15 avril 2009

Le sexe des anges (deuxième partie)

La première partie de ce billet érotique se trouve ici. (+18 ans)

Il a poussé la porte et nous sommes entrés sans faire de bruit. c’était, m’avait-il dit, l’appartement d’un de ses amis, et il avait les clefs. Il n’y aurait personne. Il faisait sombre et on n’a pas allumé. Dans la cuisine fraîche, on s’est servi de grands verres d’eau. On a laissé les verres vides sur le comptoir où trônait déjà une pile d’assiettes et deux tasses. Il a mis de la musique et on s’est présenté.

Le temps perdu à bavarder avait été suffisant pour qu’une certaine gêne s’installe entre nous. La pensée, chassée par les ruées soudaines du désir, en a profité pour reprendre ses droits. Il portait un t-shirt Nike blanc et bleu marin. Ses yeux s’animaient sous un front large. Ses cheveux étaient bruns, courts et très denses. Un ange est passé dans la pièce. Il s’est étiré en s’avançant vers la baie vitrée du salon. Mon regard a grimpé comme une vigne de son triceps à son coude, puis sur la rondeur de son avant-bras. Il fallait me secouer pour faire éclater la mince couche de glace qui s’était formée pendant l’intermède. Une allumette a craqué dans mon crâne. Et la pensée a définitivement pris le bord.

Nos t-shirts ont volé vers le plafond. Et je l’ai poussé sur la causeuse au pied de la baie vitrée, un gros meuble blanc, couvert d’un tissu fleuri. Pendant qu’il se débattait pour retirer complètement son jean, je m’étais déjà emparé de son sexe avec ma bouche. Et je le sentais qui levait comme la pâte. Mes doigts glissaient vers le haut, entre ses cuisses pour aller se nicher entre ses fesses. Il a souri en fermant les yeux. Il a gémi. Cette vibration est venue à bout des derniers débris de raison qui m’entravaient encore. Je l’ai retourné et l’ai mordu près des reins, à la naissance des fesses. Ma bouche ouverte est remontée en suivant le courant de muscles qui longe la colonne en s’arrêtant de temps à autre pour mordre la chair. Arrivée près de la nuque, ma langue a couru sur sa peau. Mes deux mains ont glissé vers ses pectoraux qu’elles ont enveloppés, la pointe des mamelons se retrouvait coincée entre mes doigts. Sa respiration s’est accélérée. J’ai mordu le trapèze doucement, puis l’arrière de la nuque avec plus de rudesse. Il a crié, s’est débattu, s’est dégagé. J’ai ri pendant qu’il s’allongeait sur la causeuse.

Nos visages se retrouvent à l’envers, l’un au-dessus de l’autre. Nos langues s’appellent, s’enroulent. J’embrasse le rêche du menton, et sa gorge tendre. Je sens sa bouche qui descend sur mon cou, pendant que la mienne parcourt son torse jusqu’à son bas-ventre. Je respire son sexe au moment où le mien plonge dans la chaleur humide de sa bouche. Par la fenêtre ouverte, monte la rumeur de la ville, le cri d’une sirène qui s’éloigne. Sur une table, au bout de la causeuse, des lis reposent dans un vase rempli d’eau et répandent un parfum entêtant.

Je suis assis comme un roi, au centre de la causeuse, les bras étendus de chaque côté sur le dossier. Il est debout devant moi et il déchire l’emballage du préservatif. Je n’arrête plus de sourire et je me mords la lèvre. Il s’avance lentement vers moi. Nos regards sont soudés l’un à l’autre. Il baisse les yeux et se penche sur moi. Son odeur se mêle au parfum des lis et me fait tourner la tête. Je sens son anus qui résiste, qui se serre contre mon gland, puis qui flanche. Et je glisse en lui. Je sens les ressorts de ce vieux meuble qui me mordent les fesses et le dos, mais je les oublie rapidement en voyant son nombril qui fait des 8 devant mes yeux, ses deux cuisses lisses et massives qui entourent ma taille. Des cuisses de statues grecques. Je le jure. Mes doigts courent sur sa peau blanche comme des loups dans une bergerie. je dois avoir l’air un peu hébété, la bouche ouverte, comme un enfant devant un magicien. Lui a renversé la tête vers l’arrière et toujours sa voix grogne, gronde comme un orage qui approche.

J’ai descendu mes mains pour agripper ses reins et j’ai pris le contrôle du mouvement en donnant des coups de bassin. Je le sens autour de moi qui se contracte et s’abandonne. J’ai enlevé la main qu’il avait posée sur son sexe. Je me suis léché abondamment la paume avant d’empoigner son membre en tournant. Je me suis rempli les yeux du grain de sa peau, de ses collines et de ses vallons. Je me suis gorgé de ses cris. Puis j’ai fermé les paupières pour emprisonner les images et les savourer. Nos corps, maintenant, se cognent, s’écartent et s’accrochent. Nos mains avides s’agrippent, se perdent et s’emportent. Nos voix s’interrogent, se supplient, scandent le rythme. Le plaisir enfle et approche de la douleur. Je vois des étoiles. Il pousse un râle animal, un spasme secoue son grand corps et s’achève dans un léger frisson.

...

Une flaque laiteuse s’étire sur son ventre. Nos corps encore palpitants deviennent lourds. Nos respirations sont amples. Ses cheveux chatouillent le creux de mon épaule. L’air autour de nous brille comme un clair de lune qui rebondit sur l’eau. La Terre roule sur elle-même. Au même instant, des milliers d’enfants naissent, des gens meurent, les hommes font la guerre, les amants font l’amour, le soleil se lève et se couche, l’univers est en expansion.

Le bleu du soir colore l’appartement. Son cœur s’apaise contre ma paume. Il me dit : tu sais, je ne regrette rien. Je le regarde au fond des yeux. Moi non plus.


