24 septembre 2008

L'automne

Je me suis excusé. D’abord par courriel puis par téléphone : Mister Right ne voulait pas qu’on se voie. J’ai fait de mon mieux pour arranger les choses. J’ai reconnu mes erreurs. J’ai essayé en marchant sur des œufs de les expliquer, sans chercher à les justifier. Je l’ai écouté. Tout au long de notre conversation, il était plutôt froid et cassant. Il m’a dit qu’il me trouve négatif, pessimiste, et il s’est employé à me le démontrer en analysant chacune de mes répliques.

On avait fait le tour du sujet. Il m’a demandé :
― « Tu dois te demander quand est-ce que l’on se revoit. »
― « Euh non, en fait, je ne pensais pas à ça. J’étais encore à méditer sur ce que tu viens de me dire. »
― « Tu risques encore de mal interpréter ce que je vais te dire, mais on ne pourra pas se voir avant une dizaine de jours. Dans la semaine à venir, je n’ai pas un soir de libre. Et il n’y a rien d’autre à imaginer. Je n’ai juste pas de temps… »
― « ... »

Je n’interprète pas, mais c’est quand même un drôle de hasard. Ce long moment d’absence combiné avec sa froideur, ce n’est rien pour emmieuter les choses, à mon avis. Mais j’ai gardé mon avis pour moi en me disant que j’étais peut-être encore une fois en train de faire la preuve de mon négativisme. Depuis, j’ai gardé le contact par des courriels. Ses réponses sont brèves, sans marques d’affection. Il dit que c’était une parenthèse entre nous, que c’est clos et qu’il espère que ça ne se reproduise plus. Il dit qu’il veut que l’on se revoie, mais je sens tout le contraire.

Tout ça m’attriste. Je me suis remis en question. C’est vrai que j’ai exagéré. Je me suis laissé emporter par mon imagination. Je n’ai pas à inventer des liens entre mes blessures du passé et ce que je vis avec lui. J’ai déjà bousillé des relations en agissant ainsi. C’est vrai que je me complais dans les extrêmes, mais ce n’est pas que dans le négatif. Tous les défauts peuvent devenir des qualités. J’aurais aimé de sa part un peu plus de tact et un peu plus de compassion. J’aurais aimé aussi qu’il prenne au moins, une petite part de responsabilité. Si on s’est mal compris, je ne suis peut-être pas le seul en cause. Un malentendu, un conflit, c’est l’occasion de mieux se connaître, même si c’est difficile. Je paie très cher ces quelques mots de trop. La vague de tristesse est passée, m’a assommé un temps puis je me suis dit que c’était peut-être mieux ainsi. Si le temps n’arrange pas les choses, il fait au moins retomber la poussière. Et j’ai fait du mieux que j’ai pu pour réparer mes faux pas.


Un matin, j’ai ouvert les yeux et c’était l’automne. C’est ma saison préférée. J’aime la fraîcheur nouvelle, les nuits qui arrivent par surprise. Je vais profiter de ces heures libres inattendues pour reprendre le gym avec le grand. Il commence à faire froid pour courir dehors ; on va se faire une rentrée sportive. J’irai au cinéma avec A. et j’irai traîner au Starbucks avec Thomas. Et puis, il m’est arrivé une petite douceur, hier soir. Je donnais un atelier au Jardin botanique sur les ruelles vertes. Ça me stresse toujours un peu. Le cours s’est bien déroulé. À la fin de la soirée, je me suis fait draguer par un de mes étudiants dans la vingtaine. Il est resté après que tous les autres soient partis pour me demander en me vouvoyant quand je donnerais d’autres cours. Puis il s’est proposé pour m’aider à transporter mon matériel. Ce que j’ai décliné en le remerciant. S’il était resté une minute de plus, je crois que je me serais mis à bafouiller. J’ai descendu les escaliers, le sourire accroché aux oreilles. J’ai enfilé ma veste et je suis sorti. À l’extérieur, le soir était froid. En passant dans le noir, près du grondement des fontaines, j’ai remarqué un parfum de feu de bois qui flottait dans l’air. Décidément, j’aime beaucoup l’automne.

22 septembre 2008

Stop the drama

On était coincé dans une banquette du Shed Café à vibrer au son d’un techno mécanique, dans un décor de brique et de cuir ocre. Je me demandais comment le personnel arrivait à travailler dans un vacarme pareil. Tous les clients devaient crier pour s’entendre, les voix se répercutaient sur les hauts plafonds. Je regardais mon burger Coco Rico, poulet grillé, guacamole, emmenthal, et ça me coupait l’appétit. Mon verre de Stella Artois me paraissait immense. J’avais pourtant choisi une valeur sûre en prenant le poulet. Dans les journaux, on n’entend parler que de salmonellose, listériose, vache folle. Mais j’avais mal au ventre depuis le matin.

