08 juillet 2008
Infidèle
Après quelques tentatives, j’ai mis en branle un second blogue, exclusivement professionnel. Mes premiers essais s’étaient doucement éteints, faute de temps et de motivations. Celui-ci répond à un besoin. Il a déjà suscité de l’intérêt dans le milieu québécois de l’horticulture, ce qui me motivera à continuer. Sans faire aucune publicité, j’ai trouvé quelques discrets lecteurs au Jardin botanique de Montréal et à l’Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe, l’établissement où j’ai étudié l’horticulture. Le site va peut-être même y inspirer un nouveau cours sur le verdissement urbain.
C’est un endroit pour engranger des textes que j’aurais envie d’écrire et qu’on ne me commande pas. Mais surtout un espace où rassembler de façon pratique tous les liens que j’utilise quotidiennement pour mon travail. Et finalement, une page plutôt jolie (j’ai fini par apprendre à me débrouiller avec Wordpress !) d’introduction à l’horticulture pour les néophytes, les citadins ou les rêveurs.
Ruelle verte sur Wordpress.com
L'infidèle, paroles et musique de Claude Dubois, interprétée par Stéphanie Lapointe.
09:07 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : écriture, ville, horticulture, commande, lien, blogue, Informations
10 août 2007
Fin d'été
L’étang est parfaitement immobile. Seule une demoiselle patrouille incessamment au-dessus des champs de nymphéas. Pour oublier les soucis, je viens m’asseoir sur cette grande pierre qui s’avance dans l’eau calme. Avec une plume, du papier et un vieux livre.
Je porte le poids de la semaine et des nuits blanches à calculer, à espérer, à tempêter. Je n’ai pas osé l’écrire pour ne pas rompre le charme, mais en venant travailler ici, je réalisais un rêve. Les rêves sont-ils toujours fragiles et illusoires ? Un grèbe brun glisse sur l’eau noire et plonge sous la surface sans un bruit. Il réapparaît dans l’ombre des myriques qui se penchent au-dessus de la rive.

Il y a de fortes chances que le service où je viens tout juste d’être engagé soit fermé l’an prochain. Ce n’est pas une priorité pour les politiciens. Mes collègues ont beau vouloir que je reste. Toute l’équipe risque de se retrouver au chômage au retour de l'été. S pense à se lancer en affaire et vendre des plats cuisinés bios. M-J envisage de retourner à l’université. Paraît-il qu’en 2007, l’horticulture n’a pas d’avenir.
Dans quelques semaines, je me retrouverai encore une fois sans revenu. J’ai réussi à dénicher à droite et à gauche quelques minuscules contrats de rédaction. Par moment, j’en ai vraiment assez de l’incertitude, de ce trac perpétuel du lendemain, des économies de bout de chandelle.
« … L’orme des Hamel ! Je l’ai vu bien des fois et sous toutes les lumières. Je l’ai vu quand le printemps commençait à peine à tisser la gaze légère des jeunes feuilles, sans masquer encore la musculature puissante des grosses branches. Je l’ai vu aux petites heures, sensible à la prime caresse du soleil, accueillir avec un profond murmure la fine brise du matin. Mais c’est surtout le soir, quand nous redescendions vers Québec, qu’il était beau. Je manquais de mots alors, mais les images sont là, très nettes, dans ma mémoire… »
Une troupe de jeunes colverts s’ouvre un chenal entre les masses de nénuphars. Le premier m’aperçoit. Il se trémousse et distance les autres en laissant derrière lui un grand sillage en V. Il grimpe sur la pierre où je me suis installé. Les autres canetons sont empêtrés dans les feuilles flottantes. Il s’étire une aile en la poussant d’une patte puis il pointe le bec vers l’étang puis se laisse glisser vers l’eau noire. Toute la bande se disperse et disparaît dans la forêt des quenouilles.
Surplombant les verges d’or et les caboches vieux rose de l’eupatoire, l’architecture des épinettes blanches s’échelonne vers le ciel. L’air du soir est saturé de parfums de résine et de framboises mûres. Le chant d’une grive s’élève un instant au-dessus du grelot des grillons. Je rentre en marchant sur le sentier qui serpente sous les ormes. je jette un œil à cet arbre immense que la foudre a abattu en début de semaine. Cet orage spectaculaire m’a réveillé plusieurs fois dans la nuit. Il a laissé un ciel clair et une fraîcheur de l’air qui annonce déjà l’automne. Dans quelques jours débuteront les Perséides. J’en profiterai pour faire des vœux.
