22 novembre 2009
Down de novembre
J'ai traversé la grippe. Mon corps se remet, sans trop de séquelles. Je suis toujours étonné des forces qu'il recèle. Mais le moral ne suit pas. J'ai un moral de novembre. Le soir, je repousse le moment d'aller dormir le plus tard possible. Je ne m'occupe qu'à des choses inutiles. Bien sûr, j'ai du mal à me lever le matin. Il faut que je me force pour manger. Je n'ai pas faim. Si je pouvais, j'arrêterais simplement de me nourrir. Insidieusement, le travail prend de plus en plus de place dans ma vie. Les responsabilités deviennent de plus en plus lourdes, les retards s'accumulent. Les quarts de travail le soir hypothèquent le peu de vie sociale qui reste. Je sais que je fais un bon boulot. J'ai les compétences et les qualités nécessaires. Mais J'ai beau travailler comme un diable, donner tout ce que j'ai, je ne reçois jamais de feed-back positif. Aucun. Que de la méfiance et une volonté de contrôle. Mon appartement est un champ de bataille, dévasté après une défaite. Il ne manque que les larmes, comme signe clinique, pour déclarer que je suis déprimé. Les larmes je les sens, coincées dans ma gorge. J'imagine quelqu'un qui me serre dans ses bras et elles se débattent et poussent pour remonter, sans succès. Les images qui entourent Noël m'attirent comme un mirage.
11:08 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : solitude, travail, fatigue, automne
17 mai 2009
Pause
Pause. Je suis malade. Rhume, fièvre, courbatures. Je déteste être malade. La nuit, ça me terrorise. J’ai cumulé trop de stress. J’ai besoin d’une pause. Tout donner, c’est tout ce que je sais faire, dans toutes les sphères de ma vie. Je ne sais pas prendre soin de moi. Il faut que j’apprenne à le faire, tout seul comme un grand. Alors, les billets ici font relâche, jusqu’à ce que je prenne du mieux.
14:00 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : donner, recevoir, temps, repos, soi, autres, fatigue
24 mars 2009
Manger fatigué
En ce moment, je dormirai tout le temps. la fatigue pourrait durer encore quelques semaines. En attendant, il faut bien continuer à manger. Quelques trucs pour bien s’alimenter quand le cœur n’y est pas :
- Privilégiez vos aliments préférés ;
- mangez moins à la fois, mais plus souvent en choisissant des repas riches en éléments nutritifs ;
- prenez un déjeuner copieux si vous avez meilleur appétit le matin ;
- faites provision de collations prêtes rapidement : œufs durs, muffins, céréales, noix et graines, fromage, yogourt ;
- faites provision d’aliments simples à préparer : thon en boîte, conserves, légumes surgelés, beurre d’arachide, soupe en conserve ;
- planifiez les repas de façon à ne pas perdre de temps ni d’énergie à décider ce que vous allez cuisiner et à avoir toujours quelque chose sous la main quand vous avez faim ;
- limitez-vous à des plats simples : conserves, œufs, céréales chaudes, pâtes ;
- ajoutez des restes de viandes ou des œufs à une soupe prête à manger ;
- faites provision de plats surgelés, maison ou commerciaux. Un repas surgelé devrait contenir au moins 20g de protéine ;
- utilisez des boissons énergisantes (voir la recette, plus bas) ;
- évitez le tabac et les aliments pauvres en calorie : jell-O, boissons gazeuses, café et thé ;
- mettez-vous en appétit en prenant l’air avant de manger ;
- un verre de vin ou de bière peut stimuler votre appétit ;
- créez une ambiance agréable : musique, bougies, fleurs ;
- invitez des amis et cuisinez ensemble ;
- payez-vous un repas au restaurant.
Lait fouetté aux fruits
- 100 g de tofu soyeux ;
- 2 c. à table de sucre (ou de miel) ;
- 125 ml de yogourt nature ;
- 250 ml de lait ou de lait de soya ;
- 60 ml de lait écrémé en poudre (ou protéine de petit lait, « Whey ») ;
- 250 ml de fruits surgelés (bleuets, framboises, fraises) ou 1 banane mûre.
Fouettez, jusqu’à consistance lisse.
(Omettre le sucre si vous utilisez un yogourt aux fruits ou des protéine déjà sucrées.)