Je me suis réveillé avec des crampes à l’estomac. J’avais fait des cauchemars. Je me suis dit que ce devait être à cause de ma conversation de la veille avec Mister Right. Ce qu’il peut être chiant par moment ! J’avais proposé une sortie au cinéma avec ma sœur et sa copine, à l’Ex-Centris. Il avait hésité un peu avant d’accepter. « Je voudrais pas qu’elle se dise : tiens, voilà Pierre-Yves et son chum, et que ça se précipite les choses entre nous. Ça serait prématuré. Je veux pas que les gens nous mettent en couple avant que nous l’ayons décidé. » À ce moment-là, je me suis dit qu’il devait utiliser le nous royal. On a poursuivi la discussion. J’ai raccroché le combiné avec une drôle d’impression. Bref, au matin, avant de partir au travail, je lui ai écrit un long courriel pour lui déballer mes états d’âme

… J’aimerais mieux qu’on ne se voie pas ce soir. Notre discussion d’hier me met un peu à l’envers. J’étais content que tu nous accompagnes. Mais je sens bien que ça te met mal à l’aise. Ce n'est pas comme ça que j'ai envie que ça se passe. Tu ne veux pas que je rencontre tes amis. Tu dis que c’est prématuré. En fait, j'ai peur de ne jamais avoir de place dans ta vie, de n'être pour toi qu'un jeu…

Il m’a répondu, furieux, pendant la journée :
…Ça fait 20 jours aujourd'hui qu'on se connaît. C'est encore peu. Ça remet les choses en perspective. D'ailleurs, dans mon désir que ça fonctionne avec toi, j'ai décidé d'exprimer ce que je ressens. Mais visiblement, ça me dessert... surtout quand tu te mets à extrapoler, tout seul. Ah oui, en terminant... Je ne joue pas avec les gens. Je ne suis pas assez monstre pour ça…

Cette journée de vendredi n’en finissait plus. Les crampes ne faisaient qu’augmenter. On est enfin sorti du Shed Café. J’avais besoin d’air. Je n’ai presque pas touché à mon assiette. Puis on s’est lancé à travers les voitures pour traverser le boulevard en direction du cinéma.

Au même moment, quelques coins de rue plus haut. Un autre techno résonnait dans un autre décor, rose et blanc celui-là. Assis sur la chaise du coiffeur, Mister Right jetait un œil sur la cliente d’à côté en soupirant. Une coupe asymétrique avec d’étranges mèches bleutées. Le coiffeur s’est arrêté et a glissé ses ciseaux dans sa ceinture. Il s’est appuyé sur l’épaule de Mister Right et l’a regardé dans les yeux, dans le miroir : « Oh god ! Si tu veux rien qu’un conseil, darling : Stop the drama ! Prenez ça cool ! » Mister Right a levé un sourcil.

Quand les lumières ont baissé dans la salle et que je me suis calé dans le siège, j’ai regretté qu’il ne soit pas avec moi. On allait voir Vicky Cristina Barcelona en version originale. Le dernier Woody Allen, un film léger et un peu racoleur. Des images d’une Espagne de cartes postales. La brûlante Penélope Cruz était hilarante en jalouse hystérique, tellement passionnée qu’elle tente de se suicider trois fois…

Prendre ça cool. Pfff… Je suis pas un gars cool, moi.
Je pense que je vais m’excuser.

21 septembre 2008

Deux mamans et un bébé

Parfois les blogues s'incarnent sur du papier. C'est chaque fois un événement heureux, comme une naissance. Le blogue de Muriel Douru (aka Indilou) est disparu de la Toile pour devenir un livre que l'on peut toucher, corner, trimballer avec soi, prêter : Deux mamans et un bébé.

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19 septembre 2008

18.09.08

Dans la vie, je m’attends toujours au pire.

Je sais, c’est une façon un peu noire de voir les choses. Mais je me dis que ça m’évite les mauvaises surprises. De toute façon, le pessimisme, c’est congénital. Une histoire de famille. Ça se transmet de génération en génération… Je ne m’attendais vraiment pas à rencontrer quelqu’un comme lui… Mister Right, c’est du bonbon dur dans lequel je ne peux m’empêcher de croquer. Même si je risque de m’y casser les dents. Moi, je suis toujours trop pressé. Lui, il n’a jamais aucun problème à ralentir les choses. Sa peau parfumée, c’est un morceau de ciel d’automne dans lequel je voudrais m’enrouler pour toujours. Je ne connais personne qui m’écoute comme lui.

