24 janvier 2009
Dire ou ne pas dire
La blogosphère a ces vagues. Et en écrivant ici, je m’y inscris, que je le veuille ou non. Même en me taisant, je prends partie : qui ne dit mot, consent. Depuis trois ans, certaines de ses vagues ont porté mon enthousiasme, d’autres m’ont secoué malgré mon indifférence. Quand j’ai été soulevé de plaisir, j’aurais aimé que ces instants s’éternisent. J’aurais voulu retenir des blogueurs qui ont choisi de se taire. Mais le Web se transforme perpétuellement. Il est vivant, c’est ce qui fait sa richesse et sa beauté. Et c’est une des raisons pour lesquelles je persiste.
Pourtant, je constate que sous le couvert de l’anonymat, l’être humain révèle ses côtés les plus noirs et les plus bas. Sous prétexte d’être intouchables, ou populaires certains blogueurs ne se gênent pas pour traîner des gens dans la boue. Et c’est cent fois pire dans les commentaires. Haine, hargne, envie, mesquinerie : caché derrière l’écran, l’internaute est prompt à la violence. Des mots publiés bombardent, poignardent, assassinent sans aucune retenue. Comme si les mots étaient innocents ! Par bonheur, il y a encore les livres.
Un procès se déroule actuellement à Montréal et fait saliver la blogosphère. Ce milliardaire (dont il ne faut pas dire le nom) est riche parce qu’il a réenchanté la vie de milliards de personnes. En les prenant sous son aile, il a permis à des artistes auparavant méprisés de faire rayonner la Belle province aux quatre coins du monde. Pendant des années, dans les gymnases, j’ai vu des étincelles enflammer les yeux des jeunes qu’il a inspirés. Il a ouvert la voie à des créateurs extraordinaires qui autrement auraient vécu dans la misère. Mais au Québec, on n’aime pas ceux qui réussissent. On les déteste ouvertement comme on déteste la culture en général et les intellectuels. Descendant de colons et de filles du Roy, on est né pour un petit pain et on crache sur les riches parce qu’ils sont riches. (En rêvant secrètement d’être riche soi-même, et instantanément de préférence.) Je regrette, mais la vie personnelle des gens riches et célèbres ne regarde qu’eux-même, peu importe leurs frasques. J’ai un vague mépris pour ceux qui surfent sur cette vague et qui nourrissent la haine pour ce faire du capital de sympathie.
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23 mars 2008
Amen
Le Québec a mal à la religion. Pendant des siècles, la religion catholique a joué un rôle prépondérant dans toutes les sphères de la société québécoise. Sans elle, les Québécois auraient été assimilés et nous parlerions tous anglais. Tant d’autorité dans les mains du clergé a bien sûr mené à des abus de pouvoir (abus dans lesquels l’Église catholique a une longue tradition).
Je crois que les Québécois sont profondément religieux. Si, à une certaine époque, ils ont rejeté énergiquement la religion catholique et s’ils ont même un peu honte de leur passé religieux, ils cherchent aujourd’hui à combler à tout prix le vide laissé par l’Église. Ce besoin semble être criant. Désormais, la messe n’a plus lieu le dimanche matin à l’église, mais le dimanche soir à la télévision. Les fidèles hochent la tête au rythme des blagues de l’animateur de Tout le monde en parle. Ils se lèvent, applaudissent et s’assoient au signal de l’officiant. On se demande qui sera le nouveau messie de Star Académie. Chaque matin, dans le métro, des milliers de personnes lisent religieusement les derniers faits et gestes de Paris Hilton et Cie. Paris magasine une veste pour son chihuahua. Paris change de marque de serviette hygiénique. Paris est surprise à se jouer dans le nez. Paris, priez pour nous.
L’écologie est aussi devenue une religion. Je le sais pour travailler depuis quelques mois dans le milieu des OSBL en environnement. Un tout petit milieu, pourri de guerres intestines. La ferveur religieuse de ces « verts à tout prix » entraîne des dérives et plusieurs comportements incohérents. Les parents qui nourrissent leurs enfants de fruits et de légumes pleins de pesticides, mais qui rincent scrupuleusement les pelures de banane avant de les mettre au compost. Les gens qui font de longs détours en voiture pour aller chercher leurs sacs réutilisables avant de faire leurs courses. Tout ceux qui veulent des papillons dans leur jardin, mais qui noient la moindre chenille sous des litres de pesticides écologique. Sauvez la planète, surtout ce qu’il y a dans ma cour ! Tout le monde veut voir la vie en vert. Le voisin on s’en fout. L’étranger, on s’en contrefout.
