06 mars 2009

La guerre

C’est un appel qui vient de loin, du fond des gênes ou des âges. Un rythme sourd, de nuit sans lune où les coyotes et les loups se sont tus. On dit que le cœur bat. Il martèle, acharné. C’est un élan. C’est un étau. Comme la force accumulée dans un ressort, pendant des mois, ou des années. Le coude tiré vers l’arrière, le poing qui se ferme, le poignet qui se bloque. Est-ce la testostérone qui me voile la vue et fait virer la vie au rouge ?

Mes muscles tressaillent comme un cheval qui pressent l’orage. Même si ma tête, elle, n’en peut plus. Même si elle me crie d’arrêter. Derrière mes yeux, les mots s’affûtent et se délestent de toutes rondeurs, à en devenir acérés. Prêts à s’abattre. Une fois, dix fois, vingt fois. Encore ! Éclats de silex, fer, bronze, lames d’acier trempé. Ma gorge se serre et cette douleur qui grondent grandit, rugit, exige d’exulter.

J’ai beau lever les yeux au ciel d’hiver, m’imaginer le printemps, chercher refuge dans le retour des saisons, interpeller Dieu, lui jeter au visage qu’il est bel et bien mort. C’est un rythme implacable qui ne peut plus s’arrêter. Qui s’abreuve de lui-même, toujours plus assoiffé. Il affleure sous mes tempes, se crispe dans ma mâchoire. Le poing qui cogne sur la table, la porte qui claque, mon regard assassin. Je sursaute. J’ai peur lorsque j’entrevois mon ombre, tapie dans un coin. Mais je suis emporté. L’honneur et la haine claquent au-dessus de la ruée. Le sablier est sur le pied de guerre. Je montre les dents et je suis prêt à frapper.