Par un soir frisquet, on venait de passer les grilles du Jardin botanique. On marchait au milieu d’un concert de grillons. Je lui ai souhaité la bienvenue dans mes jardins. « Comment tu trouves mes bâtiments administratifs ? T’as vu mes fontaines ? » Il ne faisait vraiment pas chaud. Les lanternes se balançaient. Le parfum des roses tapies dans l’ombre s’élevait avec la brise. Nos mains se sont frôlées. Ma manche a glissé contre la sienne. J’ai attrapé ses doigts. Nos paumes se sont retrouvées. À ce moment-là, le ciel était tout noir contre le sommet des arbres. Mais derrière la chape de nuage j’étais convaincu que des milliards d’étoiles scintillaient.

Quand il tourne vers moi son regard clair, j’ai l’impression de devenir quelqu’un d’extraordinaire. Mes vieux habits de gueux tombent un par un sur le sol. Il pose des questions. Il se souvient de tout. J’ai l’impression qu’il sonde mes recoins les plus secrets. Ça me chatouille les complexes, mais avec lui, je n’ai pas envie de me cacher. Il dit qu’avec moi, il veut apprendre l’abandon. Parce qu’il sait qu’il peut me faire confiance. Parce que les sentiments ne me font plus peur. Parce qu’il me voit chaque jour, traverser mes journées sans filets. Lui, il aimerait m’apprendre l’optimisme et la confiance. Il voudrait que je laisse tomber mes tempêtes. C’est un ambitieux. J’aime voir poindre son sourire quand il me taquine. Et qu’il se moque de la moindre petite peur que je gonfle à l’excès.

Chaque matin, je me réveille en étant persuadé qu’il aura disparu, au cours de la nuit. Je m’étire sans ouvrir les yeux. Je me bute contre sa chaleur. Et je réalise qu’il est là, tout près de moi, comme si ça allait de soi ! Mister Right, c’est pas un matinal. Il me prend dans ses bras sans ouvrir les yeux, en espérant dormir encore pour de longues heures. Moi, j’ai les yeux grands ouverts. Je n’ai pas envie de dormir une seconde de plus, pour ne rien manquer. Mais je ferme les yeux. J’essaie de suivre le rythme de son souffle. Je respire son parfum. Et puis, je me laisse glisser avec lui, vers le sommeil.

17 septembre 2008

Brèves

Je manque de temps pour écrire. J’aimerais que les journées aient 36 heures. J’écris cette note (dénuée d’intérêt pour les lecteurs arrivés ici par hasard) pour donner des nouvelles aux habitués. La fin d’été est magnifique. Ces jours-ci, le soleil se reprend pour ses mois d’absences. Et je compte bien en profiter.

Mister Right est particulièrement sexy le matin, quand il prépare le café en bobettes. Je l’aime beaucoup. Il m’aime beaucoup. (Notez l’utilisation pudique du « beaucoup ». Je m’assagis.) Il a tout un caractère. Mais là-dessus, je n’ai rien à lui envier. On a souvent nos combats de coq qui finissent généralement sur l’oreiller. Il m’a fait apprécier la finesse du saké froid qu’il a découvert au Japon. Rien à voir avec la piquette chaude que l’on boit habituellement ici. Je n’ose pas en dire plus. J’aurais l’impression de commettre un sacrilège.

Mon second blogue sur l’horticulture en milieu urbain va bien et ses statistiques vont bientôt rejoindre celles de celui-ci. Il n’y a à peu près pas de commentaires, mais j’ai l’impression qu’il est l’une des causes de l’avalanche de nouveaux contrats qui me tombent dessus actuellement : une conférence, un cours à préparer, de nouveaux articles, une collaboration avec un autre magazine, peut-être même un projet de livre.

Et puis c’est le « last call » pour l’évènement Ça marche de la fondation Farha. Il ne me reste que quatre jours pour amasser les 155.00$ qui me manquent pour atteindre mon objectif. 155.00 petits dollars canadiens : presque rien. Les dons peuvent être faits en ligne en cliquant sur le lien suivant. Commanditez-moi ! C’est facile, rapide et sécuritaire. Vous devez bien connaître une vieille tante fortunée ou un beau-frère riche qui serait heureux d’appuyer une bonne cause. Envoyez-les sur le même lien.

