumière, beauté