Ce billet a été écrit dans le cadre de la tague érotique que Nitram m’a donnée. (C’était tout un défi. J’ai vraiment eu du mal avec la concordance des temps.) Je la passe maintenant à qui en voudra bien. J’aimerais bien que Lovedreamer l’attrape (je suis certain que tu vas être inspiré.), Kab-Aod (tu effleures souvent le sujet, c’est l’occasion d’y plonger à corps perdu !) et Nicolas (oui, oui, une nouvelle érotique complète, avec un début, un milieu et une fin.).

12 avril 2009

Le sexe des anges

Pour le congé de Pâques, pour Nitram, qui m’a tagué, et pour Alex qui a lancé cette tague, voici ma première nouvelle érotique à vie. Le billet qui suit contient des scènes explicites qui pourraient choquer certains lecteurs. (+18 ans)

C’était une de ces fins d’été trop chaud où le smog envahit la ville. J’ai dévalé les escaliers et mes pas ont claqué sur le trottoir. La sueur mouillait mon dos. J’avais les cheveux sales et une barbe de trois jours. Je n’en pouvais plus de la curiosité gourmande et voyeuse de la colocataire et du bruit abrutissant de sa télévision. J’étais déprimé, exténué, en colère. Le soleil glissait doucement vers les toits. J’avais besoin de marcher, d’être seul et de voir défiler les façades. La ville m’offrait son anonymat comme un refuge. Les passants n’étaient que des figurants. L’usine Molson crachait sur les quartiers pauvres ses vapeurs de houblon.

J’avançais sans rien voir, le regard tourné vers l’intérieur. Mes yeux abandonnés vagabondaient d’un escalier de fer forgé à une corniche, d’un graffiti à la cime tordu d’un arbre. Au hasard de leur dérive, ils sont tombés sur un homme, qui marchait vers moi sur le trottoir. Un grand brun aux yeux clairs. Happés par sa beauté, ils ont détaillé sa grandeur saine et son visage d’enfant calme. Au moment où nos regards se sont croisés, je me suis rendu compte de ce que je faisais. Je me suis secoué pour regarder ailleurs. J’ai fixé les lignes du trottoir pendant que je le dépassais, en tentant de chasser un trouble naissant. Mais le plaisir du choc initial avait été trop grand. Et une envie irrépressible m’a fait me retourner pour l’admirer de dos, encore une seconde. Il s’est retourné au même moment et nos regards se sont croisés. Effervescence dans ma poitrine. Un roulement de tambour s’est déclenché dans mon crâne. Regarder n’importe où, de l’autre côté de la rue, par terre. Et avancer comme si de rien n’était... Mais les roulements de tambour s’amplifiaient et je devais me concentrer pour me souvenir comment marcher. En tournant le coin, je lui ai jeté un œil, le plus discrètement possible. Il s’était arrêté, s’était retourné et il marchait maintenant dans ma direction.

Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que je fais ? Il me suivait. Non, mais ma vie était vraiment une catastrophe. Le jour où j’étais complètement décâlissé, je tombais sur le gars de mes rêves. Impossible de l’entraîner jusque chez moi, avec la colocataire. Qu’est-ce que je fais ? Juste avant le coin d’Ontario, l’entrée d’une ruelle, un mur de brique, inondé par le soleil de fin de journée. M’arrêter. J’avais le souffle court. M’appuyer le dos au mur comme si de rien n’était. Comme si ce n’était pas ridicule de s’arrêter contre un vieux mur à l’entrée d’une ruelle pour prendre du soleil. Mais mon cerveau s’était liquéfié, la chaleur et les hormones, sans doute.

Je l’ai vu quitter le trottoir, s’avancer lentement vers moi. Il a dit « salut ». J’ai répondu « salut ». Il est entré dans ma bulle. Ma main a remonté sur son flanc, il m’a plaqué contre le mur. On s’est embrassé. Sa peau qui avait d’abord la fraîcheur de la brise s’est réchauffée. Une chaleur dont j’étais assoiffé. Mon nez a glissé sur sa gorge pour apprendre chacune de ses odeurs. Tout avait disparu : l’été, la rue, la ville.

Un crissement dans le gravier nous a fait nous immobiliser. Quelqu’un s’approchait en marchant. Ma joue sur sa joue, nos deux corps fermés sur la chaleur entre nous, nos yeux tournés vers l’intrus. De longues secondes où le temps s’est arrêté. Que le battement de son cœur contre ma poitrine et son odeur qui me montait à la tête. L’individu qui nous observait a ralenti. « Il va partir, tu penses ? » sa voix vibrait contre mon ventre. Je ne pouvais pas répondre, l’air autour de nous s’emplissait d’électricité et des étincelles jaillissaient à chacun de nos mouvements. Les pas de l’homme qui s’éloignaient se sont mués en compte à rebours. Dans un élan épique, nos corps se sont entrechoqués, secoués par le désir. Oublié l’homme enfant perdu dans la ville grise, j’étais Christophe Colomb qui découvrait le Nouveau Monde, une terre sauvage où la sensualité des volcans côtoient le parfum des orchidées. Mes mains voyageaient sous ses vêtements. Il a enlevé son t-shirt. Mes doigts ont suivi les courbes de son dos pendant que mes lèvres se lançaient à leur poursuite, goûtant la moiteur de sa pomme d’Adam, zigzaguant entre ses mamelons. Comme deux enfants complices déballant les cadeaux bien avant Noël, nous avons défait nos ceintures. J’ai fermé les yeux, il mordait mon ventre, le creux de mes hanches, ses mains brûlantes posées sur mes reins. Ma tête s’est appuyée sur la brique. Il a éloigné son visage pour me regarder, dans ce qui lui restait de vêtement. Il m’a tendu la main puis m’a tiré vers lui. En roulant contre le mur, par à coups comme dans une valse, nous nous sommes retrouvés dans une petite cour, entourée d’une clôture de bois. Une galerie, quelques géraniums en pots. Les fenêtres noires, le silence. Nos respirations amples emplissaient la cour abandonnée. J’ai senti la rampe de la galerie s’appuyer sur mon dos. Il s’est agenouillé. Ses lèvres se sont fermées sur mon sexe érigé. J’ai retenu ma respiration. Tout son corps bougeait comme la mer. Et sa tête roulait comme un baril sur les vagues. La marée irisée montait en moi jusqu’au bout de mes doigts qui fouillaient le creux de ses épaules.

