15 août 2007
Minuit
La bouteille de somnifère dort depuis deux semaines sur la tablette. Je la regarde et je l’envie. Ces jours-ci, je profite de la sécurité relative de ma vie présente, pour mettre de l’ordre dans les objets qui encombrent mon univers, ranger. Mais le désordre, chez moi, sert à étouffer les peurs, à tout immobiliser, à me rassurer. Quand je fais le ménage, je sais que je libère des secrets et des images qui ne partiront pas avant de m’avoir persécuté un peu.
Chaque soir, je tombe dans mon lit épuisé après une journée bien remplie. Je m’endors immédiatement. Mais le sommeil est de courte durée. Le temps se contracte. Et je m’éveille en sursaut, le cœur qui s’affole. J’ai les yeux grands ouverts et l’obscurité me paraît tout à coup étouffante. Je cherche mon souffle. C’est l’idée de la mort qui vient me hanter. Une vieille peur toute ridée, qui n’a même plus de dents. Une peur d’enfant, dénuée de logique ou de mesure.
Toutes les horloges de l’appartement, du micro-onde au réveil matin, prennent des allures de bombe à retardement. La vie est comme une allumette que l’on allume et qui se consume toujours trop vite. On la regarde s’enflammer avec une espèce de panique en espérant ne pas se brûler les doigts. La mort est tout ce qu’il y a au bout. Même les héros, ceux qui décrocheront la lune, ne pourront y échapper. Mais certains ont le luxe de l’ignorer et de traverser leurs vies les yeux grands fermés. La chambre baigne dans la lueur jaune d’un lampadaire. Je ne pense pas toujours à la mort. Mais les coups que j’ai encaissés, ces dernières années, m’ont fait lever les yeux vers elle.
Je me souviens d’une citation d’Elizabeth Kübler-Ross qui ressemblait à peu près à ceci : « Que la mort soit une compagne qui vient vous rappeler doucement de ne pas remettre votre vie au lendemain et de goûter chaque instant » J’ai beau retourner la phrase dans tous les sens, au beau milieu de la nuit, c’est le mot « doucement » qui détonne. Il me semble que le passage de la vie à néant ne peut être que brutal et violent. Je cherche où se cache la douceur. Personne ne m’a convaincu qu’il y avait quelque chose de l’autre côté. Ça me paraît insensé. C’est comme une certitude : des fables, pour se rassurer, des prétextes, pour justifier ces bassesses ou ne pas vivre pleinement sa vie. Je me retourne sur le matelas, en cherchant la chaleur. Je pense à LP avec qui je me suis laissé aller à dormir collé. Désormais, ça me manquera, comme un vide de plus à traîner. J’espère qu’il y aura un jour, un autre compagnon avec qui la paix des jours n’aura d’égal que celle des nuits.
Dès que la lumière bleue du matin tombe près de la fenêtre, je saute du lit pour aller m’y blottir. Je m’étends sur le tapis de laine. Je me dis que les cauchemars liquidés pendant la nuit ne reviendront plus, plus jamais. Puis, je prend une grande respiration. j’ouvre toutes les fenêtres pour que monte jusqu’à moi, les rumeurs de la ville qui s’éveille.
20:16 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : minuit, nuit, insomnie, mort, peur, journal intime, quotidien
11 octobre 2006
Crépuscule
Quand le compte à rebours s’enclenche derrière mes paupières, je sais que les derniers instants de liberté s’écoulent trop rapidement. Je dois trouver le sommeil. Les chiffres lumineux tombent en cascade. J’ai besoin de dormir. Barrer la route aux questions qui attendent le flou du crépuscule pour m’assaillir et m’étourdir.
Bien sûr qu’il faudrait que je travaille moins. Combien de temps pourrais-je tenir ? Ce rythme, c’est pas humain. Est-ce que j’attends de craquer ? Pourquoi je m’accroche tellement au travail ? Puis la pensée bascule et les scénarios déferlent. Le loyer, les comptes, les dettes, les coupures de service, les remboursements de prêt et bourses, les intérêts, les lettres de menace dans la boîte aux lettres, les avis d’huissiers. Les imprévus éventuels me serrent déjà la gorge. Je cherche où couper. Comment presser encore plus le citron. Je sais bien, ce n’est pas à cette heure que je vais être éclairé par le génie. Je sursaute quand le plancher craque sous les pas du voisin. Les camions qui passent font vibrer la vitre du salon. Je jette un œil à la lueur sale du lampadaire. Il faut fermer les yeux, il faut partir vers l’intérieur...
