27 octobre 2009
Pause
Quand j'étais petit, je passais mes étés près du lac. À cette époque, ma mère était « femme au foyer » comme l'étaient la plupart des mères du coin. Les enfants étaient laissés libres tout l'été. Libre de s'ennuyer, libre de s'inventer des jeux. Je me souviens que le temps passait lentement, au rythme du ciel boréal, du lac et des saisons. Les grandes vacances s'étalaient sur trois longs mois, de la fin des classes jusqu'à la rentrée, des mois où la nature était en effervescence.
Les temps ont bien changé. Que l'on ait ou non des enfants, plus personne ne peut se permettre de ne pas travailler. Les enfants eux-mêmes n'ont plus de temps libre entre le service de garde, le camp de jour, les cours de musique et les activités sportives. En vieillissant, les emplois d'été, les petits boulots, ont pris de plus en plus de place dans ma vie. Les contrats, les piges ont, petit à petit, grugé les dernières minutes de ma liberté. Bien sûr, il y a les deux petites semaines de vacances annuelles prévues par la loi (ou 4 % du temps travaillé), mais dans les emplois précaires ou de courtes durées, ce 4 % est donné en argent lors de la dernière paie. Ça ne fait que compenser pour la médiocrité des salaires. Ce qui fait que, pendant de longues années, je n'ai pris aucune vacance. Pas de temps. Et lorsque j'ai réussi à me dégager une semaine de liberté, il me fallait à tout prix la rentabiliser, mettre dedans tout ce qui m'avait trop manqué : loisirs, voyage, vie sociale, culture. La vie m'a donné l'impression d'être une course, un sprint qui s'étire et dont la ligne d'arrivée est sans cesse repoussée loin devant.
En course pourtant, j'ai appris que le repos est essentiel. C'est pendant le repos que l'on construit sa force, sa solidité, son endurance.
Récemment, j'ai goûté à un peu plus de sécurité et aux semaines de vacances et aux congés payés. Les piges ont occupé et occupe encore une bonne partie de ces congés. Puis j'ai décidé de faire une pause. Un ami m'a invité à passer la fin de semaine avec lui dans un chalet qu'il loue régulièrement dans les Laurentides. J'ai sauté sur l'occasion. Une bicoque assez jolie au sommet d'une colline planté d'épinettes et de hêtres. Les grandes fenêtres du rez-de-chaussée s'ouvraient sur un vallon et les premières hauteurs du massif du Mont tremblant étaient visibles de l'autre côté. Sur les flancs inclinés, le rose fauve des rameaux dénudés laissait entrevoir le tronc de quelques bouleaux. Le vert bleuté des conifères dominait le paysage. Leurs flèches sombres se balançaient majestueusement au dessus des cimes.

C’était une première pour moi, ne rien faire pendant deux jours. À l’abri du téléphone, sans journaux, ni internet. Au programme : lecture, sieste et marche en forêt. Le temps maussade était idéal pour la lecture. J’ai décidé de ne pas regarder l’heure de la fin de semaine. Et j’ai fait un jeûne d’actualité. (Je faisais des cauchemars où je rêvais de Louise Harel et de H1N1). Je me suis endormi la fenêtre ouverte sur le murmure du ruisseau. Je me suis gorgé les poumons d’odeur de terre mouillés, de feuilles mortes et de sapins.
Après une nuit, mon corps ronronnait d’aise, comme un matou près d’un feu de foyer. C’est évident. J’aurais besoin d’une semaine, d’un mois. Je rêve d’une sabbatique. Je vivrais ici facilement en ermite pendant des années. Juste à lire, à marcher et à gribouiller. Ma carapace fond et les plaques de stress tombent comme une peau de serpent. Je me demande comment j’ai pu respirer en portant tout ça. Je m’étire. Hors de la dictature de l’horloge, je constate que mes sens s’aiguisent et que mon esprit devient joueur.
