29 octobre 2008

Blanc et gris



Blanc, c’est le néant dans ma tête quand je me retrouve face à l’écran qui scintille. Vide, ça m’inquiète un peu, mais pas trop quand même. Il ne se passe rien dans ma vie. J’ai renoncé à tous les péchés : chocolats, poutines, garçons. Ma vie devient un long fleuve tranquille où je vogue en pirogue. Je fends les vagues en plein contrôle de mon embarcation. Mes histoires, je les ai laissées sur la rive. Et, plus je m’éloigne, plus elles deviennent dérisoires. La nuit qui arrive de plus en plus tôt ne me fait même pas peur. Il fait froid pourtant. Il y aura de la neige, demain, mêlée de pluie. Je préfère les premières neiges quand elles sont franches et éclatantes. J’ai sorti mon foulard, désormais le seul signe qui me rattache au passé.

Je l’avais acheté pour lui. Lui, c’est le il dont le chagrin d’amour a lancé ces carnets. Un foulard tout simple en laine polaire. Gris, comme je l’étais à l’époque. Je m’étais éteint pour ne pas lui faire ombrage, je rasais les murs, sans faire de bruit. C’était ma façon maladroite d’aimer. Je lui avais offert ce foulard pour Noël. Un tissu doux, souple et solide, presque inusable. Quand nous étions ensemble, je lui empruntais souvent, pour avoir son parfum tout près du nez. Lorsque je suis parti, j’ai laissé les meubles, les plantes qui emplissaient la véranda ensoleillée et le chien qui gémissait, le museau entre les pattes. Mais j’ai pris le foulard. Il ne m’a jamais quitté depuis. Chaque année, vers la fin du mois d’octobre, quand les nuits deviennent glaciales, et que l’hiver prend ses quartiers, je porte autour du cou l’amour que je lui ai donné.

Musique : The hours suite, Movement III (extrait), Philip Glass, interprétée par Angèle Dubeau & La Pietà