20 juillet 2008

Orages

Parfois, la vie me fatigue. meteo.jpg

20 octobre 2007

Sourire

Je viens de me taper plus de 24 heures de travail en deux jours. Je suis brûlé. Elle, elle s’appelle Pascale Picard. C’est mon dernier coup de foudre. Je l’écoute en boucle quand je remonte le boulevard qui relie mon boulot à mon lit. Elle chante exactement les mots que je voudrais écrire. Voici une adaptation complètement libre de sa chanson Smilin’. (De l’album : Me, Myself and Us, Universal, 2007.) Cette fois-ci, je n’y arriverai pas. J’aperçois la foule qui grossit, tout autour de moi. Et j’essaie de comprendre pourquoi je me sens si isolé. J’ai des amis, mais j’ai si peu de temps pour eux. J’ai ma maison, grande comme un mouchoir de poche. J’ai mon copain, mais lui aussi est fatigué de m’entendre. Je vois chaque jour qui se lève comme une montagne à franchir. Chaque mot que j’écris me demande toutes mes forces. Parfois, j’en ai vraiment assez de me raconter. Mais c’est encore la seule chose à laquelle je peux m’accrocher. Je sens, chaque fois, que je ne vais pas y arriver. Mais je sais pourtant que rien de mieux ne pourrait m’arriver. Alors, je me dis : « Hey, garde ton sourire. Ils ne veulent pas t’entendre te plaindre. Tu sais que tu as de la chance ; ta vie ne pourrait pas être plus excitante ! » Alors, je continuerai de faire des mauvaises blagues. Parce que toi, tu me crois fort. C’est sûrement un peu pour ça que tu m’aimes. Et moi, j’ai tellement besoin de toi. J’ai tellement besoin que tu m’admires. De toutes mes forces, je me bats pour passer au travers. Si tu savais combien j’essaie… (…) Mais pour aujourd’hui, s'il te plaît, ne compte pas sur moi. J’ai du mal à poser un pied devant l’autre. Ne me demande pas pourquoi, si tu ne veux pas que je te mente. Mais ne t’en fais pas pour moi. C’est seulement un peu de fatigue. Il ne faut pas t’inquiéter, car bientôt, je te le promets, je serai de retour. Sourire, c’est ce que je veux parce que j’en ai assez de pleurnicher J’ai vraiment de la chance. Je fais exactement ce que j’ai toujours rêvé de faire ! Alors, je raconterai encore des mauvaises blagues. Tu sais, il faut absolument que je sois fort. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour passer au travers. Et aujourd’hui, c’est ce dont j’ai besoin. Sourire.

02 juillet 2007

Morphée

Pour une semaine, les horaires de mes deux emplois se chevauchent. Je travaille tout le temps. Les revenus ne suivent pas, pas encore. Je me bats pour tenir. Je bricole des solutions. J’épuise, une à une, toutes mes ressources. Et je fais bonne figure. Je m’entête à être parfait en tout temps et en toute circonstance. Sourire, briller, réussir. Je laisse la révolte qui s’accumule me pourrir les nuits et les petites minutes de liberté qui me restent. Même pris à la gorge, je serai à la hauteur. Puis, je bascule de l’autre côté de la fatigue, là où je suis à la merci de tous mes démons, de toutes mes blessures. Mes seules armes sont les secondes perdues, la musique et l’écriture. J’ai mis des disques et je me suis attaqué à classer ces montagnes de paperasse qui m’étouffent. J’ai trouvé des morceaux de journal intime, des récits de rêves. Et de vieilles douleurs que je portais depuis des années remontent à la surface. Des souffrances que je n’avais jamais regardées en face. Que je ne voyais plus, tellement j’étais convaincu qu’elle faisait partie de moi. Elles étaient prêtes. Elles tombent en larmes comme un fruit trop mûr à la fin de l’été. Je me souviens de ces dernières années en couple où je me débattais pour tout faire tenir, pour sauver les apparences. Le combat que je menais chaque jour pour être un autre, pour que ma vie ne s’écroule pas, pour nier ce virus, pour nier l’échec de cette relation. À ce moment-là, j’étais épuisé comme aujourd’hui. Et j’étais sûr de sombrer si je lâchais prise. Je ne suis pas un héros. Je suis affamé de tendresse, de chaleur et de douceur. Je voudrais être serré dans les bras d’un homme. Au cœur de la tempête, un calme momentané m’a permis de renouer avec les bras de Morphée. Depuis des mois, je n’étais pas parvenu à m’abandonner au sommeil. Deux nuits de plus de six heures, c’est ce dont j’avais besoin pour retrouver un certain équilibre. Le matin clair m’ouvre des perspectives élargies. Le vent frais que j’inspire aiguillonne mes désirs. Mes antennes se relèvent. C’est le dégel des idées qui cascadent à nouveau. Dans cette nouvelle clarté, les jours qui se déroulent devant moi redeviennent un trésor inestimable.