Quand ses lèvres se sont élevées vers les miennes comme une question, la réponse était oui. Et je l’ai rassuré en mordant dans l’arrondi de son épaule. Dans la chair plus tendre, sous son aisselle. Mes dents que je tentais tant bien que mal de contrôler se sont agrippées à la pointe de son sein droit. Il s’est cambré en gémissant, s’offrant ainsi encore plus. J’ai léché soigneusement son ventre d’or au goût de sel. Ma langue a exploré chaque recoin accessible de son entrejambe. Son sexe parfait, rose tendre, me chauffait la tempe. J’ai mouillé mes lèvres et je l’ai enveloppé. Je les ai glissé jusqu'à son pubis, sentant son gland pousser contre ma joue, mon palais, ma gorge, ma langue voyageant de la douceur lisse du gland au velouté de la verge en passant assidûment sur l’ourlet brûlant. Nous étions entourés de balcons, de fenêtres, mais tout était immobile. Dans ce potager, tomates, aubergines et tournesol, gorgés de soleil, ne s’épanouissaient que pour nous

Il a souri pour la première fois. Puis, en me prenant la main, il m’a dit « viens ». Il m’a entraîné vers la rue. Je me suis dit qu’il se trompait. Il devait y avoir erreur sur la personne. Pourquoi moi ? En replaçant nos vêtements, nous sommes sortis de la ruelle. Le bleu et le rose se mêlaient dans un ciel psychédélique. Au dessus de nos têtes, les branches de féviers tremblaient dans l’or du soleil. Je me suis dit « J’en ai la preuve, les anges existent. »

(À suivre...)

23 février 2009

La théorie du beau gars

C’était le vendredi soir et j’étais démoli. La semaine d’avant, dans un party de Saint-Valentin, je m’étais éclaté. J’ai englouti des shooters de Sambuca, de Black Russian. J’ai dansé sur des cubes et j’ai ri pour rien. Pour faire une histoire courte : à la fin de la nuit, vaguement ivre, je suis tombé dans les bras d’un grand barbu aux yeux gris, un professeur de mathématique sexy. Pendant la semaine, on est allé voir Slumdog Millionnaire. On a tripé sur le film. On a fini la soirée par une discussion enflammée sur l’infini de l’univers, le sens de la vie et le paradigme de la science actuelle, devant de gigantesques assiettes de burritos. Sur le chemin du retour, il m’a proposé de l’accompagner pour faire du ski, puisque je n’en ai jamais fait. Selon lui, j’adorerais ça. On s’est embrassé passionnément et je suis rentré chez moi.

Dans les jours qui ont suivi, je me suis mis à douter. Il ne rappelait pas. Mon courriel est resté sans réponse. Plus la semaine avançait, plus je voyais tout en noir. Dans un restaurant chinois, j’ai brisé un biscuit de fortune en espérant qu’il allait me dire ce que je devais faire. « Votre personnalité est d’un magnétisme inhabituel », affirmait le biscuit trop sucré. J’étais bien avancé ! À mon retour, un téléphone de sa part. Un malaise dans sa voix, que j’avais déjà décelé. Il fallait qu’il me parle. On ne pouvait pas sortir ensemble. Il ne le sentait pas. Ce genre de truc, ça ne se contrôle pas, etc. Comme le grand m’a lancé : se faire flusher en 6 jours, ça bat tous les records.

Ce n’était pas une peine d’amour, bien sûr. Peut-être un minuscule deuil d’une histoire éventuellement possible ? Non, en fait, c’était l’orgueil qui était blessé. Et pas juste un petit peu. La quarantaine qui s’en vient, me rentre dedans avec ses angoisses, je le sens bien. Je me suis forcé à aller soulever de la fonte au gym. Suer, c’est le meilleur remède contre la déprime. Le grand m’a accompagné. Il a bien essayé de me dérider, mais sans succès. Ses blagues, je commence à les connaître par cœur. Quand je coule comme ça, il n’y a pas trente-six solutions : voir du soleil, même s’il se fait rare en février, me dépenser physiquement, et échanger avec d’autres êtres humains, le plus possible.

Un soir, je me retrouve sur un site de rencontre, sans trop savoir ce que j’y fais. Je monte un profil en deux temps, trois mouvements. J’utilise les photos faites par Guy-Paul (celle de la bannière, entre autres). Deux ou trois mots simples et accrocheurs, juste assez révélateurs, juste assez mystérieux. Et je débusque les beaux gars. Ceux qui sont inaccessibles tellement ils sont éblouissants. Je cherche celui qui a l’air de sortir d’une pub de chez America. Regard droit et étincelant, lèvres pulpeuses, corps de dieu grec. Une beauté parfaite tout en étant dégoulinant de virilité. J’élimine ceux qui manquent d’originalité ou de profondeur. Je cherche celui dont tout le monde rêve, les femmes comme les gais : l’idéal masculin.

Et puis je me lance. J’en aborde quelques-uns, sans trop réfléchir. J’ai ma petite théorie sur les beaux gars. Ça vaut ce que ça vaut. Le beau gars est un être qui se sent seul, comme tout le monde, en fait. Peut-être même un peu plus. Il n’a qu’une envie que l’on s’intéresse plus à lui qu’à sa beauté. Il rêve que quelqu’un se donne la peine de lire entre ses lignes. Il veut qu’on l’interroge, qu’on l’analyse, qu’on le remette en question. Il déteste qu’on lui donne le Bon Dieu sans confession.

