25 mai 2009

25 mai

J'amorce ma troisième semaine de travail à Zorro & Cie. Je suis seul dans le grand bureau des intervenants. Seul, parce que le seul autre intervenant en poste est en congé de maladie, pour une durée indéterminée. Il est passé en coup de vent un après-midi pour me dire bonjour. Les autres membres de l'équipe ne sont toujours pas embauchés. Certains indices me laissent deviner des conflits larvés, quelques frustrations que je ne peux pas nommer précisément, une démotivation commune à bien des organismes sans but lucratif. Je lis, je lis, ça me sort un peu par les oreilles. Des rapports de recherche sur la prévention, du matériel d'information sur les ITSS et les facteurs de risques, des textes sur les approches d'intervention. J'ai parfois l'impression qu'on ne sait trop quoi faire de moi et que l'on cherche à m'occuper en attendant.

En principe, je devrais observer des intervenants en action, il faudrait que je m'observe moi-même. J'ai hâte de mettre en pratique ce que je lis. J'ai hâte de plonger, de confronter le réel et de voir comment je vais me débrouiller. L'impatience me tiraille en ce moment. J'ai l'impression que je pourrai faire une différence, c'est ce qui me pousse à m'accrocher. Je sais que ce désir et ces ambitions risquent de se choquer avec éclat contre la réalité, j'attends cette confrontation avec confiance et l'envie de me colletailler.

D'ici là, je profite du grand bureau et de son silence. Depuis que j'ai les clés et un code pour le système d'alarme, j'occupe l'espace et je prends mes aises comme un roi. Le mur nord est percé de six fenêtres qui doivent bien avoir 10 pieds de haut, des vieilles fenêtres à guillotine en bois qui donnent sur le faîte des arbres d'un parc. À travers des grilles rouillées, le vent charrie les rumeurs de la ville, les parfums des nouvelles pousses et des lilas en fleurs. Seul dans mon bureau, J'ai déjà un peu la tête en voyage. Des images de Méditerranée me chatouillent le fond de l'oeil. Un soleil salace m'agace en frôlant Montréal comme s'il savait pertinemment qu'on allait se retrouver en corps à corps, avec pas mal moins de vêtements sur le dos, dans la lumière des rues de Barcelone. Chaque matin, je fais le décompte des jours qui restent avant le départ, 13, 12, bientôt 11. Je me promène dans Paris avec Google View, je regarde des passants figés qui ne peuvent pas me voir. Juste devant ma porte, il y a une station de Vélib et sur le coin de la rue, une grande fruiterie et une boucherie hallal. J'ai gribouillé sur une carte les cafés, les bars, les parcs que je veux visiter. J'ai trouvé un resto de sushis à cinq coins de rue et un marché public, tout près. Les courriels, les signes se multiplient et me font réaliser que des personnes cachées derrière des blogues existerait peut-être vraiment.

Je ne sais pas si c'est ce printemps doré, ces jours qui allongent, ou ces heures de lecture forcée qui m'ont apaisé. Le bon côté de ce mauvais rhume est que j'ai baissé les bras contre le vent. Je me suis posé pour me reposer. J'ai le corps en jachère. Tout ce que j'ai semé au cours des derniers mois, des dernières années, commence à germer sans bruit. Je devine des centaines de menus plaisirs qui pointent, une odeur de sève qui monte. D'amoncellement de nuages de pluie en immensité bleu, le ciel m'appelle, un peu plus chaque jour.

03 mai 2009

Dark Matters

« Le doute demande plus de courage que la certitude, et plus d’énergie ; peut-être parce que la certitude est une conclusion rassurante, tandis que le doute est infini ; c’est une démarche passionnée. Nous devons apprendre à vivre avec la pleine mesure de l’incertitude. Il n’y a pas de dernier mot. C’est le silence derrière le bavardage de notre époque. »
– John Patrick Shanley


La citation provient du programme de Dark Matters, la dernière œuvre de la chorégraphe Crystal Pite, présentée actuellement à l’Agora de la danse. En feuilletant le dossier de presse, je me disais : je me sens toujours un peu incompétent pour parler de danse contemporaine. Je peux apprécier, mais je n’y connais absolument rien. Heureusement, des mots ont été à la base de cette création. Ça me donnait une prise. Et puis, je ne sais pas pourquoi, mais je n’avais pas trop le goût de voir un spectacle, ce soir-là.

(La preuve que les plus grands plaisirs sont ceux que l’on attend le moins !)