Adapté de : Sheila Murphy, diététiste, Être mieux en mangeant mieux, Le guide alimentaire à l’intention des personnes ayant le VIH, Société canadienne de l’hémophilie (SCH), 1993
Des aliments à privilégier en cas de fatigue : Coup de pouce.com
20:01 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vih, sida, médication, trithérapie, alimentation, manger, fatigué, santé
17 décembre 2008
Gym
C’est le manque de lumière, les jours qui raccourcissent, les heures de travail interminables pour arrondir les fins de mois, une équipe blasée, démotivée...
9 décembre. J’attendais depuis des semaines cette date. Réunion de réorganisation du travail. Je savais qu’il ne fallait pas avoir trop d’attentes. On ne peut pas régler en une journée les problèmes accumulés pendant des années. J’espérais simplement qu’on en nomme quelques-uns clairement et que l’on discute de quelques solutions concrètes. Je m’étais préparé, j’y avais pensé, j’avais fait des listes de problèmes et de propositions. La journée avait pourtant bien commencé, lentement mais sûrement. Rien. Huit heures de réunion pour strictement rien ! Tout l’après-midi à débattre du besoin d’un nouvel employé et du manque de ressources. Pour finalement accoucher d’une solution déjà proposée-et-adoptée deux mois auparavant et qui ne règle rien : une réunion supplémentaire. Des discussions creuses qui jouent sur les mots, des combats de coqs, du crêpage de chignon, quelques couteaux dans le dos. La prochaine rencontre est dans trois mois. 90 jours dans une ambiance pourrie, sans que rien ne change. Je ne sais toujours pas en quoi consiste mon travail. Je fais ma petite affaire, tout seul, du mieux que je peux. Je suis découragé.
J’ai eu une promotion. Un surcroît de travail doublé d’une augmentation de salaire minable. Par contre, je passe à un régime privé d’assurance médicament et l’augmentation des coûts est faramineuse. (379.00 $ ce mois-ci au lieu de 77.00 $, je ferais mieux d’oublier tous mes projets de voyage.) Le tout, accompagné d’un dédale de formulaires administratifs. La fatigue. L’absence de reconnaissance. Et puis ce matin, comme une sensation d’étouffement, un tiraillement dans la poitrine, le souffle court...
Le grand : Ça va pas, hein ?
Moi : Pas trop bien, non.
Au début, je me suis dit que c’était la fatigue. La perte d’appétit : une mauvaise passe. L’insomnie : une habitude. L’incapacité à sourire ? Ben, je sais pas. Avec tout ce que j’ai vécu ces derniers temps. Et puis j’ai perdu l’envie de m’habiller. J’ai passé deux jours sans prendre une douche. Et puis les pleurs pour un rien, trois fois par jour. Je crois bien que je me tape une petite, ou une grosse (mettons une moyenne) déprime...
Moi : J’pense que je commence une bronchite.
Le grand : T’es sûr que tu veux venir ? Tu serais peut-être mieux d’aller te coucher.
Moi : Non, je pense vraiment qu’il faut que j’y aille.
Je suis entré dans la chaleur du vestiaire. Une étincelle m’est passée dans l’œil quand j’ai aperçu le bas du dos d’un garçon dans la vingtaine devant les casiers. (Serait-ce que ma libido n’est pas complètement morte ?) Cette épaule fuselée qui plonge entre biceps et triceps. Ce que j’aimerais avoir une taille comme la sienne ! Il se retourne et le bas-ventre qui disparaît sous l’élastique des shorts me donne presque une crise d’apoplexie. Il faut que je me secoue pour regarder ailleurs. Je grimpe en trottinant l’escalier qui mène à la salle de musculation.
Celle-ci surplombe les piscines olympiques. Je m’étire les ischio-jambiers en m’appuyant à la barre. Le grand s’étire les triceps. Dans les couloirs du bassin principal, des nageurs filent, suivis de traînées d’écume. Près du second bassin, une équipe de nage synchronisée répète le début d’une chorégraphie. Hors de l’eau, elles ont l’air d’une troupe de manchots empereur.
Le grand : Du sel de mer à l’eucalyptus, tu vas voir, ça dégage.
Moi : J’ai du Vicks, ça va faire pareil.
Il sourit.
Le grand : Tu vas demander à ton voisin de te frotter le dos ?
Je ris.
Moi : On n’en est pas là...