Le temps passe. Le monde se transforme à une vitesse folle et mon quotidien n’est pas en reste. J’ai parfois le vertige quand je regarde derrière moi. La vie fait son chemin et moi, ben, je l’aime bien…

10 septembre 2008

Duel

« La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal ! »
La guerre des tuques, un film d’André Mélançon


Les belligérants se sont détaillés du regard. Ils ont évalué leurs forces et leurs travers. La guerre serait-elle ouverte ? On a passé l’étape de la première rencontre, celle des premiers regards, et la première nuit. Hier soir, on s’est baladé sous les lanternes colorées du Jardin de Chine. Les grelots des grillons remplissaient l’air frisquet. Je l’ai entraîné dans l’ombre des sentiers. Et on a surpris le jardin japonais qui rêvassait sous la lune. Seuls, cachés dans la nuit devant l’étang, on s’est embrassé longuement. On a échangé quelques mots. Il m’a nommé très simplement sa peur. Cette tension que je devine parfois quand on fait l’amour. Il a déjà goûté le traitement prophylactique. Une histoire de condom brisé, un accident, une période de sa vie qu’il a trouvé pénible

C’est hors de ma portée et ça se tiraille en lui dans une guerre larvée. C’est sa peur contre son désir. Je pourrais presque m’absenter le temps qu’ils règlent leur différent. J’aurais pourtant envie de me battre pour nourrir son désir, et faire pencher la balance du côté de la confiance. Comme si son désir était l’étalon de ma valeur. Oui, je sais. Sa peur ne m’appartient pas. Mais c’est contre elle que je pourrais un jour me briser. J’imagine devant moi une muraille imprenable comme celle de Chine, qui s’étend sur des kilomètres en suivant l’horizon.

Ce matin, j’étais en congé pour un rendez-vous médical, analyses sanguines de routine, comme à tous les trois mois. En sortant de la clinique, je suis allé m’asseoir dans une cour intérieure de l’université, entre les murs d’un pavillon et ceux d’une ancienne église. J’ai observé l’effervescence de la rentrée, dans les couloirs vitrés. Les souvenirs me donnent souvent la force qu’il faut pour me détacher d’un avenir incertain. Je me ramasse en boule sur un banc de pierre. J’essaie de balayer mes pensées inutiles. Rien ne sert de construire et de déconstruire mille fois la réalité. Tout ça n’est que du vent. Seul devrait compter l’instant présent. Je sens encore sur ma peau sa présence. Je me rappelle sa prévenance, son respect, son affection même. Le froid qui émane des vieilles pierres. Le soleil qui me chauffe la nuque. Les clochers étincelants plaqués sur un ciel d’un bleu parfait. Le regard sévère des saints perchés dans leurs niches de pierre. La vierge dorée qui ouvre les bras au passant. Il a tout pour me plaire. Je lui plais. Et c’est tout ce qui compte

04 septembre 2008

Les loups

Petit matin humide, je pianote sur le clavier, sans conviction. Le billet précédent fait encore des ronds dans l’eau. Les cercles s’agrandissent doucement et se brisent en touchant les berges. Le glaçon dans le shaker n’est que la pointe de l’iceberg que je tire derrière moi depuis que j’ai mis le pied dans ce monde. C’est lourd un iceberg, mais on s’habitue à tout. Ce virus minable qui me squatte la carcasse est tellement peu de chose dans mon existence. Il ne fait que cristalliser des constellations de blessures et de complexes bien plus menaçantes, Héritage familial, blessures d’enfance, mauvais plis. C’est pourtant celui qui parle le plus fort, il impressionne, il fanfaronne. Le virus est celui qui a pris la tête de mes démons. Mais il est ridiculement insignifiant même s’il est pugnace. Si comme dans mes rêves les plus fous, mon système parvenait à l’éradiquer totalement, je me retrouverais devant une armada de monstres personnels bien plus coriaces.

Je pourrais bien rester sagement encabané seul, à l’abri de la vie. Mais j’ai trop envie de me coltiner aux émotions fortes. C’est devenu ma façon de vivre, chercher le trouble. Parce que derrière le trouble, il y a la vie qui bat. Quand je me cogne le nez, je n’ai qu’une obsession, plonger de nouveau, retourner sur le champ de bataille. Si je mets de côté les questionnements redondants du dernier billet, il n’y a rien de réglé. En fait, je me complais peut-être un peu dans ces questionnements pour ne pas voir toute la nuit qui se cache derrière.

Je vais le revoir. Mister Wright. Le il en question. Paraît qu’il a peur lui aussi. C’est ce qu’il dit, en tout cas. Et puis, les peurs, ça ne se compare pas. Mais il faut bien prendre des risques pour s’apprivoiser. Créer des liens ce n’est pas rien qu’établir une routine, des rituels et fixer des rendez-vous. Il faut aussi s’y présenter. C’est ouvrir sa porte même si le ménage de l’appartement n’est pas à son goût. C’est lire un chapitre même s’il y a des longueurs, juste pour connaître la fin. On dit que l’homme est un loup pour l’homme. Moi, je ne peux m’empêcher d’aimer les loups, les blancs comme les noirs, même s’ils me font terriblement peur.