On dit que les bonnes choses ont une fin. J’aimerais pouvoir en dire autant des mauvaises. Je recommence à compter les heures avec appréhension. Il n’en reste que quelques-unes avant le retour au travail, avant de replonger dans le tourbillon. C’est comme un adieu, un adieu à moi-même. Je vais travailler pour les élections municipales la fin de semaine prochaine. Ce ne sera pas difficile et ça fait 200 $ de plus dans mes poches. Et puis, je crois bien que je vais accepter de donner cet atelier au Jardin botanique. Je n’ai pas envie de travailler là-dessus, pas du tout. Mais j’ai du mal à dire non à Yvon et puis, on ne sait jamais, c’est une sécurité. Ça pourrait être utile si je perds mon boulot actuel. Je ne roule pas sur l’or. Je ne sais pas quand j’aurai deux jours consécutifs de congé.
Pourtant, je sais que c’est important. Je sais que le repos est vital. Je me dis que si je l’écris ici, ça m’obligera au moins à me relire, et peut-être à trouver des moyens pour créer dans ma vie des zones protégées pour la liberté. Pour le moment, je ne vois pas, je ne sais pas comment y arriver. Mais je sais que c’est ce que je veux.
20:18 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liberté, temps, travail, nature
03 octobre 2008
Voter utile VI
Le 5 octobre j'y serai.
Pour la protection de l'environnement :
Le gouvernement conservateur a renié les engagements du protocole de Kyoto pourtant ratifié par le Canada. Il subventionne l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta et ses politiques contribuent à augmenter… les gaz à effet de serre! Il ne fait rien en faveur du développement des énergies renouvelables et des programmes d’économie d’énergie.
Tous sauf les conservateur : Greenpeace Canada et le Sierra Club
Pour les droits des femmes :
Le budget de condition féminine Canada a été réduit de 43% et le Programme de promotion de la femme (PPF) ne financera plus la recherche ni la défense des droits des femmes. Et, très grave... le projet de loi C-484 (mis sur la glace …pendant la période électorale) accorde un statut juridique au foetus, ce qui ouvre la porte à une recriminalisation de l’avortement.
Non aux politiques conservatrices : Fédération des femmes du Québec
Pour la culture :
Le gouvernement a profité des vacances estivales pour effectuer en catimini des coupures dans une série de programmes de subvention à la culture. Pourtant ces programmes ont prouvé leur efficacité (les rapports de gestion de ces programmes ne font pas état de gaspillage) et leur capacité de faire rayonner les artistes ici et à l’étranger. Tout cela sous prétexte que les artistes seraient des enfants gâtés, alors que la plupart d’entre eux vivent avec moins de 25 000$ par année ou… parce que leurs créations choquent les esprits bigots !
Pour les droits humains et les libertés :
Le gouvernement conservateur refusede protéger les ressortissants canadiens à l’étranger contre la peine de mort. Il laisse Omar Khadr, un enfant-soldat, croupir à Guantanamo. Il se plie servilement aux orientations des États-Unis en matière de sécurité. Il renvoie vers la torture, maintient les certificats de sécurité et les procès inéquitables où la preuve demeure secrète, au nom de la sécurité nationale. Il veut intensifier la coopération policière avec les USA et le Mexique dans le cadre de l’ALÉNA. Il a aboli le programme de contestation judiciaire empêchant ainsi les minorités de faire valoir leurs droits. Il cherche à durcir les peines d’emprisonnement pour les jeunes contrevenants.
Dimanche, 5 octobre 2008
Rendez-vous à 12 h 30
Square Dorchester (métro Peel) Montréal
(angle rue Peel et boulevard René-Lévesque)
16:13 Publié dans Carnets de révolte | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : politique, québéc, canada, environnement, culture, liberté, paix
01 octobre 2008
Voter utile V
Unissons nos voix.
Via ni.vu.ni.connu
Par la simple inscription de votre code postal, un outil vous permet de savoir pour qui voter stratégiquement dans votre comté. Voter stratégique, c'est voter pour le candidat qui est le plus susceptible de contrer le candidat conservateur. Ceci diffère d'un comté à l'autre. Pour savoir à qui irait un vote stratégique dans votre comté, consultez: Voter pour l'environnement
Bien au-delà des simples (quoique primordiales) considérations environnementales, cet outil pourrait nous permettre de minimiser de façon considérable l'impact de l'ensemble des politiques conservatrices. Il s'agit d'une initiative citoyenne, non-partisane, regroupant des gens d'un peu partout au Canada. Diffusez-le massivement.
00:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, avenir, vote, liberté
24 septembre 2008
L'automne
Je me suis excusé. D’abord par courriel puis par téléphone : Mister Right ne voulait pas qu’on se voie. J’ai fait de mon mieux pour arranger les choses. J’ai reconnu mes erreurs. J’ai essayé en marchant sur des œufs de les expliquer, sans chercher à les justifier. Je l’ai écouté. Tout au long de notre conversation, il était plutôt froid et cassant. Il m’a dit qu’il me trouve négatif, pessimiste, et il s’est employé à me le démontrer en analysant chacune de mes répliques.
On avait fait le tour du sujet. Il m’a demandé :
― « Tu dois te demander quand est-ce que l’on se revoit. »
― « Euh non, en fait, je ne pensais pas à ça. J’étais encore à méditer sur ce que tu viens de me dire. »
― « Tu risques encore de mal interpréter ce que je vais te dire, mais on ne pourra pas se voir avant une dizaine de jours. Dans la semaine à venir, je n’ai pas un soir de libre. Et il n’y a rien d’autre à imaginer. Je n’ai juste pas de temps… »
― « ... »
Je n’interprète pas, mais c’est quand même un drôle de hasard. Ce long moment d’absence combiné avec sa froideur, ce n’est rien pour emmieuter les choses, à mon avis. Mais j’ai gardé mon avis pour moi en me disant que j’étais peut-être encore une fois en train de faire la preuve de mon négativisme. Depuis, j’ai gardé le contact par des courriels. Ses réponses sont brèves, sans marques d’affection. Il dit que c’était une parenthèse entre nous, que c’est clos et qu’il espère que ça ne se reproduise plus. Il dit qu’il veut que l’on se revoie, mais je sens tout le contraire.
Tout ça m’attriste. Je me suis remis en question. C’est vrai que j’ai exagéré. Je me suis laissé emporter par mon imagination. Je n’ai pas à inventer des liens entre mes blessures du passé et ce que je vis avec lui. J’ai déjà bousillé des relations en agissant ainsi. C’est vrai que je me complais dans les extrêmes, mais ce n’est pas que dans le négatif. Tous les défauts peuvent devenir des qualités. J’aurais aimé de sa part un peu plus de tact et un peu plus de compassion. J’aurais aimé aussi qu’il prenne au moins, une petite part de responsabilité. Si on s’est mal compris, je ne suis peut-être pas le seul en cause. Un malentendu, un conflit, c’est l’occasion de mieux se connaître, même si c’est difficile. Je paie très cher ces quelques mots de trop. La vague de tristesse est passée, m’a assommé un temps puis je me suis dit que c’était peut-être mieux ainsi. Si le temps n’arrange pas les choses, il fait au moins retomber la poussière. Et j’ai fait du mieux que j’ai pu pour réparer mes faux pas.
…
Un matin, j’ai ouvert les yeux et c’était l’automne. C’est ma saison préférée. J’aime la fraîcheur nouvelle, les nuits qui arrivent par surprise. Je vais profiter de ces heures libres inattendues pour reprendre le gym avec le grand. Il commence à faire froid pour courir dehors ; on va se faire une rentrée sportive. J’irai au cinéma avec A. et j’irai traîner au Starbucks avec Thomas. Et puis, il m’est arrivé une petite douceur, hier soir. Je donnais un atelier au Jardin botanique sur les ruelles vertes. Ça me stresse toujours un peu. Le cours s’est bien déroulé. À la fin de la soirée, je me suis fait draguer par un de mes étudiants dans la vingtaine. Il est resté après que tous les autres soient partis pour me demander en me vouvoyant quand je donnerais d’autres cours. Puis il s’est proposé pour m’aider à transporter mon matériel. Ce que j’ai décliné en le remerciant. S’il était resté une minute de plus, je crois que je me serais mis à bafouiller. J’ai descendu les escaliers, le sourire accroché aux oreilles. J’ai enfilé ma veste et je suis sorti. À l’extérieur, le soir était froid. En passant dans le noir, près du grondement des fontaines, j’ai remarqué un parfum de feu de bois qui flottait dans l’air. Décidément, j’aime beaucoup l’automne.