Au dessus du dernier bassin, les plongeurs s’élancent de différentes hauteurs. Ces anges font des vrilles, momentanément libérés de la gravité, puis tombent comme des flèches. Des geysers de bulles les ramènent par intermittence à la surface. Sur le tapis roulant. Je me sens lourd, j’ai l’impression d’être chargé comme un soldat en Afghanistan. J’ai même peur de briser l’appareil. Les premières minutes sont pénibles. Et puis ça passe. À un moment donné, le corps court tout seul comme un cheval de trait bien dressé, une mécanique bien huilée. Je sens la chaleur qui brûle dans ma poitrine. Mon esprit, lui, est parti. Il s’est glissé dans l’eau fraîche entre deux nageurs. Je suis content d’être venu.
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27 novembre 2008
Virginie
Le patron a pris un air mi-jovial, mi-protocolaire : « J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer, il a pris une pause pour ajouter du pathos, commençons par la bonne : Pierre-Yves a accepté de prendre le poste de coordonnateur laissé vacant par x. » Moment de silence. Je lève les yeux. Tout le monde s’en doutait. « La mauvaise c’est que, dans un contexte de crise économique et de coupes budgétaires gouvernementales et bla-bla-bla... on ne pourra pas embaucher quelqu'un d'autre... » Bref, comme je suis efficace et bien organisé, on me remercie en doublant ma tâche (celle de x s’ajoute à la mienne) et en me donnant une augmentation ridicule qui ira entièrement dans les poches de l’impôt. Un géranium chétif dans un pot en béton armé.
Je dois cependant garder le sourire pour mon équipe de bénévoles (lire cheap labor) dont je ne peux pas me passer. Je traverse la journée en grinçant des dents, coincé entre l’arbre et l’écorce. Et je la termine de la même façon, sur la ligne verte du métro, à l’heure de pointe. j’ai été éjecté quand les portes se sont ouvertes, une station avant la mienne. J’ai décidé de marcher sous la pluie, le reste du trajet, parce qu’une minute de plus, le visage écrasé dans la porte, et j’allais commettre un massacre au parapluie. (Avis à la GRC, mon adresse courriel est sous la rubrique « à propos » en haut, à gauche. English message will follow. Venez me chercher.)
Une enveloppe complètement mouillée m’attendait dans la boîte aux lettres. Le magazine moribond pour lequel j’écris m’envoie un chèque pour des articles qui paraîtront en avril 2009. Je pourrai régler quelques factures. Le problème, c’est qu’ils n’ont toujours pas payé les articles de février et de mars, facturés un mois plus tôt. Dans cette maison d’édition, les factures ont la fâcheuse habitude de se volatiliser sans faire de bruit. L’entreprise a décidé de suspendre la publication de nouveaux contenus sur le Web. Mes vieux textes de l’an dernier roulent désormais sur le site du magazine, sans que je touche un sou, avec ma tête qui sourit et qui a l’air stupide et heureux. Le photographe m’avait dit de me la jouer tombeur.
Bref, je suis vraiment de bonne humeur et totalement en harmonie avec la merde qui tombe du ciel. Un mélange parfaitement équilibré de neige grise et de pluie verglaçante. Je vais me bourrer la face de pizza extra smoke-meat en écoutant Virginie. Tant qu’à avoir mal au cœur ! En moins de 30 minutes de télévision, une lesbienne alcoolique fait une scène de jalousie à sa blonde bisexuelle, fille de truand, un obèse leucémique coache en pleurnichant une équipe de volley-ball d’adolescentes mésadaptées socio-affective et on apprend qu’une déficiente intellectuelle est tombée enceinte pendant que sa mère était dans le coma, suite à un terrible accident de voiture. Ça c’est de la télé !
Edit (1) : Les factures ne se sont pas volatilisées, je ne les avais tout simplement pas envoyées. Mes excuses au magazine moribond. Je travaille trop. La fatigue me rend stupide.
Edit (2) : Regarder Virginie, c'est complètement in ! (Même si l'auteur travaille trop, elle aussi.) La preuve : même P45 en parle.
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20 novembre 2008
Minutes
Cinq minutes. C’est le temps que je peux consacrer à un billet. Mes temps libres ont rétréci comme une peau de chagrin. Comment je vais ? Bien. Trop, peut-être. On dirait que plus rien ne m’atteint gravement. Je viens d’obtenir une promotion. Plus de responsabilités, un salaire plus décent. Je suis en forme alors que tout le monde à Montréal est enrhumé. Mon blogue en horticulture marche trop bien. Je n’arrive pas à répondre à toutes les demandes. Cet hiver, je vais enseigner à des professionnels. Il y a quelques années, c’était un rêve. Maintenant, ce n’est qu’une montagne de travail qui s’étend devant moi. Je n’en voit pas le bout. J’ai le trac, même si je sais que je serai à la hauteur.
