29 mars 2009

Le voisin V (note printanière)

Quand ça va vraiment mal, c’est que ça peut juste aller mieux. Vendredi, je suis rentré crevé, dégoûté par mon travail. Dans ma boîte aux lettres, il y avait un avis de courrier recommandé. Je me suis demandé quelle brique allait encore me tomber sur la tête. J’ai imaginé le pire. Puis je me suis dit une chose à la fois, j’irai chercher la lettre le lendemain, j’avais mon quota de noirceur pour la journée. Samedi matin, j’ai traîné au lit, j’ai rapaillé l’appartement sans me presser. Puis, j’ai vu le soleil à l’extérieur et je me suis dit : assez de procrastination ! À la tabagie Thibaud sur Masson (dont les propriétaires s’appellent Nguyen) m’attendait une enveloppe avec de l’écriture manuscrite. Mon stress a descendu d’un cran. J’ai même reconnu l’écriture : Antoine, mon propriétaire fantôme. C’était un avis d’augmentation de loyer. J’ouvre quand même l’enveloppe avec un peu d’appréhension. Dix dollars ! Je souris. Je suis vraiment un con de me faire du mauvais sang pour des trucs comme ça. Dix dollars d’augmentation par mois (je n’en ai pas eu depuis trois ans et mon logement est déjà une aubaine.)

J’ai fêté ça en achetant la grosse Presse du samedi et du chocolat et je suis ressorti sous le soleil. J’ai coupé par la ruelle, ma Presse sous le bras. Des enfants disputaient un match de hockey bottine dans la poussière. En débouchant sur ma rue, j’ai tourné la tête vers chez moi. Dans la porte à côté de la mienne, j’ai aperçu les deux longues jambes de mon voisin. Il était assis sur le pas de sa porte. J’ai eu le réflexe de m’engager dans la ruelle devant moi. J’irai lire dans le parc. Pas envie de le rencontrer. Je sais pas pourquoi ça m’intimide. Je trouve ça hyper gênant de rencontrer en vrai quelqu’un sur qui je sais autant de choses. Les murs sont en carton, je peux suivre les conversations. De temps à autres, le facteur se trompe de boîte aux lettres et met son courrier dans la mienne. Je connais son nom, la marque de ses bobettes. Le grand m’a détaillé ses préférences sexuelles. Je sais qu’il a un fils de 14 ans qui vient le voir la fin de semaine. J’ai appris que la bestiole que j’entendais courir d’un pas élastique est un chat et il s’appelle Ti-brin (!)

J’ai marché jusqu’au parc. J’ai traversé le terrain de balle molle. Le gazon jauni était spongieux. Je suis allé m’asseoir sur les bouts de gradins qui tiennent encore debout. Le parc est adossé au Jardin botanique. Ça sentait l’humus, les conifères et le caramel des feuilles mortes. Il n’y avait plus aucune trace d’hiver. La brise était tiède. Curieusement, le parc était presque vide d’êtres humains. Ma présence dérangeait un merle d’Amérique qui rouspétait, mais elle piquait la curiosité des mésanges qui voletaient d’un perchoir à l’autre autour de moi, dans la clôture de mailles rouillées et sur un vieil érable. J’ai fouillé mes poches en quête de miettes de quelque chose, mais je n’ai rien trouvé. Ça me fascine quand un oiseau sauvage vient se percher sur ma main pour goûter ce que je lui offre. Les mésanges du Jardin botanique le font assez facilement (comme celle du mont Saint-Hilaire). J’ai ouvert la grosse Presse du samedi. Il n’y avait que des bonnes nouvelles, la résurrection du Taz, Habitat 67 vient d'être classé monument historique, la soirée des Jutras qui, malgré quelques controverses, montre encore que le cinéma québécois est plein de vigueur. Je suis rentré. Le voisin n’était plus là. J’ai ouvert toutes mes fenêtres pour faire entrer le printemps.


N. B. Le changement de médicament, c’était le meilleur « move » que j’ai fait depuis longtemps. Physiquement, je suis en super forme, au point où j’ai l’impression d’être quelqu’un d’autre. C’est tellement génial de dormir la nuit, je me réveille « full » de bonne humeur. J’ai même fait une sieste, la première depuis... je ne sais plus quand.

17 mars 2008

Virage

« La dernière étape du deuil, c’est la vengeance. »




Je ne sais pas où Stéphane Bourguignon a pris cette phrase qu’il a mise dans la bouche de ses personnages de Tout sur moi, mais j’achète. J’en ai un peu assez d’encaisser les coups et d’en consigner ici les résonances. Depuis le début de ce blogue, je raconte mon quotidien ordinaire. Je me suis toujours donné la contrainte de l’honnêteté. Je retravaille l’histoire en jouant sur les mots, sur les rythmes. J’en fais une matière malléable à partir de laquelle je crée du neuf. Ça me donne une certaine distance, un certain pouvoir.

Lorsque je relis de vieux billets, je me sens parfois petit poucet. Je vois le chemin parcouru et ça me rassure. Je vais quelque part. Mais souvent l’effet est inverse et me laisse consterné. Le temps file à une vitesse folle et je tourne en rond pour revenir sans cesse au même point. Comme les personnages de Blair Witch Project. La forêt enchantée passe sans cesse de la grisaille au cauchemar. Je me fatigue moi-même avec mes comptes-rendus poético-mochetons. J’en étais rendu à envisager de fermer ce carnet ou à arrêter d’y écrire. Il doit prendre une autre direction. Décision qui me paraît périlleuse, mais nécessaire.

Je vais glisser vers la fiction, si j’en suis capable. Ça n’exclut pas l’honnêteté. J’ai lu quelque part que c’était le meilleur moyen de s’approcher de la vérité. « I prefer, where truth is important, to write fiction. » a écrit Virginia Woolf. Je vais tenter de m’inventer une vie au lieu d’être à la remorque des évènements. J’ai au moins le pouvoir sur mon existence virtuelle. Je ne projette pas de faire dans la guimauve et la dentelle, ce serait inintéressant. Les difficultés, c’est bien utile pour créer une tension dramatique et accrocher le lecteur.

Je n’ai pas l’imagination pour tout inventer à partir de zéro, mais j’ai envie de prendre une petite vengeance sur ma vie. Qui m’aime me suive ! Et puis, sait-on jamais ? Je ne suis pas un adepte de la théorie de l’attraction (Le secret et Cie), mais ce sera une expérience. Peut-être que ce que j’écris se réalisera. Souvent, j’ai provoqué des évènements dans ma vie pour pouvoir les raconter ici par la suite. Je les écrirai désormais pour les provoquer. Ce sera classé dans la catégorie Fiction : un lecteur averti en vaut deux. Et pour ceux qui aimerait prendre de mes nouvelles, il existe une formule toute simple qui se dit comme suit : « Comment ça va ? » Cette formule polyvalente s’utilise aussi bien par courriel, MSN ou par téléphone, et même dans un mode archaïque et démodé : en face à face, autour d’une bière ou d’un café. Il faudra maintenant ce mot de passe pour entrer dans ma vie. Je ferme les volets parce que j’ai vraiment envie d’un peu d’ombre.

Musique : Come here, Marble Sound
L’excellente série Tout sur moi :
Le mardi à 21h45 sur TV5 Monde
Ce soir à 21h30 à Radio-Canada
Le groupe de fans de Tout sur moi sur Fessebouc (qui a fait réviser la décision de Radio-Can de mettre à mort la série, ce qui n’est pas rien !)