18:00 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, caractère, discorde, sentiments, liberté, automne
28 juin 2008
Le premier jour
Mes pas mitraillent le vieil escalier de bois qui menace de tomber. Puis frappe la grisaille du béton. Le trottoir se déroule à perte de vue sous la rangée des tilleuls pendant que les nuages jouent à cache-cache entre les cimes. L’air immobile est lourd d’humidité. Le temps est toujours incertain, mais je marche à grands pas. C’est mon premier jour de liberté.
Une fois de plus, les idées se bousculent derrière mon front. Il me faudrait des journées de 82 heures. Si j’essaie de réaliser tout ce qui me passe par la tête, je serai vite épuisé. Je dois apprendre à établir des priorités, choisir. On dit qu’il n’y a pas de liberté sans choix. Pas de choix, sans renoncement. Trop souvent dans ma vie, j’ai préféré fermer mes yeux et m’en remettre au hasard. Le hasard des rencontres, celui des évènements. Je laisse le volant à la vie ou au premier passant venu (en autant qu’il soit cute et puis qu’il fasse mine de s’intéresser à moi). Je préfère me faire conduire. Celui qui ne conduit pas n’est responsable de rien. Le hasard ne demande pas mieux, il s’insinue et m’amène là où il le veut bien.
Mes pas battent toujours le trottoir. Leur rythme se superpose au chant d’un merle, qui célèbre la pluie et le retour des vers, ainsi qu’au bourdonnement sourd de la ville. J’approche de l’intersection de la rue Sherbrooke où le boulevard plonge vers la basse ville. Le soleil allume le clocher du marché Maisonneuve qui apparaît à l’horizon. J’évite les lignes du trottoir. Hier, en dînant sous un arbre, j’ai reçu une fiente d’oiseau sur l’épaule. On dit que c’est un signe de chance. Mais je sais bien que compter sur la pensée magique ne mène à rien. Ce jour-ci, comme tous les autres, n’aura que 24 heures. Trouver un autre emploi, me lancer dans d’autres projets. Mieux vaut ouvrir les yeux, maintenant, renoncer à tout prendre pour choisir, choisir où je vais…
19:50 | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, vie, chance, choix, liberté, vieillir, marcher
19 mars 2008
Relais pour le Tibet
« Après des décennies de répression par la loi chinoise, la frustration du peuple tibétain a explosé dans les rues sous forme de protestations et d'émeutes. Avec les feux de la rampe braqués sur les Jeux Olympiques à venir en Chine, les tibétains réclament au monde un changement.
Le gouvernement chinois a dit que les protestataires qui ne se sont pas encore rendus "seront punis". Ses leaders sont en ce moment même en train de faire un choix crucial entre l'escalade de la brutalité ou le dialogue qui pourrait déterminer le futur du Tibet et de la Chine.
Nous pouvons influer sur ce choix historique. La Chine tient à sa réputation internationale. Il est nécessaire que le président chinois Hu Jintao entende que le succès du logo "made in China" et aussi les prochains Jeux Olympiques ne sera assuré que s'il fait le bon choix. Mais il faudra une énorme mobilisation internationale pour attirer son attention - et nous en avons besoin dans les 48 heures qui suivent-Le lauréat tibétain du Prix Nobel de la Paix et leader spirituel, le Dalai Lama, a appelé à la retenue et au dialogue: il a besoin d'un soutien international. Cliquez maintenant ci-dessous pour signer cette pétition -et faites passer le message à un maximum de personnes- notre but est d'obtenir 1 million de voix pour le Tibet... »
Signez la pétition maintenant
Pour en savoir plus :
Cyberpresse.ca
Libération.fr
18:00 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : tibet, chine, répression, protestation, droit, liberté, expression
03 janvier 2007
Délier
Lier : [Figuré] Unir (des personnes) par un lien affectif ou une communauté d’intérêts. Cette cohabitation forcée les a vite liées. • Maintenir avec un lien pour empêcher le mouvement, le déplacement. Lier un otage sur une chaise. Lier les pieds à qqn. º [Figuré] Assigner à (qqn) une obligation juridique ou morale. Lier par un contrat, une promesse solennelle. º [Figuré] Maintenir (qqn) dans une situation de dépendance envers. Lier son destin à la réussite d’une affaire. Lier sa vie à celle d’un homme.