C’est comme un saumon qui file entre les courants clairs, qui saute entre les rapides. Il faut lui faire miroiter ce qu’il recherche : un intérêt sincère. C’est pas très difficile, mais personne ne s’en donne la peine, habituellement. Dès qu’il mord : lui laisser de la corde, lui montrer qu’il n’est pas peut-être pas si intéressant que ça. Ensuite, au dernier moment, on rembobine le moulinet. C’est un jeu où l’on offre et l’on reprend, jusqu’à ce que le poisson soit pris dans le filet.

Je passe quelques soirées sur le site à laisser traîner ma ligne. Quelques jours plus tard, je suis copain-copain avec Éric, Marc et Mathieu, tout droit sortis d’une pub de Calvin Klein. Le beau gars idéal, Zach, mange dans ma main. À 26 ans, il termine une maîtrise en linguistique, il se passionne pour le violoncelle et il est beau à vous faire mal aux yeux. Brun longiligne aux yeux verts, finement musclé, sourire moqueur. Il me demande à brûle-pourpoint s’il a des chances avec moi. Je ne m’attendais pas à une victoire aussi facile. « Des chances ? » que je lui dis, « t’as pas besoin de chance. T’es magnifique, brillant, talentueux. T’as le monde à tes pieds ! » — « Le monde ne m’intéresse pas », qu’il réplique aussitôt. Malaise. Pendant un instant, je ne sais plus quoi dire. Je reste empêtré dans mes phrases...

Mon scénario pique du nez. Je réalise que j’ai gagné mon pari. Mais je ne sais que faire avec le prix. J’ai démontré ma théorie. La belle affaire ! En vérité, il ne m’intéresse pas vraiment. Rien ne m’intéresse en ce moment. Je voulais seulement me prouver que je pouvais encore plaire à quelqu’un d’intéressant. J’ai agi comme un hypocrite, un sale type comme je les déteste. La culpabilité m’envahit, j’évite de la laisser transparaître. J’essaie de m’esquiver par l’humour : « qu'est-ce que tu ferais avec un vieux comme moi ? » Mais ça ne fonctionne pas. Il dit que je suis pas si vieux, et puis que l’âge, il s’en fout, ce n’est pas important. Je ne trouve rien d’intelligent à répliquer.

Je raconte que je travaille tôt le lendemain et que je dois regagner mon lit. Je ferme le site, vaguement honteux. Juste le sentiment que j’ai été stupide. Je me plonge sous une douche brûlante et je laisse longtemps l’eau ruisseler sur mes épaules. Je ne suis pas si différent du beau gars, finalement. Dans ma cuisine, il y a un grand miroir, je me regarde, en sortant de la douche. Le nouveau programme d’entraînement fait effet, le grand me l’avait dit. Les rondeurs apparaissent, là où il faut. À quoi ça sert ? Pourquoi, je fais tout ça ? Qu’est-ce que je veux, qu’est-ce que je cherche ? Je sais plus.

14 février 2009

Never Gonna Give You Up

Je venais de terminer un billet larmoyant sur mes difficultés au travail. Je ne pouvais pas vraiment le publier. J’avais fait le tour des sites de recherche d’emploi. Je griffonnais sur un bout de papier ce qui pourrait devenir le design d’un blogue qui remplacerait celui-ci. Parce que j’ai parlé d’Amours, vertiges à tellement de monde que je ne peux plus rien écrire ici.

Et j’ai vu la lumière du téléphone clignoter, il y avait un message sur ma boîte vocale. Une dénommée Anne-Marie d’une grosse grosse grosse maison de production. Elle est tombée sur mon blogue horticole en faisant de la recherche. Ils sont en train de développer le concept d’une nouvelle émission de télé sur l’aménagement paysager, pour Canal Vie. Ils trouvent mon travail intéressant. Et ils veulent me rencontrer.

Je me suis mis à sauter et à crier. Oui, ça arrive. Parfois, je suis débile. J’ai jonglé avec des oranges. J’ai même essayé de marcher sur les mains. Mais je me suis écrasé sur le plancher et je me suis foulé un orteil.

Étendu sur mon lit, avec le téléphone :

Le cow-boy : Et puis toi, comment tu vas ?
Moi : Je cours comme un fou, il faudrait que les journées aient 36 heures...
Le cow-boy : ça, c’est un thème récurrent dans ta vie !

Hier soir, c’était le party de Saint-Valentin de la boîte où je travaille. Ça se passait dans un bar du village. Ma job c’était d’être cute, de sourire et de faire du PR. La musique était épouvantablement mauvaise. Il a fallu que je boive une quantité épouvantable d’alcool pour avoir l’air de vraiment m’amuser. Ça me dérangeait pas de faire du zèle. Mes collègues me trouvent drôle quand je suis ivre. Alors, ils se sont mis à me payer toute sorte de shooters. J’ai dansé sur une colonne de son et j’ai failli planter. Au moins, je n’ai pas enlevé mon t-shirt.

Un des directeurs, celui qui est cute, était au moins aussi saoul que moi. Pour un shooter, il a dansé sur la colonne d’en face. Plus tard dans la soirée, il m’a dit dans l’oreille : tu sais que j’ai vraiment plein d’admiration pour toi. Je sais pas comment un gars peut te résister... Surprise et boost soudain d’ego. Mes neurones baignant dans des vapeurs éthyliques, je n’ai pas su quoi dire, alors je me suis sauvé, rouge comme mon t-shirt. En me répétant : supérieur hiérarchique, en couple, chum plus gros que moi, code d'éthique, oublie ça. Et je suis retourné faire semblant de m’amuser sur la piste de danse. Rick Astley chantait Never Gonna Give You Up. Le directeur cute est venu me rejoindre et s’est mis à danser le continental. Il m’a dit : suis-moi, on va rire du DJ. J’ai essayé de suivre ses pas. Sans succès, c’est trop compliqué pour moi, le continental. Les petits blonds, le continental et l’alcool : mauvais mélange.