03 juin 2007

Épuisé

(oui, oui, Jonas, il faut cliquer !) Les heures cascadent, des premières lueurs du jour jusqu’à tard dans la nuit. Balises grises, respirations rêches. Toujours cette peur qui m’accompagne. Elle est la seule à être toujours auprès de moi. La seule sur qui je peux toujours compter. Bien que je m’entraîne à sourire. Que je lance constamment mon imagination à l’assaut d’un bonheur éventuel. J’ai parfois le souffle lourd et le regard flou. Plus tard, je sais, je pourrais être fier. Maintenant, je ne suis qu’épuisé. Je les cherche des yeux, parmi la foule. Les anges qui croiseront ma route pour un instant toujours trop court. Trop court comme cette route. Trop court comme cette nuit passée à tourner dans mon lit. Avant qu’un nouveau jour n’apparaisse, les derniers noctambules rentrent enfin dormir. Les arbres portent encore les frissons de la nuit. Dans l’aube bleue, la flûte du merle d’Amérique résonne comme sous les voûtes d’une cathédrale. Crédits :

  • Le chant du merle d’Amérique (Turdus migratorius) enregistré par Lang Elliot, NatureSound Studio, NY, 1991
  • Summa, Arvo Pärt, sur l’album Fratres… , EMI, 1994

30 septembre 2006

Black eyed

Autant j’ai besoin du travail pour me rassurer sur le fait que je sois quelqu’un autant j’ai une furieuse envie de courir quand je pousse la porte à la fin de la journée de vendredi. À mesure que je me rends compte que l’après-midi achève, que je suis passé à travers la semaine, je sens monter une sorte d’ivresse, un sourire, irrépressible. Vivant et libre. Même si j’ai un contrat de rédaction sur lequel je dois travailler tout le week-end. Quelques corneilles crient aux confins du parc Maisonneuve. Le trille doux d’un grillon. Le murmure de la ville qui ronronne sous le soleil d’après-midi. Étendu sur le ventre, les yeux rasant les herbes folles. Je laisse la fatigue hebdomadaire se dilater dans l’espace et être emporté par le vent. J’ai la cage thoracique qui vibre encore comme un tambour. Je n’ai peut-être pas la carrure pour affronter les rafales. Le soleil est revenu, fidèle. Démultiplié par le jaune d’or des frênes, le cuivre tendre des marronniers. Mais le fond de l’air n’est plus ce qu’il était. J’avais l’intention de plonger dans le travail. Pour ne plus être que ça. Pour ne plus penser qu’à ça. Le seul endroit dans ma vie où je peux sentir une certaine solidité, où je peux m’appuyer, sentir que demain existera. J’ai su tout à l’heure que la date de tombée qui commençait à m’angoisser sérieusement est remise un mois plus tard. La patronne de la boîte qui réalise le projet m’a suggéré de profiter des derniers jours du beau temps. Je l’ai écouté, avec soulagement. Le soleil est bas, il se cantonne à la cime des plus hauts arbres. Il fait froid dès que le moindre nuage voile ses rayons. Des gens ont croisé ma route. J’entends encore les échos de leurs voix. J’ai archivé les mots et les sensations comme un trésor inestimable. Et je me lève la nuit pour aller caresser les souvenirs, pour rallumer la foi qui vacille. Mais le mouvement de la vie nous éloigne toujours. L’univers physique est en expansion. Je suis fatigué. Je me mouille le doigt avec appréhension avant de tourner la page suivante. Les jours raccourcissent. Les arbres du parc l’ont deviné. Ils ont barré les voies au niveau du pétiole. Ils ont renoncé au vert de la chlorophylle. En l’absence de ce pigment, le jaune prend toute la place. Les sucres, produits pendant l’été et se retrouvant prisonniers du limbe, donnent au feuillage la somptuosité du bronze, du rouge et du rose diaphane. Toute cette vie, pressée d’aller dormir dans la terre, s’enflamme dans un crescendo d’odeurs et de textures. Ce soir, j’irai au cinéma avec GP. Black eyed dog de Pierre Gang. Je pose la joue sur la laine noire de ma vieille couverture. Un peu plus loin, un pluvier kildir s’envole en poussant son cri de colère fragile.