29 décembre 2008
Léger
Premier jour. Premières heures de répit après des jours trop chargés. Les fêtes de Noël soulèvent des vagues de nostalgie, d’émotions contradictoires, dans ma vie comme au travail. Tout cela sur un bruit de fond assourdissant des publicités et de la fièvre de la consommation. La pluie verglaçante et les vents violents sont passés sur la ville. Ce matin, un soleil timide cherche les quelques traces de neige encore intacte. Entre Noël et le Premier de l’an, j’ai enfin du temps libre pour laisser décanter tout ce brassage des derniers jours.
Les chansons de Noël ont été tellement reprises et utilisées à des fins commerciales qu’elles ont perdu toute saveur. C’est un genre galvaudé ou bien des artistes se sont cassé les dents. Proposer un album de chansons de Noël originales était audacieux. Pari réussi pour Maryse Letarte. Je ne la connaissais pas. Après avoir entendu quelques-unes de ses pièces, j’ai vraiment envie d’en savoir plus sur sa musique : Anges de neige, Maryse Letarte, premier lecteur dans la colonne de gauche.
J’en profite pour vous offrir mes vœux pour la nouvelle année : de la santé pour avoir le regard clair et ne rien manquer de l’effervescence de la vie, de la tendresse pour traverser les jours et les nuits et du désir.
12:16 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : musique, chanson, baume, hiver, noël, québec, j'aime
23 décembre 2008
Noël, l'avant-veille
Noël, c’est censé être joyeux.
— « Hum. Pas trop, rien de spécial. » Ça, c’est la formule du grand lorsqu’il file un mauvais coton. Il n’a pas de famille, alors la veille de Noël, c’est toujours un peu lourd. On va sûrement se faire une soirée DVD, bière et pizza. Le jour même, il sort dans les bars. Je l’ai accompagné, l’an dernier. Ça ne m’a pas laissé un souvenir mémorable. Une drôle d’ambiance. Un amoncellement de solitudes urgentes, prêtes à avaler le premier comprimé venu, pour voir la nuit en couleur et oublier la vie. Quand je l’ai appelé, il dérivait sur un site de rencontre : « Je vais finir mes jours tout seul, qu’il m’a dit, avec plein de chats. »
J’ai ajouté : « ...et des amis, c’est pas si mal ! Tu sais que c’est le cas de beaucoup de monde : les couples se défont ou bien l’un des deux finit par mourir... »
— « ...Ouins. »
— « Moi de mon côté, je me prépare à me péter la gueule, ben comme faut, encore une fois. »
— « Comment ça ? »
Noël, ça devrait être doux. Le vent d’hiver est cinglant et fouette les visages. La poudreuse est un piège qui cache la glace noire. Les jours de tempête, il faut rester chez soi. Moi, bien sûr, j’ai mis un pied dehors. « Qui ne risque rien, n’a rien. » ou « qui n’a rien, risque tout. »* Je ne me suis pas méfié de la neige. J’ai rencontré quelqu’un, par un hasard improbable. Il ne devait pas être là, dans cette soirée. Je n’aurais pas dû y être. On s’est terré deux nuits dans son demi-sous-sol. Deux nuits de tendresse brûlante, les regards et la peau humide. Et me voilà dehors. Le ciel n’est plus que noir. Et la poudrerie, de la soie blanche qui hurle en se tordant. Il ressemble à tous les autres. Ben oui, quoi ? C’est mon genre, les grands bruns aux yeux éclatants ! Ça s’appelle un « pattern ». Son nom, c’est Stef. À quoi bon me creuser les méninges pour lui trouver un pseudo. Il ne lit pas, ni les livres, ni les blogues. Et de toute façon, il passera dans ma vie comme la blancheur de la neige.
Noël, ça devrait être lumineux. Partout, c’est la course folle pour faire embrayer l’économie. Partout, le cliquetis des cartes. Ça se pousse devant les caisses. Achetez aujourd’hui et ne payez rien avant 2010. Consommez vert, bio, équitable ou local, mais consommez ! Il le faut ! Même la blogosphère s’égosille, à trop vouloir briller. Elle se met belle, prête à toutes les bassesses pour avoir un plus vaste auditoire : provocation, sexe et scandale, nivellement par le bas. Mes stats sont plus grosses que les tiennes ! Je ne suis pas meilleur qu’un autre. Le désir de briller prend souvent le pas sur celui de dire. Mais en cette avant-veille, j’ai plus envie de me taire. Je vais rêver tout seul à une troisième nuit, juste une de plus. C’est ce que j’ai demandé au père Noël, celui qui mendiait près du métro Berri.
* Une réplique du film C'est pas moi je le jure
23:54 Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, noël, homme, amour, famille, amis, nuit
26 décembre 2007
Nawell
Tous les 365 jours, la planète terre passe tout près d’un immense trou noir. Le monstre réveille le gouffre en nous. Et on se met tous à avoir peur de la nuit et du vide. Noël me déprime et il semble que je ne suis pas le seul. Est-ce la solitude trop répandue qui contraste crûment avec l’idéal que l’on cherche à nous vendre ? À date fixe, la folie s’empare de la population qui se lance frénétiquement dans la consommation.
