23 juillet 2007

Clean up

J’adore le podcast des Inrocks. Chaque semaine, un nouveau gadget pour mes oreilles. Je souris dès que j’entend le DJ qui lance avec son accent pointu. « Salût les ponques ! »

Voici un extrait du podcast volume 46 (7min24)



Avertissement : Ne pas appuyer sur play si vous êtes au burean. Naaan, je sais bien, PERSONNE ne lit de blogue au bureau. (…mais, juste au cas.)

Il s’agit d’un remix kitsh-rococo (Le Dirty South Remix) d’une reprise par Mark Ronson de Stop Me, un succès du groupe The Smiths. La pièce d'origine est excellente. La version du producteur Mark Ronson est finalement assez décevante. (Par définition, un producteur fabrique un produit.) Heureusement le remix améliore la sauce en fuyant dans toutes les directions le produit en question. En jouant à fond les pump-up the jam comiques.

Quand les premières mesure de cette pièce entrent dans mes oreilles. je me transforme instantanément en Miss Blancheville. Je deviens obsessif-compulsif. C’est idéal pour faire la vaisselle ou l’aspirateur. La poussière n’a qu’à bien se tenir. On appelle ça de la musique utilitaire. De la Feel-Clean Music. (J’ai un copyright sur l’appellation.) J'en ai bien besoin en ce moment. J'ai aussi tendance à fuir dans toutes les directions. Et aujourd'hui, l'endroit où j'habite a l'allure d'un champs de bataille, dévasté et pas trop réjouissant.

La version originale de The Smiths sur Youtube.

25 janvier 2007

Les objets

Je regarde l’appartement et je me dis : « Merde. Si un employé d’Hydro-Québec doit entrer pour lire le compteur, de quoi je vais avoir l’air ? » Le compteur est dans un placard, au fond de la cuisine. Je l’imagine enjamber la montagne de circulaires dans l’entrée, passer devant le lit défait, faire semblant de ne pas voir les restes du déjeuner d’avant-hier et s’arrêter devant la porte du placard. Pendant que je pousse du pied une paire de bobettes sous le lit. « Oh ! Excusez-moi. J’enlève le panier à linge. Vous allez pouvoir lire le compteur. » Pendant qu’il prend des notes, je me dépêcherais de jeter une boîte de sardines vide et un fossile de mozzarella qui traîne sur le comptoir. « De la lumière ? Oui, bien sûr. J’allume… Ah, non, finalement, je crois que l’ampoule est brûlée. Désolé ! »

Si j’étais seul au monde, je ne rangerais rien. Je me ferai un nid chaque soir au milieu des objets. Les couches de sédiments s’accumuleraient au-dessus de moi comme un cocon protecteur et je vieillirai comme un bon vin au fond d’une cave. J’aime les collections, les archives et les souvenirs. Je déteste jeter. J’ai absolument besoin d’une motivation extérieure pour m’activer et nettoyer. Heureusement, je reçois périodiquement la visite d’un employé d’Hydro-Québec et j’ai trop peur du ridicule pour me cacher sous le lit à son arrivée. Le mois dernier, c’était une rousse à lunettes. Peut-être que la prochaine fois, ce sera un grand blond tanné à la Robert Redford ou un bellâtre à la Andrew Stetson. J’imagine la scène et le temps de le dire, la cuisine est rangée, à peu près. Je termine la vaisselle. Je laisse quelques trucs traîner. Du désordre étudié ; ça fait plus viril. (J’en connais des pires que moi qui cachent leur vaisselle sale dans le four !) Je fais partir la machine à laver. C’est la partie du ménage que je préfère. Mesurer le savon, tourner le bouton d’un quart de tour et retourner m’asseoir dans le fauteuil avec un bon livre.

Le ménage terminé, je peux sortir. La nuit est tombée et je monte dans un autobus bondé. Sur la banquette, un garçon châtain lève des yeux inquiets vers une femme debout qui crie dans son téléphone. « C’est fini ! Tu comprends pas ? F-i-n-i… Pourquoi ?... Regarde comment t’es, c’est pour ça ! » Elle replie le portable et le range dans son sac en marmonnant. Il baisse les yeux. Il porte un foulard de laine ocre, un manteau en suède. Il tient dans ses mains des gants de cuir. Je le détaille du coin de l’œil, l’air de rien. Au-dessus de lui, un néon clignote. Lèvres, pommette, tempe. La naissance des cheveux sur sa nuque. Je sais qu’il a remarqué que je l’observe. Entre lui et moi, une foule de corps se balancent dans l’ombre. À l’arrêt suivant, je m’éjecte du véhicule. Je me retourne sur le trottoir, mais je ne le vois plus. L’autobus illuminé de l’intérieur s’éloigne en cahotant sur le boulevard. L’humidité rend le froid mordant et je remonte mon col.

Tant d’êtres humains et d’objets tournent autour de nous au rythme des jours et des nuits. Reliés par des champs de force gravitationnelle, gouvernés par des lois insaisissables. Dès que je sens une main qui frôle la mienne, la peur de perdre s’allume comme un témoin lumineux. L’éclair intermittent d’une sonde spatiale traverse le ciel. Les corps célestes s’éloignent les uns des autres. L’univers physique est en expansion.