La soirée avançait. S, un de mes collègues s’est mordu les lèvres en voyant passer un gars assez grand, crâne rasé, petite barbe. Serviable, j’ai dit : Check-moi ben aller, j’vas te le présenter. Toute la soirée, j’avais fait ça, des présentations. J’ai traversé le bar d’un pas chancelant en marchant derrière le gars en question. Il s’est arrêté au bout du comptoir. Il avait une bouteille de Perrier dans la main. Je ne me souvenais plus où je m’en allais. Il m’a souri avec comme un hameçon dans le regard. J’ai souri. Je ne me souviens plus de la suite, sauf qu’on a trouvé une vielle banquette dans un coin sombre du bar et qu’on a fait du necking jusqu’à ce que mes lèvres soient en feu, il avait la barbe dure, et que je m’assomme sur l’accoudoir. Je me suis excusé 35 fois d’avoir trop bu. Il m’a donné un lift jusqu’à chez moi. Aujourd’hui, j’ai un épouvantable mal de bloc. J’ai trouvé son numéro de téléphone sur une page de mon agenda. Une écriture très droite.

Étendu sur mon lit, avec le téléphone :

Moi : Il a les yeux gris et il enseigne les mathématiques.
Le grand : Tu trouves pas que tu devrais prendre un break ?
Moi : C’est quoi ça un break ?

17 janvier 2009

Panse-coeur

Il m’a rappelé dans la soirée. Pour m'expliquer qu’il se sent mal à l’aise. Son ex lui a téléphoné. Pendant les premières secondes, il ne l’a pas reconnu. Demain, l’ex ira lui remettre du courrier à son travail. Il a coupé court à la conversation. Et il en est content. Yes, qu’il s’est dit à lui-même, c’est ce qu’il fallait faire. Mais la rencontre à venir le tiraille. Il a peur. Tu vas pas retourner avec cet imbécile ? a lancé sa mère qu’il a tout de suite appelée. Ça l’a fait sourire. Et il m’explique qu’il y a toujours une rivalité entre lui et son ex. Et il me raconte tout ça à moi. Pourquoi moi ?

Et toi, tu penses quoi de moi ? qu’il me demande. C’est agaçant cette manie qu’il a de ne parler sérieusement qu’au téléphone. Je n’aime pas le téléphone. La voix, c’est bien trop ténu. Mes mots maladroits tentent de toucher la cible sans trop faire de dommages collatéraux. Moi, j’essaie de vivre au présent. Je ne suis pas certain que l’on aura un avenir. Pour le moment, c’est bien, un jour à la fois. Tu me plais. Je vois bien que tu es blessé, malheureux même. Je pense que tu as besoin de moi. — Et toi de moi ? — Moi de toi, peut-être. Je ne sais pas. Peut-être, oui. On vit sur des planètes différentes...

Demain, je braverai les grands froids pour aller le rejoindre, en passant à la SAQ chercher une bouteille de rouge. Une autre soirée fondue chinoise, un DVD. Ne pas oublier la sauce Worcestershire. De la générosité, j’en ai plus qu’il n’en faut. Donner, c’est tout ce que je sais faire. Il faut croire que je suis riche et que j’ai des ressources insoupçonnées. Je ne sais pas où je prends tout ça. Ça me chatouille l’ego. Mais au bout du compte, ça me laisse un petit creux, quelque part. Je me sens plus seul que lorsque j’étais seul. C’est peut-être aussi la fatigue accumulée qui m’embrouille le cœur. Un jour, je partirai en vacances. Et je m’abandonnerai au soleil. Les minutes se succèdent sur l’écran du réveil, pendant qu’il me raconte au téléphone ses impasses du moment.

07 janvier 2009

La sérénité

Le lendemain, il m’a téléphoné à deux heures du matin. Visiblement, ça n’allait pas. Je lui avais dit qu’il pouvait m’appeler quand il le voulait, s’il avait envie de parler. Il tenait à me dire qu’il se sentait bien avec moi, qu’il voulait me connaître, qu’il fallait que l’on se revoie et qu’il avait peur. Il parlait beaucoup, avec un rythme qui ralentissait par moments. Quelques incohérences. Je lui ai demandé : « T’as bu combien de bière ? » « Je l’sais pas... » Le lendemain, j’étais au mariage de GP. Il a laissé deux messages sur mon répondeur, interminables parce qu’il répétait quatre fois la même chose, la diction empâtée. J’ai presque regretté de lui avoir acheté une bouteille de porto comme cadeau du Nouvel An. D’expérience, j’ai peur de l’alcool et de ceux qui sont sous son joug.

Quand j’étais petit, j’avais une tante et un oncle alcooliques. J’ai appris très tôt que sous l’emprise de l’alcool, les adultes n’ont plus de paroles. Ils mentent sans vergogne. Ils deviennent rapidement hargneux ou violents. Les vapeurs éthyliques leur voilent la vue et les mènent à l’égocentrisme. J’aime le bon vin en mangeant. Il m’arrive souvent de trop boire quand je sors avec des amis. L’alcool est un lubrifiant social auquel j’ai recours à l’occasion, pour rire et dépasser quelques barrières. J’avoue que lorsque je dois voir mes parents, je fais passer ces mauvais moments en enfilant quelques verres de Pineau des Charentes. J’ai toujours cinq ou six bières dans le frigo au cas où des visiteurs débarqueraient chez moi à l’improviste. J’ai même une réserve de bouteilles : rhum cubain, vodka, Baileys. Mais elles prennent la poussière dans le haut d’une armoire. Je ne les ouvre à peu près jamais. Je ne bois pas seul, je n’y trouve pas d’intérêt. Avec d’autres, j’aime qu’il y ait de l’acuité dans les discussions. J’aime être éveillé le matin, et profiter de ces heures où l’esprit est clair. J’aime la lumière neuve et l’odeur du café. J’aime avoir la fierté de déjouer mes inhibitions sans trop de béquilles. Je sais qu’il a un point où la liberté prend fin, et où commence la dépendance.

