12 juillet 2007
La ride
Il le faut. Il faut que le feu passe au vert. Je m'accroche aux guidons, deux doigts sur les freins. J'ai la colonne qui tressaille, le cœur qui pompe, les pieds qui pédalent sans relâche. L'espace se resserre entre la rangée d'automobiles garés et celles qui me frôlent sur la gauche. Je balance la tête d'un côté et de l'autre pour éviter les mouches. Le feu devient vert au moment où je roule sur la ligne blanche. Je tourne sur Saint-André, un sens unique qui remonte vers Mon-Royal. La rue s'enfonce sous les érables qui anéantissent d'un seul coup le soleil d'après-midi. Je "slalome" entre les plaques d'asphalte, les fissures, les bouches d'égout et les crevasses. Un soupçon d'ivresse quand mes roues dérapent. Je débouche sur l’avenue Mont-Royal. Assommé par la foule soudaine, les poussettes, les skate-boards, les klaxons. Une Smart me coupe pour se stationner juste devant moi. Des rires sur les terrasses. Le bruit des verres. J'ai des yeux tout le tour de la tête. Surtout ne pas me laisser distraire par ces dizaines d'hommes de rêve qui déambulent sur les trottoirs. Ce que c'est beau l'été. Un chien aboie. Je prends la piste cyclable sur Brébeuf. C'est l'heure de pointe et je dois me glisser dans la file indienne des cyclistes. j'accélère en direction du parc Laurier. Saint-Joseph, le feu tourne au vert. Si j'accélère encore un peu, je sèmerai peut-être, ces fantômes qui s'agrippent à mon ombre. Ceux qui me crispent la mâchoires et qui m'empêchent de m’abandonner à l'été.
01:00 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, bicyclette, course, stress, été, fantômes, Montréal