Crystal Pite fait danser ses interprètes entre les vers d’un poème de Voltaire, l’adaptation anglaise de Poème sur le désastre de Lisbonne. Elle explore l’espace trouble qui se glisse entre les mots. Dans la première partie, la danse se mêle au théâtre, au mime et à l’art de la marionnette pour créer une entrée en matière fascinante. Dans la deuxième partie, les corps se disloquent, s’attirent ou se repoussent pour tenter d’exprimer ce que les mots ne peuvent révéler. Certains numéros de groupe donnent aux spectateurs l’impression de voir bouger un seul organisme qui lutte pour sa survie. Les danseurs offrent une performance de haut niveau où l’humour côtoie des passages plus acrobatiques et des moments d’émotion. Bref, un spectacle qui m’a cloué à mon siège, explosif et étonnant comme le printemps. Une sortie idéale pour apprivoiser la danse contemporaine ou se réconcilier avec son petit côté inaccessible.

 

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photo: Joris-Jan Bos


Dark Matters , Crystal Pite / Kidd Pivot
Jusqu'au 9 mai, à l’Agora de la danse

La critique de Myriam (et de Nicole) à lire.

17 avril 2009

Parfois, la vie, je tremble.

On a beau avoir rouspété pendant des mois contre l’hiver, il y a des printemps qui décoiffent et qui secouent. C’est le cas de celui-ci, dans ma vie, en tout cas. Il n’est pas encore minuit. La nuit est douce comme un câlin, même si le soleil n’est pas venu à bout du froid, au fond de l’air. Je ne sais pas si c’est le changement de médicaments, mais j’ai l’impression d’être un autre. Le projet du nouveau blogue fait son chemin dans les méandres de mon esprit. Ces dernières semaines, j’ai croisé plein de gens rencontrés par l’intermédiaire de ce blogue. Ces carnets ont définitivement été pour moi un cocon. Le cocon est confortable, mais il commence à être peu étroit. Ça fuse, ça bourdonne, ça laisse échapper des étincelles.

Mercredi soir, j’ai eu le privilège d’assister à la première de Je voudrais crever de Marc-Antoine Cyr. J’ai aussi eu le plaisir d’y rencontrer Bianka, Nicole et Coconut. C’est un spectacle débordant de lumière et de tendresse. Au départ, la pièce s’appelait Je voudrais (pas) crever, comme la chanson de Boris Vian. Suite à des démêlés avec la succession de Boris Vian, l’auteur a choisi de modifier le titre.

L’histoire est simple, Mateo (Hubert Lemire, lumineux) va mourir, entouré de quatre amis. Il se remémore ses plus beaux souvenirs, il les goûte, les contemple, comme dans un album. Il se questionne, s’amuse et s’émerveille une dernière fois de l’amour, du plaisir, de l’amitié. La disparition prochaine est plus douloureuse pour ceux qui restent et qui se trouvent confrontés à leur vide existentiel. Ces quatre amis, tous au bord de la trentaine, s’entrechoquent et s’entredéchirent en tentant d’être là, les uns pour les autres. Ils ont tous une peur immense : la vie.

fête sauvage

Photographie : David Ospina

La musique ponctue la pièce et donne à l’histoire des couleurs et de l’ampleur, sans jamais en briser le rythme. Les chansons sont magnifiquement interprétées par les comédiens. Dès les premières scènes, le quatrième mur s’est volatilisé et la complicité s’installe entre les acteurs et les spectateurs. On sort de la salle avec une envie de chanter, de se gaver de tarte aux cerises ou de prendre une bière avec des amies. On sort de là avec l’envie de crever, le plus tard possible, et d’ici là, de tout vivre à 100 miles à l’heure.

J’étais accompagné des yeux bleus. Il avait l’air pressé de partir : il voulait prendre l’air. On a marché autour du pâté de maisons. On a tenté de décortiquer l’étrange bonheur du personnage principal, sa tristesse joyeuse. Sa mélancolie est une façon d’apprécier et de célébrer la vie. Au fil de la discussion, on en est venu à se dire que la quarantaine c’était vraiment très bien. C’est seulement au moment où l’on commence à sentir l’usure du temps, au moment où l’on comprend qu’on ne durera pas toujours, que l’on goûte réellement la fabuleuse beauté de la vie.