Là où le bleu gris du fleuve se mêle aux lumières du ciel, entre le jour et la nuit. J’imagine le dos noir d’un rorqual qui vient rouler à la surface pour frôler la brume et goûter le vent. Il plonge ensuite vers l’immensité bleue. Ne reste qu’une ride qui glisse, s’affaiblit puis disparaît dans les mille fragments de la lune qui se lève.
Je l’imagine porté par les marées orageuses et les courants saturés de vie. Il traverse les espaces liquides ou l’écho des appels lyriques palpe les corps en suspension. Je sais qu’il s’élève, immobile, vers la lumière des glaces lorsque mon esprit s’abandonne et se laisse à regret sombrer dans la nuit. Parfois, quelques gouttes d’eau de mer vont alors se perdre sur ma taie d’oreiller.
Les baleines du Saint-Laurent
22:30 Publié dans Au sommet | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, insomnie, rorqual, mer, fleuve
19 août 2006
Risques (note ennuyeuse)
Je n’ai presque pas dormi des deux derniers jours. Plein de raison. Le stress du travail. (La haute saison se termine habituellement en juillet. Mais, si je me fie au téléphone qui ne dérougit pas, je ne vais pas pouvoir ralentir avant janvier) La canicule qui revient pour la xième fois : je sue à grosses gouttes juste à pianoter sur le clavier. Les médicaments et leurs corollaires de cauchemars hallucinants. Il y a ce gars de l’autre note qui a téléphoné 42 fois hier soir. Il a dit sur le répondeur : je sais que tu es là ; tu as changé ton blogue. Je me croirais dans un mauvais film américain. Je n’ai pourtant pas le charme formaté de Sharon Stone. J’ai barré la porte, au cas où.
La tension sexuelle. Eh oui, si la libido fait relâche régulièrement, complètement, le corps lui réclame et ça repousse le sommeil. Il faut bien que le corps exulte. Mais le cerveau ne suit pas. Je suis en état de dichotomie. (oh le grand mot!) Paraît, que c’est les antidépresseurs qui font ça ! Dr P m’a dit que je pouvais les arrêter quand je voulais. Ma vie s’est à peu près stabilisée. J’ai un emploi, un appartement, quelques amis. Il dit toujours oui Dr P, il est gentil. Et il est bel homme (oui, je sais, je me répète). Mais je préfère remettre à plus tard. J’ai peur de rechuter. J’ai peur, c’est tout.
Je passe les heures de nuits blanches devant l’écran dans le cercle des insomniaques, qui sont nombreux. Parfois, je navigue au hasard sur la Toile, pour tenter de dénicher la perle rare, le blogue qu’il faut voir absolument. Il m’est arrivé récemment de tomber sur des notes que j’aurais préféré ne pas lire. Il y a de grands pans de la réalité que j’aimerais ne pas connaître, que je voudrais oublier. On trouve de tout dans le monde virtuel, du plus lumineux au plus noir. Ça m’a déprimé. Dans les prochaines semaines, je passerai par la liste de liens de blogueurs connus. J’exige des références. Demeurer dans le côté clair de la blogosphère.
Statcounter m’indique que la proportion de Français et de Québécois qui lisent ce blogue est à peu près la même. Pourtant, pratiquement tous les commentaires viennent de l’Hexagone. On me dit que les Français ont de plus grandes gueules, qu’ils ont l’habitude de se mêler des affaires des autres, qu’ils ont une plus longue tradition bloguesque (oui je sais, ça n’existe pas, je m’en fous) Les commentaires de La belle province, je les reçois par courriel, dans des soirées ou parfois par téléphone.
Avis aux lecteurs
Vous lisez actuellement un journal (dans le sens de : journal intime). Sans prétentions littéraires. J’y exprime des états d’âme personnels forcément passagers et fluctuants. Vous en faites la lecture à vos risques et périls : au risque d’être blessé, dégoûté, ennuyé. Je ne m’adresse à personne en particulier, il n’y a pas de messages cryptés. C’est bourré de fautes d’orthographe. De tonnes de clichés et de lieux communs. De mensonges éhontés, d’extrapolations, de mises en scène. Elle l’avait écrit en rouge dans la marge, la correctrice (Sandrine qu’elle s’appelait, je crois) : phrases illisibles, orthographe déficiente, vocabulaire limité. Heureusement, comme l’écrit Martika, les notes s’envolent comme les paroles. Des écrits qui ne restent pas. L’essentiel est invisible pour les yeux. Des liens qui se créent, des instants de fulgurance, des émotions, parfois inappropriées, mais ancrés dans la chair. À vos risques et périls.
09:35 Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, gay et lesbienne, écriture, lecteurs, commentaires, insomnie



