02 novembre 2006

Vous avez dit glamour?

Ses yeux qui brillent comme des billes. Il faut que je me concentre sur ses yeux. C’est là que je dois regarder. Pas plus bas. Surtout pas. Pas ces lèvres, le rose doré contre le gris argenté de sa joue rasée. Ou l’imagination se met en branle et j’ai la pensée qui déraille.

Je suis fatigué, usé, cerné. Et quand je suis aussi crevé, le corps prend les commandes et les besoins primaires deviennent absolument tyranniques. Dormir, manger, baiser. Le doré de la peau sur sa gorge. Cette façon qu’il a de refermer sa main gauche sur sa main droite. Je dois revenir à ses yeux. Me concentrer sur ce qu’il dit. C’est à moi qu’il s’adresse.

— « Tu as déjà dit que t’avais peur de ne jamais revivre ce que tu avais vécu dans ta dernière relation… »


J’ai dit ça, moi ? J’en dis des conneries. Ça doit être vrai, s’il le dit. C’est lui le psy. Il me regarde en penchant la tête. Il attend une réponse, là. Je dois dire quelque chose.

— « Je… je ne sais pas. Je, j’ai l’impression que c’est moins dramatique, moins lourd. C’est comme si j’apprivoisais la solitude, comme si… je m’apprivoisais moi-même… »


— « On ne meurt donc pas d’être seul ? »

C’est la stagiaire qui a parlé. Aussitôt qu’une porte est entrebâillée, ils se poussent pour entrer. Je pense : je suis bien dans ma bulle. Foutez-moi la paix.

Moi, l’asocial, il fallait que je sois vraiment motivé pour m’inscrire dans une thérapie de groupe. Les jours où la motivation se relâche, il y a le psy. Son épaule qu’il masse de la main, son ventre, ses cuisses quand il s’étire. Un des participants lui avait demandé s’il était gai. Il n’avait évidemment pas répondu et dans ces explications parfaitement rationnelles, il avait ajouté que ça pouvait être thérapeutique de fantasmer sur son thérapeute. Bon, alors je plonge. Je me mords la joue pour ne pas sourire. J’espère que je n’ai pas rougi.

De toute façon, il n’y a rien à raconter. La seule aventure de la semaine, c’est quand un mille-pattes est sorti d’une fissure du mur de ma salle de bain et que je suis monté sur le rebord du bain en réprimant un hurlement. Rien qu’une suite de jours poussiéreux devant l’écran du bureau, la réceptionniste qui prédit les prochaines éliminations de Loft Story et l’imprimante qui jamme.

Je voudrais écrire qu’on s’est embrassé fougueusement contre la balustrade du belvédère du Mont-Royal pendant que la première neige tourbillonnait dans les lumières des tours du centre-ville. Je voudrais raconter les cris de plaisir étouffés en mordant le coton humide d’une chemise à demi ouverte, dans un ascenseur coincé. Je voudrais trouver les mots pour décrire la lumière bleue du milieu de la nuit quand je regarde son torse qui se soulève et que je me rendors en disant : « Ouf ! Il respire encore. » C’est rien que dans ma tête ces histoires-là. Il faut que je rebaptise ce site : Boulots, misères & chlorophylle. Ça serait sûrement plus représentatif, mais beaucoup moins thérapeutique, et moins glamour.