Il m’a parlé de ses histoires de cœur qui ressemblent à celles d’un ado. J’avais un peu de mal à le suivre. Je lui ai dit que je le trouvais weird, mais en fait, je le trouve attendrissant quand il m’explique ces théories sur l’amour. Il y a d’abord l’élan du cœur. C’est un sentiment pur puisque sans attaches, sans désir de possession. Et puis apparaissent les constructions de l’esprit qui viennent tout embrouiller. Il ne veut surtout pas être esclave de ces constructions mentales. Dans sa vision de l’amour, il manque à mon avis un élément important : le libre arbitre, la volonté. C’est comme si l’être humain était secoué par des élans, des pulsions et des constructions de l’esprit. Et puis il ne fait aucun lien entre désir sexuel et amour. (Il n’a pourtant pas l’air de s’ennuyer de ce côté.)

Je lui ai parlé de mon inquiétude après l’entrevue. Je ne sais pas en fait ce qui me fait peur. Si la réponse est négative, je sais que je devrais me relever les manches et trouver une autre issue. Mais il y a tellement de routes qui s’ouvrent devant moi en ce moment. Le ciel est trop grand. Si la réponse est positive, il faudra que je quitte des collègues que j’aime. Je ne m’explique pas cet attachement féroce. C’est peut-être parce qu’on a traversé ensemble l’adversité. Je sais que même si je pars, on marchera dans la même direction.

Le lendemain, j’ai mis ma barbe de trois jours, mon t-shirt trop petit. J’ai enfilé mes vieux New Balance et je suis allé courir à l’extérieur pour la première fois cette année. On aurait dit que le parc n’avait pas vu venir le printemps. Le beau temps se devinait davantage dans le sourire des cyclistes, des patineurs et des coureurs. C’était bon, tout cet espace autour de soi. La piste se perdait entre les étendues grises et rousses. Mon t-shirt trop petit m’a valu un signe de tête, un sourire appuyé et un clin d’œil quétaine. J’ai couru 5 km (l’an dernier, j’étais épuisé après 3) et je suis rentré sur un énorme buzz d’endorphine. J’ai ouvert le frigo en quête de quelque chose de comestible. Du coin de l’œil, j’ai aperçu le clignotement du petit rectangle orange, sur le côté du téléphone. En trois enjambées, j’avais le combiné dans la main et je composais le code. La voix de Brenda, mon répondeur, m’a dit : vous avez UN nouveau message. PREMIER message... ... ...

C’était l’appel que j’attendais depuis des jours : ils veulent me voir, pour une seconde entrevue !

Je voudrais crever de Marc-Antoine Cyr
Jusqu’au 2 mai 2009, Aux Zécuries

09 février 2009

Trop de papiers

Rien qu’à Montréal, nous recevons 3 annuaires de pages jaunes par année.

Personnellement, il y a des années que je n’ai pas ouvert ce type d’annuaire. Je trouve ce que je cherche sur internet. C’est du gaspillage pur et simple que de m’en faire parvenir ne serait-ce qu’un seul, alors imaginez 3!..
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Les pages jaunes, je les mets directement dans le bac de recyclage et ça me prend toute la place. (Cela s'ajoute aux publisacs que je reçois même si j'ai apposé l'autocollant, pas de publisacs sur ma boîte aux lettres.) Il existe plusieurs bottins sur le Web, à la maison comme au travail j'utilise Canada411.

Via Miguel Tremblay, Hors des lieux communs

23 janvier 2009

Vol 550

Pour passer à travers les grands froids, vaut mieux marcher la bouche fermée. Et puis, on dit que si on fait un vœu, il ne faut pas en parler pour qu’il se réalise. Alors, je me suis tu. Ces dernières années, j’ai tant parlé de projets de voyage qui sont tombés à l’eau. Ce matin, la ville était emprisonnée dans le frimas et la brume de mer qui s’élevait au-dessus du fleuve. (Il y avait sûrement aussi du smog, mais ça fait moins joli.) C’est la saison ou tout plein de Québécois s’envolent vers le Sud à la suite des oies blanches (avec quelques mois de retard) : Punta Cana, République dominicaine, Cuba, Mexique.

Cette fois, il semble que ce soit la bonne. Le dépôt a été prélevé sur la carte de crédit. Dans moins de six mois, je serai à bord du vol 550 d’Air Transat, juste en avant des ailes. C’est dans les rues de Paris que je passerai les derniers jours de ma trentaine. Et pendant les premiers jours de ma quarantaine, je marcherai pieds nus dans le sable d’une plage de Barcelone. (Le chiffre passera mieux comme ça.) C’est fait. J’irai faire mon jogging sur la colline de Monjuic, pendant que J. et D. se picosseront sur la terrasse d’un café. Je n’arrive même pas à le réaliser. De toute façon, je n’ai pas le temps de le réaliser... Allez ! Il ne reste que deux jours à la semaine.