Et l’amour, alors ? Il ne fallait pas le mettre dans le titre si c’était pour ne plus en parler. Le vertige ? Je ne me souviens plus trop ce que c’est ! Non, rien. J’ai beau chercher, creuser, rien à raconter. Samedi soir, j’ai dormi avec un garçon. Je ne suis pas amoureux. Il est simplement joli. Sa façon de m’ouvrir les portes et d’être constamment gentil m’agace un peu, en fait. Et de toute façon, il ne rappellera pas. J’ai désormais un radar infaillible pour détecter les déserteurs.
...
Dix minutes supplémentaires. Je suis vraiment fatigué. Heureusement, j’ai trouvé quelqu’un qui me remplacera quelques jours à mon emploi régulier. J’aurais donc un long week-end. Je vais m’arrêter juste ce qu’il faut pour ne pas me brûler les ailes puis je vais repartir pour travailler sur des piges. Lecteurs-blogueurs si vous saviez à quel point vous m’êtes utiles ! Je grappille dans vos vies pour avoir l’impression d’avoir une histoire à suivre. Pourquoi travailler autant ? Pourquoi pas ? Pour ramasser de l’argent et le flamber à une vitesse folle dans une rage de matérialisme. Pour avoir un toit et du beurre sur mon pain, aujourd’hui et demain. Je participe ainsi à l’effort de ralentissement de la crise. Parce que j’ai peur de l’avenir. Je croise chaque jour un homme qui a renoncé aux refuges pour l’héroïne. On a le même âge, presque le même prénom. Il ne ferait pas de mal à une mouche, mais ne laissera personne lui enlever une parcelle de liberté. Je le vois parfois le soir, allongé dans un parc au pied d’un arbre alors que le mercure descend sous zéro. Je me défonce au gym pour gagner quelques kilos, m’élargir les épaules, prendre de la masse musculaire. Pour ressembler à qui ? À quoi ? Un corps plus découpé, plus de chiffres sur la balance comme sur mon relevé bancaire, plus de marge de crédit. Ma vie reste vide comme le sont mes bras et mes yeux à la fin de mes journées. En sortant du métro, j’ai eu l’idée de m’acheter un chat pour ajouter quelques miettes de sens à mon existence sans queue ni tête. Puis j’ai changé d’idée en passant les tourniquets. Le poil sur les vêtements, la litière, l’odeur des croquettes au poisson. Mon temps est écoulé. Je l’ai volé au sommeil. Je voudrais m’abandonner dans les bras de Morphée, pour toujours.
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20 juillet 2008
Orages
Parfois, la vie me fatigue.

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20 octobre 2007
Sourire
Je viens de me taper plus de 24 heures de travail en deux jours. Je suis brûlé. Elle, elle s’appelle Pascale Picard. C’est mon dernier coup de foudre. Je l’écoute en boucle quand je remonte le boulevard qui relie mon boulot à mon lit. Elle chante exactement les mots que je voudrais écrire. Voici une adaptation complètement libre de sa chanson Smilin’. (De l’album : Me, Myself and Us, Universal, 2007.)
Cette fois-ci, je n’y arriverai pas.
J’aperçois la foule qui grossit, tout autour de moi.
Et j’essaie de comprendre pourquoi je me sens si isolé.
J’ai des amis, mais j’ai si peu de temps pour eux.
J’ai ma maison, grande comme un mouchoir de poche.
J’ai mon copain, mais lui aussi est fatigué de m’entendre.
Je vois chaque jour qui se lève comme une montagne à franchir.
Chaque mot que j’écris me demande toutes mes forces.
Parfois, j’en ai vraiment assez de me raconter.
Mais c’est encore la seule chose à laquelle je peux m’accrocher.
Je sens, chaque fois, que je ne vais pas y arriver.
Mais je sais pourtant que rien de mieux ne pourrait m’arriver.
Alors, je me dis :
« Hey, garde ton sourire.
Ils ne veulent pas t’entendre te plaindre.
Tu sais que tu as de la chance ;
ta vie ne pourrait pas être plus excitante ! »
Alors, je continuerai de faire des mauvaises blagues.
Parce que toi, tu me crois fort.
C’est sûrement un peu pour ça que tu m’aimes.