« … La lumière horizontale retouchait la forte tête et charpentait d’or bruni le baldaquin immense royalement dressé dans le ciel apâli. Puis, avec la retombée du soleil, les verts se fonçaient, des trous noirs se creusaient dans la masse lumineuse, et peu à peu, à mesure que l’ombre montait derrière, le charme s’éteignait doucement ! Vers l’heure où notre voiture passait au pas sur le pont Radeau, l’orme des Hamel se fondait dans la grande nuit ... »
Marie-Victorin (1885-1944) , Récits Laurentiens, Fides, 1919
23:00 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture, travail, argent, jardin, horticulture, nature
07 mars 2007
Une pensée
À près de -40 °C avec le facteur vent, les yeux se ferment et le rouge monte aux joues. Je mords dans le froid qui un jour pourrait bien disparaître. La neige embrasse chaque obstacle. Sous le soleil, le blanc sans compromis se moire d’ombre bleue. Avec fougue, les rafales jettent de la poudre aux yeux et jouent au Sahara. Même quand on peste contre le froid, son retour nous rassure sur la folie et la grandeur de la vie. Comme mon existence est sans histoires en ce moment, je vous parlerai de travail. Ce n'est pas une primeur, juste une pensée.
J’ai rédigé récemment quelques textes présentant des plantes ornementales nouvellement arrivées sur le marché québécois. J’ai un faible pour la pensée ‘Karma Deep Blue Blotch’. Cette variété de pensées de petite taille est particulièrement florifère. Elle a été évaluée, l’an dernier, au Jardin Daniel A. Séguin de Saint-Hyacinthe. D’un bleu vibrant et mystérieux, elles créent un couvre-sol lumineux qui se renouvelle tout au cours de l’été. Comme elles ne craignent ni les jours froids du printemps et de l’automne, ni les canicules de juillet, elles allongent au maximum la saison de jardinage. Les pensées se resèment souvent d’elles-mêmes, ajoutant ainsi une note de folie et de spontanéité au jardin.
Les fleurs de pensée sont comestibles si on prend soin d’éviter l’usage de pesticides ou d’engrais de synthèse. (Attention aux produits d’entretien du gazon.) Pour épater vos invités lors d’un barbecue, concoctez-leur une salade colorée avec mesclun, quartiers de mandarines et fleurs de pensée.

Pensée ‘Karma Deep Blue Blotch’
(Viola x wittrockiana ‘Karma Deep Blue Blotch’)
Dimensions : 20 cm en hauteur et en largeur
Floraison : bleu intense marqué de jaune, du mois d’avril à la fin d’octobre (au Québec)
Ensoleillement : soleil, mi-ombre et ombre légère
Sol idéal : riche et frais, mais bien drainé
Cette nouvelles variété fait partie du programme Les exceptionnelles 2007. 10 plantes annuelles seront mises en marché à grande échelle au printemps prochain. Ce partenariat entre différents intervenants de l’industrie horticole est une première au Québec. (Le milieu de l’horticulture d’ici est traditionnellement très conservateur, la compétition est forte et la collaboration entre les entreprises et les institutions est assez rare.) En Amérique du Nord, ce cultivar est produit à partir de semis par Goldsmith Seeds. Au Québec, il sera disponible, entre autres, dans les centres-jardins Botanix, Hortis et Passion Jardins. Les semences sont distribuées en Europe par Thompson & Morgan’s.
00:00 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, horticulture, hiver, pensée, fleurs, printemps
28 novembre 2006
J'écrirai
Pardonnez-moi à l’avance cette note bâclée, rédigée d’une main anxieuse, juste au bord du sommeil, agrippé à un oreiller, les yeux trop ouverts. Je suis incapable d’écrire des phrases courtes. La chute des secondes s’accélère. Même pas une dizaine de pages à livrer, une commande longuement procastinée. La date de tombée risque de ne pas se relever. Le deadline se fossilise déjà.
Si j’ai eu un peu de liberté ces derniers temps, je suis resté délibérément improductif. J’avais la fatigue rebelle, l’inertie tyrannique, un besoin viscéral d’être immobile. La montagne est toute petite. Quelques heures et j’en aurai fini. Mais je suis essoufflé juste à la regarder. Et je tremble. Je dois décrire une quarantaine de nouveautés horticoles qui seront sur le marché au printemps 2007 de manière à ce que tous les jardiniers amateurs de la province se battent pour les acheter lors de la première journée ensoleillée du mois de mai. Le charme incendiaire du nouveau bégonia, le romantisme champêtre de la dernière rudbeckie, la fleur parfaite, dégoulinante de bonheur, résistante aux bestioles, à l’acide chlorhydrique et aux tsunamis.
Je suis plus pauvre que je ne l’ai jamais été. Toute urgence s’évapore instantanément quand vient le moment pour les «clients» de payer. Le comptable, dont l’existence est douteuse, n’apparaîtrait qu’une fois tous les trente jours, mais personne ne peut me dire à quoi il ressemble. En attendant, je me gave de pâtes et de beurre d’arachide, séparément bien sûr. Je compte et recompte mes cennes noires. Cennes de luck, minable porte-bonheur.
Curieusement, le stress m’allume, fait miroiter les filons sur les parois du tunnel. J’ai envie de jouer avec le feu. J’ai envie de jouer. Un jour, j’écrirai.
19:45 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture, horticulture, stress, argent, tombée