Chanceux ? Nan, surtout pas la chance. Cela fait des années que je travaille tout le temps. Le travail à temps plein le jour, les contrats le soir, la fin de semaine, parfois même la nuit en période de rush. L’entraînement pour tenir le coup, pour expulser les toxines. L’écriture comme soupape. J’ai un train de vie à peine supérieur à celui d’un pigeon, avec moins de ciel et de liberté. Bon, ok, j’ai le derrière plus au chaud. Mais jusqu’au départ, je serai au régime sec. De toute façon, j’ai quelques livres à perdre avant d’enfiler un maillot de bain. À la perspective de passer les frontières, de survoler l’Atlantique, je suis traversé de décharges électriques. Il y a si longtemps... Je ne me souviens même plus comme c’est, d’être dépaysé.

12 janvier 2009

Guide de survie à la STM

Ayant beaucoup utilisé les transports en commun montréalais pendant la période des fêtes, j’ai pensé concocter un petit guide de survie à l’intention des néophytes.

Plus de service : le slogan de la STM
Toutes les informations nécessaires pour planifier votre trajet avec la STM (Société de Transport de Montréal) sont disponibles sur le Web. Depuis quelque temps, il est même possible d’obtenir les horaires et les itinéraires sur Google Map. Mais vous devez savoir qu’il y a une marge entre le réel et le virtuel. En dehors des heures de pointe, ne vous fiez pas à l’horaire et prévoyez une bonne demi-heure supplémentaire d’attente. Pendant les heures de pointe, attendez-vous à ce que les trois premiers autobus qui se pointent soient pleins. Il vous sera alors impossible d’y entrer. Si vous êtes pressés, la marche demeure une option à envisager. Le numéro de la ligne est généralement affiché en haut, à l’avant du véhicule. Pendant la saison du hockey, ce numéro est parfois remplacé par un tendre mot d’encouragement pour l’équipe de Montréal : « Go Canadiens Go » ou « Go Habs Go ». Mais le plus souvent, les autobus sont couronnés d’un message défilant : « Désolé : Hors services ». En effet, une armada d’autobus « Désolé : Hors service » sillonne constamment la ville pour narguer les usagers qui attendent des heures aux coins des rues.

Lorsque l’autobus approche de l’arrêt, méfiez-vous du grand rétroviseur carré. Il est positionné précisément pour assommer la première personne qui attend en ligne. Pour faciliter la circulation à l’intérieur du véhicule, des flèches demandent aux usagers de se déplacer vers les portes de sortie, à l’arrière. Mais le message ne passe pas. Et pour entrer dans l’autobus, il vous faudra généralement traverser un bouchon de vieilles grincheuses et de poussettes géantes. Une fois à l’intérieur, oubliez les bactéries et les virus qui pullulent sur le chrome des poteaux et accrochez-vous solidement. Plusieurs chauffeurs de la STM ont le pied pesant sur l’accélérateur et sur le frein. Certains ont l’air de prendre un malin plaisir aux dérapages contrôlés.

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Verrière de Marcelle Ferron, Station Champ-de-Mars


Dou, dou, dou : le chant du métro
Si vous arrivez jusqu’à une station de métro, vous n’êtes pas au bout de vos peines. Préparez-vous mentalement à affronter un vent de force 9 sur l’échelle de Beaufort en poussant la porte d’entrée. Les vêtements amples et les parapluies sont à proscrire. Des souliers à crampons peuvent être utiles pour ne pas être déportés, particulièrement si le sol est glacé. Il est fortement déconseillé de raconter des blagues aux employés du guichet. Il s’agit généralement d’individus qui ont une constitution fragile et leurs visages pourraient craquer s’ils sourient. Une fois sur le quai, vous pourrez profiter d’un climat subtropical. Si le paréo et le bikini conviennent, les lunettes de soleil ne sont pas nécessaires. Lors de vos périples dans le métro montréalais, vous pourrez, si vous êtes attentif, admirer quelques œuvres d’art. Elles passent souvent inaperçues puisqu’elles sont littéralement noyées par la publicité. Celle-ci est partout : sur le plancher, les tourniquets, l’extérieur, l’intérieur et le plafond des wagons, les marches d’escaliers, les rampes. À la STM, chaque centimètre d’espace de béton ou d’acier est rentabilisé. À intervalle régulier, la voix de la femme bionique annonce les retards : « un incident nous oblige à interrompre le service sur la ligne (elle ménage toujours quelques secondes de suspense) verte... » Si vous vous ennuyez, des montagnes de journaux gratuits sont mises à votre disposition pour vous divertir. Vous y trouverez les mêmes publicités qu’au plafond ainsi que de savoureux articles sur tous les faits et gestes de Britney Spears ou de Paris Hilton : "Britney affirme qu’elle ne pétera plus." "Paris a perdu son tampon" et "son chihuahua a commencé un régime amaigrissant". Ayez toujours avec vous un peu de monnaie. Pendant que le musicien vous dira merci dans le couloir, vous aurez un répit de quelques secondes entre deux pièces de yodle péruvien ou de folklore mongol.

