05 novembre 2007
Haute tension
Le stress atteint son paroxysme. Demain, c’est date de tombée. Je dois remettre un article important pour un magazine. Il me manque quelques informations et j’attends anxieusement des réponses par courriel. Il s’agit de détails, mais je suis perfectionniste. Plusieurs autres contrats sont en cours de négociation. L’idée que je vais me planter me tourne constamment autour de la tête. L’idée que je pourrais vivre de ma plume me pousse à m’accrocher. Mais actuellement, mes états d’âme passent au second plan. Il faut que je produise, que je saisisse la chance au moment où elle passe. À plus tard, donc.
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08 juin 2007
Le neuvième
— « Le vertige ? Non non, ça va. » Je me trouve seulement au neuvième étage, mais la chaise où je dois m’asseoir est posée tout près de la fenêtre. Elle donne l’impression de surplomber le centre-ville. Sur le bureau sont étalés mon curriculum vitae et les textes que j’ai mis en ligne. Étrangement, je ne suis pas nerveux. J’ai pourtant tellement anticipé cette rencontre avec la rédactrice en chef. J’ai traversé les bureaux sur ses talons en jetant un œil de chaque côté. La salle de presse était moins glamour que celles que l’on voit dans les séries télévisées. Je n’ai pas vu ni photographes, ni mannequins.
Nous avons discuté du magazine, de l’évolution des préoccupations de ses lecteurs. À un moment pendant l’entrevue, j’ai cessé de m’attacher à chacun de ses mots. Tout en continuant de viser ses prunelles, une vague m’a secoué. Une bouffée de joie, presque mouillée de larmes. La sensation que j’étais parfaitement à ma place, au bon endroit, au bon moment. La comparaison peut sembler prétentieuse, mais j’ai eu l’impression d’être le vilain petit canard qui entrait dans le cercle des cygnes. Même, mon insécurité habituelle n’arrivait pas à faire de l’ombre à ce sentiment. Quelques heures plus tard, je me suis retrouvé assis devant un café dans le Village. J’étais essoufflé juste à réfléchir. J’ai tenté de poser des mots sur le papier. Mes doigts étaient trop lents, ma langue, pas assez déliée pour exprimer tout ce qui se bousculait en moi.
Ce moment que j’ai goûté, je n’en démordrai pas. Elle m’a commandé deux textes, des portraits de personnalité du milieu. J’ai suggéré deux noms, expliqué pour quelles raisons j’étais fasciné par le parcours de ces deux personnes. Elle m’a donné son accord. Je n’ai jamais fait ça. En l’écoutant me décrire ce qu’elle recherche dans un texte, je me suis demandé si je saurai livrer la marchandise ; me mettre dans la peau d’un autre, cerner en quelques lignes ce qui l’anime et rendre le tout vibrant et accrocheur. Elle m’a précisé qu’elle sera là pour m’épauler dans la préparation de l’entrevue, revoir le texte avant la date de tombée officielle et le retravailler avec moi si nécessaire. Elle m’a ensuite parlé d’un projet qui était dans l’air, une chronique horticole pour une station de radio de la Rive-Sud. Personne dans l’équipe n’est tenté par l’aventure. Je lui ai dit que j’aimerais bien faire de la radio. Adjugé : la chronique sera la mienne. J’en saurais plus sur l’organisation de tout cela en fin de semaine.
Le lendemain, c’est le dur retour à la basse-cour. Je me coince les pieds dans les bottes de travail et la tête sous une casquette. L’espace me semble encore plus exigu, l’air vicié. Mais j’ai l’esprit qui a remarqué une brèche, un point de fuite, une direction. Je sens de façon un peu plus criante cette espèce de rage que je traîne depuis des semaines. Un trop-plein de revers et d’éraflures. J’ai le visage fermé et la tête ailleurs. Je ne prends plus la peine d’être aimable, d’adoucir mes arêtes. J’ai envie d’être sombre. D’une noirceur qui étincelle.
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