Des dépendances, j’en ai tout plein. Je les aurais toutes si je me laissais aller. Le blogue que vous avez devant les yeux est le résultat de l’une d’elle. Comme je n’arrive pas à me débarrasser de l’ensemble de mes dépendances, j’ai choisi celles qui me causent le moins de tort. Les heures perdues sur le Web sont inoffensives. Celles que je passe au gym sont même bénéfiques pour ma santé. Tout ce temps où je m’enferme dans ma bulle, le nez dans les livres, me fait grandir et me permet de mieux comprendre les autres et le sens qu’ils ont su donner à leurs vies.

Pour le moment (J’essaie de ne plus être présomptueux) pour le moment donc, j’ai l’impression qu’il a besoin de moi. Ce ne serait même pas une esquisse d’histoire d’amour, simplement une histoire d’entraide, un échange, en quelque sorte. Je n’en reviens pas que j’écrive ces mots sans que les cheveux me dressent sur la tête. Le romantisme et la quête d’absolu auraient-ils pris le bord ? J’ai fait un marathon de courriel où j’ai écrit, entre autres, à plusieurs hommes qui ont joué un rôle dans ces carnets. « Sérénité » c’est le mot que Mister Right a employé dans son courriel de bonne année. « J'ai souvent pensé à toi et espéré la sérénité de ce que je viens de lire. » C’est bien la première fois que l’on m’accole ce mot. Désormais, je n’ai plus d’attentes. Ça y est ! Je dois être vieux.

03 janvier 2009

Le courage

« La peur est ce qui gronde dans le courage »
Alain, Les idées et les âges


Quelques heures avant les douze coups de minuit, on s’est parlé au téléphone. Il allait rejoindre des amis pour ensuite aller danser dans une boîte, tout près du Ciel. J’allais retrouver la famille pour déguster blanquette de Limoux et crémant de Bourgogne en flottant entre les bulles d’un spa et le ciel étoilé. Aussitôt prononcés, j’ai regretté ces mots : « Sois sage. » De quoi, je me mêle ? Je voulais exprimer une insécurité, un intérêt. C’était raté. J’ai ajouté « prends soin de toi » pour tenter de me rattraper. Mais le mal était fait. J’ai pensé à lui pendant la soirée. J’aurais même aimé me retrouver à ses côtés.

Le bout crade de l’histoire. Le premier soir de l’année, on s’est revu chez lui. Ivre l’un de l’autre, on n’a pu attendre après le repas et on s’est retrouvé sur son canapé. Du sperme sur ses lèvres. Un malaise de ma part, qu’il a remarqué. Il a posé une question directe. Je voulais bien remettre l’annonce à plus tard, le temps de se connaître mieux, mais mentir, ça non ! La vérité est tombée comme une tonne de brique. Avec en prime, le trouble d’un risque potentiel. Le lendemain, je n’ai pas réussi à parler à mon médecin pour avoir son avis. J’ai fouillé le Web en quête d’une réponse. Une chance sur 10 000 ou même sur un million. Dans la littérature scientifique, on parle d’un faible risque, d’un risque inhérent à la vie normale. C’est suffisant pour me faire peur, pour l’inquiéter. Moi qui voudrais tant que cette réalité ne colore pas la perception qu’il a de moi. Je m’en veux.

(Techniquement, mes traitements fonctionnent, depuis exactement trois ans, ce qui diminue encore plus les risques de contamination, mais sans les éliminer totalement. Chez environ 94 % des hommes, la quantité de virus mesurée dans le sang correspond à celle que l’on retrouve dans le sperme. Si je fais partie de ces 94 %, le risque de contagion est pratiquement nul.)

Alors, tant qu’à y être, j’ai balancé toute mon histoire des dernières années. Le retour à Montréal, les thérapies, l’écriture de ces carnets. Il s’est attelé à la lecture du billet du 31 décembre, où je parlais de lui, pendant que je me mordais les lèvres.
— « T’es dans ‘ marde, là, hein ? » qu’il a dit, les yeux rivés à l’écran, avec un petit sourire en coin.

J’ai l’air plus affecté que lui par l’annonce. Je le réalise aujourd’hui. Toute la soirée, j’ai scruté chacun de ses moments d’absence, tentant vainement de percer le mystère de ses pensées. J’ai deviné des instants de tristesse, d’incertitude. Je l’ai questionné. J’ai ramené le sujet. À un moment, il s’est tourné vers moi : « Tu vois, là, je l’avais oublié... »

Il s’est adossé contre moi, a posé sa nuque sur mon épaule, le regard ailleurs. Moi j’essayais de ne pas penser au lendemain, de mordre chaque seconde qui passait, pendant que je le serrais dans mes bras. Mais je suis pourri là-dedans. Pourri.
— « Et puis ? » ai-je fini par demander.
— « Et puis quoi ? »
— « Est-ce que... Est-ce que je reste ? J’ai envie d’être avec toi, ce soir. »
Avec une méchanceté d’enfant, il a lancé : « hum... Je réfléchis. »

Cette année, les fêtes ont été éprouvantes dans mon entourage. Elles prendront fin demain. J’assisterai au mariage d’un ancien blogueur. En fait, il s’agit de l’auteur du tout premier carnet que j’ai lu, il y a trois ans. J’ai repassé ma chemise, ciré mes souliers, posé le pantalon sur le dossier d’une chaise. J’ai chargé la pile de l’appareil photo. À mon tour d’attendre un téléphone. C’est bien fait pour moi.