Si vous devez descendre à la station Berri, préparez-vous à affronter une foule hostile qui refusera de vous laisser sortir. Complètement obnubilés par le désir de poser leurs fesses sur un banc en plastique dur, la plupart des gens de l’extérieur se jettent dans l’ouverture béante des portes. Et si vous ne savez pas jouer du coude, vous serez violemment refoulé vers l’intérieur. Dans les escaliers roulants, souvent immobiles, il faut respecter le code de la circulation. Les gens pressés de quitter l’air vicié de la ville souterraine ou ceux qui désirent se muscler les fessiers prendront la voie de gauche. Les gens fatigués et ceux qui veulent faire durer le plaisir s’arrêtent dans la voie de droite pour regarder défiler les publicités avec un air bovin. Ce système fonctionne généralement bien sauf lorsqu’un individu s’immobilise et bloque la voie de gauche. Vous pourrez alors surprendre les confidences pittoresques d’une ado à son minuscule téléphone rose : « J’suis comme... euh... comme dans l’escalier du métro genre qui monte, là. C’est comme, j’m’en viens, comme genre là, là.»

Un bref passage dans le métro vous fera apprécier le grand air, même par temps froid, et la lumière du soleil. Habillez-vous par couche pour affronter les températures extrêmes, hydratez-vous suffisamment et munissez-vous de musique et de livre pour meubler les temps morts. N’oubliez pas les papiers-mouchoirs, l’antisudorifique et des vivres de secours. Avisez toujours vos proches de ne pas s’inquiéter si vous êtes en retard.

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Révolutions, Sculpture de Michel de Broin, Station Papineau


Oui, je sais. Je suis un frustré...

Plan du métro de Montréal

09 janvier 2009

Le voisin IV

En me rendant au stade ce jour-là, je ne me doutais pas qu’un mystère allait partir en fumée. Un rhume court dans les parages et je me suis dit que de suer un bon coup allait faire sortir le méchant. Un peu de tapis roulant puis, les poids libres. Je suis seul, entre le miroir et le bench press poussiéreux, mais je me sens à ma place. Les Monsieurs Muscles ne m’impressionnent plus. J’en étais aux épaules quand le grand se pointe dans le miroir avec son outfit de sportif. Il a quelque chose à me raconter.

— T’sais ton voisin, là... (Devant son petit sourire satisfait, j’ai déjà un doute.) Je l’connais... (Dans la bouche du grand, « connaître » est un euphémisme, ce qu’il se fait un plaisir de me confirmer.)... J’ai déjà baisé avec.
Fuck ! Soufflé, d’un seul coup, le savant château de cartes que j’avais édifié. Évanoui, le mystère. La grosse réalité plate vient de s’effoirer dessus.
— Et puis, je peux te dire que...
— Too Much Information ! J’ai pas besoin des détails. (Je me concentre sur les développés cubains, l’alignement de l’épaule, le rythme.) Tu vas le revoir ?
— Non, i’ est un peu weirdo, pis en plus, i’ fume comme une cheminée. (Aux dernières nouvelles, le grand fumait lui aussi jusqu’à hier.) Mais tu sais-tu quoi ? T’étais là ce soir-là !
— Comment ça ?
— Tes lumières étaient allumées quand je suis arrivé, pis elles étaient fermées quand j’suis parti. (Je ne sais pas pourquoi, j’espère que j’étais sorti à ce moment-là. Il a un grand sourire, fier de son coup.)
— Pfff. En tout cas, vous avez été discret...

Je sais bien, Montréal n’est qu’un gros village. Si, sur la planète, tous les êtres humains ne sont séparés que par 6 degrés de séparation. Dans les environs, ça se limite à 2-3. J’ai un bon voisin, c’est ce qui compte. Discret et silencieux. Toutes mes hypothèses à son sujet se sont avérées rigoureusement exactes. (Que j’en voie pas un se moquer de mon flair ! Mitsou et Céline, ça ne trompe pas.) Maintenant que le mystère est levé, il me faudra trouver d’autres sources d’inspiration...