Aux bulletins de nouvelles, ils ont parlé de ces sondages : 71 % des Québécois préférerait ne pas recevoir de cadeaux. Pourtant, le Québécois moyen dépensera cette année autour de 1000.00 $ pour ses achats des fêtes. Un grand magasin a choisi comme slogan : « L’important, c’est d’offrir. » Même au supermarché, il y avait de l’agressivité dans les allées. Les caddies s’entrechoquaient comme si la nourriture allait manquer. À voir l’obésité de la moitié des clients et les étagères qui croulent sous les victuailles, la famine n’est pas à nos portes. À la caisse, tout sourire, les magazines rivalisaient de bêtise crasse : 10 trucs pour paraître plus minces au réveillon ; Notre recette de bûche de Noël triple chocolat ; Soyez l’hôtesse parfaite tout en restant zen ; Comment survivre au Boxing Day et dénicher les meilleures aubaines. Les bruits du magasin sont couverts par Ginette Reno qui hurle de sa voix tonitruante : « Écoutez-ez-ez les clochettes, du joyeux-eux-eux temps des fêtes…»
La famille étant loin, j’ai profité du temps libre pour faire du ménage extrême dans mes affaires. Finalement, un peu de solitude ne m’a pas fait de tort. Plutôt du bien. C’est étrange, j’ai l’impression que mon appartement a doublé de superficie
J’ai passé le réveillon avec le grand. Une soirée de gars : DVD, bières et pizzas. Quelques navets et le dernier Harry Potter. (Meilleur que les autres. Hermione avait l'air moins stupide et Harry était presque sexy.) Il m’a convaincu de l’accompagner au Parking : « Tu vas voir. À Noël, l’ambiance est complètement différente, moins show off . Tout le monde se parle, c’est vraiment le fun. » La soirée s’appelait Noël au paradis. Rien de moins.
On s’est planté dans un coin du bar. Moi, avec ma bière. Lui, avec un truc énergétique à couleur louche vendu 10 $ la minuscule bouteille. — « Tu veux y goûter ? » — « Euh non, merci. » En tant qu’habitué, il m’a fait faire le tour du propriétaire. Eux, là-bas, ils sont sur le speed ou la coke. Lui, c’est du GHB. Les gars sans t-shirt devant nous sont sur l’Ecstasy. Ça explique pourquoi ils ont l’air de s’extasier sur la musique alors qu’elle est plutôt ordinaire et que le son est vraiment pourri. Je regarde un danseur avec des ailes imprimées sur le dos de son t-shirt : « Celui-là, là-bas, vraiment cute. » — « Lui ? je l’ai déjà vu en show, c’est un danseur nu. » Moi, ma drogue c’est l’alcool. (J’suis d’là vieille école.) Mais ça ne faisait pas le poids et je trouvais la soirée passablement ennuyante. Plusieurs sections du bar étaient fermées et toute la clientèle était concentrée sur la piste de danse. J’ai bu une bière, puis une autre. Malgré mes efforts, je n’ai pas réussi à atteindre le paradis. Sous les sourires hallucinés, je reconnaissais cette ambiance de marché de viande où les gens sont perçus comme des numéros, classés en fonction de leurs mensurations. Même le grand avait l’air de s’emmerder. À part lui, le chauffeur de taxi qui m’a ramené chez moi a été la personne la plus sympathique que j’ai rencontrée dans la soirée. Je suis tombé dans mon lit avec une vague envie de vomir. Mais Noël est fini et j’ai survécu, c’est le principal.
16:30 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, bar, sortie, noël, consommation
12 décembre 2006
Nawell
J’ai soupé hier soir avec J. et D. Nous avons mangé rapidement, elles ne voulaient pas manquer à 20 heures le spécial de Noël de la série Le cœur a ses raisons. Résumé de l’épisode : Becky fait une révélation dramatique à Brett : « Brenda n’est pas... gentille. » Pour rétablir l’harmonie dans le manoir des Montgomery, Brett et Criquette entonnent un chant de Nawell rempli d’espoir. Voici un extrait du texte de la chanson pour vous permettre, chers lecteurs, de le reprendre dans vos chaumières :
« La la la la la la la la la
la la la la la la la la la la la,
la la la la la, pom pom»
Brett et Criquette effectuent ensuite le traditionnel lancer de la bonne dans le sapin. L’épisode se termine alors que le manoir est la proie des flammes et que Criquette, enceinte et future femme de médecin, vit ses premières contractions. La fatigue de la journée, ces péripéties absurdes et les bulles de la bière blanche nous ont achevés et quelques rires se sont échappés.
Comme je revois mon cowboy à la fin de la semaine, je leur ai demandé si elles avaient des conseils à me donner. On ira probablement voir un film français sous-titré en anglais ou un film américain sous-titré en français ou peut-être le dernier film d’Aldomovar en version originale espagnole sous-titrée en anglais. (Ça m’obligerait à porter mes lunettes, ce que je préférerais éviter.)
Elles ont réfléchi un moment avec un sourire amusé.
— « Sois toi-même… non attend, encore mieux : écoute ton cœur ! »
— « Aie une bonne haleine, ça, c’est important ! »
— « Garde ça simple ! » J. s’étouffe de rire.
— « Regarde droit devant ! »
Puis en rangeant la vaisselle, J. est inspirée de nouveau.
— « Jamais la première fois ! »
Je réplique : — « C’est pas la première fois, c’est… »
— « Jamais la deuxième ! »
Je précise qu’on se verra alors pour la troisième fois…
— « La troisième ? ben là… » Elle rit. « Embraye ! »
J’ai noté tous ces précieux conseils pour ne rien oublier. Les frites, les saucisses de porc et de bison, la bière et la tarte au sucre ont formé une équipe d’enfer. Glouglou, mmphf, rhomm, Tadom, gulp, gligligli, la magie de Nawell s’est déchaîné toute la nuit dans mon estomac.
22:05 Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Noël, Nawell, réjouissances, bières, journal intime, sucre, frites



