08 janvier 2008

Life is a bitch

2008 a commencé en lion ! J’ai passé la veille du jour de l’an à draguer un hétérosexuel, puis à draguer des filles pour son compte. Il fallait bien que je m’occupe, j’étais tout seul. Pendant toute la période des fêtes, un couillon m’a fait poireauter en me jouant du violon, gros comme le bras. N’importe quel imbécile aurait vu clair dans son jeu. Mais je ne suis pas n’importe quel imbécile, bien entendu. Après m’avoir passé dessus, il est vite redevenu lui-même et est disparu dans la circulation.

Dans la nuit de dimanche à lundi, je n’ai pas dormi beaucoup. Mon voisin de palier est un ado. Il marche les jambes écartées pour ne pas que la taille de ses jeans tombe plus bas que ces genoux. Il a toujours sa tuque sur la tête, ou une casquette de travers. Il passe sa vie avec trois ou quatre de ces amis et ils communiquent à l’aide de borborygmes gutturaux. Ils compensent leur absence de vocabulaire par le volume de leurs voix. Ce soir-là, deux ou trois préadolescentes s’étaient jointes à eux. Pour les impressionner, ils faisaient encore plus de bruits qu’à l’accoutumée. J’ai l’impression de vivre tout près d’une bande de gorilles en rut. (NB : Mais je ne voudrais pas insulter les gorilles, qui sont des êtres doux et sensibles.) Au milieu de la nuit, des bouchons dans les oreilles et la tête sous les oreillers, je me suis mis à tousser. Une toux qui venait du ventre, comme un aboiement, apparue instantanément. Ce n’est vraiment pas le temps pour une bronchite ! Je ne peux pas être malade, je commence un contrat.

Le lendemain, il pleuvait des cordes. Première journée de travail, on m’a montré ce qui serait mon bureau. Un coqueron en travers d’une porte qui donne sur les escaliers de secours. Tous les fumeurs du bureau utilisent cette porte pour aller pomper leurs mégots dans la ruelle. J’ai un splendide Macintosh vintage, qui date des tout débuts de l’électronique. L’écran minuscule est tout de même en couleur. La souris doit avoir un mécanisme en bois, je dois travailler comme un forcené pour que le curseur se déplace. Le garçon auquel je succède était plein de bonne volonté, mais c’était un incompétent. Et je vais devoir me retaper tout le travail qu’il a fait au cours de la dernière année. Tout est à refaire. L’édifice où je travaille est occupé par les locaux d’un organisme de promotion du cyclisme. J’imaginais tous les hommes aux cuisses de fer que j’allais croiser dans l’escalier. Sauf qu’il n’y a que des femmes. Depuis le temps que je rêve de stabilité. J’étais tout con, tout content d’avoir décroché ce contrat de sept mois. À la fin de la journée, en marchant sous la bruine, dorée par les lampadaires, j’ai calculé qu’il me restait six mois, trois semaines, sans compter les quatre jours de cette semaine.

En arrivant chez moi, crevé, je trouve enfin un chèque que j’attendais dans la boîte aux lettres. Un tout petit montant avec un mot d’excuse pour le retard et la promesse que les autres factures seront traitées en urgence. Je sors dans le brouillard pour aller le déposer tout de suite. À la télé, Ma’am Météo, Jocelyn Blouin, rigolait : « Du tourisme à peu de frais, avec la brume qu’il y a sur Montréal, on se croirait à Londres ! » Je glisse l’enveloppe dans la fente du guichet et je tape mon code pour faire un retrait. Refusé : mes fonds sont gelés. Les caisses populaires Desjardins : les services bancaires les plus pourris qui soient.

Je me réchauffe un plat de restant dans le micro-onde. Avec les quelques dollars qui me restaient, je me suis acheté trois tablettes de chocolat que j’ai englouties en deux secondes. On appelle ça, manger ses émotions. En mastiquant, je sens une douleur dans la joue. Je vais dans la salle de bain et devant un miroir, je découvre une espèce de gros abcès. Il ne manquerait plus que ça, le couillon des fêtes m’aurait-il refilé quelque chose ? Peut être la syphilis grimpante ou la gonorrhée aviaire, je sais pas, moi, c’est quoi les symptômes de ces maladies-là ! Je me suis écrasé devant la télévision. Au diable le repassage que j’avais prévu de faire. Demain, j’ai un 5 à 7 avec les bailleurs de fonds qui financent mon projet. Ils me verront au naturel. Je n’ai plus d’énergie. Je me suis bidonné sur les péripéties de la série Tout sur moi, pendant quelques minutes, j’ai cru à ces personnages qui auraient une vie encore pire que la mienne. J’ai éclaté de rire tellement fort que la troupe de gorilles d’à côté s’est tue pendant un instant.

J’ai avalé des somnifères et du sirops contre la toux même si sur la bouteille c’était écrit d’éviter de faire des mélanges. Dans ma salle de bain, on entendait comme une cascade derrière l’armoire. La neige fond et je crois qu’il y a des infiltrations d’eau dans les murs. J’ai décidé de ne pas aller au lit tout de suite. Je suis assis devant le clavier en toussotant. Mon moniteur me fait penser à un écran de cinéma Imax, si brillant ! Ma souris réagit à la vitesse de la lumière. J’aime Windows XP et c’est fou comme mon 3 1/2 me paraît vaste et confortable, tout d’un coup. Se défouler, parfois, c’est ce qu’il y a de mieux.