Et si ? Et si les choses s’étaient passées autrement ? Aurais-je mieux fait de me taire ou de parler plus tôt ? Aurais-je dû fuir dès son premier regard ? Aurons-nous une histoire avec un début, un milieu, une fin ? Et si j’avais été négatif, cette histoire aurait-elle été différente ? Impossible de prévoir. On ne sait jamais. C’est ce qui s’appelle la vie. Il faut poser un pas devant l’autre, sans jamais voir plus loin que le bout de son nez. Il faut oublier les crevasses potentielles et s’imaginer qu’il y a, devant soi, un sentier. Et c’est ce qui demande le plus de courage.

J’aime m’imaginer que la force qui l’a attiré chez moi vient des combats que j’ai menés. Je ne sais plus qui a dit que l’on méritait toutes nos rencontres... Mais encore une fois, je me raconte peut-être des histoires. En attendant de savoir où je vais, je cueille les nuits et les secondes. Je les compte et les raconte pour qu’elles ne m’échappent plus.

« Déploie ton jeune courage, enfant ; c'est ainsi qu'on s'élève jusqu'aux astres. »
Virgile, L'Énéide


31 décembre 2008

Dernières heures

Comment lui dire ce que j’ai en tête ? En lui racontant, peut-être. Tout passe mieux par une histoire. C’était il y a deux semaines. Je ne sortais pas ce soir-là pour faire des rencontres. Juste pour clore en beauté ce long trimestre de travail avec des collègues. Et assommer la fatigue de bière cheap. Quand je l’ai aperçu, j’ai chuchoté au grand « regarde le t-shirt rouge, là-bas, tu devrais aller le voir. » « Pantoute ! C’est toi qu’il regarde ! » Effectivement, le gars en rouge ne m’a pas lâché des yeux de la soirée. C’est finalement moi qui suis allé lui parler. Je lui ai proposé une bière : il ne buvait pas. Je lui ai proposé de venir danser avec nous dans un autre club : il travaillait tôt le lendemain matin. Je lui ai proposé mon numéro de téléphone : il a accepté en souriant. Pas beaucoup d’initiatives, que je me suis dit ! Mais j’avais l’avantage de la bière, ça lui donne une excuse. Il m’a appelé dès le lendemain pour m’inviter à souper.

Quand on se voit, il parle beaucoup. De son ex, principalement, et des efforts qu’il a faits pour s’en remettre. Il ne me pose pas vraiment de question. Il fume cigarette sur cigarette. Lorsque le silence tombe entre nous, il sourit en disant que je l’intimide. Alors, c’est toujours moi qui fais les premiers pas. Je me penche au-dessus de lui et je l’embrasse. En quelque part, ça me convient, moi qui suis toujours le plus sauvage des deux. J’ai plus de facilité à entrer dans l’univers d’un autre que de le faire entrer dans le mien. Et les défis (impossible ?) m’ouvrent l’appétit, au risque de me brûler les ailes. Péché d’orgueil sûrement.

Dans la chambre à coucher, c’est une bombe. Et l’on pétarade de bonheur. Il y a eu un seul accroc lorsqu’il m’a sorti les arguments classiques du gars pour repousser le moment du condom. « je ne ferais pas ça avec n’importe qui... T’as pas à t’inquiéter, j’suis négatif puis je veux le rester... Laisse-toi aller... » (Là, j’avoue, il a perdu des points. Et moi ? Négatif ou positif, ça n’a pas d’importance ? Ça t’a pas traversé l’esprit ? Pour mon laisser-aller, on repassera !) Cette fois-là, il a frappé un mur : Avec ou rien ! Il a fait le bon choix et l’accroc a vite été oublié. Après l’amour, on a dormi toute la nuit en cuillère, la fenêtre ouverte, agrippés l’un à l’autre, malgré les rugissements des déneigeuses et le battement du techno du voisin.

Hier soir, on devait peut-être se voir, je suis rentré plus tard du gym et je ne l’ai pas appelé tout de suite. J’avais besoin d’un moment de solitude. Il l’a mal pris, a bu tout seul la bouteille qu’il avait achetée pour le souper. Je lui ai téléphoné dans la soirée. Il était triste et un peu ivre. Le temps des fêtes, il trouve ça difficile. Il a peur de tomber sur son ex le 31. Il n’a pas envie d’aller dans sa famille. Il s’attendait à ce que je l’appelle dans la journée. Comme je ne l’ai pas fait, il a eu peur que je le niaise.

«...de n'être pour toi qu'un jeu », « t-shirt rouge », « histoires d’ex... » : les impressions de déjà vu se démultiplient et forment un kaléidoscope.

J’aurais pu avoir un accident. Être aux soins intensifs ! Il ne s’est pas inquiété de moi. Il a peur que je le niaise, tout simplement ! Et il ne m’a pas appelé parce qu’il ne voulait pas me déranger. Et il m’a raconté encore une fois sa solitude. Les méchancetés que son ex lui a dit la dernière fois qu’ils se sont vus : « T’es un cave, tu feras jamais rien de bon dans la vie. » Je l’ai écouté, vaguement coupable de ne pas l’avoir appelé plus tôt, un peu avec pitié. Je suis une cruche que l’on remplit.

Le grand : Il se sert d’un toi comme rebound. Christ-moi ça là, tu suite !
Moi : Oui mais... la baise est vraiment bonne.

Il n’y a pas que le sexe dans la vie, je sais bien. Le sexe c’est overated. (C’est Une fille de shop qui l’a dit.) Mais, bon. Peut-être que pour lui, ce n’est qu’une relation de transition, il en faut. Je ne vois pas de mal à ça. Tant que les choses sont dites et que les échanges sont honnêtes. Mais pour être honnête, il faut être clair avec soi-même et je sais bien qu’il est confus. Je suis moi-même déboussolé dès je mords dans son épaule. Je dois laisser la chance au coureur. On ne se connaît pas encore vraiment. Peut-être que j’interprète tout ça tout croche. Peut-être que je ferais mieux de ne pas le revoir. Même si pour l’instant, je suis un prix de consolation, je pourrais aussi être la révélation de l’année. Non ! Ça fait un peu prétentieux. Avant la fin de 2008, on aura une bonne discussion. Et il ne reste que quelques heures.