Elles rôdent depuis un certain temps ces idées, mais je les garde à distance. Revenez lorsque vous serez bien mûres. Quand vous ploierez sous le poids de vos propres images, je ne peux pas écrire sans ça.
Pendant les premières heures de l’année, je marchais seul sur la rue Saint-Joseph. Le ciel était noir et sans étoiles. L’asphalte piqueté de sel et de gravillons noirs. Une bruine à peine perceptible rendait les trottoirs glacés et lustrait les bancs de neige. Sur la pente d’un parc, je voyais dévaler l’ombre d’une traîne sauvage. J’entendais les cris et les rires. En haut de la colline, au pied d’un lampadaire, cinq personnes en ombre chinoise. Le tintement des verres. On devrait toujours vivre les moments importants à l’extérieur avec les éléments, sous le soleil ou la lune, là où on se sent le plus près les uns des autres. Je me souviens d’un Nouvel An où j’avais trinqué, les pieds dans la neige mouillée du parc Lafontaine, pour souligner le passage à l’an 2000. On avait couru dans le parc avec nos verres de champagne pour être certain d’y être à minuit lorsque les feux d’artifice allaient transformer le mont Royal en volcan. Il y avait des gens partout, qui riait, tout le monde se saluait en souriant, c’était irréel.
Le matin du premier janvier, M a été le premier à me téléphoner. M n’a rien d’un enfant de chœur. Pourtant, on dirait parfois que la vérité sort de sa bouche. On parlait de mon anglo aux yeux bleus. Il me disait : « Laisse-le venir à toi, donne-lui de la corde. » On dirait des conseils de pêche ou de cerf-volant. « Il a peut-être peur de l’engagement. » Il a peur que les liens soient des chaînes. Il veut que les choses s’établissent au fil des jours. Il veut peut-être avoir la preuve qu’il vaut la peine qu’on l’attende. Laisser de la corde, voir les gens s’éloigner : je déteste ça, c’est instinctif. Mais je me dis que l’inconfort est un bon signe. C’est comme pour le passé, il faut le laisser aller si on veut que l’avenir existe. Ça s’appelle : lâcher prise, abandonner. C’est rudement difficile. Accepter le silence et le temps qui file. Ne pas bouger, ne pas serrer la main, ne rien retenir. L’immobilité est le plus ardu des mouvements.
J’avais écrit ici qu’il avait « Les yeux pleins de ciel ». À première vue, c’est romanesque. Mais le ciel c’est loin. C’est le vide. C’est l’espace toujours insaisissable toujours inaccessible, interdit aux mortels qui s’y égarent. Les yeux bleus c’est l’étranger, le danger, le surnaturel, le trop beau pour être honnête. Des yeux à la base, c’est brun. Brun sombre, dense, concret. Une teinte chaleureuse, connue et rassurante.
« Too fast, too soon », qu’il m’a dit. Je suis furieux. Moi qui voulais démarrer l’année en sa compagnie. Mais ce sentiment fond dès que sa voix vibre dans mon oreille. Auparavant, j’avais besoin de ma colère pour exister. Je revendiquais ma rage, je l’agitais devant moi comme un drapeau rouge : « regardez : je suis là. » Maintenant, je la regarde partir en lambeaux dans le vent, sans aucun regret. Peut-être que je deviens un adulte. N’est-ce pas ridicule que de se débattre pour attacher quelqu'un ? J’avance à contre-courant, guidé par un vol de lubies bleues, imbibées de testostérones. En suivant des traces de phéromones, je remonte à la source. J’enjambe les rochers à fleur d’eau, je fends les rapides noirs. Mes yeux fouillent le vert des frayères.
De très loin, j’entends la voix de la colère qui s’égosille sur la grève, quelque part en aval. Je laisse ma main glisser contre le limon sur les pierres. Mes pas mal assurés tâtent les fonds pour éviter les trous et le piège des arêtes coupantes. Le glacé de l’eau me coupe le sang et fait monter l’ivresse. Tout ce mouvement, ces reflets du ciel qui s’agitent autour de moi me donnent l’impression de voler à mon tour et je ris, nerveux. Je suis libre.
11:00 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, liens, liberté, peurs, séduction, nouvel an