Et moi, j’ai tellement besoin de toi. J’ai tellement besoin que tu m’admires.
De toutes mes forces, je me bats pour passer au travers.
Si tu savais combien j’essaie…
(…)
Mais pour aujourd’hui, s'il te plaît, ne compte pas sur moi.
J’ai du mal à poser un pied devant l’autre.
Ne me demande pas pourquoi, si tu ne veux pas que je te mente.
Mais ne t’en fais pas pour moi. C’est seulement un peu de fatigue.
Il ne faut pas t’inquiéter, car bientôt, je te le promets, je serai de retour.
Sourire, c’est ce que je veux parce que j’en ai assez de pleurnicher
J’ai vraiment de la chance.
Je fais exactement ce que j’ai toujours rêvé de faire !
Alors, je raconterai encore des mauvaises blagues.
Tu sais, il faut absolument que je sois fort.
C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour passer au travers.
Et aujourd’hui, c’est ce dont j’ai besoin. Sourire.
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02 juillet 2007
Morphée
Pour une semaine, les horaires de mes deux emplois se chevauchent. Je travaille tout le temps. Les revenus ne suivent pas, pas encore. Je me bats pour tenir. Je bricole des solutions. J’épuise, une à une, toutes mes ressources. Et je fais bonne figure. Je m’entête à être parfait en tout temps et en toute circonstance. Sourire, briller, réussir. Je laisse la révolte qui s’accumule me pourrir les nuits et les petites minutes de liberté qui me restent. Même pris à la gorge, je serai à la hauteur.
Puis, je bascule de l’autre côté de la fatigue, là où je suis à la merci de tous mes démons, de toutes mes blessures. Mes seules armes sont les secondes perdues, la musique et l’écriture. J’ai mis des disques et je me suis attaqué à classer ces montagnes de paperasse qui m’étouffent. J’ai trouvé des morceaux de journal intime, des récits de rêves. Et de vieilles douleurs que je portais depuis des années remontent à la surface. Des souffrances que je n’avais jamais regardées en face. Que je ne voyais plus, tellement j’étais convaincu qu’elle faisait partie de moi. Elles étaient prêtes. Elles tombent en larmes comme un fruit trop mûr à la fin de l’été. Je me souviens de ces dernières années en couple où je me débattais pour tout faire tenir, pour sauver les apparences. Le combat que je menais chaque jour pour être un autre, pour que ma vie ne s’écroule pas, pour nier ce virus, pour nier l’échec de cette relation. À ce moment-là, j’étais épuisé comme aujourd’hui. Et j’étais sûr de sombrer si je lâchais prise. Je ne suis pas un héros. Je suis affamé de tendresse, de chaleur et de douceur. Je voudrais être serré dans les bras d’un homme.
Au cœur de la tempête, un calme momentané m’a permis de renouer avec les bras de Morphée. Depuis des mois, je n’étais pas parvenu à m’abandonner au sommeil. Deux nuits de plus de six heures, c’est ce dont j’avais besoin pour retrouver un certain équilibre. Le matin clair m’ouvre des perspectives élargies. Le vent frais que j’inspire aiguillonne mes désirs. Mes antennes se relèvent. C’est le dégel des idées qui cascadent à nouveau. Dans cette nouvelle clarté, les jours qui se déroulent devant moi redeviennent un trésor inestimable.
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03 juin 2007
Épuisé
(oui, oui, Jonas, il faut cliquer !)
Les heures cascadent, des premières lueurs du jour jusqu’à tard dans la nuit. Balises grises, respirations rêches. Toujours cette peur qui m’accompagne. Elle est la seule à être toujours auprès de moi. La seule sur qui je peux toujours compter. Bien que je m’entraîne à sourire. Que je lance constamment mon imagination à l’assaut d’un bonheur éventuel. J’ai parfois le souffle lourd et le regard flou. Plus tard, je sais, je pourrais être fier. Maintenant, je ne suis qu’épuisé.
Je les cherche des yeux, parmi la foule. Les anges qui croiseront ma route pour un instant toujours trop court. Trop court comme cette route. Trop court comme cette nuit passée à tourner dans mon lit. Avant qu’un nouveau jour n’apparaisse, les derniers noctambules rentrent enfin dormir. Les arbres portent encore les frissons de la nuit. Dans l’aube bleue, la flûte du merle d’Amérique résonne comme sous les voûtes d’une cathédrale.
Crédits :
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