Je sais bien que tout ça part de bons sentiments, mais quand ça mène à l’intransigeance, à l’incohérence et au mépris, je décroche. Dans le quartier où je travaille, il y a chaque jour des vols de bacs de recyclage. On m’a même raconté que des gens se seraient battus pour un bac. Les jours de tempête de neige, le téléphone sonne toute la journée. Des citoyens se plaignent qu’on n’a pas ramassé leurs matières recyclables. Ils ne comprennent pas que ce sont des camions qui font la cueillette et que les camions ne peuvent circuler quand la rue n’est pas déneigée ? Un petit peu de bon sens, peut-être ? La solution à la surconsommation, ce n’est pas de recycler toutes les cochonneries que l’on produit, c’est de consommer moins !
Pour me déplacer, je n’utilise que le vélo ou le transport en commun. Mais je suis un terrible pécheur parce qu’il m’arrive de manger de la viande à l’occasion. Je suis un traître à la planète parce que je ne fais pas de compost sur mon balcon et que j’aime bien porter des vêtements neufs quand j’en ai les moyens. Encore pire, j’aime aussi voyager et goûter des produits d’importation. Je ferais mieux de me taire où je risque d’être lapidé. J’ai l’audace de me plaindre du système de transport en commun. C’est impardonnable. Le service est franchement mauvais, mais c’est un tabou. Le transport en commun est extraordinaire, un point c’est tout. Il faudrait s’entasser dans les autobus et les métros jusqu’à ce que mort s’ensuive pour la cause. Tout le monde est pour le transport en commun. Particulièrement tous ces individus que je vois seuls dans leur voiture, tous les matins, sur le boulevard.
Au bureau où je travaille, nous n’avons aucun dictionnaire, ni aucun livre de références. Pourquoi sacrifier inutilement des arbres, on peut tout trouver sur Internet. Je m’excuse, mais tout n’est pas sur le Web ! Et ce qu’on y trouve n’est pas toujours de la plus grande qualité. Et puis le fonctionnement des serveurs qui alimentent Internet en contenu est extrêmement énergivore. J’ai lu quelque part que d’ici quelques années, la consommation d’énergie nécessaire au fonctionnement d’Internet équivaudrait à celle de la population mondiale. L’énergie, ça ne pousse pas dans les arbres. J’ai beau tenir un blogue, j’aimerai toujours les livres. Et pour avoir expérimenté le travail avec ou sans dictionnaires. Je préfère avec. (En attendant quand mon vieux I-mac turquoise plante pour la quinzième fois dans la journée, je me répète que je suis payé à l’heure.)
Le bureau a tout de même publié des dépliants sur du papier 100 % recyclé. Avec de l’encre verte. (Notez le concept !) Pour économiser encore plus, les marges sont réduites au minimum et les caractères sont tout petits. Résultat : un dépliant illisible qui va tout droit au bac de recyclage (ou à la poubelle dans la plupart des cas, j’en suis certain.)
Quand j’étais tout petit, j’aimais beaucoup l’église du village où j’habitais. Une petite église en bois blanc. Mes parents n’y allaient jamais, ils étaient athées et même antireligieux. Mais le clergé avait encore une certaine emprise sur le système d’éducation et l’institutrice nous amenait parfois à la messe, lors des fêtes religieuses. J’étais fasciné par les rituels, la musique, l’encens, les boiseries et les dorures. La quête d’absolu des saints m’interpellait. Je rêvais de marcher dans les traces de Saint-François-d'Assise et de vivre au cœur de la nature. (Le film de Franco Zeffirelli m’avait marqué). Mais en grandissant, les agissements de l’Église catholique et de ses représentants m’ont fait décrocher, complètement. Je ne me considère pas comme catholique. Je trouve que plusieurs religions, le bouddhisme notamment, sont beaucoup plus pertinentes. Je ne sens pas le besoin d’avoir une religion à tout prix. Et bien que mon travail actuel m’amène à devenir un chantre de l’écologie, je n’ai qu’une idée en tête : défroquer.
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