Ce 468e billet, bourré de liens et de points d'exclamation, était le dernier de 2008. À l'année prochaine. Bonne année !

27 décembre 2008

La troisième nuit

« ... »
En cette nuit, leur première nuit, dans le petit salon qu’elle avait voulu lui montrer, debout devant la fenêtre ouverte sur le jardin, ils respiraient la nuit diamantée d’étoiles, écoutaient les remuements ténus des feuilles dans les arbres, murmures de leur amour. Mains jointes, et un sang de velours dans leurs veines, ils contemplaient le ciel sublime et leur amour dans les palpitantes étoiles, bénissantes là-haut. Toujours, dit-elle tout bas, intimidée d’être chez elle avec lui. Alors, de son bonheur complice, invisible dans son arbre, un rossignol entonna sa supplique éperdue, et elle serra la main de Solal pour partager le petit anonyme qui s’évertuait, s’exténuait à clamer leur amour. Soudain, il se tut, et ce fut le silence nombreux de la nuit avec, parfois, la sonnerie tremblée d’un grillon.
« ... »
Albert Cohen, Belle du Seigneur, Gallimard, 1968

J’aime ces phrases longues. Illisibles, aurait tranché la correctrice, celle qui a charcuté mes premiers textes commerciaux. Et elle se serait défoulée, la bougresse, en raturant rageusement les mots en rouge. J’aime les excès et l’humour de l’auteur, sa façon d’assommer le lecteur de thème répétitif pour l’amener ailleurs. J’ai posé la brique sur le plancher près de mon lit. Enfin une longue nuit de sommeil devant moi, une nuit de sommeil amplement méritée, dans la tiédeur de la flanelle.

J’ai été exaucé. Les pères Noël ne sont pas tous des ordures, même ceux qui traînent au coin des rues ont parfois des ressources insoupçonnées, même ceux que j’aime à inventer. Il y aura donc une troisième nuit. J’en imagine les détails et ils m’obsèdent. C’est une torture absolument délicieuse. Imprégné de pensées érotiques, je me suis endormi. En rêve, j’ai retrouvé les gens qui me côtoyaient dans mon ancienne vie, il y a de cela si longtemps, avant le diagnostic, avant la sentence. J’étais assis avec eux et je leur racontais tout ce qui s’est passé depuis, tout ce que je vis maintenant. Ils étaient curieux, étonnés. Ils ont connu un autre homme, un homme que j’ai nié, rejeté, détesté, abhorré. Un homme jeune qui était pourtant vibrant et qui aimait les autres. C'est lui que je devrai apprendre à pardonner pour réussir à vivre, au moins un peu, aujourd’hui.

23 décembre 2008

Noël, l'avant-veille

Noël, c’est censé être joyeux.
— « Hum. Pas trop, rien de spécial. » Ça, c’est la formule du grand lorsqu’il file un mauvais coton. Il n’a pas de famille, alors la veille de Noël, c’est toujours un peu lourd. On va sûrement se faire une soirée DVD, bière et pizza. Le jour même, il sort dans les bars. Je l’ai accompagné, l’an dernier. Ça ne m’a pas laissé un souvenir mémorable. Une drôle d’ambiance. Un amoncellement de solitudes urgentes, prêtes à avaler le premier comprimé venu, pour voir la nuit en couleur et oublier la vie. Quand je l’ai appelé, il dérivait sur un site de rencontre : « Je vais finir mes jours tout seul, qu’il m’a dit, avec plein de chats. »
J’ai ajouté : « ...et des amis, c’est pas si mal ! Tu sais que c’est le cas de beaucoup de monde : les couples se défont ou bien l’un des deux finit par mourir... »
— « ...Ouins. »
— « Moi de mon côté, je me prépare à me péter la gueule, ben comme faut, encore une fois. »
— « Comment ça ? »

Noël, ça devrait être doux. Le vent d’hiver est cinglant et fouette les visages. La poudreuse est un piège qui cache la glace noire. Les jours de tempête, il faut rester chez soi. Moi, bien sûr, j’ai mis un pied dehors. « Qui ne risque rien, n’a rien. » ou « qui n’a rien, risque tout. »* Je ne me suis pas méfié de la neige. J’ai rencontré quelqu’un, par un hasard improbable. Il ne devait pas être là, dans cette soirée. Je n’aurais pas dû y être. On s’est terré deux nuits dans son demi-sous-sol. Deux nuits de tendresse brûlante, les regards et la peau humide. Et me voilà dehors. Le ciel n’est plus que noir. Et la poudrerie, de la soie blanche qui hurle en se tordant. Il ressemble à tous les autres. Ben oui, quoi ? C’est mon genre, les grands bruns aux yeux éclatants ! Ça s’appelle un « pattern ». Son nom, c’est Stef. À quoi bon me creuser les méninges pour lui trouver un pseudo. Il ne lit pas, ni les livres, ni les blogues. Et de toute façon, il passera dans ma vie comme la blancheur de la neige.

Noël, ça devrait être lumineux. Partout, c’est la course folle pour faire embrayer l’économie. Partout, le cliquetis des cartes. Ça se pousse devant les caisses. Achetez aujourd’hui et ne payez rien avant 2010. Consommez vert, bio, équitable ou local, mais consommez ! Il le faut ! Même la blogosphère s’égosille, à trop vouloir briller. Elle se met belle, prête à toutes les bassesses pour avoir un plus vaste auditoire : provocation, sexe et scandale, nivellement par le bas. Mes stats sont plus grosses que les tiennes ! Je ne suis pas meilleur qu’un autre. Le désir de briller prend souvent le pas sur celui de dire. Mais en cette avant-veille, j’ai plus envie de me taire. Je vais rêver tout seul à une troisième nuit, juste une de plus. C’est ce que j’ai demandé au père Noël, celui qui mendiait près du métro Berri.


* Une réplique du film C'est pas moi je le jure

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